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Biennale Artistique et Culturelle Tombouctou
ActuSeko ni Donko

Biennale Artistique et Culturelle Tombouctou : les orchestres régionaux de Kayes et Kidal ouvrent la série des concerts 

by Ibrahim Kalifa Djitteye 20 décembre 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

La salle Ali Farka Touré de Tombouctou a vibré ce vendredi 19 décembre 2025 lors du lancement officiel des concerts des troupes régionales. Présidée par le Ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, la cérémonie a réuni plusieurs gouverneurs de région et un public nombreux. Cet événement a marqué une étape importante pour la promotion culturelle nationale, inscrivant Tombouctou comme un lieu central de rayonnement artistique et institutionnel.  

La présence des autorités locales et régionales a donné une dimension officielle et solennelle à cette rencontre. Elle a illustré la volonté du gouvernement de soutenir la culture comme vecteur de cohésion sociale et de développement. Le ministre Mamou Daffé a rappelé l’engagement de son département à valoriser les traditions musicales tout en encourageant l’innovation. Ce lancement s’est imposé comme un symbole fort de reconnaissance et de dynamisme culturel au service de l’unité nationale.  

Biennale Artistique et Culturelle Tombouctou, arrivée du ministre
L’accueil du ministre Mamlou Daffé pour les séries de concerts ouvertes par les troupes de Kayes et Kidal, le 19 décembre 2025, lors de la biennale Artistique et Culturelle de Tombouctou. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Une cérémonie institutionnelle et fédératrice

Les orchestres régionaux de Kayes et Kidal ont ouvert la soirée avec des prestations remarquées. Kayes a interprété huit morceaux, tandis que Kidal en a proposé dix, mêlant rythmes traditionnels et touches modernes. Le public a été séduit par cette fusion entre héritage musical et créativité contemporaine. Ces performances ont donné le ton à une série musicale qui met en lumière la richesse artistique des régions et la vitalité des expressions locales, confirmant la diversité comme moteur de cohésion et de dialogue.  

La salle Ali Farka Touré, haut lieu de culture à Tombouctou, a offert un cadre idéal pour cette rencontre. L’acoustique et l’ambiance chaleureuse ont permis aux orchestres de transmettre toute la puissance de leurs compositions. Le public, composé de citoyens, d’artistes et de responsables institutionnels, a répondu avec enthousiasme. Les applaudissements nourris ont confirmé l’attente et l’intérêt suscités par cette série musicale, qui s’annonce comme un rendez-vous incontournable pour la valorisation des talents régionaux et la promotion culturelle nationale.  

Biennale Artistique et Culturelle Tombouctou 2025
Les autorités et légitimités traditionnelles de la région de Tombouctou, le 19 décembre 2025, lors de la biennale Artistique et Culturelle de Tombouctou. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

La musique comme langage universel

Au-delà des prestations musicales, l’événement a porté un message d’unité nationale. En réunissant des troupes venues de régions différentes, la cérémonie a mis en avant la diversité comme richesse et moteur de cohésion. Les orchestres de Kayes et Kidal ont montré que, malgré les spécificités locales, la musique demeure un langage universel capable de rapprocher les communautés. Cette dynamique illustre la volonté des autorités de promouvoir une identité culturelle partagée et de renforcer la paix par la culture.  

Le lancement des concerts régionaux ouvre la voie à une série de représentations qui mettront en lumière d’autres ensembles artistiques du pays. Chaque région aura l’occasion de présenter ses particularités musicales, contribuant à un panorama national riche et varié. Cette initiative s’inscrit dans une stratégie de valorisation des cultures locales et de soutien aux artistes. Elle vise également à renforcer la visibilité des régions sur la scène nationale, en leur offrant un espace d’expression institutionnel et populaire.  

Biennale Artistique et Culturelle Tombouctou, Troupe Kayes et Kidal
Les acteurs culturels lors de l’ouverture des séries de concerts par les troupes de Kayes et Kidal, le 19 décembre 2025, lors de la biennale Artistique et Culturelle de Tombouctou. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Ibrahim Kalifa Djitteye, envoyé spécial à Tombouctou 

20 décembre 2025 0 comments
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Ouverture du Forum mondial des civilisations
A la UneTaabolow ani Tabiaw

Forum mondial des civilisations Tombouctou 2025 : une rencontre internationale pour la prospérité partagée 

by Ibrahim Kalifa Djitteye 20 décembre 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

Le Forum mondial des civilisations s’est ouvert ce vendredi 19 décembre 2025 dans la cité des 333 Saints, sous le thème « Dialogue, Paix et Prospérité partagée ». Placée sous le haut patronage du président de la transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, la cérémonie d’ouverture a été présidée par le Ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, M. Mamou Daffé, en présence des autorités locales, coutumières et universitaires.  

La cérémonie a réuni le Gouverneur de Tombouctou, le Contrôleur principal de Police Bakoun Kanté, ainsi que des autorités administratives, politiques et coutumières. Universitaires et chercheurs venus de plusieurs pays ont également pris part à cette rencontre, confirmant la portée internationale de l’événement. Ce rendez-vous s’inscrit dans le cadre de la Biennale Artistique et Culturelle, se tient du 19 au 20 décembre, consolidant Tombouctou comme capitale mondiale du dialogue interculturel.  

