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Macron–Macky Sall : l’entrevue qui brouille les lignes

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L’ancien président sénégalais fait campagne pour la tête de l’ONU avec la bienveillance de Paris — mais sans le soutien de Dakar. Une rencontre à l’Élysée qui pose autant de questions qu’elle n’apporte de réponses.

C’est une image soigneusement mise en scène, et c’est précisément là que réside le problème. Le 3 juin, Macky Sall a diffusé sur ses réseaux sociaux une photographie le montrant serrant la main d’Emmanuel Macron dans le grand escalier de l’Élysée, la veille — un cliché que l’Élysée, lui, a préféré taire. Cette asymétrie de communication en dit long sur la nature réelle de cette rencontre.

L’ancien chef de l’État sénégalais brigue le poste de secrétaire général des Nations unies, en lice pour succéder à Antonio Guterres le 1er janvier 2027. Pour asseoir sa candidature sur la scène internationale, il sollicite les capitales qui comptent. Paris, puissance permanente au Conseil de sécurité, en est une. Jusqu’ici, rien d’anormal. « Nous n’avons pas été impliqués depuis le début, même pas par l’intéressé. », avait fait savoir Bassirou Diomaye Faye en mai 2026. 

Une campagne sans mandat national

Ce qui interroge davantage, c’est le vide institutionnel que révèle cet activisme diplomatique. Le président Bassirou Diomaye Faye l’a dit sans détour début mai : son gouvernement a choisi « une posture neutre » et n’a « pas été impliqué depuis le début ». Autrement dit, Macky Sall mène une campagne internationale pour représenter — potentiellement — l’ensemble des États membres de l’ONU, sans même avoir obtenu l’aval de son propre pays.

Cette situation est pour le moins singulière. Quel poids réel peut avoir un candidat dont le pays d’origine décline de le soutenir officiellement ? La bienveillance française, aussi réelle soit-elle, ne saurait combler ce déficit de légitimité nationale.

L’Élysée n’a confirmé ni la réunion ni un éventuel soutien à la candidature. C’est Macky Sall lui-même qui a donné une dimension publique à l’entretien, transformant une rencontre discrète en argument de campagne.

Paris joue la discrétion, macky joue l’affichage

L’Élysée n’a formulé aucun commentaire. Pas de communiqué, pas de déclaration, pas même une confirmation officielle de la réunion. Ce silence choisi contraste avec l’enthousiasme médiatique de Macky Sall, qui a pris soin de diffuser la photo en français et en anglais, signalant clairement à quel public international il s’adressait.

Dans son entourage, l’élan est immédiat. Néné Tall, cadre de l’Alliance pour la République, n’a pas hésité à commenter : « Pendant ce temps, les grands hommes discutent de l’avenir du monde. » La formule, aussi maladroite que révélatrice, trahit une stratégie de valorisation par l’image plus que par le fond — un affichage de légitimité qui se substitue au débat programmatique.

Car sur le fond, que sait-on réellement de la vision onusienne de Macky Sall, au-delà de la formule — « rationaliser, simplifier, optimiser » — présentée devant l’Assemblée générale en avril ? Des principes qui sonnent plus comme un slogan de consultant que comme un projet politique pour une organisation de 193 membres.

Le pari risqué d’une image trop parisienne

Dans le contexte actuel du continent africain, où le sentiment anti-français reste vif dans plusieurs pays et où la France cherche elle-même à redéfinir sa posture en Afrique, afficher la bienveillance de l’Élysée comme un atout pourrait se révéler une stratégie à double tranchant. Si elle peut séduire certaines chancelleries occidentales, elle risque d’alimenter la méfiance de nombreux États du Sud global — bloc de voix crucial dans toute élection à l’ONU.

Macky Sall devra arbitrer entre deux logiques contradictoires : celle qui consiste à capitaliser sur des réseaux franco-africains bien entretenus, et celle qui exige de se présenter comme un candidat du monde entier, au-delà des alignements historiques. Pour l’heure, l’image de l’escalier de l’Élysée penche clairement du premier côté.

A.D


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