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Vaccination contre la polio
Billet d'humeurSanté

Billet. Quand la seringue devient une menace : le combat impossible de la vaccination au Sahel

by Sahel Tribune 21 mars 2025
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Entre l’hostilité des djihadistes et le verrouillage des régimes militaires, la vaccination au Sahel devient une bataille où la vie des enfants se joue entre dogmes et calculs politiques.

Dans le grand cimetière des illusions humanitaires, le Sahel occupe une place de choix. Ici, la vie d’un enfant n’a souvent d’autre valeur que celle que veulent bien lui accorder les hommes en armes. Les djihadistes voient dans la seringue du vaccinateur un cheval de Troie occidental. La population est ainsi prise en otage et condamnée à vivre sous le joug de la fièvre, des épidémies et de la peur.

Le paradoxe est cruel. À Bamako, à Ouagadougou, à Niamey, on promet la souveraineté, on fustige l’ingérence étrangère, on clame que l’Afrique doit se prendre en main. Mais pendant ce temps, les dispensaires ferment, les stocks de vaccins pourrissent dans des entrepôts inaccessibles, et les campagnes de santé publique sont reléguées au rang de vœux pieux.

Les djihadistes et la seringue du diable

Dans leur croisade contre tout ce qui porte l’empreinte de l’Occident, les groupes djihadistes du Sahel ont fait de la vaccination une cible prioritaire. La seringue, à leurs yeux, est une arme insidieuse, un outil de corruption des âmes et des corps. On l’accuse de stériliser les enfants, de diffuser des maladies, d’être un poison culturel injecté par les infidèles. Dans certaines zones sous leur contrôle, interdire les vaccins est devenu un acte de résistance idéologique.

Et pourtant, l’histoire récente montre que ces idéologues savent aussi composer avec la réalité. Quand la rougeole ou la polio frappent trop fort, quand les cadavres d’enfants s’amoncellent dans les cases, certains chefs de guerre ferment les yeux et laissent passer les agents de santé. Un pragmatisme morbide, où la vie ne pèse jamais plus lourd que la survie du groupe.

Les militaires et l’obsession du contrôle

Mais le plus grand paradoxe, c’est que ceux qui prétendent restaurer l’autorité de l’État sur ces territoires abandonnés se révèlent être, eux aussi, des freins à la vaccination. Depuis la prise du pouvoir par les juntes au Mali, au Burkina Faso et au Niger, l’espace humanitaire s’est réduit comme peau de chagrin. Sous couvert de lutte contre l’ingérence, les ONG sont entravées, surveillées, parfois même expulsées. Accéder aux populations vulnérables est devenu un défi bureaucratique autant que logistique.

La conséquence ? Une explosion du nombre d’enfants non vaccinés. En 2023, au Mali, au Tchad et au Soudan, les taux de couverture vaccinale se sont effondrés, ouvrant la voie à une résurgence des maladies oubliées. Polio, diphtérie, coqueluche : des fléaux qu’on croyait éradiqués font leur grand retour, rappelant aux nouvelles autorités que l’on ne gouverne pas seulement avec des discours martiaux et des promesses de grandeur.

Le prix du refus

La guerre contre les vaccins est une guerre contre soi-même. Un pays qui laisse mourir ses enfants d’épidémies évitables se condamne à l’échec. Car derrière ces chiffres de mortalité infantile, il y a un enjeu bien plus vaste : celui de la confiance entre un État et son peuple. Lorsqu’un parent ne peut plus faire vacciner son enfant parce que les routes sont minées, parce qu’un chef de guerre le lui interdit, ce parent apprend une chose essentielle : il est seul.

Alors que faire ? Il n’y a pas de solution miracle, mais il y a une certitude : refuser l’aide internationale, entraver les ONG, sacrifier la santé publique sur l’autel de la souveraineté ne feront que précipiter la région dans l’abîme. Si les régimes militaires du Sahel veulent réellement restaurer leur légitimité, ils doivent commencer par garantir l’accès aux soins et à la vaccination, au lieu de voir dans chaque seringue un complot étranger. Au Mali, à travers ses œuvres sociales, le président de la transition, le général Assimi Goïta, contribue largement à combler le vide laissé par les ONG humanitaires en matière de fourniture de soin de santé. 

