Il y a cinq ans, en 2021, le Mali engageait l’un des chantiers les plus structurants de son histoire récente : la refondation de son outil de défense. Aujourd’hui, force est de constater que les Forces armées de défense et de sécurité (FAMa) ne ressemblent plus à celles d’hier. Montée en puissance capacitaire, doctrine offensive assumée, ancrage renforcé auprès des populations : le Mali a fait de la souveraineté sécuritaire un pilier de sa refondation nationale. Il est temps de le dire, et de le saluer.
De 2021 à nos jours, les FAMa ont connu une mutation capacitaire sans précédent depuis l’indépendance. L’acquisition d’équipements de guerre sophistiqués, l’arrivée de vecteurs aériens modernes — drones de reconnaissance et d’attaque, avions de chasse — ainsi que le renouvellement substantiel des moyens de transport des troupes, tant aériens que terrestres, ont profondément modifié le rapport de force sur le terrain. Une armée qui, hier encore, peinait à projeter rapidement ses unités sur des théâtres d’opérations étendus, dispose désormais d’une mobilité et d’une capacité de frappe qu’on ne lui connaissait pas.
Cette montée en puissance ne relève pas du symbole. Elle se traduit, sur le terrain, par une pression accrue et continue sur les groupes armés terroristes, désormais contraints de multiplier les manœuvres de contournement plutôt que les offensives frontales contre des positions militaires de mieux en mieux défendues et de plus en plus mobiles. Il serait malhonnête de prétendre que la menace a disparu — les tentatives répétées d’isolement économique de certaines localités, à travers les attaques visant les axes d’approvisionnement, en sont la preuve la plus récente. Mais il serait tout aussi malhonnête de ne pas reconnaître qu’une armée qui reprend l’initiative, qui frappe plutôt que de simplement se défendre, et qui réduit la liberté de mouvement de ses adversaires, est une armée qui change de visage.
Une présence sur tous les fronts
Ce qui frappe, dans cette refondation, c’est la diversité des missions assumées simultanément par les FAMa. Sécurisation des convois d’hydrocarbures et des produits de première nécessité, protection des déplacements des autorités à l’intérieur du pays, escortes humanitaires et commerciales : l’armée malienne ne se contente pas de combattre, elle protège la continuité de la vie économique et sociale du pays, souvent dans des conditions extrêmement exigeantes.
À cela s’ajoute un volet trop souvent ignoré : les missions de développement économique et social menées par les unités au contact des populations. Forages, appuis sanitaires, actions civilo-militaires dans les zones reconquises ou fragilisées — ces initiatives participent d’une stratégie assumée de renforcement du lien armée-nation, condition sine qua non d’une meilleure coordination entre les forces combattantes et les communautés locales dans la lutte contre l’insécurité sous toutes ses formes. Une armée qui se bat seule s’épuise ; une armée adossée à sa population dure.
Des décisions de la hiérarchie qui paient sur le terrain
Les succès tactiques enregistrés ces dernières années ne doivent rien au hasard. Ils sont le fruit de décisions assumées par le commandement militaire, parfois impopulaires sur le moment, mais dont l’efficacité opérationnelle s’est révélée déterminante. L’interdiction des motos grosses cylindrées, vecteur privilégié des groupes armés terroristes pour leurs raids éclairs, l’immatriculation systématique des deux-roues et trois-roues, ainsi que la définition de zones d’intérêt militaire au sein d’une trentaine de massifs forestiers à travers le pays — sanctuaires historiques des groupes armés — ont considérablement réduit la liberté d’action des katibas.
À cela s’ajoute une mesure hautement symbolique et opérationnelle : la mise à prix de la tête de sept cerveaux de groupes armés terroristes, qui a contribué à fragiliser les chaînes de commandement adverses et à semer le doute jusque dans leurs propres rangs. Enfin, la motorisation accélérée des FAMa, couplée au déploiement croissant de drones et d’avions de chasse, a donné à l’armée malienne une capacité de réaction et de projection inédite sur l’ensemble du territoire national.
Le poids des partenariats stratégiques
Cette transformation n’aurait pas été possible sans l’appui de partenaires que Bamako qualifie désormais de stratégiques et fiables. La Russie, la Chine et la Türkiye ont fourni à l’armée malienne des équipements et un accompagnement technique déterminants dans cette phase de montée en puissance, à rebours d’une coopération occidentale trop conditionnée, trop lente et trop budgétivore, car ne défendant que leurs intérêts au détriment de ceux du Mali.
Au niveau régional, la dynamique de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en 2023 à Bamako à travers la signature de la charte du Liptako-Gourma, a ouvert une nouvelle ère de coopération sécuritaire entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. La Force unifiée de l’AES (FU-AES) incarne cette ambition d’une mutualisation des moyens et du renseignement face à une menace transfrontalière qui ne s’embarrasse, elle, d’aucune frontière.
Honorer ceux qui portent l’uniforme
Une armée se juge aussi à la manière dont elle traite les siens. Sur ce plan, les autorités de la transition ont posé des actes forts : prise en charge des familles des militaires et paramilitaires tombés sur les théâtres d’opérations, lancement de la construction de mille logements destinés aux personnels des forces armées, édification d’un hôpital militaire moderne, érection d’un mémorial dédié à la mémoire des soldats tombés pour la nation, et rédaction, actuellement en cours, de l’histoire militaire du Mali. Ces initiatives, loin d’être anecdotiques, participent directement au renforcement du moral des troupes engagées sur des fronts multiples, souvent loin de leurs familles et dans des conditions de combat éprouvantes.
Une vigilance qui reste de mise
Saluer cette montée en puissance ne dispense pas de lucidité. « Le Mali a besoin de lucidité et non de panique », avait déclaré le président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, dans son adresse à la nation du 28 avril 2026. La tentative de blocus en septembre 2025 par le Jnim et ses sponsors étatiques étrangers ainsi que ses appuis à l’interne, sur certains axes d’approvisionnement rappelle que la victoire militaire n’est jamais acquise et que l’adversaire, affaibli sur le plan tactique, conserve une capacité de nuisance sur le plan économique et psychologique. C’est précisément pour cela que la trajectoire engagée depuis 2021 doit se poursuivre, s’approfondir et se consolider : équipement, doctrine, lien armée-nation, partenariats diversifiés.
Le Mali a fait le choix de reconstruire son outil de défense par lui-même et avec les partenaires de son choix et respectant sa souveraineté. Cinq ans après le début de cette refondation, les Forces armées de défense et de sécurité méritent, à tout le moins, la reconnaissance d’une nation qui leur doit, chaque jour, un peu plus de répit.
Chiencoro Diarra
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