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lutte contre la corruption
A la UneAnalyses

Contre la corruption, l’ère du diagnostic sans remède

by Chiencoro 11 février 2026
written by Chiencoro 4 minutes read

La corruption progresse là où elle était censée reculer. En une décennie, seuls cinq pays dépassent encore le seuil des 80 points, et même les démocraties montrent des signes inquiétants de décrochage. C’est ce que révèle L’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025 de Transparency International, publié le 10 février 2026. À quoi servent les rapports si leurs recommandations restent lettre morte ?

Chaque année, les classements internationaux rappellent que la corruption ne recule pas, elle change de forme et s’installe durablement au cœur des systèmes politiques, y compris dans des démocraties réputées solides. Transparency International en apporte une nouvelle confirmation : le nombre de pays obtenant un score supérieur à 80 est passé de douze il y a dix ans à seulement cinq aujourd’hui. Le recul est net, global et préoccupant.

Les démocraties elles-mêmes reculent

Mais au-delà des chiffres, une question dérangeante s’impose : à quoi servent ces rapports si leurs recommandations restent largement inappliquées ? Depuis plus de vingt ans, la lutte contre la corruption s’est construite autour d’un arsenal d’indicateurs, de stratégies nationales, de plans d’action et de déclarations solennelles. Pourtant, dans de nombreuses régions du monde, la corruption demeure structurelle, parfois même intégrée aux modes ordinaires de gouvernance.

La lutte anticorruption est devenue une industrie du diagnostic. Elle mesure, classe, compare, alerte. Elle produit des données indispensables pour comprendre les mécanismes de prédation des ressources publiques, l’opacité des marchés, la capture de l’État par des intérêts privés. Mais trop souvent, elle s’arrête à cette étape. Le passage du constat à la transformation politique reste fragile, inégal, voire inexistant.

L’IPC 2025 souligne que les démocraties elles-mêmes reculent. Celles-ci étaient pourtant censées constituer des remparts naturels contre la corruption grâce à la séparation des pouvoirs, à la liberté de la presse et à la participation citoyenne. Or, ces contre-pouvoirs s’érodent. La concentration du pouvoir exécutif, la fragilisation des institutions judiciaires et la banalisation des conflits d’intérêts créent un terrain favorable à l’impunité. La corruption n’est plus seulement le problème des régimes autoritaires ; elle devient un symptôme du déclin démocratique.

La corruption, un horizon normalisé

Ce recul n’est pas dû à l’absence de lois. Dans la majorité des pays, les cadres juridiques existent : autorités de contrôle, cours des comptes, agences anticorruption, codes d’éthique. Ce qui manque, c’est la volonté politique de les faire fonctionner réellement. Une institution anticorruption sans indépendance n’est qu’un décor. Une loi sans sanctions effectives est une promesse creuse. La corruption prospère moins par ignorance que par tolérance organisée.

Les rapports annuels ont pourtant une fonction essentielle. Ils rendent visible ce que les pouvoirs cherchent souvent à invisibiliser. Ils permettent aux citoyens, aux journalistes, aux chercheurs de documenter les dérives, de comparer les trajectoires, d’interpeller les gouvernements. Ils sont des outils de mémoire collective contre l’amnésie politique. Mais leur efficacité dépend de l’appropriation sociale et politique de leurs conclusions.

Car un rapport sans suite est une archive morte. Quand les recommandations sont répétées année après année sans être mises en œuvre, elles finissent par perdre leur force morale. Le risque est celui d’une fatigue civique. Tout le monde sait, mais plus personne n’espère. La corruption devient un horizon normalisé, un bruit de fond de la vie publique.

Or la corruption n’est pas un simple dysfonctionnement administratif. Elle est un fait politique. Elle affecte la qualité des services publics, accroît les inégalités, nourrit la défiance envers les institutions et alimente parfois les discours autoritaires. Là où l’État est perçu comme prédateur, la démocratie devient fragile. La corruption est ainsi l’un des moteurs silencieux de la crise mondiale de la représentation.

