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Abdoulaye Maïga, PM
ActuÉconomie

Remaniement ministériel au Mali : Trois ministres élevés au rang d’État, quatre départements réaménagés

by Ibrahim Kalifa Djitteye 12 février 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

Le gouvernement malien a connu, ce jeudi 12 février 2026, un léger remaniement marqué par des promotions et des changements ciblés. Le décret présidentiel n°2026-062/PTRM, lu par le Secrétaire général de la Présidence, Dr Alfousseini Diawara, sur l’ORTM, abroge celui du 21 novembre 2024. Trois ministres influents, Sadio Camara, Ismaël Wagué et Alousseni Sanou, sont désormais élevés au rang de ministres d’État, tandis que quatre départements clés, dont l’Agriculture et l’Administration territoriale, changent de titulaires.  

Ce réaménagement traduit une volonté de continuité mais aussi d’adaptation face aux défis actuels. La structure globale du gouvernement reste inchangée, mais certains ministères stratégiques connaissent des ajustements notables. Les départements de l’Administration territoriale, de la Refondation de l’État, de l’Agriculture ainsi que de l’Énergie et de l’Eau sont directement concernés. Ces changements visent à renforcer l’efficacité de l’action publique et à consolider les secteurs jugés prioritaires dans le contexte sécuritaire, institutionnel et économique du pays.  

Promotions au rang de ministres d’État

La promotion de trois figures majeures du gouvernement retient particulièrement l’attention. Le Général de Corps d’armée Sadio Camara, ministre de la Défense et des Anciens Combattants, le Général de Corps d’armée Ismaël Wagué, ministre de la Réconciliation nationale, de la Paix et de la Cohésion nationale, ainsi que M. Alousseni Sanou, ministre de l’Économie et des Finances, deviennent ministres d’État. Ce statut traduit la confiance renouvelée du Chef de l’État et souligne le rôle central de ces départements dans la gestion des affaires nationales.  

Au ministère de l’Agriculture, un changement significatif intervient. M. Daniel Siméon Kelema cède son poste à M. Ibrahima Samaké. Ce remplacement intervient dans un secteur vital pour l’économie malienne, où les enjeux de sécurité alimentaire et de modernisation agricole demeurent cruciaux. La nomination de M. Samaké est perçue comme une volonté de donner un nouvel élan à ce département stratégique, en phase avec les attentes des populations rurales et urbaines.  

Nouveaux visages dans les départements clés

Le portefeuille de l’Administration territoriale et de la Décentralisation connaît également une évolution importante. Jusque-là assuré par le Premier ministre, le Général Abdoulaye Maïga, il est désormais confié au Général de Brigade Issa Ousmane Coulibaly. Ce transfert de responsabilité traduit une volonté de renforcer la gestion territoriale et la décentralisation, dans un contexte où la cohésion nationale et la stabilité institutionnelle sont des priorités absolues.  

Du côté de la Refondation de l’État, chargé des Relations avec les Institutions, c’est M. Yaya Golobo qui prend les commandes. Ce département, au cœur des réformes institutionnelles, joue un rôle essentiel dans la consolidation de l’État et la modernisation des relations entre les différentes institutions. La nomination de M. Golobo illustre la volonté d’accélérer les réformes et de renforcer la légitimité institutionnelle dans un contexte de transition politique.  

Énergie, Eau et continuité gouvernementale

Le ministère de l’Énergie et de l’Eau revient quant à lui à M. Tiémoko Traoré. Ce portefeuille est stratégique dans un pays où l’accès à l’énergie et à l’eau demeure un défi majeur pour le développement. La nomination de M. Traoré traduit une volonté de dynamiser ce secteur et de répondre aux besoins croissants des populations, tout en favorisant la modernisation des infrastructures énergétiques et hydrauliques.  

En dehors de ces ajustements, le reste de l’équipe gouvernementale demeure inchangé. Ce choix traduit une volonté de continuité dans l’action publique, tout en consolidant les secteurs jugés prioritaires. Le Chef de l’État semble ainsi privilégier une approche mesurée, combinant stabilité et renforcement des départements stratégiques. Ce remaniement apparaît comme une réponse aux attentes des Maliens, dans un contexte marqué par des défis sécuritaires, institutionnels et économiques majeurs.  

Ce remaniement vise à donner un nouvel élan à l’action gouvernementale et à soulager la population. Les promotions et les changements opérés renforcent des secteurs essentiels comme la défense, la réconciliation nationale, les finances publiques, l’agriculture et l’énergie. Avec cette nouvelle configuration, l’équipe dirigeante devra montrer rapidement son efficacité et répondre aux besoins des citoyens, en ouvrant une phase plus dynamique et orientée vers le développement du pays.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

12 février 2026 0 comments
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Mohamed Diagayété
ActuÉducation

Université de Tombouctou : Mohamed Diagayété nommé recteur intérimaire 

by Ibrahim Kalifa Djitteye 12 février 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

L’Université de Tombouctou a un nouveau recteur intérimaire. Le Dr Mohamed Diagayété, chercheur malien de renom et actuel Directeur Général de l’Institut des Hautes Études et de Recherches Islamiques Ahmed Baba (IHERI-ABT), a été nommé à ce poste par décision ministérielle en date du 12 février 2026. Spécialiste des manuscrits islamiques et peuls, maître de conférences et auteur de plusieurs ouvrages, il incarne la volonté des autorités de confier la direction de cette institution à une personnalité scientifique expérimentée et respectée.  

