Après les attaques coordonnées du 25 avril 2026, le président de la Transition, le général Assimi Goïta, a décidé de prendre personnellement la tête du ministère de la Défense. Une décision qui marque un nouveau palier dans la lutte contre l’insécurité et la quête de la souveraineté nationale.
Dans son adresse à la nation, le 28 avril, à la suite des attaques coordonnées, simultanées, coordonnées et complexes du 25 avril 2026 qui ont endeuillé plusieurs villes du Mali, le président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, avait déclaré : « C’est plus que jamais le moment de faire confiance à vos Forces armées et de sécurité engagée dans une lutte complexe, contre le terrorisme. Les opérations se poursuivront jusqu’à la neutralisation complète des groupes impliqués et le rétablissement durable de la sécurité sur l’ensemble du territoire national. »
Une semaine après cette déclaration, le chef suprême des armées a décidé d’assumer personnellement le portefeuille de la Défense et des Anciens combattants. Une décision officialisée par décret, lu à la télévision nationale ORTM par le secrétaire général de la présidence, Alfousseyni Diawara. Dans le même mouvement, le général de division Oumar Diarra, jusque-là chef d’état-major général des armées, a été nommé ministre délégué auprès de la Défense.
Une centralisation du commandement face à une menace accrue
La décision intervient dans un contexte sécuritaire particulièrement tendu, marqué par des attaques simultanées ayant ciblé Bamako, Kati, Konna, Sévaré, Kidal et Gao, et coûté la vie à l’ancien ministre de la Défense, Sadio Camara. En se plaçant directement à la tête de l’appareil militaire, le général d’armée Assimi Goïta opère une centralisation du commandement qui vise à renforcer la réactivité opérationnelle et la cohérence stratégique des Forces armées maliennes. Cette décision pourrait être motivée par la volonté d’éviter toute rupture dans la dynamique déjà enclenchée au sein des forces armées maliennes et évité toute décision qui pourrait entraîner une certaine dissension dans les rangs de l’outil de défense dans un contexte si particulier de la vie de la nation malienne.
En tant que Président du Conseil supérieur de la défense, en plus d’être militaire de terrain ayant combattu contre cette menace terroriste des années durant, le président de la transition est le mieux indiqué pour conduire les opérations avec l’assistance de l’ex-chef d’État major général des armées. Le général Goïta, pour qui la sécurité occupe la priorité numéro un, est en terrain connu. Cette nouvelle mission à côté de la fonction de chef de l’État devait suffire à prouver au peuple malien le degré de patriotisme du chef suprême des armées. Car l’occupation de la fonction de ministre de la Défense constitue, à n’en pas douter un véritable sacrifice pour la sécurité et le développement national. Le président de la transition a montré la voie. Au peuple malien de suivre l’exemple. « Nous devons garder à l’esprit que c’est dans l’épreuve qu’une nation doit conforter sa cohésion et son unité. Un sursaut national est aujourd’hui indispensable et nous devons, tous comme un seul homme, nous ériger contre la division et la fracture sociale. », a expliqué le chef de l’État dans son adresse à la nation. Chacun, dans son domaine et selon ses expertises, doit apporter sa pierre à l’édifice national. A l’heure de la mobilisation, aucun fils ne doit rester en marge.
Restaurer l’autorité et la confiance
Dans un pays confronté à des menaces asymétriques et à des attaques coordonnées d’envergure, cette concentration des responsabilités entre les mains du chef suprême des armées peut être interprétée comme une réponse à l’urgence. Elle permet d’accélérer la prise de décision et de réduire les délais entre l’analyse du renseignement et l’action sur le terrain.
Au-delà de l’impératif opérationnel, cette nomination revêt également une portée politique. En assumant personnellement la Défense, le chef de l’État envoie un signal fort de responsabilité et d’engagement. Dans un contexte marqué par le choc des attaques et la perte d’un pilier du dispositif sécuritaire, il s’agit de restaurer la confiance des populations et de réaffirmer l’autorité de l’État, tout en honorant la mémoire de l’illustre disparu.
Ce choix s’inscrit aussi dans une tradition observée dans plusieurs pays en période de crise, où les chefs d’État prennent directement en main les questions de sécurité nationale afin de mobiliser l’ensemble des leviers de puissance publique. Selon le président de la transition, « sans la sécurité, il ne saurait y avoir et sans développement il ne saurait y avoir de sécurité ». Les deux restent interdépendants. C’est pourquoi il est important pour lui de mobiliser tous les outils pour restaurer la sécurité sur l’ensemble du territoire pour l’émergence du Mali Koura.
Un tandem militaire pour piloter la riposte
La nomination du général Oumar Diarra comme ministre délégué vient compléter ce dispositif. Officier expérimenté et ancien chef d’état-major général des armées, il apporte une expertise technique et opérationnelle essentielle à la conduite des opérations. Le tandem formé avec le général d’armée Assimi Goïta permet ainsi de conjuguer vision stratégique au sommet de l’État et gestion quotidienne des opérations militaires.
Le positionnement protocolaire du ministre délégué, placé juste après les ministres d’État, souligne l’importance accordée à la Défense dans l’architecture gouvernementale actuelle. Dans le plan d’action du gouvernement (PAG) Abdoulaye Maïga, présenté le 16 mai 2025, la sécurité et la défense vient en première ligne. Le nouveau gouvernement s’est engagé à poursuivre la montée en puissance de l’armée malienne à travers le recrutement massif de soldats, la modernisation des infrastructures, le déploiement militaire sur l’ensemble du territoire, la construction des hôpitaux militaires, des mémoriaux et des équipements sophistiqués. Cette réorganisation s’inscrit dans la doctrine souverainiste défendue par les autorités de la Transition. En internalisant davantage la conduite des opérations militaires et en renforçant la chaîne de commandement nationale, Bamako entend affirmer son autonomie stratégique dans la lutte contre le terrorisme.
Si ce choix concentre les pouvoirs, il engage aussi directement la responsabilité politique du chef de l’État sur les résultats obtenus sur le terrain. Dans un contexte de guerre prolongée, il marque une volonté d’assumer pleinement la conduite de la défense nationale et de répondre, sans intermédiaire, aux défis sécuritaires auxquels le Mali reste confronté.
Le président de la transition a planté le décor depuis son investiture le 7 juin 2021. Dans son discours, il avait affirmé : « Aujourd’hui, nous avons une responsabilité historique : celle de transcender nos divergences pour sécuriser notre pays, pour préserver son intégrité territoriale et pour créer les conditions d’un développement socioéconomique nous permettant d’offrir un avenir meilleur à notre postérité. ». Ces propos n’avaient acquis une pertinence aussi particulière qu’en ce contexte de guerre asymétrique et hybride contre le Mali.
Oumarou Fomba
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