Car l’ennemi, ici, ce n’est pas l’Occident. Ce n’est pas non plus la coopération humanitaire. L’ennemi, c’est la maladie, la mort évitable, et l’aveuglement politique qui les laisse prospérer.

Si le Sahel veut un avenir, il devra choisir entre les balles et les vaccins.

A.D

21 mars 2025 0 comments
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Sommet des chefs d'Etats de l'AES
A la UneAnalyses

AES – OIF : Les dessous d’un divorce annoncé

by Chiencoro 21 mars 2025
written by Chiencoro 4 minutes read

En quittant l’OIF, le Mali, le Niger et le Burkina Faso affirment leur rupture avec l’influence francophone, dans un geste à la fois politique, linguistique et diplomatique.

Le départ du Mali, du Niger et du Burkina Faso de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) n’a rien d’un coup de tête. Il s’inscrit dans une mécanique bien huilée, où chaque geste des nouvelles autorités sahéliennes semble répondre à une logique de rupture totale avec les institutions perçues comme des prolongements de l’influence occidentale. Derrière cette décision, qui survient à la veille de la Journée internationale de la Francophonie, se cache une série de tensions, de calculs politiques et d’affronts diplomatiques qui ont précipité ce divorce inéluctable.

Une humiliation diplomatique devenue un casus belli

La Francophonie, ce « club » où la langue française se veut un lien entre nations souveraines, aurait-elle voulu humilier l’AES ? Selon des sources proches du dossier, le Mali, le Niger et le Burkina Faso n’auraient tout simplement pas été invités aux célébrations du 20 mars. Une énième exclusion perçue comme une insulte par ces États suspendus des instances de l’OIF après leurs coups d’État respectifs.

À Bamako, Niamey et Ouagadougou, cette mise à l’écart serait interprétée comme un affront supplémentaire d’une organisation jugée partiale et alignée sur les positions françaises et occidentales. Les gouvernants de ces Etats n’ont pourtant pas besoin d’une institution qui ne reconnaît plus leur souveraineté et les traite comme des parias.

Ce mépris ressenti n’est qu’un épisode de plus dans une série d’incompréhensions et de rancœurs qui remontent bien avant la prise de pouvoir des autorités de l’AES.

Vers une Francophonie reléguée au second plan

Si le rejet de l’OIF s’inscrit dans une logique de rupture politique, il s’accompagne aussi d’un changement de paradigme linguistique. Le Mali, à travers sa nouvelle Constitution adoptée en 2023, a relégué le français au rang de simple « langue de travail », faisant des langues nationales (bambara, songhaï, peul, etc.) les véritables langues officielles du pays.

Ce choix, loin d’être anodin, marque une volonté claire de s’affranchir de l’héritage colonial. Il n’est pas surprenant que ce soit précisément le Mali qui ait mené cette offensive contre l’OIF. En limitant le rôle du français dans ses institutions, Bamako pose un acte de souveraineté linguistique qui va de pair avec son rejet des organisations perçues comme des instruments de domination culturelle.

En décembre 2023, le Burkina Faso a franchi le cap dans sa quête de souveraineté linguistique. Par une révision constitutionnelle, le gouvernement a fait des langues nationales – mooré, dioula, fulfuldé et d’autres – les véritables langues officielles du pays, reléguant le français et l’anglais au statut de simples langues de travail. Ce choix, loin d’être anodin, s’inscrit dans une dynamique plus large de réappropriation culturelle et de rupture progressive avec l’héritage colonial. En plaçant ses langues ancestrales au cœur de son identité institutionnelle, le Burkina Faso affirme une volonté de bâtir un État en phase avec ses racines, tout en redéfinissant les codes de son ouverture au monde.

Le Niger, bien que n’ayant pas encore adopté une réforme linguistique aussi marquée, suit une trajectoire similaire. Dans ce pays, le français reste un outil administratif, mais n’incarne plus une appartenance à une communauté de destin.

