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Le capitaine Ibrahim Traoré
Politique

Au Burkina Faso, les autorités de transition dissout l’ensemble des partis politiques

by Sahel Tribune 29 janvier 2026
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Le président de la transition burkinabè, le capitaine Ibrahim Traoré, a franchi une nouvelle étape dans la recomposition du paysage politique. Réuni en Conseil des ministres le jeudi 29 janvier 2026, son gouvernement a adopté un décret portant dissolution de l’ensemble des partis et formations politiques du pays, ainsi qu’un projet de loi abrogeant les textes encadrant leur fonctionnement, leur financement et le statut du chef de file de l’opposition.

L’annonce a été faite par le ministre porte-parole du gouvernement, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo, à l’issue de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres. La décision, présentée comme majeure par les autorités, s’inscrit selon elles dans le cadre du processus de « refondation de l’État » engagé depuis le coup d’État de septembre 2022.

Un « diagnostic » sévère du système partisan

Le ministre d’État, ministre de l’administration territoriale et de la mobilité, Émile Zerbo, a justifié cette mesure par les conclusions d’un audit du système partisan burkinabè. « Cette grande et importante décision fait suite à un diagnostic profond du système des partis politiques, qui a relevé de nombreuses dérives dans l’application du régime juridique en vigueur », a-t-il déclaré.

Selon le gouvernement, la multiplication des partis a favorisé « la division des citoyens » et contribué à fragiliser le tissu social, dans un pays confronté depuis plusieurs années à une insécurité persistante liée aux groupes armés terroristes. La dissolution est ainsi présentée comme un moyen de restaurer l’unité nationale et de renforcer la cohérence de l’action publique.

Le décret prévoit également que le patrimoine des partis dissous soit transféré à l’État. Les projets de loi relatifs à l’abrogation des textes existants doivent être transmis dans les prochains jours à l’Assemblée législative de transition (ALT), organe mis en place par les autorités militaires pour remplacer le Parlement.

Vers une redéfinition du jeu politique

Cette décision marque une rupture radicale avec le pluralisme politique instauré au Burkina Faso depuis la fin du régime de Blaise Compaoré en 2014. Elle s’inscrit dans une tendance plus large observée dans plusieurs pays du Sahel.

Depuis son arrivée au pouvoir, le capitaine Ibrahim Traoré a multiplié les discours appelant à une transformation profonde de l’État et des institutions, jugées inadaptées aux défis actuels. La suspension puis la dissolution des partis politiques traduisent une volonté de rompre avec ce que les autorités qualifient de « démocratie formelle » au profit d’un modèle présenté comme plus enraciné dans les réalités nationales.

En attendant l’examen des projets de loi par l’Assemblée législative de transition, le pays entre dans une phase inédite de son histoire politique : celle d’un État sans partis, placé sous l’autorité des autorités de la transition qui entendent refonder la gouvernance pour plus d’unité nationale et aussi la lutte contre l’insécurité.

A.D

29 janvier 2026 0 comments
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Boualem Sansal
Seko ni Donko

Boualem Sansal, du cachot à la Coupole : le prix d’un destin littéraire traversé par l’épreuve

by Chiencoro 29 janvier 2026
written by Chiencoro 4 minutes read

Gracié par les autorités algériennes après une détention qui avait ému les milieux intellectuels, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été élu à l’Académie française le 29 janvier 2026. Une consécration qui vient clore un parcours marqué par l’alternance entre épreuve politique et reconnaissance littéraire, où la prison aura paradoxalement précédé l’immortalité.

Il aura fallu passer par la prison pour accéder à l’immortalité. À 81 ans, l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal a été élu, le 29 janvier 2026, au fauteuil numéro 3 de l’Académie française, vacant depuis la mort de l’avocat et académicien Jean-Denis Bredin en 2021. Une consécration majeure, moins de trois mois après sa grâce présidentielle en Algérie, qui met en lumière un itinéraire fait d’ombres et de lumière, où le malheur semble avoir préparé le terrain du bonheur.

