De Kayes à Nioro du Sahel, un carnet de voyage sur le changement climatique

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Entre 400 et 600 km de la capitale malienne, Bamako, la réalité du changement climatique ne saute plus aux yeux d’un observateur averti. A Nioro du Sahel et Kayes, le vent violent, accompagné d’une immense poussière sous un soleil à vomir du feu, sont assez parlants.

En foulant le sol de la Cité des rails, en passant par Kita, notamment par le cercle de Kéniéba, zone d’orpaillage par excellence dans la première région, la différence climatique est directement perceptible. Une véritable contraste existe entre Kéniéba et plusieurs autres localités de Kayes, aussi bien sur le plan climatique que celui de désenclavement.

A Kéniéba, une végétation dense alterne avec le climat sahélien, à l’instar de certaines régions au sud du pays. Une autre différence, en plus de la présence de grands arbres, c’est l’absence de cette forte poussière et de cette chaleur qui nous brûle la peau, tel du feu. Ce qui explique le problème crucial d’eau qui caractérise la quasi-totalité de la région.

Il existe à Kéniéba un autre contraste. Bien que le cercle soit économiquement riche, il souffre d’un problème de route. Celle qui le mène à Kayes surtout, longue de plus de 200 km, est quasi-impraticable. 

Végétation rabougrie

Dans certains cercles de Kayes, notamment à Yélimané, où nous nous sommes rendus à Benna, cette problématique d’accès à l’eau potable avait contraint les habitants à envisager le déplacement du village. Car toutes les eaux sont généralement salées. Or, la plupart des habitants sont des éleveurs, selon le chef du village,  Abdoulaye Maréga. Une végétation rabougrie dominée par les arbres épineux caractérise largement cette zone jusqu’à la frontière mauritanienne.

Ce dérèglement climatique caractérise aussi une bonne partie de la région de Nioro du Sahel, à 241 km au nord-est de Kayes. En pleine saison sèche, en raison de la forte poussière qui s’abat sur cette ville, durant la journée, le ciel donne l’impression qu’il va pleuvoir. Il prend la couleur de la poussière que l’on voit de loin.

Vent violent accompagné de poussière
Vent violent accompagné de poussière dans le village de Kamandapé, dans la région de Nioro du sahel. ©Présidence du Mali.

A Kamandapé, à quelques kilomètres de la ville de Nioro, pendant le jour, difficile de rester dehors longtemps, sans turban sur la tête. Cela, en raison du vent violent qui soulève le sable couvrant le sol pour la déposer sur tout ce qu’il trouve sur son passage. Ce qui empêche de voir de loin ou d’entendre clairement son interlocuteur. Dans ce village à la végétation rabougrie,  marqué également par des arbres épineux, les populations mènent comme activité principale l’élevage malgré la pénurie d’eau potable.

Le gouverneur de la région de Nioro, Aly Annajis, a expliqué, lors de l’inauguration d’un forage à Gogui, à la frontière Mali-Mauritanie, le 16 mai 2022, que « ceux qui connaissent cette chaleur dans cette zone savent que c’est de l’eau qu’attendent les populations ».

Adaptation 

Dans ces localités, malgré cette situation climatique peu hospitalière, les populations ont su s’adapter. Ce qui explique la pratique de l’élevage comme activité principale. Mais faut-il souligner que les animaux élevés dans ces zones sont le plus souvent différents de ceux du sud de par leur physionomie. Nous rencontrons dans ces régions, au climat sahélien, un élevage dominé par des animaux grands de taille, en plus des chameaux, à l’instar des régions  du nord.

Cette situation nous rappelle la théorie évolutionniste de Charles Darwin. Une théorie selon laquelle les êtres sont dans un cycle d’évolution en fonction du milieu qu’ils habitent. Les êtres qui ne réussissent pas à s’adapter au contexte qui prévaut cèdent la place à ceux qui supportent le cycle. De son côté, Karl Popper disait aussi que chaque être correspond à un milieu de vie.

Dans ces régions du Mali, les existences se sont tellement habituées au contexte climatique qu’elles ne remarquent aucun dérèglement, malgré la problématique d’eau, dont elles sont confrontées. C’est pourquoi, nonobstant la chaleur torride qui règne généralement dans ces zones, il est très rare d’entendre des reproches à l’endroit de l’énergie du Mali (EDM-SA).

Fousseni Togola

Fousseni TOGOLA
Fousseni TOGOLAhttps://saheltribune.com
Né à Fana, dans la région de Dioïla, Fousseni TOGOLA est professeur de philosophie de formation, journaliste-blogueur et écrivain. Après un Master obtenu à l’Ecole normale supérieure (ENSUP) de Bamako sur la théorie de la « falsifiabilité » de Karl Popper, il se tourne vers l’écriture, à travers le blogging et ensuite le journalisme. D’abord membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG), ensuite contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens. Il est également membre du Réseau des journalistes africains spécialisé sur le développement durable et le changement climatique (Africa 21). M. TOGOLA servira ensuite au quotidien malien Le Pays comme rédacteur en chef adjoint et éditeur. Il a également servi, comme pigiste, au premier site d’informations au Mali, Maliweb. Fousseni est aujourd’hui fondateur du site indépendant d’informations, d’analyses et d’enquêtes saheltribune.com. En 2020, il a été nominé au prix Mali Média Award (MAMA). La même année, il est lauréat du « Prix de Reconnaissance des Médias « Restez à la Maison », de la fondation Merck, dans la catégorie presse en ligne au Mali. Comme centre d’intérêt, M. TOGOLA s’intéresse au sujet touchant le climat, l’environnement et la biodiversité. Il a un intérêt assez particulier pour les questions sécuritaires et éducatives au sahel. Ouvrages publiés Féminitude, Innov Editions, 2018 (Essai) La société close et ses militants, 2019 (Essai politique) L’homme sirène, Prostyle Editions, 2020 (Fiction) Bintou, une fille singulière, 2020 (Roman philosophique)

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