La lutte anticorruption, une mise en scène de la vertu

La question centrale n’est donc pas celle des méthodes de mesure, mais celle du courage politique. Lutter contre la corruption suppose d’accepter des pertes de pouvoir, des ruptures d’alliances, des conflits avec des élites économiques et administratives. Cela implique de protéger les lanceurs d’alerte, de garantir l’indépendance de la justice, de renforcer la transparence budgétaire et d’ouvrir réellement l’accès à l’information publique. Ce sont des choix coûteux, mais indispensables.

À force de produire des indices sans produire de ruptures, la lutte anticorruption risque de devenir une mise en scène de la vertu. Un théâtre où l’on dénonce sans transformer, où l’on classe sans contraindre, où l’on alerte sans réformer. Un monde obsédé par la mesure du mal, mais hésitant à s’attaquer à ses causes.

Si la corruption est en constante évolution, la réponse ne peut rester figée dans une technocratie du chiffre. Elle doit redevenir un combat politique, social et démocratique. Sans cela, les rapports continueront de s’empiler comme des pierres tombales d’une ambition trahie.

La vraie question n’est donc plus : quel pays a gagné ou perdu quelques points cette année ? Mais : quand la lutte contre la corruption cessera-t-elle d’être un exercice de communication pour devenir une politique de transformation réelle ?

Tant que cette question restera sans réponse, les indices continueront de baisser — et la confiance avec eux.

Chiencoro Diarra 

11 février 2026 0 comments
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Mamadou Hawa Gassama
ActuPolitique

Côte d’Ivoire : la grâce présidentielle accordée au député malien Mamadou Hawa Gassama

by Sahel Tribune 11 février 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Condamné à trois ans de prison pour offense au chef de l’État ivoirien après des propos virulents diffusés sur les réseaux sociaux, le député malien Mamadou Hawa Gassama a été libéré ce 10 février 2026 à la suite d’une grâce présidentielle. Une décision à forte portée politique, dans un contexte de relations délicates entre Abidjan et Bamako.

La Côte d’Ivoire a accordé, mardi 10 février 2026, la grâce présidentielle à Mamadou Hawa Gassama, député malien et membre du Conseil national de Transition (CNT). Cette mesure met fin à près de six mois de détention après sa condamnation par la justice ivoirienne pour « offense au chef de l’État » et « propos outrageants » diffusés sur les réseaux sociaux à l’encontre du président Alassane Ouattara.

Une lourde condamnation judiciaire

L’annonce a été faite par son avocat, Me Mamadou Ismaïla Konaté, qui a confirmé la libération immédiate de son client à la suite de la décision présidentielle.

Mamadou Hawa Gassama avait été interpellé le 30 juillet 2025 à Abidjan, où il séjournait à titre privé. Les autorités ivoiriennes lui reprochaient plusieurs déclarations publiques jugées injurieuses et diffamatoires à l’encontre du chef de l’État ivoirien, diffusées dans des vidéos et interviews largement relayées sur les réseaux sociaux.

Après plusieurs mois de détention provisoire, le tribunal correctionnel d’Abidjan avait prononcé, le 30 janvier 2026, une peine de trois ans de prison ferme, assortie d’une amende importante et d’une interdiction de territoire ivoirien à l’issue de sa peine.

Son avocat avait alors reconnu que la voie judiciaire était pratiquement close, misant sur une solution politique. Il avait invoqué l’âge avancé de son client, son état de santé et surtout son statut d’élu malien pour plaider une issue par la grâce présidentielle.

Un geste d’apaisement politique

La décision du président Alassane Ouattara s’inscrit dans une tradition ivoirienne d’usage de la grâce pour désamorcer des dossiers à forte charge politique. Pour de nombreux observateurs, cette mesure vise à éviter une escalade diplomatique avec Bamako et à restaurer un climat plus serein entre les deux pays voisins.

Cette affaire relance le débat sur les frontières entre liberté d’expression et protection des chefs d’État en Afrique de l’Ouest. Si certains défenseurs des droits humains ont dénoncé une condamnation excessive, les autorités ivoiriennes ont rappelé que les propos incriminés relevaient d’infractions prévues par la loi pénale.