« J’ai le sentiment d’entrer dans l’histoire de la France », a confié l’auteur après son élection. Une phrase qui résume à elle seule le paradoxe d’un homme longtemps marginalisé dans son propre pays, devenu aujourd’hui l’un des symboles de la littérature francophone contemporaine.

De la condamnation à la reconnaissance

Le 16 novembre 2024, Boualem Sansal est arrêté à Alger. Il est ensuite condamné à cinq ans de prison pour « atteinte à l’unité nationale », à la suite de déclarations controversées sur les frontières entre l’Algérie et le Maroc. Son incarcération provoque une onde de choc dans les milieux intellectuels européens et africains. De nombreux écrivains, éditeurs et gouvernements plaident pour sa libération.

En novembre 2025, Abdelmadjid Tebboune lui accorde finalement une grâce présidentielle, sur intercession diplomatique, notamment de l’Allemagne. L’écrivain sort affaibli physiquement, mais renforcé symboliquement. Son sort est désormais indissociable de la question de la liberté d’expression dans le monde arabe.

Cette séquence dramatique agit comme un révélateur. Celui qui doutait encore de sa légitimité à briguer un siège à l’Académie française franchit le pas quelques semaines plus tard.

« Je n’aurais jamais osé viser l’Everest »

Avant son arrestation, Boualem Sansal reconnaissait qu’il n’aurait jamais « osé » s’attaquer à ce qu’il appelait « l’Everest » de l’Académie française. Pourtant, l’institution du Quai de Conti n’avait cessé de lui envoyer des signes de reconnaissance.

En 2013, elle lui avait décerné le prix de la francophonie. En 2015, il recevait le Grand Prix du roman pour 2084, partagé avec Hédi Kaddour. Autant d’étapes préparatoires à une consécration qui paraissait encore improbable pour cet ancien haut fonctionnaire algérien devenu écrivain dissident.

Son élection, intervenue après plusieurs candidatures – la sienne ayant été déposée à la dernière minute le 8 janvier 2026 – apparaît ainsi comme l’aboutissement d’un long chemin de légitimation littéraire, mais aussi morale.

Une victoire personnelle et symbolique

Réunis à huis clos sous la Coupole, les académiciens ont choisi Boualem Sansal parmi six candidats. Il rejoint désormais les rangs des « immortels », aux côtés de figures comme Amin Maalouf, Jean-Christophe Rufin, Sylviane Agacinski, Chantal Thomas ou Erik Orsenna. Sur les quarante sièges que compte l’Académie, cinq restent aujourd’hui vacants.

Son accession à cette institution prestigieuse revêt une dimension politique et symbolique. Elle consacre un écrivain dont l’œuvre n’a cessé d’interroger les dérives autoritaires, les enfermements idéologiques et la mémoire des sociétés maghrébines.

Elle consacre aussi une trajectoire faite de ruptures, où l’épreuve devient moteur de reconnaissance. L’emprisonnement, loin de l’effacer, l’a projeté au centre de la scène intellectuelle internationale.

Quand l’épreuve devient tremplin

L’histoire de Boualem Sansal illustre une dialectique ancienne : celle d’un destin façonné par l’alternance entre le malheur et le bonheur. La disgrâce politique a précédé la gloire littéraire ; la prison a précédé l’Académie ; la solitude a précédé l’immortalité.

Dans un monde où les écrivains sont parfois réduits au silence, son parcours rappelle que la littérature peut survivre à la répression et que la reconnaissance peut naître de l’épreuve. À 81 ans, Boualem Sansal n’entre pas seulement à l’Académie française : il y entre avec un récit personnel qui épouse les fractures de son époque.

De la cellule à la Coupole, son itinéraire dit une chose essentielle : certaines promotions ne s’obtiennent qu’après avoir traversé toutes les péripéties du destin.

Chiencoro Diarra 

29 janvier 2026 0 comments
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Pr. Boureima Kansaye, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique.
ActuÉducation

Au Mali, les autorités annulent un test universitaire pour irrégularités

by Sahel Tribune 29 janvier 2026
written by Sahel Tribune 2 minutes read

En annulant un test universitaire entaché d’irrégularités et en promettant de reprendre systématiquement tout concours fraudé, les autorités de transition maliennes affichent une fermeté inédite. Une stratégie revendiquée au sommet de l’État pour restaurer la méritocratie et rompre avec des pratiques longtemps tolérées.