Cette nomination marque une étape importante pour l’Université de Tombouctou, créée en 2022. En attendant la désignation d’un recteur titulaire, le Dr Diagayété aura pour mission de coordonner les activités pédagogiques, administratives et scientifiques de l’établissement. Son profil, alliant expertise académique et engagement pour la valorisation du patrimoine intellectuel, en fait un choix stratégique pour assurer la continuité et le rayonnement de l’université.  

Une nomination stratégique pour l’avenir académique

Chercheur passionné, Mohamed Diagayété dirige depuis 2018 l’IHERI-ABT, institution phare consacrée à la préservation et à l’étude des manuscrits anciens. Sa vision consiste à rendre ces documents accessibles, numérisés et étudiés pour leur contenu scientifique et historique. Sa nomination à la tête de l’université traduit ainsi une volonté de relier patrimoine et modernité académique, en donnant à Tombouctou une place centrale dans la recherche et l’enseignement supérieur.  

Au-delà de ses fonctions administratives, il est également auteur de travaux spécialisés. Son ouvrage Barth à Tombouctou (2019) illustre sa capacité à relier les manuscrits anciens aux enjeux contemporains de la recherche historique et culturelle. Sa nomination renforce la crédibilité scientifique de Tombouctou et ouvre la voie à une synergie entre patrimoine et enseignement supérieur.  

Une université enracinée dans l’histoire de Tombouctou

La ville de Tombouctou, fondée au XIIe siècle et surnommée la cité des 333 Saints, est mondialement connue pour ses manuscrits anciens, classés par l’UNESCO au patrimoine mondial de l’humanité. Au XVIe siècle, elle connut un essor remarquable dans l’enseignement coranique, devenant un centre intellectuel majeur du Soudan occidental. La création de l’université s’inscrit dans cette tradition historique, tout en répondant aux besoins contemporains de formation et de recherche.  

L’Université de Tombouctou représente une avancée majeure pour la jeunesse locale. Elle offre désormais aux jeunes bacheliers de la région la possibilité de poursuivre leurs études supérieures sur place, sans être contraints de rejoindre Bamako, longtemps considéré comme le seul centre universitaire du pays. Cette institution constitue donc une réponse concrète aux aspirations locales et un levier de développement régional.  

Un levier de développement pour la cité des 333 Saints

Au-delà de l’éducation, l’université est porteuse d’un nouvel élan pour la cité des 333 Saints. Elle redonne à la ville son rôle historique de foyer du savoir et de rayonnement culturel, tout en insufflant une dynamique économique et sociale. La présence d’une université favorise la création d’opportunités dans les secteurs de la recherche, de l’innovation et des services, contribuant ainsi à revitaliser la région.  

En permettant aux jeunes de rester sur place pour se former, l’université contribue à réduire les inégalités territoriales et à renforcer la cohésion nationale. Elle devient ainsi un symbole d’équité et de développement, tout en consolidant l’identité culturelle et intellectuelle de Tombouctou.  

Une ambition nationale tournée vers l’avenir

L’Université de Tombouctou, avec son nouveau recteur intérimaire, incarne une ambition nationale, notamment, permettre aux jeunes bacheliers de la région de rester sur place pour poursuivre leurs études supérieures, tout en donnant un nouvel élan de développement à la cité des 333 Saints. La nomination du Dr Mohamed Diagayété illustre la convergence entre expertise, vision et responsabilité institutionnelle.  

Elle marque une étape décisive dans la construction d’un Mali où l’enseignement supérieur se veut inclusif, enraciné dans l’histoire et tourné vers l’avenir. Tombouctou retrouve ainsi son rôle de phare intellectuel, tout en s’inscrivant dans une dynamique moderne et porteuse d’espoir pour la jeunesse.  

Ibrahim Kalifa Djitteye 

12 février 2026 0 comments
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Littérature africaine
A la UneAnalyses

Penser l’Afrique de demain par la littérature : quand les écrivains deviennent stratèges du futur

by Fousseni TOGOLA 12 février 2026
written by Fousseni TOGOLA 9 minutes read

Longtemps réduite au rôle de miroir social, la littérature africaine s’impose désormais en instrument de projection géopolitique et intellectuelle. De Lagos à Dakar, une génération d’écrivains transforme la fiction en laboratoire d’idées. Ils  redessinent ainsi les contours d’un continent qui entend écrire lui-même son avenir en déconstruisant les imaginaires sur cette partie du monde.

Du 10 au 14 février 2026, Bamako devient la capitale de la littérature africaine, avec l’ouverture de la 18ème édition de la Rentrée littéraire du Mali. Le thème retenu cette année est « L’Afrique dans le monde de demain ». Penser l’Afrique de demain n’est donc plus seulement une affaire d’économistes ou de diplomates. C’est aussi une question de récit. 

