À la veille de la fête de Tabaski, les autorités de la Transition ont remis kits alimentaires et béliers aux veuves et aux blessés des chauffeurs de citernes victimes d’attaques terroristes. Une cérémonie sobre et chargée de symbolique, qui confirme la volonté du président Goïta d’étendre la reconnaissance nationale au-delà du seul monde militaire.
Ce samedi 23 mai 2026, le terrain de football du camp Digue de NTomikorobougou, en commune III du District de Bamako, a revêtu ses habits de cérémonie. C’est là, dans ce quartier populaire de la capitale malienne, que les autorités de la Transition ont choisi d’organiser la remise de kits alimentaires et de béliers aux veuves des chauffeurs de citernes tués lors d’attaques terroristes, ainsi qu’aux conducteurs blessés dans l’exercice de leur mission.
La cérémonie, présidée par Aguibou Dembélé, Conseiller spécial du président de la Transition, chargé des œuvres sociales, le Général d’armée Assimi Goïta, s’est ouverte par une minute de silence à la mémoire des disparus. Une image forte, dans un pays où les chauffeurs de camions-citernes bravent chaque jour des routes minées et des embuscades terroristes pour assurer l’approvisionnement du territoire national en carburant et en vivres. Cinquante-trois familles ont reçu chacune un bélier, un sac de riz de 50 kg et un bidon d’huile de 20 litres, à l’occasion de la fête de Tabaski, annoncée pour mercredi 27 mai prochain.
Les «soldats de la route» élevés au rang de héros nationaux
Le geste est symboliquement fort. En assimilant les chauffeurs de citernes aux combattants des Forces armées maliennes, la Transition franchit un cap dans sa vision de la solidarité nationale. «Au même titre que les veuves des militaires et des paramilitaires, celles des chauffeurs ne seront point oubliées», a rappelé le Conseiller spécial Aguibou Dembélé, soulignant le rôle «prépondérant» de ces hommes dans la «reconstruction nationale».
La formule «soldats de la route», utilisée lors de la cérémonie, résume à elle seule l’évolution du regard officiel sur cette catégorie de travailleurs longtemps invisible. Dans un pays où de nombreuses régions dépendent entièrement des convois routiers pour leur approvisionnement — en carburant pour les générateurs, en denrées alimentaires, en matériaux de construction — les chauffeurs de citernes occupent une place stratégique dans l’économie de guerre malienne. « Nous ne sommes point surpris par ce geste. Depuis son arrivée au pouvoir, le Président de la Transition se bat pour le bien-être des Maliens. », a témoigné le Président du Conseil malien des transports routiers (CMTR), Youssouf Traoré.
Un État qui assume sa dette envers les siens
La présence de plusieurs membres du gouvernement à cette cérémonie — le ministre de l’Industrie et du Commerce, Mme le ministre des Transports et des Infrastructures, le représentant du Gouverneur du District de Bamako, la Directrice de l’économie sociale et solidaire — traduit l’attention que les plus hautes autorités portent à ce secteur. Le maire de la commune III a rendu hommage aux chauffeurs disparus, et assuré que «la nation reconnaissante n’oubliera jamais ses martyrs».
Mme Dembélé Madina Sissoko, qui conduisait une partie de la délégation, a exhorté les chauffeurs à «ne jamais se décourager» et à poursuivre leur mission d’approvisionnement du pays «avec le même engagement». Elle a appelé les familles à l’«union sacrée autour de la patrie en cette période difficile», une formule qui résonne comme un appel à la résilience collective face aux défis sécuritaires que traverse le Mali. « Nous avons toujours bénéficié de l’appui des autorités maliennes, de notre prise en charge jusqu’à notre guérison et même après. Nous rassurons les autorités de notre accompagnement sans faille. », a déclaré Oumar Bengaly, porte-parole des chauffeurs blessés.
En effet, ce geste de Tabaski n’est pas le premier témoignage de reconnaissance de l’État malien envers ces travailleurs de l’ombre. Le 5 décembre 2025, le président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, avait présidé en personne, au Palais de Koulouba, une cérémonie solennelle de remise de décorations aux opérateurs pétroliers, responsables syndicaux et chauffeurs ayant activement soutenu l’État durant la crise des hydrocarbures. Les chauffeurs blessés avaient reçu la Médaille du Mérite National avec étoile d’argent et effigie Lion Debout, tandis que des distinctions à titre posthume avaient été décernées aux chauffeurs décédés lors des convois d’approvisionnement. Le Grand Chancelier des Ordres Nationaux, le Général Amadou Sagafourou Guèye, les avait alors qualifiés de « héros silencieux », saluant des hommes qui avaient « pris les routes, au péril de leurs vies, pour soulager leur peuple ».
La remise de kits alimentaires ce 23 mai s’inscrit dans la continuité directe de cet engagement solennel : non pas un geste isolé dicté par le calendrier des fêtes, mais la confirmation d’une doctrine — celle d’un État qui honore les siens dans la durée.
La voix des bénéficiaires : gratitude et espoir
Rokia Traoré, porte-parole des veuves bénéficiaires, a exprimé la gratitude des familles à l’égard du président Goïta, formulant des vœux pour le repos éternel des défunts et un prompt rétablissement aux blessés. Ses mots, simples et dignes, ont résumé l’état d’esprit d’une assistance mêlée de deuil et de reconnaissance.
Car derrière chaque bélier remis cet après-midi, il y a une famille qui a perdu son soutien de famille sur une route du Mali profond. Des hommes ordinaires accompli d’un acte extraordinaire : continuer à conduire malgré les mines, les embuscades et la peur. La cérémonie de NTomikorobougou dit, à sa façon, que cet acte n’est pas passé inaperçu.
Une vision de la solidarité nationale élargie
Au-delà du geste matériel, la cérémonie de ce samedi illustre une vision politique claire : celle d’un État qui étend le périmètre de sa reconnaissance à tous ceux qui contribuent, par leur travail et leurs sacrifices, à la survie de la nation. Les chauffeurs de citernes ne sont pas des combattants au sens militaire du terme. Mais dans le contexte malien, où couper les voies d’approvisionnement est une stratégie des groupes armés, ils se retrouvent en première ligne d’une guerre économique et logistique dont peu mesurent l’intensité.
Le fonds permettant de financer ces œuvres sociales — dont Aguibou Dembélé a expliqué la provenance aux bénéficiaires — témoigne d’une volonté institutionnalisée, et non conjoncturelle, d’accompagner les victimes civiles du conflit. Un signal fort, à quelques jours d’une Tabaski que ces familles célèbreront le cœur encore lourd, mais la dignité préservée.
Chiencoro Diarra
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