Le ministère malien de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a décidé, le 29 janvier 2026, d’annuler les résultats du test d’entrée à l’Institut universitaire de gestion (IUG) de l’Université des sciences sociales et de gestion de Bamako. En cause : des « irrégularités constatées concernant les moyennes d’admission », selon la décision ministérielle signée par le ministre Bouréma Kansaye. Un nouveau test devra être organisé ultérieurement.

Une ligne politique assumée au sommet de l’État

Cette annulation intervient dans un contexte de vigilance accrue des autorités face aux pratiques frauduleuses, régulièrement dénoncées dans le système éducatif et lors des concours administratifs.

Quelques semaines plus tôt, en janvier 2026, le président de la transition, le général Assimi Goïta, avait publiquement réitéré sa détermination à lutter contre toute forme de fraude dans les concours de recrutement. Devant les forces vives de la nation venues lui présenter leurs vœux de nouvel an, il avait prévenu que « tout concours entaché d’irrégularité sera ipso facto annulé et repris ».

Le chef de l’État avait également annoncé la fin des pratiques de repêchage, y compris lorsque les quotas de recrutement ne sont pas atteints. « Le concours sera repris jusqu’à ce que le quota soit atteint », avait-il insisté, au nom de l’équité et de la transparence.

Restaurer la méritocratie

Cette fermeté n’est pas sans précédent. En 2023, le concours direct de recrutement dans la fonction publique d’État avait déjà été annulé pour fraude, avant d’être réorganisé avec les mêmes candidats. Une décision qui avait suscité de vifs débats dans l’opinion publique, entre dénonciation d’un système longtemps gangrené et inquiétude face à l’instabilité des parcours professionnels.

Pour les autorités de transition, ces mesures traduisent une volonté de rupture avec des pratiques jugées incompatibles avec l’exigence de gouvernance et de crédibilité de l’État.

À travers ces décisions, le pouvoir souhaite promouvoir l’excellence dans l’administration, les écoles et les universités. Désormais, seul l’effort personnel doit compter en vue de faire de la méritocratie un principe central de la refondation de l’État.

Un discours qui fait écho à une phrase souvent rappelée de l’ancien président Ibrahim Boubacar Keïta : « Le monde vers lequel nous tendons ne réserve aucune place aux moins excellents. » 

La rédaction 

29 janvier 2026 0 comments
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UEMOA
ActuÉconomie

Sanctions contre le Mali : l’échec d’une diplomatie punitive téléguidée

by Chiencoro 29 janvier 2026
written by Chiencoro 4 minutes read

En déclarant illégales les sanctions imposées en 2022 par l’Uemoa au Mali, la Cour de justice de l’Union ne se contente pas de trancher un litige juridique. Elle expose les limites — et les dérives — d’un système de sanctions régionales largement instrumentalisé, sous influence extérieure, au détriment des populations sahéliennes.

La décision rendue le 28 janvier par la Cour de justice de l’Uemoa marque un tournant discret mais décisif dans le bras de fer qui oppose, depuis 2022, les autorités maliennes de transition à l’architecture politico-institutionnelle ouest-africaine. En annulant les sanctions économiques prises contre Bamako, la Cour donne raison aux autorités maliennes et désavoue frontalement une stratégie de coercition présentée, à l’époque, comme une nécessité morale et politique.

Une mécanique de sanctions sans fondement juridique

Pendant six mois, entre janvier et juillet 2022, le Mali a été soumis à un régime de sanctions parmi les plus sévères jamais imposés à un État membre : fermeture des frontières, gel des avoirs, suspension des échanges financiers et commerciaux. Une punition collective qui visait officiellement à accélérer le retour à l’ordre constitutionnel, mais qui a surtout frappé de plein fouet une population déjà éprouvée par l’insécurité et la crise économique.

Le cœur de l’arrêt est sans ambiguïté : l’Uemoa n’avait aucune base légale pour appliquer des sanctions décidées par la CEDEAO. Organisation à vocation strictement monétaire et économique, l’Union a outrepassé ses compétences en s’alignant sur une décision politique extérieure à son mandat.