Dans un monde structuré par la circulation des images, des symboles et des imaginaires, la capacité à se raconter devient un levier de puissance. Or, pendant des décennies, le continent africain a été décrit par les autres qu’il ne s’est décrit lui-même. Il a été assigné à des narrations extérieures, généralement défavorablement, car elles l’ont souvent réduit à une géographie de crises ou à un réservoir de ressources. Tantôt il a été décrit comme le « continent de la sorcellerie », de la « magie noire », des « mythes », tantôt comme totalement « absent » de l’histoire même de l’humanité, un continent de « l’irrationalité ». L’Afrique et les Africains ont toujours été vu comme des êtres qui ne peuvent pas réfléchir d’eux-mêmes et qui ne sont bons qu’à « l’exploitation de l’homme par l’homme ». « Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur», dit un célèbre proverbe africain. 

Aujourd’hui les lions historiens ont pris la plume et écrivent aussi leurs histoires de la chasse. Face à à des récits longtemps imposés, la littérature africaine s’érige désormais en contre-discours stratégique. Elle restitue à l’Afrique sa pluralité et sa profondeur, lui redonne le pouvoir de se penser comme sujet historique. Les écrivains ne se contentent plus d’observer le réel, ils le décrivent en le décortiquant. Ils élaborent des visions, esquissent des trajectoires, formulent des hypothèses. Autrement dit, ils font ce que font aussi les stratèges : ils imaginent l’avenir. L’Afrique n’est plus le continent de « l’anhistoricité », mais celui qui contient un foisonnement d’histoire et de pratiques à raconter, de façon sincère et précise. Un continent qui a une multitude d’histoires et de pratiques à enseigner aux « maîtres du monde ». L’intérêt de cette littérature africaine est aussi lié au fait qu’elle déconstruit les narratifs longtemps véhiculés à tort sur l’Afrique, « le berceau de l’humanité ». Comment d’ailleurs le berceau de l’humanité peut-il se classer comme un endroit vierge. Voilà l’un des paradoxes de l’occident. 

La fiction comme laboratoire du réel

Dans ce basculement, la fiction occupe une place prépondérante. Loin d’être une simple échappatoire, elle devient un terrain d’expérimentation intellectuelle où s’élaborent des scénarios politiques, technologiques et sociaux. L’essor de l’afrofuturisme en offre une illustration parfaite. Des auteurs comme Nnedi Okorafor, Tochi Onyebuchi ou Wole Talabi projettent le continent dans des univers où l’innovation scientifique dialogue avec les cosmologies africaines. Le futur n’y est plus importé. Il est conçu localement, à partir d’une mémoire culturelle assumée.

Mais la prospective littéraire ne se limite pas à la science-fiction. Dans ses essais et romans, Léonora Miano ou Aminata Dramane Traoré explore les voies d’une décolonisation des imaginaires, plaidant pour une Afrique affranchie des modèles mimétiques occidentales qu’elle a hérité de la colonisation au profit de nos propres valeurs. Cette décolonisation est une condition sine qua non pour le bon économique, intellectuel voire technologique du continent. Donc ces auteures se battent pour un enracinement culturel tout en restant ouvert à la « civilisation de l’universel ». Véronique Tadjo, elle, relie les crises contemporaines — sanitaires, écologiques, sociales — à des interrogations universelles sur la place de l’humain dans son environnement. À travers leurs œuvres, ces écrivaines rappellent que penser le futur africain revient aussi à penser le futur du monde.

Les écrivains, éclaireurs du débat public

Dans beaucoup de sociétés africaines, les auteurs occupent une position singulière. Ce sont des intellectuels capables d’ouvrir des débats que les arènes politiques évitent généralement pour plusieurs raisons. Leur parole circule librement entre fiction, essai et tribune, brouillant les frontières entre création et analyse. Mohamed Mbougar Sarr incarne cette génération d’écrivains pour qui la littérature constitue un espace d’exploration philosophique autant qu’esthétique. Son œuvre interroge le rapport au savoir, à la langue et à l’identité — autant de questions décisives pour l’insertion du continent dans la mondialisation intellectuelle. C’est aussi le travail qu’effectue Achille MBembé aussi bien que Tierno Monénembo. 

D’autres figures majeures, comme Boubacar Boris Diop ou Ken Bugul, s’attachent à revisiter les mémoires traumatiques, rappelant qu’aucun projet d’avenir ne peut se construire sur l’oubli. En sondant les fractures historiques, ils proposent une pédagogie du temps long, où passé, présent et futur dialoguent pour éclairer les choix collectifs.

Cette fonction critique et analytique se retrouve également chez certains auteurs qui interrogent les ressorts symboliques du pouvoir africains, notamment malien. Dans Les familles fondatrices de Bamako : une histoire de l’État au Mali, le chercheur et journaliste malien Boubacar Sangaré analyse le rôle politique des lignées Niaré, Touré et Dravé, réputées fondatrices de la capitale malienne. Il y voit une véritable « invention de la tradition », mobilisée par les pouvoirs publics depuis les indépendances pour consolider la légitimité de l’État et stabiliser le champ politique, notamment lors de périodes de crise. Par l’étude de ces rituels symboliques — comme les visites protocolaires des présidents à ces familles —, l’auteur, doctorat en science politique à l’université libre de Bruxelles, met en lumière les ressorts para-administratifs du pouvoir et montre comment l’écriture peut devenir un outil d’intelligibilité des mécanismes profonds de gouvernance.