La libération de Mamadou Hawa Gassama ne signifie pas l’effacement de sa condamnation, mais suspend l’exécution de sa peine. Son image politique reste associée à cet épisode, qui a mis en lumière la fragilité de l’espace de parole politique à l’ère des réseaux sociaux.

Un test pour les relations ivoiro-maliennes

Au-delà du cas individuel, la grâce présidentielle est interprétée comme un signal d’apaisement diplomatique. La Côte d’Ivoire et le Mali doivent coopérer sur plusieurs dossiers stratégiques, notamment en matière de sécurité régionale et d’échanges économiques.

Pour Mamadou Hawa Gassama, cette décision ouvre la voie à un retour sur la scène politique malienne. Mais son avenir public dépendra de sa capacité à se repositionner après une affaire qui a révélé les risques politiques et judiciaires liés à la radicalisation du discours.

La rédaction 

11 février 2026 0 comments
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lutte contre la corruption
ActuÉconomie

Lutte anticorruption : pourquoi l’Afrique subsaharienne peine à sortir du bas du tableau

by Sahel Tribune 10 février 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Avec une moyenne de 32 points sur 100 à l’Indice de perception de la corruption 2025, l’Afrique subsaharienne demeure en queue de peloton mondial. Malgré quelques progrès isolés, la majorité des États de la région voient leurs efforts anticorruption freinés par des faiblesses institutionnelles persistantes et un manque de volonté politique. 

L’Afrique subsaharienne continue d’occuper la dernière place du classement mondial de la corruption. C’est le principal enseignement de l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025, publié ce 10 février par Transparency International. Avec un score régional moyen de 32 sur 100, seuls quatre des quarante-neuf pays évalués dépassent la barre des 50 points, seuil considéré comme un minimum acceptable en matière d’intégrité du secteur public.

Sur la dernière décennie, la situation s’est globalement détériorée : dix pays ont enregistré une baisse significative de leur score depuis 2012, tandis que seuls sept ont connu une amélioration notable. Pour l’ONG basée à Berlin, ces chiffres témoignent de « l’inefficacité des stratégies actuelles de lutte contre la corruption » et d’un déficit de gouvernance publique dans une région pourtant confrontée à de multiples urgences sociales.

Une corruption qui frappe les plus vulnérables

Transparency International souligne que la corruption dans la gestion des fonds publics a des conséquences directes sur la vie quotidienne des populations. Accès à l’eau, à l’électricité, à la santé ou à l’éducation : autant de secteurs affectés par des détournements et un manque de transparence.

« La corruption dans le secteur public frappe toujours plus durement les personnes les plus vulnérables », insiste Paul Banoba, conseiller régional pour l’Afrique au sein de l’organisation. Selon lui, les gouvernements africains doivent désormais transformer leurs engagements internationaux en « mesures décisives », notamment en renforçant les institutions de contrôle, en protégeant l’espace civique et en favorisant la participation citoyenne.

Les mouvements sociaux récents illustrent cette pression populaire. À Madagascar, noté 25 sur 100, les scandales de corruption ont été l’un des déclencheurs des manifestations de la génération Z ayant conduit à la chute du gouvernement en octobre 2025. Les protestataires dénonçaient notamment les détournements de fonds publics responsables de défaillances chroniques dans les services essentiels.

Des trajectoires contrastées

Quelques pays se distinguent néanmoins par leurs performances relatives. Les Seychelles arrivent en tête du classement régional avec 68 points, devant le Cap-Vert (62), le Botswana (58) et le Rwanda (58). Mais même ces États sont confrontés à des fragilités : aux Seychelles, une affaire présumée de blanchiment de 50 millions de dollars a mis en lumière la lenteur des enquêtes judiciaires.

À l’autre extrémité du classement figurent le Soudan (14), l’Érythrée (13), la Somalie (9) et le Soudan du Sud (9), illustrant le lien étroit entre corruption, conflits armés et effondrement institutionnel.