Le droit a été sacrifié sur l’autel de l’alignement politique, dans un contexte où la CEDEAO apparaissait de plus en plus comme le relais régional d’agendas diplomatiques extérieurs, notamment occidentaux, obsédés par le calendrier électoral mais largement silencieux sur la dégradation sécuritaire du Sahel.

Une CEDEAO sous influence, une Uemoa instrumentalisée

La décision de la Cour fragilise un peu plus une CEDEAO déjà contestée pour sa gestion des transitions militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Dans ces trois cas, la réponse a été la même : sanctions, menaces, isolement, sans véritable prise en compte des dynamiques internes ni du rejet populaire de cette diplomatie punitive. La Cour ne s’est pas réfugiée derrière des arguments procéduraux : elle a explicitement déclaré l’illégalité des sanctions, un camouflet politique majeur.

Même au sein de l’Uemoa, certains reconnaissent en privé le malaise. Le politique a perdu la main face au droit.

Bamako avait anticipé cette issue en saisissant la bonne juridiction. « Devant la Cour de la CEDEAO, ils n’auraient pas eu gain de cause », reconnaît Me Konaté. Une stratégie juridique fine, qui contraste avec l’image caricaturale d’un pouvoir uniquement mû par la confrontation.

Certes, cette victoire est avant tout symbolique : les sanctions avaient déjà été levées, et la Cour a fermé la porte à toute réparation financière. Mais sur le plan politique, la reconnaissance officielle du caractère illégal des sanctions change profondément la lecture de l’épisode 2022, contre lequel le peuple malien s’est hissé le 14 janvier 2022 donnant naissance depuis lors à la Journée nationale de la souveraineté retrouvée.

La fin d’un modèle de coercition régionale ?

Depuis, le paysage régional a basculé. En janvier 2024, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont claqué la porte de la CEDEAO pour fonder la confédération des États du Sahel (AES), rejetant un système perçu comme moralisateur, inefficace et soumis à des influences extérieures. 

Les trois pays sont restés membres de l’Uemoa, précisément parce que celle-ci repose sur des mécanismes techniques, économiques et non idéologiques, tout en travaillant parallèlement à des alternatives financières souveraines. Au sein de l’AES, Bamako, Ouagadougou et Niamey ont lancé des initiatives communes de financement du développement, dont la Banque confédérale d’investissement et de développement de l’AES (BCID-AES). Cette banque est pensée comme un outil de mobilisation de ressources endogènes et de financement d’infrastructures stratégiques. En toile de fond, des rumeurs persistantes — jamais officiellement confirmées mais régulièrement évoquées dans les cercles politiques et économiques — font état d’une réflexion avancée sur la création d’une monnaie propre à l’AES. C’est le signe d’une volonté de se doter, à terme, de leviers monétaires et financiers autonomes, sans rupture brutale mais avec l’objectif affiché de réduire la dépendance aux dispositifs perçus comme instrumentalisés à des fins politiques.

Ironie finale : les sanctions n’ont ni accéléré la transition, ni affaibli les autorités militaires, toujours en place plus de cinq ans après leur arrivée au pouvoir. En revanche, elles ont contribué à délégitimer durablement la CEDEAO et à renforcer le discours souverainiste sahélien.

Avec cet arrêt, la Cour de justice de l’Uemoa acte une vérité que beaucoup refusaient de voir : la diplomatie punitive, lorsqu’elle est déconnectée du droit et des réalités locales, finit toujours par se retourner contre ses promoteurs.

Chiencoro Diarra 

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Le général Assimli Goïta et le haut représentant de l'Union africaine
A la UnePolitique

Mali–Union africaine : une tentative de dégel après des mois de relations crispées

by Sahel Tribune 29 janvier 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

La rencontre, le 29 janvier à Bamako, entre le président de la transition malienne, Assimi Goïta, et le nouveau représentant spécial de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, Mamadou Tangara, intervient dans un contexte de tensions persistantes entre l’UA et les pays de l’Alliance des États du Sahel.