Une rupture soigneusement mise en scène

Le départ de l’OIF n’est pas qu’un simple retrait administratif. C’est un message politique soigneusement préparé. À travers ce geste, l’AES envoie un signal fort à ses partenaires et à son opinion publique. Ces Etats ne veulent plus dépendre d’aucune organisation considérée comme un relai des anciennes puissances coloniales.

Dans les capitales sahéliennes, la communication officielle insiste sur un discours souverainiste. Il est temps de construire une coopération basée sur des alliances choisies et non subies. La Russie, la Chine et la Turquie sont de plus en plus citées comme des modèles alternatifs, tandis que l’idée d’une Francophonie libérée de l’influence française fait son chemin.

En interne, ce retrait est aussi un outil politique. Il alimente le récit nationaliste des régimes militaires, en consolidant leur image de dirigeants qui ne plient pas face aux pressions occidentales. Ces États estiment n’avoir plus besoin de cette Francophonie à sens unique.

Et après ? Entre isolement et nouvelles alliances

Si cette rupture satisfait les gouvernements sahéliens, elle soulève des questions sur l’avenir de la coopération internationale de ces pays. L’OIF offrait un cadre d’échanges culturels, éducatifs et économiques qui ne pourra pas être remplacé du jour au lendemain.

Certains observateurs estiment que ce retrait est un signal plus large de la crise du multilatéralisme. L’AES, qui prône une autonomie totale vis-à-vis des anciennes puissances coloniales et de leurs institutions, est-elle en train de s’isoler ou de redéfinir les contours d’une nouvelle coopération internationale ?

Une chose est certaine, en quittant l’OIF, le Mali, le Niger et le Burkina Faso indiquent ne plus vouloir être des spectateurs dans un espace qu’ils jugent biaisé. Ils veulent redessiner leurs propres règles.

Reste à voir si cette nouvelle indépendance les conduira vers une véritable renaissance ou un isolement stratégique.

Chiencoro Diarra 

21 mars 2025 0 comments
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Inondation au Mali
ActuClimat et environnement

Salubrité urbaine : un concours pour prévenir les inondations avant la saison des pluies

by Chiencoro 20 mars 2025
written by Chiencoro 4 minutes read

Former des experts en développement durable et mobiliser les citoyens pour un environnement plus sain. Deux initiatives majeures pour préparer l’avenir du Mali.

L’histoire retiendra que l’humanité n’a jamais cessé d’apprendre ni d’expérimenter. Dans un monde où la crise environnementale redessine les frontières du possible et de l’urgent, il est essentiel d’agir à la fois sur la formation des esprits et sur l’amélioration des conditions de vie. Deux initiatives récemment annoncées par le ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable du Mali illustrent parfaitement cette double exigence. Il s’agit de former des experts capables d’anticiper l’avenir et engager les citoyens dans des actions immédiates et concrètes.

Former les cerveaux de la transition écologique

Toute transformation durable passe par l’éducation. La décision de lancer un appel à candidatures pour sélectionner des institutions d’enseignement supérieur chargées de dispenser un Master en Ingénierie de Développement durable et Management de l’Environnement s’inscrit dans cette logique. Il ne s’agit pas d’un simple programme académique de plus, mais bien d’un levier stratégique pour outiller une nouvelle génération de décideurs et de praticiens.

Nous vivons un temps où la gestion des ressources naturelles, la résilience face aux dérèglements climatiques et la restauration des terres dégradées ne peuvent plus être laissées à l’improvisation. La connaissance devient un outil de survie. La sélection rigoureuse de deux institutions permettra d’assurer une formation alignée sur les standards internationaux et d’intégrer les avancées scientifiques les plus récentes dans la réflexion et l’action publique. Car ce n’est qu’en maitrisant les mécanismes du vivant et de l’économie circulaire que l’on pourra éviter la catastrophe annoncée.

Mais une formation, si brillante soit-elle, ne suffit pas. Encore faut-il que ses enseignements se traduisent en comportements et en engagements.

