Situation confuse en Guinée : faut-il parler de coup d’État ou de contrecoup d’État contre Alpha Condé ?

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Situation confuse en Guinée-Conakry : le Président Alpha Condé a été mis aux arrêts ce dimanche 5 septembre 2021. Des soldats des forces spéciales, dirigés par le Colonel Mamady Doumbouya, ont annoncé à la télévision nationale la dissolution de la Constitution guinéenne et celle du gouvernement. Les frontières terrestres et aériennes sont fermées jusqu’à nouvel ordre, ont-ils déclaré. Professeur de droit à l’Université des sciences juridiques et politiques de Bamako, le fulgurant constitutionnaliste Dr Brahima Fomba, contacté par Sahel Tribune, pense qu’il s’agit d’un contrecoup d’État contre « un putschiste constitutionnel ». Opinion.

« La Guinée vivait déjà sous le régime du célèbre coup d’État constitutionnel. Ce Coup d’État en République de Guinée est perpétré impunément par Alpha Condé à travers, notamment, sa révision inconstitutionnelle de la Constitution. Va-t-on oublier cela alors que c’était juste en 2020 ? Le coup d’État constitutionnel du Président Alpha Condé s’inscrit parfaitement dans les standards de bannissement juridique fixés par le Protocole de la Cédéao et par la Charte africaine sur la démocratie et les élections — pour ne s’en tenir qu’à ces instruments juridiques de mise en quarantaine des procédés inconstitutionnels d’accès ou de maintien au pouvoir.

Qu’ont-ils fait ? Ont-ils eu le courage de condamner ou sanctionner cette révision constitutionnelle d’Alpha Condé ? Non. Ce que la Cédeao, l’Union africaine — leurs États membres — et ce que, de façon générale, Communauté internationale, ont refusé, au mépris de leurs propres engagements conventionnels, de condamner et surtout de sanctionner, vient d’être corrigé de facto, ce 5 septembre 2021, par les militaires guinéens.

Dans une large mesure, l’indifférence de ce beau monde de la Communauté internationale à la morale démocratique de deux poids deux mesures et cynique face à la misère démocratique du peuple de Guinée, légitime ainsi ce nouveau coup de force guinéen. Dans le fond, ce coup d’État militaire s’avère le contrecoup d’État à un putschiste constitutionnel : le Président Alpha Condé. »

Dr Brahima Fomba

Sahel Tribune
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