À Bamako, l’audience accordée le 29 janvier par le général Assimi Goïta, président de la transition malienne, au Dr Mamadou Tangara, Haut représentant de l’Union africaine pour le Mali et le Sahel, ne relève pas du simple protocole. Elle marque une tentative prudente de réengagement diplomatique entre une organisation continentale en difficulté dans la région et des États sahéliens qui contestent désormais ouvertement son cadre d’intervention.

Nommé récemment à la tête de la MISAHEL, mission de l’Union africaine au Mali et dans le Sahel, l’ancien ministre gambien des affaires étrangères est venu, selon ses propres termes, « prendre conseil » auprès des autorités maliennes et exprimer la volonté de l’UA « d’évoluer sur de nouvelles bases de coopération ». Un discours qui traduit la conscience, à Addis-Abeba, d’un décrochage politique réel avec Bamako, Ouagadougou et Niamey.

Une relation dégradée depuis les transitions militaires

Depuis les coups d’État successifs au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les relations entre l’Union africaine et les trois pays aujourd’hui réunis au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES) se sont nettement refroidies. Tous trois restent suspendus des organes de l’UA, une mesure initialement prise en cohérence avec les sanctions de la CEDEAO, organisation dont l’AES s’est depuis retirée.

Mais contrairement à la CEDEAO, l’Union africaine n’a pas encore ajusté sa doctrine à cette nouvelle réalité politique régionale. L’AES n’est toujours pas reconnue comme entité confédérale, malgré son affirmation politique croissante et l’adhésion populaire revendiquée par les régimes sahéliens.

Lors de cette visite, Mamadou Tangara a explicitement évoqué la nécessité d’un plaidoyer pour que « l’existence de l’AES » soit prise en compte et qu’un « nouveau cadre de coopération » voie le jour dans la région. Un propos inhabituel dans la bouche d’un haut représentant de l’UA, qui illustre les tensions internes au sein de l’organisation continentale entre une ligne juridique rigide et une approche plus pragmatique.

Toute relance du dialogue avec l’Union africaine passe par la reconnaissance des nouvelles architectures politiques sahéliennes et par une lecture moins normative des transitions en cours.

Sécurité, développement et repositionnement continental

Le représentant de l’UA a également annoncé une tournée prochaine du nouveau président de l’organisation, Mahmoud Ali Youssouf, au Mali et dans d’autres pays du Sahel. Objectif affiché : évaluer les conditions d’une coopération renouvelée, notamment sur le plan sécuritaire. « On ne peut pas avoir de développement sans paix et stabilité », a rappelé Mamadou Tangara, dans une région où la crise sécuritaire demeure centrale.

De son côté, Assimi Goïta a exhorté l’Union africaine à ne pas rester prisonnière de schémas diplomatiques dépassés, l’invitant à tenir compte des recompositions géopolitiques en cours et de l’émergence de nouveaux partenariats stratégiques dans le Sahel.

Si la nomination de Mamadou Tangara peut être interprétée comme un signal d’ouverture de la Commission de l’Union africaine, elle ne saurait à elle seule dissiper les divergences profondes qui opposent l’UA à l’AES. Le dialogue reste fragile, conditionné à une évolution de la position africaine sur les transitions militaires, la souveraineté des États et la reconnaissance de nouvelles formes d’intégration régionale.

Dans l’immédiat, cette audience apparaît moins comme un rapprochement que comme un premier test, révélateur d’une Union africaine contrainte de réinterroger son rôle et son influence dans un Sahel en pleine recomposition politique.

A.D

29 janvier 2026 0 comments
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sidoros Karderinis, journaliste, poète et littéraire, s'exprime sur les BRICS
ActuAnalyses

Groenland : L’humeur prédatrice de Trump

by Sahel Tribune 29 janvier 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Dans cette tribune, Isidoros Karderinis, journaliste, correspondant de presse à l’étranger accrédité par le ministère grec des affaires étrangères et membre de l’Association des correspondants de presse à l’étranger de Grèce, analyse la tentative de Donald Trump de s’approprier le Groenland. Une démarche qu’il qualifie de néocoloniale, révélatrice d’un rapport de force brutal et d’une remise en cause inquiétante des principes de souveraineté et du droit international.