Une compétition pour changer les pratiques urbaines

À Bamako et Kati, les inondations ne sont pas qu’un phénomène météorologique ; elles sont aussi le symptôme d’un urbanisme mal maîtrisé et d’une gestion approximative des déchets. Chaque saison des pluies, le même scénario se répète : caniveaux bouchés, quartiers submergés, infrastructures endommagées. Pourtant, chacun sait que l’on peut prévenir plutôt que subir.

C’est dans cet esprit que le ministère de l’Environnement, en partenariat avec les autorités locales, a décidé d’organiser un concours inter-quartiers de salubrité. « Salubrité et engagement citoyen : agissons avant les pluies », tel est le mot d’ordre de cette initiative qui invite chaque habitant à devenir acteur de la transformation de son environnement immédiat. L’objectif est simple : réduire les déchets solides avant que la première goutte de pluie ne vienne en faire un désastre.

Derrière l’apparente légèreté d’une compétition, c’est une question civilisationnelle qui se pose. Comment réconcilier les citoyens avec leur propre espace de vie ? Comment faire comprendre que l’environnement n’est pas un problème lointain, mais une affaire intime, quotidienne, presque domestique ? L’incitation, ici, passe par un système de récompenses destiné aux quartiers les plus exemplaires. Mais au-delà des prix, c’est l’instauration d’une culture du respect et de la responsabilité qui est en jeu.

Former et transformer 

Il n’y a pas de hasard. Les nations qui prospèrent sont celles qui anticipent, celles qui forment leurs élites tout en mobilisant leur population. Loin d’être anecdotiques, ces deux initiatives maliennes participent d’un même mouvement. Il s’agit de structurer un savoir durable et ancrer les bons comportements dans le quotidien. Car la transition écologique ne se décrète pas, elle s’incarne.

Et peut-être qu’un jour, dans une Bamako débarrassée de ses torrents de boue et de ses montagnes de plastique, un ancien étudiant de ce Master en ingénierie environnementale marchera dans une rue propre, fier d’avoir appris et d’avoir agi.

Le destin des nations ne se joue pas seulement dans les sommets internationaux ou dans les grandes théories économiques. Il se joue aussi dans le choix des matières enseignées à l’université et dans la manière dont une ville gère ses déchets. Car le progrès n’est rien d’autre qu’une addition de décisions justes. Celles-ci en font peut-être partie.

Chiencoro Diarra 

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commerce en ligne.
A la UneÉconomie

Taxes sur les télécommunications : les commerçants en ligne au bord de l’asphyxie

by Ibrahim Kalifa Djitteye 20 mars 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 5 minutes read

Depuis l’entrée en vigueur des nouvelles taxes sur les télécommunications au Mali, de nombreux commerçants en ligne peinent à joindre les deux bouts. Les frais supplémentaires sur les transactions via Orange Money et Moov Money, ainsi que l’imposition sur les achats de crédits téléphoniques et les forfaits internet, pèsent lourdement sur leurs activités.

Le gouvernement a récemment instauré plusieurs taxes qui affectent directement les consommateurs et les acteurs du commerce digital, créant ainsi un impact considérable sur l’économie numérique. Parmi les principales mesures, on note une taxe de 10 % sur les recharges téléphoniques, qui réduit directement le montant crédité aux utilisateurs. Par exemple, une recharge de 1 000 F CFA ne crédite plus que 900 F CFA, ce qui pénalise les utilisateurs réguliers de services mobiles. De plus, une taxe de 1 % sur les retraits via mobile money a été introduite, rendant les transactions financières plus coûteuses pour les commerçants et les consommateurs.

En outre, l’augmentation de la Taxe sur l’Accès au Réseau des Télécommunications Ouvert au Public (TARTOP), passant de 5 % à 7 %, a pour objectif de générer 16,38 milliards de F CFA pour le budget national. Ces mesures ont provoqué une vague de mécontentement parmi les commerçants en ligne, qui dépendent grandement des transactions numériques pour leurs ventes. Cette fiscalité supplémentaire alourdit les coûts opérationnels et freine la croissance de l’économie numérique, déjà fragile pour certains petits commerçants.