Certains pays montrent toutefois des signes d’amélioration. L’Angola a gagné 17 points depuis 2015 grâce à plusieurs réformes engagées contre les réseaux de prédation. Mais selon des enquêtes d’opinion, une grande partie de la population estime toujours que dénoncer la corruption expose à des représailles. 

Le Mali obtient un score de 28/100 (136ᵉ sur 182), en légère amélioration (+1), tandis que le Niger recule à 31/100 (124ᵉ, –3) et le Burkina Faso à 40/100 (84ᵉ, –1). La Guinée (26/100, 142ᵉ, –2) figure parmi les plus mal classés de la région. À l’inverse, le Sénégal progresse légèrement avec 46/100 (65ᵉ, +1), se situant au-dessus de la moyenne régionale, tandis que la Côte d’Ivoire (43/100, 76ᵉ, –2) marque un recul. L’Algérie (34/100, 109ᵉ) et la Mauritanie (30/100, 130ᵉ) stagnent. 

Un enjeu démocratique majeur

Pour Transparency International, la lutte contre la corruption ne peut être dissociée du renforcement de la démocratie. « Il reste encore beaucoup à faire, plus de vingt ans après l’adoption de la Convention de l’Union africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption », rappelle Paul Banoba. L’organisation appelle à une meilleure transparence budgétaire, à l’indépendance de la justice et à la protection des lanceurs d’alerte.

Dans un contexte de transitions politiques, de tensions sociales et de pression économique, la corruption apparaît ainsi comme un facteur aggravant des crises de confiance entre États et citoyens.

Si quelques progrès sont observés, le constat est que l’Afrique subsaharienne demeure la région la plus exposée à la corruption publique dans le monde. Un signal d’alarme pour les gouvernements, mais aussi pour les partenaires internationaux engagés dans le financement du développement et des réformes institutionnelles.

A.D

10 février 2026 0 comments
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Semaine de la justice
ActuTaabolow ani Tabiaw

4e édition de la Semaine de la Justice : capitaliser les réformes pour une justice crédible

by Ibrahim Kalifa Djitteye 10 février 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

Le  Centre International de Conférence de Bamako (CICB) a accueilli, ce lundi 9 février 2026, le lancement solennel de la quatrième édition de la Semaine de la Justice, présidée par le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des Sceaux, M. Mamoudou Kassogué. L’événement a rassemblé plusieurs membres du gouvernement, des partenaires techniques et financiers, ainsi que des acteurs judiciaires et de nombreuses personnalités. Cette mobilisation illustre l’importance accordée à la justice dans le processus de consolidation institutionnelle et de restauration de la confiance citoyenne.  

Placée sous le thème « La justice à l’ère de la concrétisation et de la capitalisation des réformes », cette édition se déroulera du 9 au 14 février. Le choix de cette thématique traduit une volonté claire de mettre en avant les réformes engagées et d’en mesurer les impacts. Comme l’a rappelé le président de la commission d’organisation, Dr Aboubacar Sidiki Diarrah, « il n’y a pas de croissance sans réformes et pas de réformes sans croissance ». Cette affirmation souligne le lien indissociable entre progrès économique et modernisation institutionnelle, où la justice joue un rôle central dans la construction d’un État crédible et efficace.  

Une initiative institutionnalisée depuis 2022

Institutionnalisée en 2022 par le gouvernement de la transition, sur proposition du ministre de la Justice, la Semaine de la Justice est devenue un rendez-vous incontournable. Son objectif est de rapprocher la justice des justiciables et de promouvoir un service public plus efficace. Elle vise à renforcer la transparence et l’accessibilité, tout en contribuant à restaurer la confiance du public envers une institution souvent perçue comme distante. Les activités prévues au programme permettront d’ouvrir des espaces de dialogue et de sensibilisation, favorisant une meilleure compréhension des mécanismes judiciaires et des réformes en cours.  