La tentative du président américain Donald Trump de «s’emparer» du Groenland constitue une tentative néocoloniale de la part d’un «shérif» mondial qui ne respecte manifestement pas la souveraineté nationale et les droits fondamentaux de l’île.

Des manifestations ont donc eu lieu à Nuuk, la capitale – les plus importantes de l’histoire du Groenland – et à Copenhague, avec des slogans tels que «Le Groenland n’est pas à vendre» et «Le Groenland appartient aux Groenlandais», soulignant ainsi la volonté d’autodétermination. Parallèlement, les sondages montrent qu’environ 85% des Groenlandais rejettent la perspective d’un rattachement aux États-Unis. Le Premier ministre groenlandais, Jens-Frederik Nielsen, âgé de 34 ans, a par ailleurs qualifié ces pressions d’«irrespectueuses» et a appelé à la fin des menaces et des discours d’annexion «entre amis».

Le Groenland, la plus grande île de notre planète

La Première ministre du Danemark, Mette Frederiksen, s’exprimant au Parlement le mardi 20 janvier 2026, a déclaré : « Nous traversons une période sombre» et a précisé que «le Danemark ne peut négocier sa souveraineté, son identité, ses frontières et sa démocratie».

Le revirement ultérieur du président américain Donald Trump concernant son projet d’occuper le Groenland par la force militaire et l’annulation des droits de douane supplémentaires imposés à huit États membres européens de l’OTAN qui s’opposaient à son projet d’acquisition de l’île sont phénoménaux, car ses dispositions agressives et conquérantes n’ont en réalité pas diminué du tout, tandis que la «fracture» au sein de l’axe euro-atlantique s’est approfondie, mettant à l’épreuve la cohésion du monde occidental.

Mais voyons quelles sont les données concernant le Groenland et pourquoi cette île est si importante. Le Groenland est la plus grande île de notre planète, avec une superficie de 2 166 086 kilomètres carrés. L’Australie, bien que plus vaste, est considérée comme un continent et non une île. Le Groenland est actuellement une île autonome et membre du Royaume du Danemark, lequel est membre de l’OTAN et allié des États-Unis depuis 1721.

L’organisation historique et géographique du Groenland

Le Groenland était une colonie danoise jusqu’en 1953. Depuis, il est un comté du Danemark. Il est autonome depuis 1979 et, en 2009, il s’est vu octroyer une autonomie encore plus grande, avec le droit d’exploiter ses ressources naturelles, une mesure que beaucoup ont perçue comme prélude à une indépendance totale.

Le chef de l’État est le roi Frédéric X du Danemark (depuis le 14 janvier 2024), représenté par un haut-commissaire. Le chef du gouvernement est le Premier ministre, élu par le Parlement. Le gouvernement est également élu par le Parlement, appelé Landstinget. Les 31 membres du Parlement sont élus par le peuple au scrutin proportionnel simple dans des circonscriptions plurinominales et leur mandat dure 4 ans. Toute personne âgée de 18 ans ou plus a le droit de vote.

La majorité de la population, qui s’élève à environ 56 000 personnes, est composée d’Inuits (Esquimaux), qui se sont mélangés aux premiers colons européens (d’origine danoise et norvégienne) et parlent le groenlandais et le danois.

Cette île arctique est géographiquement située en Amérique du Nord, tandis que sur les plans culturel, démographique et politique, le Groenland est une île liée à l’Europe. Au sud-est du Groenland se trouvent l’océan Atlantique et l’Islande, à l’est la mer du Groenland, au nord l’océan Arctique et à l’ouest la baie de Baffin et le Canada.

Un pays, pas riche au sens conventionnel du terme

La majeure partie de l’île, soit environ 80 % de sa superficie (1 700 000 km²), est recouverte d’une immense calotte glaciaire. Seules les zones côtières sud-ouest et sud-est, qui représentent les 20 % restants, sont libres de glace. Il s’agit de la seule zone habitée et non recouverte de glace, mais elle est aride, parsemée de rochers, de fjords et d’îlots. Chaque été, pendant deux mois, elle connaît le «soleil de minuit», une lumière continue, tandis qu’en hiver, elle subit la «nuit polaire», une obscurité permanente.