Forum mondial des civilisations à Tombouctou
Les autorités administratives et légitimités traditionnelles au Forum mondial des civilisations, à Tombouctou, le 19 décembre 2025. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Tombouctou, mémoire universelle

Ville inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, Tombouctou fut du XIVe au XVIe siècle l’un des plus grands centres intellectuels du monde, accueillant près de 25 000 étudiants et érudits. Ses bibliothèques, riches de plus de 300 000 manuscrits, témoignent encore de son génie africain. Carrefour du commerce transsaharien, la cité incarne depuis des siècles l’hospitalité, la tolérance et l’échange pacifique. Ce Forum marque le retour de son rayonnement universel et de son rôle de gardienne de la mémoire collective.  

Le Forum s’inspire des traditions endogènes de médiation et de cohésion sociale du Mali, telles que le Bulon (vestibule de décision), le Toguna (case à palabres) et la Tente touareg, symboles de dialogue et d’hospitalité. Ces instruments ancestraux, porteurs de valeurs de solidarité et de vivre-ensemble, constituent une source d’inspiration pour bâtir un monde plus pacifique. Ils rappellent que la culture malienne, profondément enracinée, peut éclairer les défis contemporains et offrir des solutions universelles.  

Forum mondial des civilisations
Les Forces de Défense et de Sécurité au Forum mondial des civilisations, à Tombouctou, le 19 décembre 2025. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Objectifs et portée du Forum

Le Forum mondial des civilisations ambitionne de promouvoir la diversité culturelle comme levier de développement et de consolider la solidarité internationale. Ses objectifs clés sont clairs : éliminer les discriminations, favoriser la confiance mutuelle et renforcer la coopération durable. Les travaux aboutiront à la Déclaration de Tombouctou, un engagement collectif pour un monde où les civilisations ne se livrent pas à la compétition mais à la complémentarité, au service de la paix et de la prospérité partagée.  

Juste après la cérémonie d’ouverture, le Pr Ibrahima Wanea prononcé la conférence introductive, donnant le ton aux débats. Le premier panel, animé par le Pr Ibrahim Iba N’Diaye et le Pr Yacouba Konaté, sous la modération du Dr Mamadou Dia, s’est tenu sur le thème « Dialogue interculturel, facteur de paix et de prospérité ». Les échanges ont mis en lumière la nécessité de bâtir des ponts entre cultures pour favoriser la stabilité et le développement.  

Forum mondial des civilisations
Le ministre Mamou Daffé, au Forum mondial des civilisations de Tombouctou, le 19 décembre 2025. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Une décolonisation des esprits

Les interventions ont insisté sur l’importance de la décolonisation mentale et du « déparasitage » des esprits, condition essentielle pour construire des institutions reflétant les réalités africaines. Le Pr Ibrahima Ndiaye du Sénégal a rappelé que seule une prise de conscience collective permettra d’asseoir des structures solides, adaptées aux besoins des peuples. Ce message a résonné fortement auprès des participants, qui ont reconnu l’urgence d’une réforme intellectuelle et culturelle pour garantir une prospérité partagée.  

Lors de son allocution à l’ouverture du Forum mondial des civilisations, le Ministre Mamou Daffé a insisté sur la force de la culture, qu’il considère comme un moteur de résilience et de renaissance. Selon lui, « la culture n’est pas un luxe, elle est une force, une résistance et une promesse ». Il a également magnifié le rôle historique et universel de Tombouctou, décrite comme une « ville-monde, une ville-mémoire, une ville-lumière », capable d’illuminer encore le monde par son rayonnement culturel.

En accueillant le Forum mondial des civilisations, Tombouctou réaffirme son rôle de capitale universelle du savoir et du dialogue. Ce rendez-vous inscrit dans l’Année de la Culture marque le retour de l’âge d’or de la culture malienne et ouvre une nouvelle ère de coopération internationale. Depuis Tombouctou, le message est clair : le Mali est debout, sa culture est vivante, et son avenir commence ici, au service de la paix et de la prospérité partagée.  

Ibrahim Kalifa Djitteye, envoyé spécial à Tombouctou 

20 décembre 2025 0 comments
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Les présidents des pays de l'AES
A la UneAnalyses

Sommet de Bamako : Le bilan de l’An I de la Confédération des États du Sahel

by Sahel Tribune 20 décembre 2025
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Un an après la création de la Confédération des États du Sahel (AES), le Mali, le Burkina Faso et le Niger s’apprêtent à tenir à Bamako un sommet décisif. Sous la présidence d’Assimi Goïta, l’organisation a multiplié les initiatives – passeport commun, opérations militaires conjointes, création d’une banque régionale – tout en révélant ses fragilités : dépendance sécuritaire, isolement diplomatique, absence de calendrier politique. La désignation du prochain président de la Confédération, fin décembre, sera un test crucial de sa cohésion et de sa crédibilité.