Dans son discours d’ouverture, le ministre Mamoudou Kassogué a insisté sur la nécessité de rompre avec l’image d’une justice qualifiée autrefois de « grande muette ». Selon lui, cette initiative démontre que la justice est désormais une institution vivante, ouverte et accessible. Il a également rappelé que « les professionnels de la justice sont mal fondés à donner des leçons ou à prononcer des décisions de condamnation à l’encontre des citoyens si eux-mêmes sont les premiers à transgresser allègrement la loi ». Ce message fort traduit une exigence de cohérence et d’exemplarité au sein du corps judiciaire, condition essentielle pour restaurer la crédibilité de l’institution.  

Une dynamique de transparence et de proximité

Cette quatrième édition marque une étape significative dans le processus de réforme et de modernisation du système judiciaire malien. Elle s’inscrit dans une dynamique de transparence et de responsabilisation, où l’accent est mis sur la proximité avec les citoyens. En mettant en avant la capitalisation des réformes, l’événement ambitionne de consolider les acquis et de tracer les perspectives d’une justice plus crédible et plus digne de confiance. Pour les acteurs institutionnels comme pour les citoyens, cette semaine représente une opportunité de dialogue et de réflexion collective sur l’avenir de la justice au Mali. 

Au-delà des discours, cette semaine se veut un espace de rencontre et de pédagogie, où les citoyens peuvent mieux comprendre le rôle de la justice et les réformes en cours. Elle incarne une volonté politique de rendre la justice plus proche, plus transparente et plus exemplaire. En plaçant la réforme au cœur de son action, le gouvernement entend démontrer que la justice n’est pas seulement une institution de sanction, mais aussi un pilier de la cohésion sociale et du développement. La Semaine de la Justice 2026 s’annonce ainsi comme une étape décisive pour bâtir une justice accessible, crédible et respectée par tous.  

Ibrahim Kalifa Djitteye 

10 février 2026 0 comments
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Fake news
ActuLes démystificateurs du Sahel

Tribune. La post-vérité ou l’âge adulte impossible de l’humanité

by Fousseni TOGOLA 10 février 2026
written by Fousseni TOGOLA 5 minutes read

Jamais l’humanité n’a produit autant de données, de rapports et de savoirs. Jamais pourtant la vérité n’a semblé aussi fragile. À l’ère de la post-vérité, la désinformation ne relève plus de l’exception mais d’un système, nourri par les intérêts, la technologie et la guerre des récits.

Nous vivons à l’ère de l’abondance informationnelle. De 2016 à 2022, le nombre d’articles scientifiques publiés dans le monde est passé d’environ 1,9 million par an à 2,8 millions, selon une étude publiée en septembre 2023. Le volume total d’informations numériques produites – rapports institutionnels, documents techniques, études d’ONG, notes de cabinets de conseil ou de think tanks – atteint près de 913 exaoctets par an. Jamais l’humanité n’a autant écrit, documenté, chiffré. Jamais, pourtant, la vérité n’a paru aussi insaisissable.

L’ordre moral de la post-vérité

Car cette inflation documentaire ne signifie pas accumulation de savoir. Elle accompagne, au contraire, une diffusion accélérée de la désinformation. Derrière chaque rapport, chaque étude, chaque chiffre, se cachent désormais des intérêts, des stratégies, des agendas. La connaissance n’échappe plus à la logique marchande. Elle se finance, se commande, se vend. La science elle-même se voit sommée de produire des résultats compatibles avec les attentes de ses bailleurs. La vérité devient alors secondaire. Ce qui compte, c’est ce qui convainc, ce qui rassure, ce qui sert.

Dans ce monde, le mensonge n’avance plus masqué. Il se pare des atours de la vérité. La vérité, elle, se retrouve du côté du plus fort – non pas celui qui a raison, mais celui qui parle le mieux. Celui qui parle le mieux est souvent celui qui paie le plus. Ainsi se construit l’ordre moral de la post-vérité.

La célèbre maxime attribuée à Voltaire – « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire » – semble aujourd’hui avoir muté. Elle pourrait se reformuler ainsi : « Je sais que ce que vous dites est faux, mais je me battrai pour que cela soit cru comme vrai. » Tel est le serment tacite de nombreux producteurs de discours dans l’économie contemporaine de l’information.