Des vendeurs en ligne en difficulté

Le commerce en ligne, qui repose largement sur les paiements via mobile money, est directement impacté par les nouvelles taxes sur les télécommunications. Ces frais supplémentaires compliquent non seulement les transactions financières, mais ralentissent aussi le chiffre d’affaires des commerçants. A. Ouattara, vendeuse de tissus en ligne, a adopté un autre modèle de paiement pour contourner les frais. Elle explique que son activité ne repose pas uniquement sur le mobile money, mais plutôt sur un paiement à la livraison dans la majorité des cas. « C’est après la livraison de la marchandise que le client donne l’argent au livreur ainsi que son frais de déplacement », précise-t-elle. Cependant, elle note que cette méthode est moins pratique pour les clients vivant loin, car ceux-ci doivent gérer les frais supplémentaires liés au mobile money, ce qui complique les transactions.

Le même constat est partagé par M. Cissé, qui vend des téléphones et des accessoires en ligne. Selon lui, avant l’introduction des taxes, il pouvait dégager une marge correcte, mais maintenant, la situation a changé. « Maintenant, avec la taxe de 10 % sur les recharges et la hausse des frais mobile money, mes clients hésitent davantage à commander. Beaucoup préfèrent payer en espèces, mais cela complique la gestion des ventes. Je pense aussi que je vais cesser de faire mes opérations avec Orange Money et Moov Money. Désormais, je vais les faire avec Wave », indique-t-il.

La gestion des transactions beaucoup plus difficile 

Les vendeurs de vêtements et d’accessoires de mode ressentent également la pression de ces nouvelles impositions. F. Togo, qui vend des tissus, des robes et des chaussures en ligne, témoigne des difficultés rencontrées. « Depuis le 5 mars jusqu’à aujourd’hui, je n’ai pas eu de marché. Mais quand même, je m’attends à une nouvelle phase vu les plaintes des autres », dit-elle. En tant qu’étudiante, elle doit aussi faire face à la hausse des forfaits internet. « Je prends du forfait chaque semaine. Donc, à chaque fois que je veux en acheter, je suis obligée d’ajouter un peu plus à cause des frais. C’est un peu triste, parce que je suis étudiante. D’un autre côté, je me réjouis parce que c’est une contribution pour notre patrie », ajoute-t-elle.

Par ailleurs, H. Tandina, également vendeur de tissus pour hommes en ligne, note que les clients hésitent de plus en plus à effectuer des paiements via mobile money, préférant souvent l’option paiement en espèces à la livraison. Cela entraîne des retards dans les paiements et une gestion difficile des commandes. « Cette situation ralentit nos ventes et rend la gestion des transactions beaucoup plus difficile », déclare-t-il. Comme d’autres, il voit la gestion des paiements numériques comme un frein à la croissance des petites entreprises locales.

Aussi, M. Coulibaly, qui vend des accessoires de mode en ligne tout en poursuivant ses études, déplore la hausse des coûts de la connexion internet et des taxes sur les recharges de crédit. « Déjà que la connexion internet est chère, maintenant même les recharges de crédit sont taxées ! On paie plus, mais on reçoit moins. Avec Orange, quand tu fais une recharge, ils prélèvent 10 %. Et si on veut transformer le crédit en forfait internet, Ne Taa ou Sewa prélèvent encore 10 % », explique-t-elle.

Quel avenir pour les entrepreneurs du digital ?

Selon les vendeurs en ligne, alors que la digitalisation semblait être une opportunité pour de nombreux jeunes commerçants maliens, ces nouvelles taxes viennent freiner cet élan. Ceux qui dépendaient fortement du mobile money pour leurs transactions risquent de voir leur clientèle se réduire.

Ils estiment que si ces taxes ne sont pas accompagnées de mesures d’allègement ou de soutien, elles pourraient pénaliser durablement le commerce en ligne et l’inclusion financière. En attendant, vendeurs et consommateurs espèrent que le gouvernement prendra en compte leurs préoccupations, avant que le poids de la fiscalité ne freine davantage la dynamique économique du pays.