Le Groenland ne possède pas de réseau routier développé reliant les villes et les villages. Les transports se font principalement par voie maritime et aérienne, avec des aéroports et des héliports répartis sur l’ensemble du territoire. Sur terre, les déplacements se font en motoneige et en traîneau.

L’économie de l’île, dont la monnaie est la couronne danoise et dont le PIB est estimé par la Banque mondiale entre 3,5 et 4 milliards de dollars, repose sur la pêche, qui représente 95 % des exportations du Groenland, et sur la transformation du poisson, une activité industrielle majeure. Quelques habitants pratiquent également une agriculture de subsistance sur la côte sud-ouest, où ils élèvent des bovins, des ovins et de la volaille.

Le Groenland n’est donc pas riche au sens conventionnel du terme, ses ressources étant largement sous-exploitées. Son économie est petit et, pour «survivre», il reçoit une subvention annuelle de 520 millions d’euros du Danemark, soit environ 9 000 euros par habitant. C’est aussi pourquoi nombre d’habitants de l’île hésitent à réclamer une indépendance immédiate du Danemark, qui a par le passé fait preuve de comportements coloniaux.

Il est inacceptable que règne la loi du plus fort dans notre monde

Le Groenland possède également des gisements d’or, d’uranium et de charbon. Selon des recherches récentes, on y trouve aussi des gisements de pétrole et de gaz naturel. Son territoire recèle également d’importants gisements de terres rares. D’après des données fiables, 25 des 34 minéraux que la Commission européenne a classés comme «matières premières critiques» sont présents sur l’île.

Les États-Unis, cependant, ne considèrent pas le Groenland comme un simple réservoir de matières premières, mais comme une île d’une valeur stratégique qui garantit l’accès, la surveillance et la défense au-dessus des corridors de l’Atlantique Nord et de l’Arctique.

Sur le plan militaire, les États-Unis exploitent déjà la base spatiale de Pituffik au nord-ouest du Groenland, près de Kanak, l’une des villes les plus septentrionales du monde. Cette base abrite des radars d’alerte précoce, intégrés au réseau de défense antimissile américain, et constitue un élément avancé du système NORAD pour la détection des tirs de missiles balistiques traversant l’Arctique.

Le Danemark, quant à lui, renforce constamment sa présence dans la région grâce à de nouveaux navires de guerre, des drones et une infrastructure satellitaire.

En conclusion, je tiens à souligner que seuls les habitants du Groenland sont compétents pour décider du sort et de l’avenir de l’île. Il est inacceptable que notre monde, la communauté internationale, devienne un monde où les principes du droit international sont bafoués, réduits à néant, et où règne la loi du plus fort. Par conséquent, toute personne démocrate et rationnelle ne peut s’empêcher de crier haut et fort : «Trump, ne touchez pas au Groenland!».

Isidoros Karderinis


Le chapô et les inter-titres sont de notre rédaction.

29 janvier 2026 0 comments
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Accès à l'eau
ActuClimat et environnement

Conflits armés : quand l’eau devient une arme de guerre, alerte le CICR depuis Dakar

by Chiencoro 29 janvier 2026
written by Chiencoro 4 minutes read

À l’approche de la Conférence des Nations unies sur l’eau prévue en 2026, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a lancé, depuis Dakar, un avertissement solennel : l’eau est devenue un instrument de guerre à part entière. Dans de nombreux conflits contemporains, la destruction ou la restriction volontaire de l’accès aux ressources hydriques frappe en priorité les civils, aggravant les crises humanitaires et compromettant durablement la stabilité des régions touchées.

Selon les chiffres présentés par l’organisation humanitaire, près de 180 millions de personnes vivant dans des contextes de conflit ont vu leurs ressources en eau détruites, détournées ou contrôlées par des acteurs armés. Les attaques contre les infrastructures hydrauliques, les coupures ciblées et l’utilisation de l’eau comme outil de siège se multiplient, en violation directe du droit international humanitaire (DIH), explique le CICR.