La vérité devient bicéphale

Les données, loin d’éclairer le réel, répondent de plus en plus à des objectifs politiques, économiques ou idéologiques. La vérité est sacrifiée sur l’autel d’intérêts égoïstes. Nous entrons dans un régime de relativisme radical où une affirmation, même fausse, est défendue comme une vérité absolue par ses auteurs, tandis que ses adversaires la rejetteront même si elle est avérée. La vérité devient bicéphale, oscillant sans cesse entre croyance et rejet.

Faut-il alors donner raison à Platon, qui distinguait le monde parfait des idées et le monde imparfait des apparences ? L’accès à la vérité est devenu un combat. Non plus un chemin rationnel, mais une lutte asymétrique. Cette lutte est symptomatique de l’imperfection de notre monde. Le philosophe Karl Popper l’avait pourtant rappelé : il n’existe pas de vérité absolue en science. Il n’y a que des hypothèses provisoires, destinées à être réfutées. Nous ne faisons que nous rapprocher de la vérité sans jamais la saisir pleinement. Cette vraisemblance – cette « verisimilitude » – dit quelque chose de fondamental : notre imperfection.

Thomas Kuhn parlera de changements de paradigmes. Gaston Bachelard, « d’obstacles épistémologiques ». Ces préjugés intimes qui nous poussent à confondre opinion et vérité. Le progrès de la connaissance s’est toujours construit sur les ruines de certitudes anciennes. Mais encore faut-il accepter cette fragilité.

La pandémie du clic

Dans le champ géopolitique et militaire, la vérité alternative n’est pas une nouveauté. Elle a toujours été une arme. Sun Tzu en avait fait un principe stratégique : tromper l’adversaire, l’épuiser psychologiquement, brouiller ses repères. Ce qui a changé, c’est l’échelle. Avec Internet et les réseaux sociaux, la désinformation n’est plus l’apanage des États ou des presses militantes. Elle est devenue industrielle, virale, instantanée. Une véritable pandémie du clic.

Désormais, rapports officiels, communiqués, déclarations publiques, articles de presse eux-mêmes doivent être lus avec suspicion. Ils dissimulent souvent des intentions de nuisance ou la défense d’intérêts particuliers. L’impartialité, notamment dans le champ médiatique, tend à devenir un mot creux. Voilà la «désinformation venant d’en-haut », dont parle Myret Zaki. Chaque média est arrimé à une ligne, un financement, une vision du monde – consciemment ou non.

En Afrique comme dans toutes les zones de conflits, la guerre offre une illustration brutale de cette bataille des récits. Des rapports contradictoires s’affrontent. Certains dénoncent des violations des droits humains, d’autres les minimisent ou les contestent. Qui dit vrai ? Qui dit le contraire ? Nous sommes dans l’ère de la « géopolitique des fake news ». L’expression sûrement pas encore. 

La politique étrangère de la désinformation

Dans Gouverner par les fake news, Jacques Baud, ancien analyste du renseignement stratégique suisse, démonte les narratifs dominants des grandes crises contemporaines. Il soutient que nombre de certitudes occidentales – sur la Syrie, la Russie, le terrorisme – reposent moins sur des faits établis que sur des constructions discursives. Une politique étrangère façonnée par la désinformation.

L’humanité est malade de ses récits. Pourtant, l’antidote demeure l’esprit critique. Refuser de croire un rapport, une déclaration, un chiffre sans interroger ses auteurs, ses financeurs, ses adversaires, ses intentions. À défaut, nous continuerons à absorber des faits empoisonnés, incapables de raisonner par nous-mêmes.

La situation est d’autant plus préoccupante que les outils d’intelligence artificielle ont franchi un seuil. Désormais, chacun peut fabriquer images, vidéos, textes crédibles, depuis un simple smartphone. La « fabrique du consentement », pour reprendre Noam Chomsky et Edward Herman, est devenue accessible à tous. Elle n’épargne même pas les fact-checkeurs, parfois piégés par les narratifs qu’ils prétendent démonter, contribuant involontairement à leur diffusion.

Dans ce monde de la post-vérité, le combat pour la vérité n’est plus seulement une exigence morale. C’est une urgence démocratique.