Souveraineté narrative et puissance culturelle

Ce rôle stratégique de la littérature tient aussi à la souveraineté narrative, qui constitue d’ailleurs le combat de beaucoup de beaucoup d’Etat africains contemporains. Celui qui écrit définit les cadres de compréhension du monde. En reprenant possession de leur récit, les écrivains africains redessinent la cartographie mentale du continent. La création littéraire devient alors un acte politique, au sens noble du terme. Ils déconstruisent les imaginaires en vue de redonner aux Africains plus de confiance en eux-mêmes pour s’imposer dans ce monde des récits où celui qui parle ou écrit en donnant sa version des faits est celui qui s’arrange la vérité de son côté. On se soucie moins de la véracité des faits que de la défense des récits qui nous valorise ou de nos intérêts. La guerre des récits est à son summum dans ce monde. 

De Ngũgĩ wa Thiong’o, chantre de la décolonisation linguistique, à Werewere Liking, qui marie oralité et modernité, l’écriture s’affirme comme un instrument d’émancipation intellectuelle. Les langues africaines, les hybridations stylistiques, les formes narratives inspirées des traditions orales participent d’une même ambition. Celle d’affirmer que l’imaginaire du continent n’est pas périphérique mais central, non folklorique mais structurant.

Chimamanda Ngozi Adichie a résumé cet enjeu dans sa célèbre mise en garde contre « le danger d’une seule histoire ». Multiplier les récits, c’est multiplier les possibles — et donc élargir l’horizon stratégique d’un continent en pleine recomposition. Celui qui se tait sera déclaré coupable et recevra le courroux des hauts-parleurs et des plumes affutés. 

Quand l’imaginaire devient méthode

Là où les diagnostics technocratiques se heurtent aux limites des chiffres, les écrivains mobilisent l’imaginaire. Le rêve, la mémoire, le symbole deviennent des instruments d’analyse. L’auteur n’est pas un planificateur économique, mais un éclaireur. Il ouvre des pistes, suggère des directions, rend pensables des futurs encore invisibles.

Cette fonction est d’autant plus cruciale que toute transformation collective commence par une vision partagée. Avant l’action politique, il faut un récit capable de fédérer les volontés. En cela, la littérature agit comme un prélude aux mutations sociales. Elle prépare les esprits, façonne les sensibilités, légitime les ruptures. Loin de nous certes, mais l’on peut évoquer la révolution française de 1789 — qui n’est plus enseignée dans les écoles maliennes depuis la rentrée scolaire 2025-2026 — dont le déclenchement est dû en grande partie à des auteurs comme Jean Jacques Rousseau, Voltaire, Montesquieu ou encore Dénis Diderot. Des écrivains qui ont pris le soin de mieux préparer les esprits avant le renversement de la monarchie absolue de droit divin. 

Des métropoles africaines aux diasporas connectées, une nouvelle génération d’auteurs investit désormais les espaces numériques. Blogs, slam, romans graphiques, podcasts narratifs. Les formes se diversifient, les publics s’élargissent. Cette effervescence témoigne d’un déplacement majeur. La création littéraire n’est plus confinée aux cercles académiques, elle irrigue l’espace public et prépare les esprits. C’est conscient de cette force de la littérature que dans l’ouvrage Fahreinheit 451, Ray Bradbury montre que la littérature est bien plus qu’un simple loisir. Elle incarne la mémoire, l’esprit critique et la liberté de penser face aux régimes qui cherchent à uniformiser les consciences. En brûlant les livres, le pouvoir tente d’effacer la complexité humaine, rappelant que protéger la littérature revient à défendre la capacité d’une société à réfléchir par elle-même. Malheureusement, dans beaucoup d’Etats, les écrivains vivent ce problème. Malgré tout, ils se défendent bien grâce à la mondialisation du marché éditorial. 

Bâtisseurs d’avenir

Ces voix racontent une Afrique urbaine, mobile, inventive, confrontée aux défis climatiques et technologiques mais résolument tournée vers l’avenir. Elles imaginent des villes intelligentes enracinées dans les traditions, des sociétés réconciliées avec leur histoire, des modernités hybrides qui refusent l’alternative stérile entre imitation et repli.

Les écrivains africains du XXIᵉ siècle ne sont plus seulement les chroniqueurs d’un monde en mutation. Ils en deviennent les architectes symboliques. Dans leurs pages se dessinent des scénarios politiques, des visions économiques, des philosophies du progrès. Leur force tient à leur capacité de transformer l’imaginaire en outil d’action.

Penser l’Afrique de demain par la littérature, c’est reconnaître que le futur n’est pas une fatalité à attendre mais un récit à construire. Et sur ce terrain, les auteurs du continent occupent déjà les avant-postes. Non comme de simples conteurs, mais comme des stratèges de l’esprit — ceux qui, en redessinant les horizons du possible, préparent silencieusement les réalités de demain.