À la veille du deuxième sommet des chefs d’État de l’Alliance des États du Sahel (AES), Bamako s’apprête à accueillir un rendez-vous décisif pour l’avenir de la jeune confédération. Dix-huit mois après sa création, l’organisation régionale fondée par le Mali, le Burkina Faso et le Niger a franchi plusieurs étapes symboliques et institutionnelles, tout en révélant les limites d’une intégration encore fragile.

Une année charnière pour l’intégration sahélienne

Le 6 juillet 2024, à Niamey, le général Assimi Goïta, président de la transition malienne, devenait le premier chef de la Confédération des États du Sahel (AES). Un an et demi après la signature de la Charte du Liptako-Gourma – texte fondateur de cette union politique et sécuritaire – l’organisation voulait passer des discours à l’action.

À la fin de 2025, le bilan de cette première année laisse entrevoir des avancées notables, notamment dans la coordination militaire et la structuration institutionnelle, mais aussi des zones d’ombre persistantes.

Alors que les 22 et 23 décembre 2025, Bamako accueillera le deuxième sommet des chefs d’État, la question de la succession du président Goïta cristallise les enjeux d’un espace politique en quête d’équilibre.

Sécurité : du concept à l’action

L’AES est née d’une urgence : faire face à la menace djihadiste sans dépendre des dispositifs occidentaux. Sous la présidence Goïta, cette promesse s’est concrétisée par la mise en place d’une Force unifiée de 5 000 soldats, dotée d’un État-major à Niamey et d’un poste de commandement à Gao.

L’opération YERE-KO 2, conduite du 24 février au 6 mars 2025, a constitué le point d’orgue de cette montée en puissance. Pour la première fois, des unités maliennes, burkinabè et nigériennes ont mené des actions coordonnées de grande ampleur dans la zone des trois frontières, détruisant des bases terroristes et saisissant du matériel logistique.

Cette opération a donné corps au projet confédéral : celui d’une autonomie sécuritaire, soutenue par un appui logistique russe et par la mutualisation progressive des moyens aériens.

Mais le dispositif reste inachevé. Les forces n’ont pas encore atteint la pleine capacité opérationnelle, les chaînes de commandement intégrées se heurtent à des problèmes d’interopérabilité, et la dépendance à l’appui extérieur – notamment russe – soulève des inquiétudes sur la durabilité de cette souveraineté militaire.

Diplomatie : l’affirmation d’une identité confédérale

Sur le plan diplomatique, la présidence Goïta a transformé les symboles en instruments de cohésion. L’AES dispose désormais de son drapeau, son hymne (« La Confédérale »), son passeport et sa carte d’identité biométrique. Ces innovations, saluées à Bamako comme les marques d’une souveraineté retrouvée, donnent à l’organisation une visibilité nouvelle sur la scène régionale.

Les passeports AES, conformes aux normes de l’OACI, ont été délivrés par dizaines de milliers, et la carte d’identité confédérale, lancée début décembre, illustre la volonté d’inclusion sociale et d’intégration citoyenne.

En revanche, la diplomatie régionale reste hésitante. Les tentatives de rapprochement avec la CEDEAO, amorcées au printemps 2025, se sont rapidement essoufflées. Le dialogue suspendu depuis l’été témoigne de la persistance d’un fossé politique entre l’AES et l’organisation ouest-africaine, malgré un « élan positif » initial.

À l’extérieur, l’AES s’est rapprochée de la Russie, de la Chine et de la Turquie, mais ces alliances restent largement asymétriques et renforcent la dépendance de l’espace sahélien à de nouveaux partenaires non africains.

Développement : les premiers jalons économiques

L’un des succès les plus tangibles de la présidence Goïta réside dans la création d’outils financiers inédits. La Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), lancée en décembre 2025 avec un capital de 500 milliards de FCFA, vise à financer les grands projets d’infrastructure et à réduire la dépendance vis-à-vis des bailleurs extérieurs. Un fonds de stabilisation économique et un code douanier commun ont également été adoptés, ouvrant la voie à un futur espace commercial intégré.

Mais ces avancées demeurent fragiles : la monnaie commune reste à l’état de projet, et la dépendance au franc CFA limite l’autonomie financière de la Confédération.
Le rêve d’une « souveraineté économique » est encore loin de la réalité.

Des institutions qui se cherchent

L’AES a structuré son fonctionnement autour d’un Conseil des ministres, de réunions sectorielles régulières et d’une présidence tournante annuelle. Ce schéma institutionnel, inspiré des modèles régionaux, a permis d’instaurer un début de coordination.

Mais l’équilibre entre les trois États reste précaire. La question de la succession présidentielle, initialement prévue pour juillet 2025 mais repoussée à décembre, illustre ces tensions latentes.

Traoré ou Tiani : le choix de Bamako

Le sommet de Bamako doit désigner le successeur d’Assimi Goïta. Deux profils se dessinent : le capitaine Ibrahim Traoré, jeune dirigeant burkinabè porté par une forte popularité, et le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, considéré comme le plus expérimenté des trois.

Le premier incarne une génération montante et un discours de rupture ; le second, une approche sécuritaire et institutionnelle. Le choix entre ces deux figures aura valeur de test : la Confédération est-elle capable d’assurer une rotation équilibrée du pouvoir, ou tombera-t-elle dans la logique d’une direction personnalisée concentrée entre Bamako et Niamey ?