F. Togola 

10 février 2026 0 comments
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Haval
A la UneÉconomie

Au Mali, Toguna Motors parie sur la structuration d’un marché automobile encore dominé par l’occasion

by Sahel Tribune 10 février 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Présente au Mali depuis 2015, Toguna Motors accélère son implantation sur un marché automobile encore dominé par l’importation de véhicules d’occasion. En s’appuyant sur son partenariat avec le constructeur chinois Great Wall Motor, l’entreprise mise sur une offre structurée de véhicules neufs, incluant des modèles hybrides, pour accompagner la modernisation progressive du secteur des transports et capter une demande en mutation.

Dans un contexte de recomposition du secteur automobile africain, Toguna Motors s’affirme comme l’un des principaux acteurs de la modernisation du marché malien. Présente dans le pays depuis 2015, l’entreprise s’est positionnée sur un segment encore peu exploité : celui des véhicules neufs accessibles, adossés à une offre de service après-vente et à une chaîne d’approvisionnement en pièces détachées, dans un pays où le parc automobile reste dominé par l’importation de véhicules d’occasion.

Selon une enquête publiée par la CENOZO en 2023, le parc automobile importé au Mali se caractérise par un vieillissement marqué. La direction générale des transports indique que, sur la période 2018-2021, seuls 8 % des véhicules importés avaient entre huit et dix ans, tandis que 10 % affichaient un âge compris entre 11 et 15 ans, et qu’une large majorité, soit 62 %, avaient 16 ans et plus. La douane malienne souligne par ailleurs qu’entre mai et décembre 2021, des véhicules datant des années 1980 ont encore été déclarés et dédouanés, illustrant la persistance d’importations de voitures très anciennes sur le marché national.

En s’appuyant sur son partenariat stratégique avec le constructeur chinois Great Wall Motor (GWM), Toguna Motors a introduit au Mali la gamme Haval, composée notamment des modèles H6, Jolion, Dargo, H6 GT et H9. Ces SUV couvrent plusieurs segments de prix et ciblent à la fois les particuliers urbains et les entreprises. Cette diversification permet à l’entreprise de consolider sa part de marché tout en répondant à une demande croissante pour des véhicules plus récents, mieux équipés et plus économes en carburant.

Une stratégie industrielle fondée sur l’offre et le service

La politique commerciale de Toguna Motors repose sur un double levier : l’accessibilité des prix et la sécurisation de l’usage. Dans un marché caractérisé par la méfiance vis-à-vis des nouvelles marques, l’entreprise mise sur un service après-vente structuré, la formation de techniciens et la disponibilité régulière de pièces de rechange. Cette approche vise à réduire le coût total de possession du véhicule, un critère déterminant pour les ménages comme pour les flottes professionnelles.

Au-delà des véhicules particuliers, Toguna Motors est également présente sur les segments des poids lourds, des engins agricoles, des tracteurs et des groupes électrogènes. Cette diversification industrielle lui confère une connaissance transversale des besoins de mobilité et d’équipement du tissu économique malien, allant des exploitations agricoles aux entreprises de transport.

L’électrification comme vecteur de positionnement futur

Avec l’introduction de versions hybrides de certains modèles Haval, Toguna Motors anticipe l’évolution du marché vers des motorisations plus sobres en énergie. Si le Mali ne dispose pas encore d’un cadre réglementaire structuré pour les véhicules électriques, la diffusion progressive de modèles hybrides constitue une première étape vers une transition industrielle plus large.

Cette orientation s’inscrit dans une dynamique continentale où plusieurs pays africains commencent à intégrer les véhicules hybrides et électriques dans leurs stratégies de mobilité urbaine. Pour Toguna Motors, il s’agit moins d’un pari environnemental immédiat que d’un positionnement économique à moyen terme, en vue de capter un segment de marché encore embryonnaire mais appelé à croître avec l’urbanisation et l’augmentation du pouvoir d’achat.