Par ailleurs, il faut noter que la plupart des commerçants en ligne opèrent sans statut formel d’entreprise. Beaucoup tirent profit du commerce numérique sans être enregistré et sans contribuer aux caisses de l’État à travers l’impôt. Cette mesure fiscale pourrait ainsi être perçue comme un moyen de combler ce vide et d’élargir l’assiette fiscale.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

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Des avions de combats
ActuSécurité

Lutte contre le terrorisme : un dépôt logistique ciblé et détruit par l’armée malienne

by Chiencoro 20 mars 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

En s’appuyant sur le renseignement et la mobilisation citoyenne, l’armée malienne frappe au cœur des réseaux terroristes, mais la victoire ne se jouera que sur le long terme.

Le futur appartient à ceux qui savent anticiper. À l’heure où le terrorisme redessine les équilibres stratégiques au Sahel, la bataille ne se joue plus seulement sur le terrain, mais aussi dans l’exploitation des renseignements, l’analyse des flux logistiques et l’usage intelligent des technologies de surveillance.

Le 19 mars 2025, les Forces Armées Maliennes (FAMa) ont franchi une nouvelle étape dans cette guerre de l’ombre. Grâce à la coordination entre les moyens aériens et les unités de renseignement, un centre logistique majeur, servant de point de transit pour les groupes armés terroristes, a été localisé et détruit dans la région de Tombouctou. Plus précisément, une patrouille de surveillance a intercepté une transaction de carburant à Sanfatou, à 25 km à l’est de Gourma Rharous, confirmant ainsi les flux logistiques qui alimentent l’insécurité dans la région.

Quand le renseignement devient une arme

Il n’y a jamais eu de guerre gagnée sans supériorité informationnelle. Les grandes batailles de l’histoire, de Napoléon à la Seconde Guerre mondiale, ont démontré que la maîtrise des renseignements conditionne l’issue des conflits. Aujourd’hui, dans un contexte où les groupes armés terroristes opèrent en réseaux, la donnée est la première ligne de défense.

La destruction d’une centaine de fûts de carburant et de plusieurs véhicules lors de cette opération témoigne d’un tournant. L’armée malienne ne se contente plus de réagir, elle anticipe, elle traque, elle neutralise à la source. Cette approche est essentielle, car dans une guerre asymétrique, il ne s’agit pas seulement d’affronter un ennemi visible, mais de démanteler son écosystème.

La guerre du futur se joue aussi dans la mobilisation des citoyens

Au-delà de la technologie et des moyens militaires, cette opération met en lumière un autre facteur clé : l’implication des populations. Le renseignement humain demeure un pilier essentiel de la lutte contre le terrorisme. L’État-Major des Armées a d’ailleurs tenu à remercier les citoyens pour leur rôle crucial dans la transmission d’informations stratégiques. Car aucune armée ne peut vaincre seule. L’histoire l’a prouvé. Des guerres napoléoniennes à la Résistance en France, c’est toujours la coopération entre les forces régulières et les populations locales qui a permis d’inverser le cours des batailles.

Mais cette mobilisation ne peut être efficace sans un cadre clair. La lutte contre le terrorisme ne doit pas être seulement militaire; elle doit être économique, sociale et éducative. Car derrière chaque flux logistique terroriste, il y a un financement, des complicités, et parfois même des États qui ferment les yeux. L’État malien met donc en garde une fois de plus les soutiens de l’ombre, ceux qui alimentent, financent et facilitent ces réseaux.

La guerre contre le terrorisme ne se gagnera pas en une nuit. Il ne suffit pas de frapper un centre logistique pour éradiquer une menace enracinée depuis plus d’une décennie. Il faut voir plus loin, investir dans l’éducation, dans l’emploi, dans la réhabilitation des zones touchées par l’insécurité. Une victoire militaire ne vaut que si elle s’accompagne d’une paix durable.