Un modèle alternatif, mais encore fragile

En un an, l’AES a donné naissance à une architecture politique et sécuritaire inédite en Afrique de l’Ouest. Mais elle reste dépendante d’un triangle de régimes militaires sans calendrier de transition démocratique. Son succès repose désormais sur sa capacité à se doter d’institutions stables et à transformer son discours souverainiste en résultats tangibles pour les populations.

À Bamako, les chefs d’État du Sahel tenteront de prouver que leur confédération n’est pas qu’une alliance de circonstance. Leur défi : montrer qu’au-delà de la rupture avec la CEDEAO, l’AES peut devenir un modèle africain d’intégration politique, sécuritaire et économique, et non un simple front commun contre l’isolement diplomatique.

Chiencoro Diarra 

20 décembre 2025 0 comments
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AES-BRICS
A la UnePolitique

AES–BRICS : Le grand pari sahélien de la multipolarité

by Sahel Tribune 20 décembre 2025
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Entre Niamey, Moscou et Pékin, la Confédération des États du Sahel explore une convergence stratégique avec le bloc BRICS, portée par la Russie et l’idée d’un nouvel ordre mondial.

Et si l’avenir du Sahel se jouait désormais dans les capitales du Sud global ? Depuis plusieurs mois, la Confédération des États du Sahel (AES) – qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger – multiplie les signaux en direction du bloc BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud, rejoints depuis 2024 par l’Iran, l’Égypte ou encore l’Éthiopie). 

Entre rejet de la tutelle occidentale et quête d’autonomie stratégique, les deux projets se rejoignent dans une ambition commune : bâtir un ordre mondial multipolaire fondé sur la coopération Sud-Sud.

« Les BRICS offrent une alternative  constructive »

Le ton a été donné en avril 2025, lorsque le chef de la diplomatie burkinabè, Karamoko Jean Marie Traoré, déclarait à l’agence russe RIA Novosti que « l’AES défend la multipolarité » et qu’un partenariat avec les BRICS représenterait « un levier supplémentaire pour les nations longtemps marginalisées ». Avant, au 2ème sommet Russie-Afrique, à Saint-Pétersburg, en Russie, en 2023, le Président malien, le général Assimi Goïta, a exprimé son soutien à l’initiative des BRICS, dont le rôle doit s’amplifier au profit du continent africain. Selon ses explications, « […] Les BRICS constituent un réel espoir de soustraire nos pays d’un ordre international fondé sur la domination et la marginalisation. C’est pourquoi le Mali soutient des initiatives telles que créer une banque de développement pour le financement des infrastructures ou encore, offrir de nouveaux mécanismes et moyens de paiement internationaux ».

Derrière cette formule diplomatique se dessine une stratégie politique claire : s’émanciper des institutions financières occidentales et rééquilibrer le jeu géopolitique en s’appuyant sur de nouveaux partenaires. Car « Les pays des BRICS se hissent au premier rang de l’économie mondiale et constituent des réponses fiables pour le continent, sans contrepartie hypothéquant le développement de notre continent et l’épanouissement de nos populations. », a affirmé le président de la Confédération des Etats du sahel (AES), le 28 juillet 2023. A la 80ème session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies, en septembre 2025,  le Premier ministre malien, le général Abdoulaye Maïga, à déclaré que « les BRICS offrent une alternative  constructive et plus respectueuse des intérêts des pays émergents et en développement, tout  comme les initiatives africaines de financement du développement. »

Les BRICS, laboratoire du Sud global

Fondé en 2001, le bloc BRICS s’est métamorphosé au cours de la dernière décennie. Avec l’élargissement décidé à Johannesburg en 2023 puis à Kazan en 2024, il rassemble désormais onze membres permanents et treize partenaires observateurs – dont le Nigeria, l’Algérie et l’Ouganda. Ces pays représentent plus de la moitié de la population mondiale et près de 41 % du PIB global (PPA).

C’est dans cette arène que les dirigeants sahéliens entendent désormais faire entendre leur voix. L’Afrique y occupe une place grandissante : l’Afrique du Sud, l’Égypte et l’Éthiopie siègent déjà au cœur du dispositif, offrant à l’AES une porte d’entrée diplomatique naturelle.

Le 25 juin 2025, le général d’armée Assimi Goïta, président de la Transition malienne, foulait le tarmac de Kazan, capitale du Tatarstan, république industrielle et technologique de la Fédération de Russie. Cette étape, seconde après Moscou, s’inscrivait dans une tournée stratégique visant à consolider le partenariat Mali–Russie et à ouvrir une coopération directe avec les régions les plus dynamiques du pays.

L’objectif affiché : diversifier les axes de coopération dans un contexte de rupture assumée avec les anciens partenaires occidentaux. Les discussions, menées avec le président du Tatarstan Rustam Minnikhanov, ont porté sur l’industrie, la formation technique, les énergies, l’agriculture et l’exploitation minière — secteurs clés pour un Mali engagé dans une politique d’autosuffisance et de souveraineté économique.

