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Attaque terroriste au Burkina Faso
Actu

Fambita, prière sous les balles : au Niger, les djihadistes de l’EIGS frappent à l’heure de Dieu

by Sahel Tribune 22 mars 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

À Fambita, des fidèles en prière ont été massacrés dans leur mosquée, rappel que les terroristes sont loin d’être de Dieu.

Dans ce triangle de feu que l’on appelle la zone des « trois frontières », où les cartes du Sahel se froissent sous le poids des kalachnikovs et des serments d’allégeance à l’État islamique ou à Al-Qaïda, le sang n’a plus le temps de sécher. Vendredi 21 mars 2025, à Fambita, village perdu du sud-ouest nigérien, alors que le soleil couchant offrait aux fidèles un peu de répit dans le jeûne, des hommes armés sont entrés dans la mosquée. Ils n’y ont pas prié. Ils ont tué.

Quarante-quatre morts. Tous civils. Tous en prière.

Ils ont cerné le lieu de culte à 14 heures. Un vendredi. Le jour sacré de la semaine musulmane. Ils ont ouvert le feu, méthodiques, impitoyables, pendant que les fidèles accomplissaient leur salat. Puis, comme pour parachever l’horreur, ils ont incendié le marché et les habitations. La cruauté en guise de signature, la terreur en lieu et place de revendication. L’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), selon les autorités nigériennes.

Fambita n’est pas qu’un village. C’est un symbole. Celui d’un territoire où l’État est devenu une ligne fantôme, où la République ne s’exerce plus qu’en communiqués de presse et en promesses de vengeance. Tillabéri, région enclavée, est depuis des années le théâtre d’un chaos organisé. Là, les soldats nigériens de l’opération « Niya » affrontent une guérilla insaisissable, mouvante, nourrie par la pauvreté, l’abandon et l’extrémisme.

Djerma, Touaregs, Peuls, les communautés civiles, elles, vivent au rythme des déplacements forcés, des massacres sporadiques, des marchés réduits en cendres. En décembre dernier déjà, 21 civils étaient tués lors d’une attaque contre un convoi de marchandises. La frontière avec le Burkina Faso n’est plus qu’une ligne poreuse de transit pour les camions… et pour les tueurs.

Les autorités de la transition sous pression

À Niamey, les autorités maliennes de la transition issues du coup d’État de juillet 2023 tente de contenir une crise sécuritaire devenue structurelle. Le président déchu, Mohamed Bazoum, est toujours détenu. Le nouveau régime, lui, promet la sécurité, annonce des plans, fait défiler des généraux, multiplie les communiqués.

Mais sur le terrain, les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 2 400 morts depuis la prise de pouvoir, selon l’ONG Acled. L’ennemi, lui, ne respecte ni les frontières, ni les horaires, ni les prières. Il s’infiltre, tue, disparaît. Et recommence.

Le ministère de l’Intérieur a décrété un deuil national de 72 heures. Trois jours de silence. Trois jours de deuil. Et après ? Une nouvelle attaque ? Un nouveau communiqué ?

L’ultime profanation

Comme ses voisins malien et burkinabè, le Niger a rompu avec la France, quitté la CEDEAO, et s’est replié sur la toute nouvelle Alliance des États du Sahel (AES). Une confédération qui promet une armée commune de 5 000 hommes. Des opérations conjointes sont annoncées, planifiées, parfois engagées.

Mais à Fambita, ce ne sont ni les colonnes de l’AES ni les drones russes ni les discours souverainistes qui ont empêché le massacre. Car ces 44 morts ne sont pas que des victimes du fanatisme. Ils sont aussi les martyrs silencieux d’une guerre que personne ne maîtrise, que beaucoup exploitent, et que trop de dirigeants dans le monde instrumentalisent.

Il y a quelque chose de plus cruel encore dans cette attaque. La négation absolue du sacré. S’en prendre à des fidèles en prière, c’est tuer deux fois : l’homme et ce qu’il croit. C’est dire au monde que même Dieu n’est plus un refuge.

Alors que le pays observe trois jours de deuil, que les familles enterrent leurs morts et que les communiqués se succèdent, une seule question demeure : combien de Fambita faudra-t-il encore pour que la parole cède enfin la place à la protection ?