Une urgence humanitaire mondiale

Les conséquences sont déjà mesurables. En 2024, 176,6 millions de personnes avaient besoin d’une assistance urgente en matière d’eau et d’assainissement. Pourtant, seules 48 millions ont effectivement bénéficié d’un accès minimal aux services essentiels. Ce déficit massif accroît les risques sanitaires, favorise la propagation de maladies hydriques et alimente l’insécurité alimentaire ainsi que les déplacements forcés de populations.

Pour le CICR, la crise de l’eau ne peut plus être considérée uniquement comme un problème environnemental ou de développement. Elle constitue désormais une crise humanitaire et sécuritaire à part entière.

Le Sahel, épicentre d’une crise croisée

En Afrique de l’Ouest, et particulièrement dans le Sahel, la situation est aggravée par la combinaison de plusieurs facteurs : conflits armés persistants, sécheresses répétées et déplacements massifs de populations. Cette convergence de crises exerce une pression extrême sur des ressources déjà rares et fragilise la cohésion sociale.

« Privés d’eau, les civils sont pris dans un cercle vicieux où la survie quotidienne devient un combat », explique Natalia Blanco Guiard, conseillère à l’unité Eau et Habitat du CICR. « Briser ce cycle nécessite une réponse humanitaire robuste et un engagement politique sans faille. », estime-t-elle. 

Les tensions autour des points d’eau deviennent dans certaines zones des facteurs de conflits communautaires, transformant une ressource vitale en enjeu stratégique local.

Action humanitaire et dialogue avec les belligérants

La réunion de haut niveau organisée à Dakar, co-présidée par le Sénégal et les Émirats arabes unis, se veut une étape préparatoire décisive avant la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026. Fort de son rôle joué lors du Forum mondial de l’eau en 2022, le Sénégal cherche à imposer la question de la protection de l’eau en situation de conflit comme priorité internationale.

Pour le CICR, cette séquence diplomatique doit permettre de replacer le droit international humanitaire au cœur des discussions sur la gouvernance mondiale de l’eau.

Sur le terrain, l’organisation affirme qu’une action reste possible, même dans les contextes les plus instables. Son unité Eau et Habitat réhabilite des infrastructures hydrauliques, assure des distributions d’urgence et mène un dialogue confidentiel avec les porteurs d’armes afin de rappeler leurs obligations envers les populations civiles.

Cette démarche s’inscrit dans le cadre de l’Initiative mondiale du CICR pour le renforcement du respect du droit international humanitaire, qui vise à réduire l’écart entre les normes juridiques et la réalité des conflits.

« Utiliser l’eau comme arme est interdit par le DIH. Notre objectif est que ces règles se traduisent par des actions concrètes sur le terrain », souligne Jean-Nicolas Marti, chef de la délégation régionale du CICR à Dakar.

Trois priorités pour la communauté internationale

À l’issue de la rencontre de Dakar, le CICR appelle les États et les organisations internationales à prendre trois engagements majeurs :

  1. Reconnaître officiellement les conflits armés comme un obstacle majeur à l’Objectif de développement durable n°6 (accès universel à l’eau).
  2. Mettre en place des financements innovants et pluriannuels spécifiquement adaptés aux zones de conflit.
  3. Renforcer l’application du droit international humanitaire par des plans d’action nationaux concrets.

« Avec toujours plus de conflits de longues durées, de guerres urbaines, l’accès à l’eau est devenu l’un des principaux enjeux humanitaires encore aggravé par l’impact du changement climatique. Nous devons innover et développer de nouveaux partenariats pour y répondre. », a alerté Gilles Carbonnier, vice-président du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) lors du 9e Forum mondial de l’eau qui se tient à Dakar.

Créée en 1983, l’unité Eau et Habitat du CICR intervient aujourd’hui dans plus de 30 pays. En 2025, ses équipes ont permis à 32 millions de personnes d’accéder à l’eau, à l’assainissement ou à des services essentiels.

Mais face à l’ampleur des besoins, l’organisation met en garde : sans une volonté politique forte et coordonnée, l’eau continuera d’être une arme silencieuse des guerres contemporaines — et un facteur aggravant des instabilités futures.

Chiencoro Diarra 

29 janvier 2026 0 comments
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