Chiencoro Diarra 

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L'Emir du Qatar, Félix Tshisekedi et Paul Kagamé.
A la UneAnalyses

Doha : la paix en trompe-l’œil entre Kinshasa et Kigali ?

by Sahel Tribune 20 mars 2025
written by Sahel Tribune 4 minutes read

À Doha, le Qatar s’impose en médiateur entre Kinshasa et Kigali, mais derrière les promesses diplomatiques, la paix dans l’Est congolais reste un mirage.

Officiellement, c’était un sommet « historique ». Un rendez-vous trilatéral inédit entre Félix Tshisekedi, Paul Kagame et l’émir du Qatar. Une rencontre organisée sous les dorures de Doha pour apaiser les tensions dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC). Officieusement, c’était un exercice de style, une énième tentative de dialogue entre deux adversaires que tout oppose, sauf l’impérieuse nécessité de sauver la face.

Derrière le sourire de rigueur et les poignées de main fermes, la méfiance restait palpable. Pour un familier des négociations de Luanda et de Nairobi, on doit savoir que cette rencontre n’est qu’une mise en scène diplomatique bien huilée, mais au fond, personne n’est dupe. Et pour cause : en une décennie, combien d’accords, de cessez-le-feu et de « feuilles de route » ont été signés, avant d’être réduits en cendres par le fracas des armes dans le Kivu ?

Le Qatar, nouveau faiseur de paix ou simple figurant ?

Le choix de Doha comme cadre de discussion intrigue. Que vient faire le Qatar, habitué aux médiations au Darfour et aux tractations entre talibans et Occidentaux, dans un conflit enraciné depuis plus de 25 ans dans les Grands Lacs ? Tout observateur averti de la scène diplomatique dans cette région devra voir derrière cette tentative la volonté pour l’émirat de s’imposer comme un acteur global, capable de peser autant en Afghanistan qu’en Afrique centrale. Doha a l’argent, la neutralité apparente, et surtout l’oreille de Kagamé, qui a su habilement tisser des liens avec le Golfe ces dernières années. 

Cette opération est doublement stratégique. Elle renforce son influence en Afrique tout en offrant à son allié rwandais une tribune pour négocier sans passer par les circuits traditionnels, tenus par l’Occident.

Kagamé sous pression, Tshisekedi en quête de crédibilité

Paul Kagamé, lui, joue une partition plus délicate. Longtemps perçu comme l’homme fort intouchable de l’Afrique de l’Est, il fait face à une pression internationale croissante sur son soutien présumé au M23. Washington, qui fermait autrefois les yeux sur ses manœuvres régionales, a haussé le ton. Même Paris, pourtant longtemps conciliant, a envoyé des signaux d’agacement.

Le Rwanda est à un tournant. S’il continue de jouer avec le feu dans l’Est du Congo, il risque de s’isoler diplomatiquement, mais s’il lâche le M23, il perd un levier stratégique. Kagame, fidèle à sa méthode, tente donc de manœuvrer sans rien céder, tout en maintenant une posture de chef d’État rationnel, soucieux de stabilité régionale.

De son côté, Félix Tshisekedi sait que le temps joue contre lui. Réélu après un scrutin contesté, il doit prouver qu’il peut sécuriser l’Est du pays, là où Kabila avant lui a échoué. Son pari : montrer que la diplomatie peut encore l’emporter sur les armes. Mais dans les couloirs feutrés de la présidence congolaise, l’incertitude domine. L’on estime que ce n’est pas la première fois que Kigali promet un cessez-le-feu, et chaque fois, ils reviennent par une autre porte.

Un cessez-le-feu, et après ?

À Doha, les trois dirigeants ont réaffirmé leur attachement aux processus de Luanda et de Nairobi, désormais fusionnés, et promis un cessez-le-feu « immédiat et inconditionnel ». En théorie, cela signifie la fin des hostilités. En pratique, personne ne mise sur une désescalade rapide.

Sur le terrain, les rebelles du M23 continuent d’occuper des positions stratégiques, tandis que l’armée congolaise, épaulée par des troupes burundaises, se prépare à une reprise des combats. Les chefs d’État peuvent donc bien signer tous les accords du monde, mais sans rapport de forces crédible, ça ne changera rien.