La rédaction 

22 mars 2025 0 comments
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Naba Fatoumata Samaké
A la UneExclusifTaabolow ani Tabiaw

Naba Fatoumata Samaké: « Cuisiner à 4 h du matin, aller au boulot sans café… et rester performante »

by Bakary FOMBA 22 mars 2025
written by Bakary FOMBA 5 minutes read

Dans un contexte où le ramadan revêt une importance particulière pour des millions de Maliens, qu’en est-il des femmes salariées, souvent tiraillées entre les obligations religieuses, sociales et professionnelles ? Quelles politiques, mesures ou appuis les accompagnent dans cette période intense ? Pour répondre à ces questions, Sahel Kunafoni s’est entretenu avec Naba Fatoumata Samaké, communicante spécialisée en santé publique, option géopolitique de la santé et santé des droits sexuels et reproductifs des adolescents et des jeunes. Elle est actuellement chargée de communication à l’ONG Conseils et Appui pour l’Éducation à la Base (CAEB), sur le programme « Jigiya », dédié aux jeunes leaders en santé de la reproduction.

Sahel Kunafoni : Comment le ramadan influence-t-il la vie professionnelle des femmes au Mali ?

Naba Fatoumata Samaké : Le mois de Ramadan a un impact profond sur la vie professionnelle des femmes, en particulier celles qui sont mariées, mais aussi les célibataires. C’est une période qui exige un engagement total, aussi bien spirituel que physique. Les femmes se retrouvent totalement mobilisées, aussi bien à la maison qu’au travail.

Comment les femmes salariées parviennent-elles à concilier leurs responsabilités personnelles et professionnelles ?

Pendant le ramadan, tout change. Certaines femmes doivent gérer plusieurs marmites en même temps, tout en assurant l’équilibre familial. Rester à jeun tout en gardant une humeur stable pour gérer famille et travail n’est pas chose facile. Socialement, la femme est attendue sur tous les fronts : cuisine, soins, attention portée aux proches et à la belle-famille. Il existe une attente implicite de la part de la société qui pousse certaines à incarner l’image de la femme « parfaite ».

Cela se répercute inévitablement sur la performance au travail. On cuisine le soir, on se lève dès 4 h pour le suhur, on enchaîne directement avec la journée de travail sans café ni thé, ce qui entraîne maux de tête, baisse de concentration et fatigue chronique. Certaines femmes prennent même des congés pour se consacrer entièrement à la gestion du foyer. Mais cette possibilité n’est pas offerte à toutes. D’autres somnolent au bureau, se sentent épuisées à la maison, ce qui peut, à la longue, altérer leur rapport au foyer.

Il ne s’agit pas seulement d’une responsabilité qui incombe aux entreprises, mais à la société dans son ensemble, qui doit repenser la répartition des charges domestiques. Les femmes, de leur côté, doivent aussi chercher des stratégies pour préserver leur équilibre.

Quelles politiques les entreprises devraient-elles mettre en œuvre pour soutenir les femmes durant le ramadan ?

Certaines entreprises permettent déjà aux salariées de rentrer plus tôt pendant le ramadan. C’est un progrès appréciable. Cependant, les horaires du matin restent inchangés. Ce petit ajustement en fin de journée est bénéfique, car il permet aux femmes de rentrer, préparer le repas et s’occuper de leur famille. Un effort supplémentaire pourrait être fait pour alléger davantage la charge mentale et physique des femmes pendant cette période.

Certaines disent que les femmes sont moins productives durant le ramadan. Partagez-vous cet avis ?

C’est une réalité, mais elle est largement liée à la charge mentale et physique qu’elles supportent. Il est difficile d’être pleinement performante à la maison et au bureau en même temps. Cela dit, les hommes aussi montrent des signes de fatigue en cette période. La différence, c’est que les femmes doivent en plus gérer la logistique familiale, anticiper les repas, penser aux condiments à acheter, et répondre aux attentes sociales.

Comment ces perceptions ont-elles évolué avec le temps ?

Les choses changent, lentement mais sûrement. De plus en plus d’hommes reconnaissent l’effort fourni par leurs épouses pendant le ramadan. Il est désormais courant qu’ils offrent un cadeau à leur femme à l’occasion de la fête. Mais cela ne suffit pas. Il faut aller plus loin dans la reconnaissance concrète, à travers des gestes de soutien au quotidien.

Quelles sont, selon vous, les principales difficultés rencontrées par les femmes salariées pendant cette période ?

Les femmes font face à une triple pression : professionnelle, domestique et sociale. Il y a d’une part le poids des normes sociales qui font de ces tâches des obligations, d’autre part, un manque d’organisation qui pourrait être comblé par des outils simples comme un planning culinaire. À cela s’ajoute la cherté de la vie. Les prix des denrées ont flambé et les femmes veulent tout de même « mettre le paquet » dans la marmite pour satisfaire les attentes de leurs proches. Les dix derniers jours du ramadan sont particulièrement éprouvants, avec l’intensification des prières et des tâches domestiques.