Pourquoi Bamako, Ouagadougou et Niamey regardent vers Kazan et Pékin

Trois motivations dominent ce mouvement :

  1. La convergence idéologique.
    L’AES et les BRICS partagent une critique frontale du système occidental : refus du « diktat du dollar », contestation du FMI et de la Banque mondiale, et revendication d’une souveraineté économique intégrale.
  2. L’accès au financement.
    La Confédération a lancé en décembre 2025 la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), dotée de 500 milliards de F CFA. Mais elle reste dépendante des circuits régionaux et du franc CFA.
    L’ouverture à la Nouvelle Banque de développement (NDB) des BRICS offrirait un accès à des crédits sans condition politique, un argument majeur pour les trois États en quête de ressources.
  3. La dédollarisation et la souveraineté monétaire.
    Alors que l’AES réfléchit à créer sa propre monnaie, le système BRICS Bridge, qui permet des paiements en monnaies locales, représente un modèle à suivre pour contourner la dépendance au dollar et au franc CFA.

Moscou, le trait d’union

Le pivot russe est la clé du rapprochement. Depuis 2023, Moscou a méthodiquement consolidé ses positions dans le Sahel : appui militaire, coopération énergétique, formation et renseignement. En 2025, la Russie a organisé à Bamako le premier Dialogue Russie–AES, prélude à une intégration diplomatique plus large.

Rosatom a signé avec le Mali et le Burkina Faso des accords sur le nucléaire civil et les énergies renouvelables. Les FAMa, FAN et FAB reçoivent de l’équipement et de l’entraînement russes. En échange, l’AES offre à la Russie une tête de pont stratégique dans une région désormais débarrassée des bases occidentales. Cette synergie place naturellement la Confédération sur la trajectoire des BRICS, où la Russie agit en facilitateur.

Si les trois capitales sahéliennes partagent une vision, elles se heurtent à des obstacles institutionnels. L’AES n’a pas, à ce jour, le statut de pays partenaire des BRICS. La complexité africaine du bloc (six membres et partenaires africains déjà présents) et la réticence du Nigeria, poids lourd de la CEDEAO désormais partenaire BRICS, freinent l’intégration d’un bloc sahélien perçu comme concurrent.

Mais plusieurs voies restent ouvertes :

  • une coopération informelle via la Russie,
  • une adhésion individuelle du Mali, du Burkina Faso ou du Niger,
  • ou un statut d’observateur collectif, comme celui proposé au sommet de Kazan.

Des convergences déjà tangibles

Dans les faits, les chantiers communs s’accumulent :

  • Finances : la BCID-AES pourrait s’adosser à la NDB pour des financements conjoints.
  • Infrastructures : Pékin voit dans le Sahel un corridor stratégique pour ses routes commerciales.
  • Énergie : la coopération nucléaire et solaire avec Rosatom et Sinohydro progresse.
  • Sécurité : la Force unifiée AES (5 000 soldats) s’inspire des doctrines de coordination promues par les BRICS dans leurs propres exercices multinationaux.

À Bamako, où se prépare le sommet confédéral de décembre 2025, le rapprochement avec les BRICS pourraient occuper une place centrale dans les discussions.

A.D

20 décembre 2025 0 comments
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Biennale artistique à Tombouctou
A la UneSeko ni Donko

Biennale Artistique et Culturelle Tombouctou : l’édition 2025 officiellement lancée dans la Cité des 333 saints  

by Ibrahim Kalifa Djitteye 19 décembre 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 5 minutes read

Le Stade municipal Baba Alkairou de Tombouctou a accueilli, ce jeudi 18 décembre 2025, la cérémonie d’ouverture officielle de la Biennale Artistique et Culturelle Tombouctou 2025. Placée sous le haut patronage du Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, l’événement a été présidé par le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga.  C’est une étape solennelle dans l’histoire culturelle du Mali.  

La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, M. Mamou Daffé, des membres du gouvernement, des gouverneurs des différentes régions, les autorités administratives et politiques et coutumières de la région de Tombouctou ainsi que des représentants diplomatiques. Cette mobilisation institutionnelle illustre l’importance accordée à la culture et à la cohésion nationale, confirmant que la Biennale est bien plus qu’un simple rendez-vous artistique, mais un symbole de rassemblement et de solidarité nationale.  

PM à Tombouctou
Le ministre de la culture accueille le Premier ministre à Tombouctou , le 18 décembre 2025, à l’occasion de la Biennale artistique et culturelle 2025.©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Une mobilisation institutionnelle 

Le programme a été marqué par le défilé des 19 troupes régionales et du district de Bamako, offrant une diversité artistique exceptionnelle. Les prestations musicales et de Slam, suivies d’une grande chorégraphie d’ouverture, ont mis en lumière la richesse culturelle du pays. Les artistes ont démontré leur engagement à valoriser les traditions tout en intégrant une créativité contemporaine, donnant à l’événement une dimension à la fois patrimoniale et moderne.  

Cette édition s’inscrit dans l’année de la culture décrétée par Son Excellence le Général d’Armée Assimi Goita. Elle traduit une volonté politique affirmée de promouvoir l’identité nationale, de renforcer l’unité et de mettre en valeur la vitalité culturelle qui anime toutes les régions du Mali. En consolidant la mémoire collective et la dignité nationale, la Biennale devient un espace de transmission et de reconnaissance des valeurs qui fondent la nation.  