F. Togola

12 février 2026 0 comments
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Université Cheick Antab Diop de Dakara
ActuÉducation

Pourquoi la contestation étudiante secoue régulièrement l’université sénégalaise

by Sahel Tribune 11 février 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

À Dakar, l’Université Cheikh Anta Diop traverse une crise sociale profonde mêlant revendications étudiantes, tensions sécuritaires et critiques structurelles du système universitaire. Entre retards de bourses, fermeture de services sociaux et débat sur la présence policière, la situation met en lumière les fragilités persistantes de l’enseignement supérieur sénégalais.

L’Université Cheikh Anta Diop (UCAD), principale institution publique d’enseignement supérieur du Sénégal, traverse depuis plusieurs mois une période de fortes turbulences marquée par des grèves, des manifestations et des affrontements sporadiques. Au cœur de cette crise, les étudiants dénoncent une dégradation de leurs conditions de vie et d’étude, aggravée par des retards dans le versement des bourses, la réforme du système d’allocations et la fermeture des restaurants universitaires. Ces tensions, qui s’inscrivent dans une série de crises récurrentes, ont contribué à détériorer le climat académique et à raviver les débats sur les fragilités structurelles de l’enseignement supérieur sénégalais.

Des revendications centrées sur les conditions sociales

Les organisations étudiantes articulent leurs doléances autour de trois priorités : le paiement régulier des bourses, l’accès à une restauration subventionnée et l’amélioration des conditions d’étude. Plusieurs collectifs dénoncent des retards de plusieurs mois dans le versement des allocations, jugés « insupportables » pour des étudiants souvent dépendants de ces aides pour se loger, se nourrir ou acheter du matériel pédagogique. La réforme du système de bourses, perçue par une partie des étudiants comme une réduction de droits acquis, a cristallisé les mécontentements.

La fermeture de restaurants universitaires sur le campus social a accentué la tension. Pour de nombreux étudiants, ces structures constituent un pilier de la vie quotidienne, en garantissant des repas à prix modérés. Leur indisponibilité est interprétée comme un symbole du désengagement des pouvoirs publics, dans un contexte marqué par la hausse du coût de la vie.

Un climat sécuritaire contesté

Face aux mobilisations, les autorités ont déployé un dispositif de sécurité renforcé à l’intérieur et aux abords du campus. La présence policière, inhabituelle dans l’enceinte universitaire, a suscité de vives critiques au nom du principe de franchise universitaire, qui limite l’intervention des forces de l’ordre dans l’espace académique. Plusieurs journées de protestation ont dégénéré en affrontements, contribuant à radicaliser les positions.

Des incidents graves ont été signalés, dont la mort d’un étudiant lors d’épisodes de violences, un événement qui a profondément marqué la communauté universitaire et amplifié l’émotion. Depuis, la question de la sécurité sur les campus est devenue un enjeu politique et symbolique, opposant partisans d’un maintien de l’ordre strict et défenseurs de l’autonomie universitaire.

Les enseignants appellent au dialogue

Le Syndicat autonome de l’enseignement supérieur (SAES) a condamné les violences et demandé le retrait immédiat des forces de sécurité du campus social. Selon l’organisation, l’université ne doit ni être assimilée à une caserne ni devenir un terrain d’expérimentation sécuritaire. Le syndicat insiste sur le caractère structurel de la crise, estimant qu’elle dépasse les seuls incidents récents pour révéler des difficultés profondes : sous-financement chronique, croissance rapide du nombre d’étudiants et insuffisance des infrastructures.

Les enseignants appellent à l’ouverture d’un dialogue « franc, responsable et sans préalable » entre étudiants, administration et autorités de tutelle. L’objectif, selon eux, est d’éviter une paralysie prolongée du calendrier académique et de restaurer un climat propice à l’enseignement et à la recherche.

Une crise révélatrice de tensions structurelles

La situation à l’UCAD illustre des défis plus larges auxquels fait face l’enseignement supérieur public sénégalais. La massification des effectifs étudiants exerce une pression croissante sur les budgets, les logements universitaires et les services sociaux. Les crises récurrentes autour des bourses et de la restauration témoignent du rôle central de ces dispositifs dans l’équilibre social des campus.

Plusieurs pistes de sortie de crise sont régulièrement avancées : sécurisation du système de bourses, amélioration durable des infrastructures sociales, respect strict de la franchise universitaire et création de mécanismes permanents de concertation. Leur mise en œuvre effective sera déterminante pour rétablir la confiance entre les différents acteurs.

À court terme, l’évolution de la situation à l’UCAD sera scrutée de près, tant elle constitue un baromètre des tensions sociales dans un pays où la jeunesse étudiante représente une force politique et symbolique majeure.

A.D

11 février 2026 0 comments
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Le général Assimi Goïta
A la UnePolitique

« Le Mali est l’ami de tous ceux qui le souhaitent … », le président Goïta face aux diplomates 

by Chiencoro 11 février 2026
written by Chiencoro 4 minutes read

Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques et l’érosion du multilatéralisme, les autorités maliennes de la Transition affichent une ligne claire : souveraineté stratégique, diversification des partenariats et refondation de l’État. Un cap assumé, réaffirmé lors des échanges de voeux du président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, avec les diplomates accrédités à Bamako, le 10 février 2026. Le chef de l’Etat éclaire la vision internationale et intérieure du pouvoir.