Quel rôle le gouvernement et les ONG devraient-ils jouer ?

L’État et les ONG devraient porter un plaidoyer fort pour une meilleure organisation des horaires de travail pendant le ramadan, en tenant compte de l’équité, pas seulement de l’égalité. Il ne s’agit pas de privilégier les femmes au détriment des hommes, mais de reconnaître la charge spécifique qu’elles supportent.

Il serait également utile d’intervenir sur les prix des denrées de première nécessité, de faciliter l’accès à l’électricité pour les femmes actives qui ont besoin de conserver leurs aliments, et d’encourager une meilleure implication des conjoints dans les tâches domestiques. Les hommes doivent incarner des modèles de soutien, s’inspirer des principes de la Sunna et faire du foyer une responsabilité partagée.

Propos recueillis et retranscrits par Bakary Fomba

22 mars 2025 0 comments
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Moussa Mara, anciein Premier ministre
AnalysesExclusif

Mali : Moussa Mara, l’art de parler avec ceux qu’on voulait faire taire

by Sahel Tribune 22 mars 2025
written by Sahel Tribune 4 minutes read

De l’intransigeance à l’ouverture, Moussa Mara incarne à lui seul les contradictions d’un Mali tiraillé entre principes républicains et réalités d’une guerre sans fin.

Il fut un temps – c’était en février 2020 – où Moussa Mara, costume droit et verbe tranchant, fustigeait avec constance l’idée même de discuter avec les terroristes. « Une fausse bonne idée », dénonçait-il alors, avec cette conviction martelée comme une vérité d’État. Cinq ans plus tard, dans les colonnes de Jeune Afrique, l’ancien Premier ministre se fait l’avocat d’un dialogue « avec les terroristes maliens ». Pas avec tout le monde, nuance-t-il, mais avec ceux d’entre eux qui, Maliens d’origine, seraient prêts à revenir dans le giron de la République.

Un retournement ? Un aggiornamento ? Une prise de conscience ? C’est selon. Mais dans les couloirs feutrés de Bamako, certains y voient moins une évolution doctrinale qu’un repositionnement politique soigneusement calibré, à l’heure où la question de la paix — ou plutôt de la sortie de guerre — devient centrale dans le discours des nouveaux maîtres du Sahel.

De la condamnation absolue…

2020, donc. Mara, alors en quête de crédibilité politique post-primature, se démarque avec force d’une stratégie d’ouverture aux djihadistes esquissée par les autorités d’alors. Il dénonce, textes à l’appui, les dérives d’un processus qui, selon lui, ne ferait qu’encourager la terreur. « Négocier avec les terroristes, c’est institutionnaliser la violence comme mode d’expression », écrivait-il. Il comparait ces tractations à des négociations avec des preneurs d’otages : dangereuses, contre-productives, et porteuses d’un message fatal à la cohésion nationale.

Iyad Ag Ghali ? Amadou Kouffa ? À ses yeux, des hommes entièrement absorbés dans la dynamique terroriste, liés à des réseaux internationaux, irrécupérables politiquement, et donc indiscutables. La République était, en somme, non négociable. Et ceux qui la défiaient par les armes devaient être combattus, pas courtisés.

… à l’ouverture conditionnelle

Mars 2025. Même homme, ton plus mesuré, posture plus réaliste, ou plus tactique. Cette fois, il parle de ceux des nôtres : les Maliens engagés dans la lutte armée, à distinguer des étrangers de l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) ou d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI). À ces premiers, il tend la main, pour peu qu’ils acceptent le cadre de la République — une et indivisible, laïque, selon les termes de l’accord d’Alger de 2015, dénoncé par les autorités maliennes de la transition le 25 janvier 2025.

Le contexte a changé. Le Mali, comme le Burkina Faso, comme le Niger, vit désormais sous l’autorité de régimes militaires qui, en dépit de leur rhétorique de fermeté, savent que la solution au conflit ne peut être purement militaire. Et Mara, fin connaisseur du terrain, sait que l’opinion publique, épuisée par la guerre, reste encline à soutenir toute initiative susceptible de ramener la paix.

Pragmatisme ou repositionnement ?

Dans cette nouvelle donne politique, les symboles comptent autant que les discours. Et dans cette recomposition, la guerre ne se mène plus seulement sur les champs de bataille ou dans les chancelleries : elle se mène aussi dans le langage. Qui est terroriste, qui ne l’est pas ? À qui tend-on la main, à qui la ferme-t-on ? Le glissement sémantique opéré par Mara entre 2020 et 2025 est à ce titre révélateur : l’homme d’État inflexible devient le stratège pragmatique.