Alors, Doha a-t-il accouché d’une vraie dynamique de paix, ou simplement d’un sursis diplomatique ? La question reste ouverte. Le Qatar a démontré son influence croissante, Kagamé a joué la montre, Tshisekedi a obtenu un répit politique. Mais au-delà des salons climatisés de l’émirat, la vraie réponse viendra des collines du Kivu, où la guerre, elle, n’a pas attendu les accords de Doha pour poursuivre sa route.

A.D

20 mars 2025 0 comments
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Macron et Tebboune
ActuPolitique

France-Algérie : un bras de fer diplomatique qui ravive les tensions historiques

by Ibrahim Kalifa Djitteye 19 mars 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

La relation franco-algérienne connaît un nouvel épisode de crispation diplomatique, cette fois autour de la question migratoire. La décision d’Alger de rejeter une liste de soixante ressortissants algériens frappés d’une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF) a entraîné une réaction immédiate du gouvernement français. Bruno Retailleau, ministre de l’Intérieur, a annoncé une « riposte graduée », incluant la suspension de l’accord de 2007 sur les passeports diplomatiques et le rappel de l’ambassadeur français en Algérie. Une escalade qui soulève plusieurs enjeux, à la fois politiques, diplomatiques et historiques.

Le rejet par l’Algérie de cette liste d’expulsés repose sur des arguments à la fois de forme et de fond. D’une part, Alger considère que la France a outrepassé le canal diplomatique habituel, qui passe par les préfectures et les consulats. D’autre part, les autorités algériennes invoquent les accords bilatéraux de 1974 et 1994 pour encadrer le traitement des demandes d’éloignement.

Face à ce refus, Paris a durci le ton. En plus de la remise en cause des accords de 2007, Gérald Darmanin a évoqué une possible révision des accords de 1968, qui accordent aux Algériens un statut migratoire particulier en France. Ce traité est régulièrement critiqué par la droite et l’extrême droite françaises, qui plaident pour sa suppression.

Des enjeux politiques internes en France

Le durcissement de la position française intervient dans un contexte politique marqué par des débats intenses sur l’immigration et la sécurité. La droite républicaine, à travers Bruno Retailleau, cherche à imposer une ligne ferme sur ces questions, tandis que le gouvernement Macron oscille entre fermeté et volonté d’apaisement. L’attentat de Mulhouse en février dernier, impliquant un Algérien sous OQTF, a également alimenté le débat public et accru la pression sur l’exécutif français.

Par ailleurs, cette crise intervient à quelques mois des élections européennes, où la question migratoire est un enjeu central. Marine Le Pen, en réaction au refus algérien, a appelé à des mesures encore plus radicales, notamment un gel des visas, la suspension des aides publiques au développement et la fin des transferts de fonds privés vers l’Algérie.

Une relation franco-algérienne sous tension permanente

La crise actuelle s’inscrit dans une série de tensions récurrentes entre Paris et Alger. Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée, les relations entre les deux pays oscillent entre tentatives de rapprochement et crispations. La question mémorielle, les restrictions de visas en 2021, l’affaire Boualem Sansal ou encore le rappel de l’ambassadeur algérien en juillet 2024 ont jalonné une relation déjà fragile.

Si le président français a récemment prôné une renégociation plutôt qu’une dénonciation des accords de 1968, la pression politique interne pourrait l’obliger à adopter une posture plus ferme. Alger, de son côté, refuse toute concession perçue comme une ingérence et rejette toute forme de pression.

Vers une crise durable ?

Le bras de fer actuel entre Paris et Alger semble loin d’être résolu. Si la France met effectivement en œuvre ses mesures de rétorsion, une riposte algérienne est à prévoir, avec notamment un possible durcissement des conditions d’octroi de visas pour les Français ou une remise en cause de coopérations bilatérales dans d’autres domaines.

La relation franco-algérienne reste marquée par une histoire complexe et des intérêts divergents. La gestion de cette crise sera un test majeur pour les deux gouvernements, qui devront choisir entre l’escalade et la recherche d’un compromis.

Ibrahim Kalifa Djitteye

19 mars 2025 0 comments
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