Les légitimités de Tombouctou
Les légitimités traditionnelles de Tombouctou , le 18 décembre 2025, à l’accueil du Premier ministre à l’occasion de la Biennale artistique et culturelle.©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Une biennale porteuse d’espoir 

C’est au nom du Président de la Transition que le Premier ministre, ministre de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, le Général de Division Abdoulaye Maïga, a présidé la cérémonie solennelle. La Biennale, placée sous le thème « La Culture, socle pour l’ancrage de la 4ème République », s’inscrit dans une logique de continuité historique. Ce thème résonne particulièrement dans la cité des 333 saints, où les populations vivent en harmonie et perpétuent un héritage spirituel et culturel unique.  

Discours du Premier ministre
Le Premier Ministre Abdoulaye Maïga à Tombouctou, le 18 décembre 2025, lors de l’ouverture de la Biennale artistique et culturelle.©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Après les mots de bienvenue du Président de la Délégation spéciale de Tombouctou et le défilé des 19 régions et du District de Bamako, le Ministre de la Culture, de l’Artisanat, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme a salué la résistance des autorités locales à travers la culture. Il a affirmé que Tombouctou 2025 sera la biennale de l’espoir, notamment par le retour des touristes. Dans un ton ferme et rassembleur, il a martelé : « Le Mali est debout », soulignant la résilience et la détermination du peuple malien.  

Une célébration de la résilience 

Pour le Premier ministre, la Biennale n’est pas seulement une célébration des arts et des traditions. Elle est un acte de mémoire et de résistance, une affirmation de l’identité profonde du Mali et un espace de transmission entre générations. Il s’est réjoui de constater que l’appel du Président de la Transition, lancé le 31 décembre 2024 pour revitaliser les valeurs culturelles, a été entendu. L’année 2025, décrétée année de la culture, trouve ainsi une expression concrète dans cette manifestation.  

Ouverture de la biennale à Tombouctou
Les autorités administratives à Tombouctou, le 18 décembre 2025, lors de l’ouverture de la Biennale artistique et culturelle.©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Tombouctou 2025 célèbre la résilience et le vivre ensemble, où flottent les drapeaux du Mali et ceux de la Confédération des États du Sahel. Cette symbolique annonce la 2ème session du Collège des Chefs d’État de l’AES. Une chorégraphie de 333 danseurs, en hommage aux 333 Saints de la cité, a magnifié la vaillance et le sacrifice des leaders de l’AES. La cérémonie s’est déroulée en présence de plusieurs membres du gouvernement, renforçant la portée institutionnelle et régionale de l’événement.  

Une ouverture sécurisée et symbolique

La cérémonie d’ouverture s’est tenue dans une sécurité renforcée, assurée par les Forces Armées Maliennes. Les FAMa veillaient au bon déroulement des activités, garantissant la sérénité des festivités. Les forces de sécurité, omniprésentes, ont permis aux représentations artistiques de se dérouler dans un climat de confiance. Les troupes se sont produites dans des salles de spectacle rénovées, dont l’une rend hommage au légendaire Ali Farka Touré, symbole de la richesse musicale et patrimoniale du Mali.  

Discours du ministre de la Culture
Le Ministre Mamou Daffé à Tombouctou, le 18 décembre 2025, lors de l’ouverture de la Biennale artistique et culturelle.©Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Ainsi, la Biennale Artistique et Culturelle Tombouctou 2025 s’impose comme un rendez-vous majeur de la vie nationale. Elle incarne la volonté de promouvoir l’identité malienne, de renforcer l’unité et de célébrer la diversité culturelle. En plaçant Tombouctou au cœur de cette dynamique, l’événement confirme son rôle de capitale spirituelle et culturelle, porteuse d’espoir et de mémoire collective.  

Ibrahim Kalifa Djitteye, envoyé spécial à Tombouctou

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Poudre de spodumène
A la UneÉconomie

Kodal Minerals publie ses résultats intermédiaires pour le semestre clos au 30 septembre 2025

by Chiencoro 19 décembre 2025
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Le groupe minier Kodal Minerals, présent au Mali, a publié ses résultats intermédiaires pour le semestre clos au 30 septembre 2025. La période marque une étape clé avec les premières exportations de concentré de spodumène issues du projet de lithium de Bougouni.

La société minière britannique Kodal Minerals, cotée à la Bourse de Londres (AIM), a franchi un cap symbolique au second semestre 2025 avec le lancement de ses premières exportations de concentré de spodumène depuis le Mali. Dans ses résultats intermédiaires publiés pour les six mois clos au 30 septembre 2025, le groupe confirme l’entrée progressive en phase commerciale de son projet de lithium de Bougouni, tout en enregistrant une perte nette réduite par rapport à l’année précédente.

