Reçu en audience par le ministre malien de la Culture, le réalisateur sénégalais Kalidou Sy a présenté son documentaire consacré à Yambo Ouologuem, figure aussi majeure que controversée de la littérature africaine. Sa projection officielle à Bamako s’inscrit dans une dynamique plus large de réappropriation mémorielle et de valorisation du patrimoine intellectuel national.
À Bamako, le destin littéraire de Yambo Ouologuem revient au cœur de l’agenda culturel. Le réalisateur sénégalais Kalidou Sy a été reçu en audience, le 30 mars, par le ministre malien de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, à la veille de la projection de son film documentaire Yambo Ouologuem : la blessure.
Accompagné de l’initiateur de la tournée nationale du film, Tiambel Guimbayara, le cinéaste est venu présenter au ministre les contours de cette œuvre consacrée à l’un des écrivains africains les plus marquants du XXᵉ siècle.
Une projection à forte portée symbolique
Prévue le 31 mars au Centre International de Conférences de Bamako, la projection officielle du documentaire doit se tenir sous la présidence du Premier ministre Abdoulaye Maïga.
Bien au-delà d’un simple événement culturel, cette initiative s’inscrit dans une volonté affirmée des autorités maliennes de revisiter l’héritage de Ouologuem. Auteur du roman Le Devoir de violence, publié en 1968 et couronné la même année par le prestigieux prix Renaudot, l’écrivain avait vu sa carrière brutalement freinée par des accusations de plagiat, qui l’avaient conduit à un long retrait de la scène littéraire.
C’est au cours du Conseil des ministres du mercredi 11 mars 2026 que le gouvernement a annoncé l’organisation prochaine de cette tournée nationale de projection de ce film documentaire consacré à l’écrivain Yambo Ouologuem. Cette tournée qui a débuté le 26 mars dernier s’achevra ce 31 mars 2026 à Bamako, avec la projection prévue cet après-midi.
Une œuvre pour rouvrir le débat
Avec Yambo Ouologuem : la blessure, Kalidou Sy propose une relecture critique du parcours singulier de l’écrivain, entre consécration internationale et marginalisation. Le documentaire ambitionne de replacer l’écrivain dans son contexte historique et intellectuel, tout en interrogeant les conditions de reconnaissance des auteurs africains sur la scène mondiale.
Lors de l’audience, les porteurs du projet ont exprimé leur gratitude aux autorités maliennes pour leur soutien. Il ont souligné l’importance de cette projection nationale dans le processus de redécouverte de l’œuvre de Ouologuem.
Une réappropriation culturelle assumée
Pour Mamou Daffé, cette initiative dépasse le cadre artistique. Elle participe d’un travail de mémoire et de réappropriation culturelle, dans un contexte où le Mali cherche à valoriser ses grandes figures intellectuelles.
Le ministre a salué l’engagement du réalisateur, tout en estimant que cette démarche contribue à « redorer l’image » d’un écrivain longtemps controversé. Il a également insisté sur la nécessité de proposer une lecture plus nuancée de son parcours.
Une figure au cœur des enjeux contemporains
Plus d’un demi-siècle après la publication du Devoir de violence, le cas Ouologuem continue de susciter débats et interrogations. À travers cette projection, Bamako entend non seulement rendre hommage à l’écrivain, mais aussi ouvrir un espace de réflexion sur la place de la littérature africaine, la mémoire et les mécanismes de reconnaissance culturelle.
Dans un contexte de redéfinition des politiques culturelles, cette initiative est le signal d’un État désireux de reprendre la main sur son récit intellectuel et de réhabiliter ses figures majeures, au-delà des controverses.
Ce chantier de la revalorisation des figures majeures du pays a été ouvert avec la redénomination de plusieurs voies publiques et espaces publics, qui portent désormais le nom des héros nationaux.
Chiencoro Diarra
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