Face au corps diplomatique réuni au palais de Koulouba, les autorités maliennes ont posé les fondements d’une doctrine désormais assumée : le Mali entend entretenir des relations avec tous les partenaires qui respectent ses choix stratégiques et ses intérêts vitaux. Dans un environnement international instable, marqué par des crises économiques, des conflits et des rivalités d’influence, le pays affirme avoir choisi « la dignité, le respect et la liberté de ses décisions ».

Cette orientation s’accompagne d’une diversification assumée des alliances et d’un dialogue renforcé avec plusieurs États et organisations internationales. Pour Bamako, l’augmentation des accréditations diplomatiques constitue un signal d’intérêt renouvelé pour le Mali et pour l’espace confédéral sahélien auquel il appartient. La coopération reste ouverte, mais sur une base redéfinie, sans tutelle ni conditionnalité politique. « Le Mali est l’ami de tous ceux qui le souhaitent dans le respect de ses principes », a affirmé le président de la transition. 

Sécurité : priorité nationale et légitimité stratégique

Sur le plan sécuritaire, les autorités mettent en avant les progrès attribués à la montée en puissance des Forces armées et de sécurité. Engagées dans une guerre asymétrique qualifiée de longue et complexe, elles ont, selon le discours du président de la transition, à renforcer la protection des populations et à favoriser le retour progressif de l’État dans plusieurs zones.

Cette approche insiste sur une vision élargie de la victoire : non seulement militaire, mais aussi sociale. L’accès à l’école, aux soins, à la justice et aux activités économiques est présenté comme l’indicateur réel du succès sécuritaire. Cette doctrine s’inscrit dans une stratégie régionale incarnée par la Confédération de l’Alliance des États du Sahel (AES), décrite comme une réponse endogène, coordonnée et crédible aux défis communs. « Le Sahel a besoin de sincérité, de constance, et d’actions concrètes. Il n’a besoin ni d’analyses ni de recettes toutes faites. Il a besoin de partenariats justes, d’un soutien respectueux, et d’une compréhension lucide des causes profondes de l’instabilité. », a expliqué le général Goïta. 

La bataille de l’information

Autre front assumé : celui de la communication. Les autorités dénoncent des campagnes de désinformation qu’elles attribuent à des acteurs étrangers cherchant à fragiliser les pays sahéliens. Face à ces pressions, elles affirment privilégier cohésion nationale, transparence institutionnelle et accès à une information fiable, considérés comme des remparts contre les tentatives de déstabilisation. « Nous ne céderons ni à la peur, ni à la confusion. Nous opposerons aux récits fabriqués la vérité des faits, et aux tentatives de division l’unité de la Nation. », a indiqué le chef de l’Etat. 

Au-delà des enjeux extérieurs, la Transition met en avant un vaste chantier de transformation interne. Refonder l’État signifie, selon ses dirigeants, renforcer la justice, moderniser l’administration, lutter contre la corruption et restaurer la confiance entre gouvernants et citoyens. Cette ambition s’inscrit dans deux cadres stratégiques majeurs : la vision nationale à long terme horizon 2063 et la Stratégie pour l’émergence et le développement durable 2024-2033.

Dans cette perspective, l’investissement dans le capital humain est présenté comme prioritaire. Jeunesse, éducation, santé et valeurs civiques sont désignées comme les piliers d’une souveraineté durable. L’annonce de l’« année de l’Éducation et de la Culture 2026-2027 » illustre cette volonté de placer la formation et l’identité culturelle au cœur du projet national.

Cap sur l’autonomie économique

Sur le terrain économique, la ligne directrice est celle de solutions endogènes. Les autorités entendent valoriser davantage les ressources nationales, sécuriser les chaînes d’approvisionnement et progresser vers la souveraineté énergétique. Les investissements étrangers restent bienvenus, à condition qu’ils créent des emplois, respectent les règles nationales et favorisent le transfert de compétences.

Cette politique vise à rompre avec les modèles de dépendance jugés inefficaces par le pouvoir actuel. Le Mali affirme ainsi vouloir accueillir des partenaires bâtisseurs plutôt que prescripteurs, inscrivant sa stratégie dans une logique de coopération équilibrée.

Malgré cette réorientation, Bamako réaffirme son attachement aux principes fondamentaux du droit international : respect de l’intégrité territoriale, non-ingérence et règlement pacifique des différends. Les autorités saluent les initiatives de dialogue engagées avec plusieurs partenaires et assurent ne fermer aucune porte, pourvu que les relations reposent sur le respect mutuel.