Premières exportations depuis Bougouni

En septembre 2025, les autorités maliennes ont accordé à Kodal un permis d’exportation portant sur 125 000 tonnes de concentré de spodumène, permettant le démarrage effectif des flux logistiques vers le port de San Pedro, en Côte d’Ivoire. Le premier chargement, de 28 950 tonnes, a quitté le port après la clôture de la période, en novembre 2025, à destination de la province chinoise de Hainan.

Le projet est exploité par Les Mines de Lithium de Bougouni SA, filiale de Kodal Mining UK Limited (KMUK), société dans laquelle Kodal détient 49 %. Fin 2025, la coentreprise a perçu un premier paiement de 21,3 millions de dollars de la part de son partenaire d’enlèvement, le groupe chinois Hainan Mining.

Une production encore en montée en puissance

Sur le plan industriel, la première phase du projet repose sur une usine de traitement par séparation en milieu dense (DMS). Environ 45 000 tonnes de concentré de lithium, titrant en moyenne 5,39 % d’oxyde de lithium, ont été produites durant la période en vue de leur exportation.

L’activité minière a toutefois été ralentie par la saison des pluies, entre juillet et septembre, période durant laquelle la fosse s’est partiellement remplie d’eau, limitant l’accès aux zones d’extraction. L’entreprise indique avoir profité de cet arrêt relatif pour mener des travaux de maintenance et d’optimisation technique sur l’usine, ainsi que pour préparer l’extension de la fosse et la reprise des opérations à un rythme plus soutenu.

À partir de novembre 2025, un nouveau programme d’exploitation vise un acheminement mensuel de plus de 100 000 tonnes de minerai vers l’usine, avec l’objectif d’assurer une alimentation continue tout au long de l’année 2026.

Résultats financiers contrastés

Sur le plan financier, Kodal Minerals affiche une perte nette de 1,13 million de livres sterling sur le semestre, contre 1,49 million un an plus tôt. Cette amélioration relative tient notamment à la contribution positive de KMUK, dont la part de résultat attribuable à Kodal s’élève à 218 000 livres, incluant un important effet de change.

La trésorerie du groupe s’établissait à 15,6 millions de livres au 30 septembre 2025, un niveau jugé suffisant par la direction pour accompagner la montée en puissance industrielle du projet. La valeur comptable de la participation de Kodal dans KMUK ressort néanmoins en baisse, à 20,9 millions de livres, contre 28,2 millions un an auparavant.

Sécurité renforcée dans un Mali sous tension

Le développement du projet intervient dans un contexte sécuritaire de plus en plus instable au Mali. Si la région de Bougouni, située dans le sud du pays, est historiquement plus calme que le centre et le nord, la violence s’y est progressivement étendue en 2025. Un incident de sécurité survenu en août à proximité du site a conduit à un renforcement de la présence militaire et administrative, en coordination avec les autorités maliennes.

La première phase du projet a néanmoins été inaugurée officiellement en novembre 2025, en présence du président de la transition, le général Assimi Goïta, et du ministre des Mines, signe du soutien politique accordé à cette exploitation stratégique dans un pays qui ambitionne de se positionner sur le marché des minéraux critiques.

Un pari industriel sur fond de volatilité du lithium

Le lancement des exportations de Bougouni coïncide avec une période de volatilité persistante des cours du lithium, après une forte correction des prix en 2024. Si la demande liée aux véhicules électriques et au stockage d’énergie montre des signes de reprise, les perspectives restent incertaines à court terme, en raison de stocks élevés et de tensions géopolitiques affectant les chaînes d’approvisionnement.

Kodal Minerals table désormais sur une production génératrice de revenus réguliers au cours des douze prochains mois et sur le développement ultérieur d’une usine de flottation de phase 2, prévue à partir de 2026, afin d’augmenter les volumes et la valeur ajoutée locale.

Bougouni illustre ainsi le double pari du Mali et de ses partenaires : exploiter les ressources stratégiques du sous-sol tout en sécurisant des investissements lourds dans un environnement à haut risque.

Chiencoro Diarra 

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Sommet des chefs d'Etats de l'AES
ActuÉconomie

Comment l’AES veut redéfinir ses relations avec la CEDEAO et l’UEMOA

by Sahel Tribune 19 décembre 2025
written by Sahel Tribune 5 minutes read

En se retirant de la CEDEAO tout en restant arrimés à l’UEMOA, le Mali, le Burkina Faso et le Niger engagent une recomposition inédite de l’architecture régionale ouest-africaine. Entre rupture politique assumée, dépendances économiques persistantes et volonté d’autonomie stratégique, la Confédération des États du Sahel avance sur une ligne de crête, révélatrice des tensions profondes qui traversent l’Afrique de l’Ouest.

Le 29 janvier 2025 marque une date charnière pour l’intégration régionale ouest-africaine. Ce jour-là, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont acté leur retrait effectif de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), cinquante ans après la création de l’organisation. Derrière ce départ spectaculaire, c’est moins une rupture administrative qu’un basculement politique profond qui s’opère : celui d’un bloc sahélien décidant de s’affranchir d’un modèle régional jugé inadapté à ses réalités sécuritaires et politiques.

Réunis au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), les trois pays entendent désormais redéfinir leurs relations avec les organisations régionales existantes. Mais si le divorce avec la CEDEAO est consommé, la question de l’UEMOA – et, au-delà, celle du franc CFA – révèle les limites et les contradictions d’une souveraineté encore inachevée.