Un marché sous contraintes structurelles

Le développement d’une industrie automobile moderne au Mali reste toutefois confronté à plusieurs obstacles : faiblesse des infrastructures électriques, coût d’importation des véhicules neufs, absence d’incitations fiscales et dépendance logistique vis-à-vis des ports de la sous-région. À cela s’ajoute la concurrence persistante du marché informel des véhicules d’occasion, qui continue de représenter l’essentiel des ventes.

Dans ce contexte, la stratégie de Toguna Motors consiste à consolider progressivement un marché formel du véhicule neuf, en misant sur la fiabilité des produits, la structuration des services et la construction d’une relation durable avec la clientèle. À terme, l’entreprise espère accompagner l’émergence d’un écosystème automobile plus organisé, susceptible de soutenir la croissance industrielle et la modernisation du secteur des transports au Mali.

En se positionnant comme distributeur de marques internationales à vocation hybride et technologique, Toguna Motors tente ainsi de transformer une contrainte — l’étroitesse du marché — en opportunité industrielle, en préparant l’avenir d’un secteur encore largement dépendant des importations informelles et des motorisations anciennes.

A.D

10 février 2026 0 comments
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Moussa Mara
A la UnePolitique

Mali : la justice confirme en appel la condamnation de l’ex-premier ministre Moussa Mara

by Sahel Tribune 9 février 2026
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Au Mali, la Cour d’appel a confirmé, ce lundi, la condamnation de l’ancien premier ministre Moussa Mara à deux ans de prison, dont un an ferme, assortie d’une amende de 500 000 francs CFA. Une décision qui vient conforter la position des autorités de la transition, déterminées à faire respecter l’ordre institutionnel et à sanctionner toute remise en cause jugée dangereuse pour la stabilité du pays.

Déjà condamné en première instance fin octobre, Moussa Mara, en détention depuis le 1ᵉʳ août, était poursuivi pour « atteinte au crédit de l’État » et « opposition à l’autorité légitime ». La justice lui reproche un message publié sur les réseaux sociaux dans lequel il affirmait vouloir se « battre par tous les moyens » pour que le « soleil » succède à « la nuit », des propos interprétés par les magistrats comme un appel à la contestation de l’ordre établi, dans un contexte national marqué par de fortes tensions sécuritaires et politiques.

Un signal judiciaire dans un contexte sensible

Pour les autorités de la transition, cette décision s’inscrit dans une logique de fermeté assumée face à des discours susceptibles d’alimenter l’instabilité. Depuis la prise du pouvoir par les militaires, en 2020 puis 2021, Bamako souhaite rompre avec une culture d’impunité et restaurer l’autorité de l’État, notamment face aux acteurs politiques accusés de fragiliser le processus de refondation en cours.

Dans un pays confronté à une menace sécuritaire persistante, à une recomposition diplomatique régionale et à de profondes réformes institutionnelles, les autorités estiment que les appels ambigus, même formulés sur les réseaux sociaux, peuvent être perçus comme des signaux dangereux. La justice malienne a ainsi choisi de retenir une interprétation stricte des propos de l’ancien chef de gouvernement, soulignant la responsabilité particulière qui incombe aux figures publiques.

La fin d’une indulgence envers les anciens dirigeants

Ancien premier ministre sous la présidence d’Ibrahim Boubacar Keïta, Moussa Mara reste une figure clivante de la scène politique malienne. Cette condamnation marque la fin d’une indulgence longtemps accordée aux anciens responsables politiques, accusés d’avoir contribué à l’affaiblissement de l’État.

En confirmant la peine prononcée en première instance, la Cour d’appel rappelle ainsi que nul n’est au-dessus de la loi, quel que soit son passé au sommet de l’État. Une ligne défendue avec constance par le pouvoir de transition, qui fait de la restauration de l’autorité judiciaire un pilier de sa gouvernance.

Depuis 2021, les autorités maliennes affirment vouloir replacer la justice au cœur du projet de refondation nationale. L’affaire Moussa Mara s’inscrit dans cette dynamique, aux côtés d’autres procédures visant des acteurs politiques, administratifs ou économiques, présentées comme la preuve d’une volonté de rupture avec les pratiques du passé.

La rédaction 

9 février 2026 0 comments
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