Chiencoro Diarra 

11 février 2026 0 comments
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Rentrée littéraire du Mali 2026
ActuSeko ni Donko

Bamako, capitale des lettres africaines le temps d’une semaine

by Ibrahim Kalifa Djitteye 11 février 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

La 18ᵉ édition de la Rentrée littéraire du Mali a été officiellement lancée ce mardi soir à l’Azalaï Hôtel Salam, dans une atmosphère empreinte de solennité et de ferveur culturelle. La cérémonie d’ouverture a réuni le ministre de l’Éducation nationale, Dr Amadou Sy Savane, aux côtés d’anciens ministres, de figures emblématiques du monde culturel, d’acteurs littéraires et d’un public passionné de belles lettres. Ce rassemblement marque le coup d’envoi d’un événement majeur qui, chaque année, place le livre et la pensée au cœur de la vie nationale.  

Placée sous le thème « L’Afrique dans le monde de demain », cette édition se déroule du 10 au 14 février 2026 et met en avant la réflexion sur la place du continent dans les dynamiques futures. Les organisateurs ont voulu faire de la littérature un espace de résistance et de proposition, où les voix africaines s’affirment pour penser un avenir commun. Durant toute la semaine, les débats et rencontres s’articulent autour de thématiques fortes qui interrogent la mémoire, la dignité, la solidarité et la capacité du continent à inventer ses propres récits.  

Frontières, paix et mémoire collective

Parmi ces thématiques, la question des frontières et des traversées occupe une place centrale. La migration y est envisagée comme une expérience douloureuse, mais aussi comme une source de nouvelles appartenances. Les discussions mettent en lumière la capacité des peuples à transformer ces parcours en ressources culturelles et identitaires, nourrissant la diversité des langues et des récits africains. La littérature devient ainsi un outil pour réinventer les liens et dépasser les fractures.  

Un autre axe majeur est celui de la sortie de la guerre et de la construction de la paix. Les débats insistent sur la nécessité de dépasser les logiques de prédation et de violence pour renouer avec des récits inclusifs et porteurs d’espoir. La littérature est perçue comme une force de reconstruction, capable de restituer aux peuples une mémoire confisquée et de proposer des horizons de cohésion sociale. Elle devient un instrument essentiel pour bâtir une paix durable et partagée.  

Valeurs africaines et engagement littéraire

La Rentrée littéraire met également en avant les valeurs mythiques et les réalités contemporaines de l’Afrique. Les récits fondateurs, les sagesses orales et les traditions symboliques sont revisités comme des ressources pour penser l’avenir. Loin d’être relégués au folklore, ces héritages sont réaffirmés comme socles initiateurs, permettant de construire une vision moderne enracinée dans la profondeur culturelle et spirituelle du continent. La littérature devient ainsi un pont entre mémoire et modernité.  

Les débats s’élargissent à la question de l’engagement en littérature, en hommage à des figures tutélaires comme Wole Soyinka. Les intervenants interrogent la place des écrivains africains dans la défense de la démocratie et la conscience politique. La littérature est appelée à retrouver sa force de contestation et de proposition, face aux menaces qui pèsent sur les libertés et la dignité humaine. Elle devient un espace où l’écriture se fait acte de résistance et de lucidité.  

Authenticité et enjeux environnementaux

La thématique de l’authenticité est également au centre des échanges, inspirée par l’exemple de Ngugi Wa Thiong’o. Les discussions portent sur la nécessité d’un enracinement culturel, sans renoncer à l’ouverture et à la modernité. L’authenticité est envisagée comme une voie de souveraineté intellectuelle, où l’on peut être fier et émancipé, tout en restant ouvert au dialogue universel. La littérature devient ainsi un espace de lucidité et de créativité critique.  

Les enjeux environnementaux trouvent aussi leur place, avec des réflexions sur l’écriture face au dérèglement climatique. Les bouleversements écologiques sont perçus comme des défis collectifs, liés aux questions de société et de distribution des richesses. La littérature est appelée à devenir le relais des voix qui alertent sur la fragilité de notre maison commune, en inscrivant l’urgence climatique dans les récits et les imaginaires contemporains. Elle devient un outil de sensibilisation et de mobilisation.  

Mémoire coloniale et portée universelle

Enfin, la Rentrée littéraire aborde des thématiques de portée universelle, telles que la mémoire coloniale et les restitutions, ou encore la tragédie palestinienne. Ces débats rappellent que la littérature ne peut se détourner des grandes blessures de l’humanité. Elle doit contribuer à solder le passé, à reconnaître les injustices et à préserver ce qui reste de notre humanité face aux violences et aux génocides. Les écrivains deviennent les gardiens de la mémoire et les porteurs d’espérance.  

La 18ᵉ édition de la Rentrée littéraire du Mali s’impose ainsi comme un espace de dialogue et de création, où se croisent mémoire, engagement et imagination. En célébrant la diversité des voix et des récits, elle affirme la place de l’Afrique dans le monde de demain, non pas comme un continent assigné à la marginalité, mais comme un carrefour de peuples, de savoirs et de projets. Plus qu’un rendez-vous culturel, elle est une promesse : celle de faire du livre un instrument de liberté et de dignité.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

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La cécité
ActuSanté

Femmes, ruraux, pauvres : les grands oubliés de la chirurgie de la cataracte

by Sahel Tribune 11 février 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Près de la moitié des personnes devenues aveugles à cause de la cataracte n’ont toujours pas accès à une chirurgie pourtant simple, rapide et peu coûteuse. Une étude publiée dans The Lancet Global Health, ce 11 février 2026, et relayée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) met en lumière des inégalités majeures, particulièrement en Afrique, et appelle les États à accélérer leurs politiques de santé visuelle pour enrayer une cécité largement évitable.