Un divorce politique assumé avec la CEDEAO

À l’origine de la rupture, un désaccord fondamental sur la nature de la légitimité politique. Depuis 2020, les trois pays sahéliens ont connu des coups d’État militaires successifs, condamnés par la CEDEAO au nom de son protocole sur la bonne gouvernance. Sanctions économiques, fermetures de frontières et suspensions institutionnelles ont alors été brandies comme outils de pression.

Mais cette stratégie a produit l’effet inverse de celui escompté. Dans des sociétés éprouvées par une décennie de violences terroristes et d’effondrement sécuritaire, les régimes militaires ont bénéficié d’un soutien populaire réel, nourri par la promesse d’un rétablissement de l’autorité de l’État. Pour les dirigeants de l’AES, la CEDEAO est apparue non comme un médiateur régional, mais comme un instrument de normalisation politique perçu comme extérieur et coercitif.

Lors du sommet de Niamey en juillet 2024, le ton était donné : le retrait serait « irréversible ». Le préavis d’un an expiré, la sortie effective du 29 janvier 2025 n’a fait que formaliser une rupture déjà consommée.

Une CEDEAO affaiblie mais contrainte au dialogue

Privée de son bloc sahélien, la CEDEAO s’est recentrée autour d’un axe Nigeria–États côtiers, conservant un poids économique certain mais perdant une part de sa légitimité régionale. Pour autant, l’organisation n’a pas fermé la porte au dialogue. Confrontée à la progression des groupes armés vers le golfe de Guinée, elle sait que la sécurité ouest-africaine ne peut être pensée en silos.

Des contacts ont ainsi été amorcés au printemps 2025, notamment lors d’une rencontre à Bamako en mai, puis à Abuja en juin. Mais l’élan s’est rapidement essoufflé. Entre juillet et novembre, aucun suivi concret n’a eu lieu, alimentant la frustration au sein de l’AES. En novembre, les ministres des Affaires étrangères des trois pays ont publiquement regretté l’interruption du dialogue, estimant que cette inertie fragilisait la sécurité collective.

L’incident du 8 décembre 2025, lorsqu’un avion militaire nigérian s’est écrasé au Burkina Faso après avoir violé son espace aérien, a rappelé la fragilité de la situation. La mise en alerte maximale des défenses aériennes de l’AES a souligné combien la défiance politique pouvait se traduire en risques sécuritaires concrets.

L’UEMOA, entre pragmatisme économique et contradictions politiques

Si la rupture avec la CEDEAO est nette, la posture de l’AES vis-à-vis de l’Union économique et monétaire ouest-africaine est plus nuancée. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont choisi de rester, jusqu’ici, membres de l’UEMOA, acceptant de facto le maintien du franc CFA et du cadre macroéconomique commun.

Ce choix est avant tout pragmatique. L’UEMOA offre une stabilité monétaire, une convertibilité internationale et un marché commun que les trois économies sahéliennes ne sont pas en mesure de remplacer à court terme. 

Les tensions apparues en juillet 2025, lorsque le Burkina Faso s’est vu refuser la présidence tournante du Conseil des ministres de l’UEMOA, ont montré que même ce cadre économique prétendument technique n’est pas totalement imperméable aux conflits politiques. Pour l’AES, l’épisode a été interprété comme une sanction indirecte liée à son retrait de la CEDEAO.

La monnaie AES, une ambition encore lointaine

Les dirigeants sahéliens n’ont pourtant jamais caché leur ambition de créer, à terme, une monnaie commune propre à l’AES. Présentée comme un acte de rupture symbolique avec l’héritage colonial, cette perspective se heurte toutefois à des obstacles considérables : absence de convergence macroéconomique suffisante, faibles réserves de change, dépendance commerciale structurelle vis-à-vis de l’extérieur.

À ce stade, aucune institution monétaire confédérale n’a vu le jour. La Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), qui sera lancée en décembre 2025 avec un capital de 500 milliards de FCFA, vise le financement du développement, non encore la gestion monétaire.

Vers une recomposition durable de l’espace régional ?

En multipliant les institutions propres – force militaire unifiée, documents d’identité harmonisés, banque confédérale, médias régionaux –, l’AES s’affirme comme un pôle alternatif de l’intégration ouest-africaine. Mais cette construction se fait dans un environnement contraint, où la coopération avec la CEDEAO et l’UEMOA demeure, de fait, indispensable.

Trois trajectoires se dessinent : une fragmentation durable de l’espace régional, une coexistence pragmatique entre blocs, ou une refondation plus large de l’architecture ouest-africaine. L’issue dépendra autant de l’évolution sécuritaire que de la capacité des dirigeants sahéliens à transformer leur discours souverainiste en résultats économiques tangibles.

Pour l’heure, l’AES avance sur une ligne de crête : affirmer sa rupture politique sans rompre totalement les interdépendances économiques. Un exercice d’équilibriste qui façonnera, pour une large part, l’avenir géopolitique de l’Afrique de l’Ouest.

Chiencoro Diarra 

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