Alors que la chirurgie de la cataracte est l’une des interventions médicales les plus simples et les plus rentables, près de la moitié des personnes devenues aveugles à cause de cette pathologie n’y ont toujours pas accès. Une nouvelle étude soutenue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) met en lumière des inégalités criantes, notamment en Afrique, et appelle à une accélération massive des politiques publiques pour prévenir une cécité évitable à grande échelle.

La cataracte, caractérisée par l’opacification progressive du cristallin, touche aujourd’hui plus de 94 millions de personnes dans le monde. Elle demeure la première cause de cécité évitable, malgré l’existence d’un traitement chirurgical simple, rapide et durable. Une opération qui dure en moyenne quinze minutes suffit pourtant à restaurer la vision et à transformer radicalement la vie des patients.

Selon une étude publiée ce jour dans The Lancet Global Health, près de 50 % des personnes souffrant de cécité liée à la cataracte n’ont toujours pas accès à la chirurgie. Une situation que l’OMS qualifie de « paradoxale » au regard de l’efficacité et du faible coût de l’intervention.

« La chirurgie de la cataracte est l’un des outils les plus puissants dont nous disposons pour restaurer la vision et transformer des vies », souligne Devora Kestel, directrice par intérim du département des maladies non transmissibles et de la santé mentale à l’OMS. « Lorsque les gens retrouvent la vue, ils retrouvent leur indépendance, leur dignité et leurs opportunités. », a-t-elle expliqué. 

Des progrès insuffisants face au vieillissement mondial

Au cours des vingt dernières années, la couverture mondiale de la chirurgie de la cataracte a progressé d’environ 15 %. Mais cette amélioration reste largement insuffisante au regard de l’augmentation rapide de la demande, liée au vieillissement des populations et à la hausse des maladies chroniques.

Les projections pour la décennie en cours tablent sur une progression de seulement 8,4 % supplémentaires. Or l’Assemblée mondiale de la santé s’est fixé un objectif beaucoup plus ambitieux : une augmentation de 30 % d’ici 2030. Sans une accélération majeure des investissements et des politiques de santé visuelle, cet objectif restera hors d’atteinte.

L’étude, fondée sur 68 estimations nationales couvrant les années 2023 et 2024, révèle de profondes disparités régionales. La région africaine apparaît comme la plus vulnérable : trois personnes sur quatre nécessitant une chirurgie de la cataracte n’en bénéficient pas.

Les femmes sont systématiquement les plus pénalisées. Dans toutes les régions du monde, elles ont un accès plus faible aux soins oculaires que les hommes, malgré une prévalence souvent plus élevée de la maladie. Ces écarts traduisent des inégalités sociales persistantes, mais aussi des obstacles culturels et économiques.

Des freins structurels durables

Les lacunes observées sont liées à des contraintes structurelles anciennes : pénurie de chirurgiens ophtalmologues, mauvaise répartition géographique des professionnels de santé, coûts élevés des interventions, délais d’attente prolongés et faible sensibilisation des populations à la possibilité de traitement.

Même lorsque les services existent, la demande reste parfois limitée en raison du manque d’information ou de la peur de l’opération. À ces obstacles s’ajoutent des facteurs de risque aggravants tels que l’exposition prolongée aux rayons UV-B, le tabagisme, l’usage de corticostéroïdes et le diabète.

Pour l’OMS, la cécité due à la cataracte est largement évitable. Les États disposent de leviers concrets pour inverser la tendance : intégrer le dépistage visuel dans les soins de santé primaires, investir dans des infrastructures chirurgicales de base et renforcer la formation du personnel de santé oculaire, notamment dans les zones rurales et mal desservies.

L’organisation insiste également sur la nécessité de politiques ciblées en faveur des femmes et des populations marginalisées afin de réduire les inégalités d’accès aux soins.

« Mettre fin à la cécité inutile causée par la cataracte est essentiel et réalisable », affirme l’OMS, appelant gouvernements, ONG et partenaires internationaux à coordonner leurs efforts.

Un enjeu de développement humain

Au-delà de la santé, la restauration de la vue constitue un enjeu économique et social majeur. Elle permet le retour à l’autonomie, la reprise d’activités professionnelles et la réduction de la dépendance familiale. Dans de nombreux pays africains, la cécité liée à la cataracte alimente la pauvreté et fragilise les systèmes de solidarité.

Pour l’OMS, faire de la chirurgie de la cataracte une intervention universellement accessible est désormais une priorité stratégique. Sans action rapide, des millions de personnes continueront de perdre la vue pour une cause pourtant évitable.

La bataille contre la cécité évitable se joue donc autant dans les blocs opératoires que dans les choix politiques. La cataracte, longtemps perçue comme une fatalité du vieillissement, apparaît aujourd’hui comme un test de la capacité des systèmes de santé à garantir un droit fondamental : celui de voir.

A.D

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