Reste la question de fond : ce revirement est-il le fruit d’une réflexion stratégique, ou d’un calcul politique ? Les sceptiques, nombreux à Bamako, y voient un alignement opportuniste avec la nouvelle ligne du pouvoir, qui explore aujourd’hui, discrètement mais activement, les pistes du dialogue communautaire pour isoler les chefs terroristes et réintégrer les recrues locales.

Mara, le miroir du Mali

Mais ce changement est aussi symptomatique d’une vérité plus dérangeante. Dans une guerre sans fin, où les ennemis d’hier deviennent les négociateurs de demain, les lignes ne cessent de bouger. Et la République, même laïque et indivisible, n’est plus un dogme intouchable mais une construction mouvante, soumise aux aléas du réel.

Moussa Mara n’a peut-être pas changé. Il a simplement pris acte d’un contexte nouveau. Comme bien d’autres figures de l’élite politique malienne, il compose avec les vents contraires, entre convictions affichées et nécessités de terrain. En cela, il n’est pas une anomalie mais un miroir : celui d’un Mali en quête d’une paix qu’il ne peut plus se permettre de repousser — même au prix de ses certitudes.

A.D

22 mars 2025 0 comments
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Faure-Gnassingbé
A la UnePolitique

Vers une nouvelle dynamique régionale : le Togo se rapproche de la Confédération des États du Sahel

by Ibrahim Kalifa Djitteye 22 mars 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

Le Togo semble de plus en plus déterminé à se rapprocher de l’Alliance des États du Sahel (AES), une confédération regroupant le Burkina Faso, le Mali et le Niger. Ce virage diplomatique, porté par le ministre des Affaires étrangères Robert Dussey, s’inscrit à la croisée de plusieurs dynamiques, notamment la recherche de nouveaux partenariats régionaux, l’impératif sécuritaire et les manœuvres politiques internes.

Après une première annonce faite en janvier sur le plateau de Vox Africa, Robert Dussey a réaffirmé sur son compte officiel Facebook la volonté de son pays de rejoindre l’AES. Ce qui marque un tournant potentiel dans les équilibres régionaux et les dynamiques politiques en Afrique de l’Ouest. Il a qualifié cette décision de « stratégique », soulignant qu’elle pourrait « renforcer la coopération régionale et offrir un accès à la mer aux pays membres », tout en la décrivant comme une « démarche qui suscite l’intérêt et marque un tournant dans la politique africaine », sans toutefois préciser les étapes concrètes d’une adhésion officielle.

Un rapprochement économique stratégique

L’adhésion à l’AES offrirait au Togo des avantages économiques notables. Le Burkina Faso, le Mali et le Niger étant enclavés, l’accès à l’océan Atlantique est crucial pour leurs échanges commerciaux. Or, les tensions croissantes avec la Côte d’Ivoire et le Bénin, accusés d’être trop alignés sur les intérêts occidentaux, poussent ces pays à diversifier leurs routes d’approvisionnement.

Le port de Lomé pourrait ainsi devenir un point d’accès stratégique pour les marchandises sahéliennes, renforçant la place du Togo comme plaque tournante des échanges régionaux. « Il y a l’espoir d’une solidarité économique : un accès au pétrole nigérien, des routes commerciales renouvelées », souligne l’analyste politique togolais Madi Djabakate. En intégrant l’AES, le Togo se positionnerait comme un maillon logistique clé, tout en dynamisant son économie portuaire.

Un enjeu sécuritaire crucial

Au-delà des intérêts économiques, les questions de sécurité pèsent lourd dans ce rapprochement. Le nord du Togo, frontalier du Burkina Faso, est de plus en plus exposé aux attaques djihadistes qui ravagent le Sahel depuis une décennie. Pour Lomé, une intégration à l’AES pourrait ouvrir la voie à une coopération militaire renforcée, grâce au partage de renseignements et à la mise en place d’opérations conjointes.

Les pays sahéliens ont récemment annoncé la création d’une force commune de 5 000 hommes pour lutter contre le terrorisme, un dispositif qui pourrait offrir au Togo des moyens supplémentaires pour protéger ses frontières. « Le Togo pourrait aussi y gagner une coopération militaire plus agile, des renseignements partagés avec des voisins », ajoute Djabakate.

Un alignement idéologique et politique

Mais au-delà des aspects économiques et sécuritaires, ce rapprochement porte aussi une forte dimension politique. L’AES incarne un courant souverainiste et panafricain qui séduit de plus en plus de dirigeants de la région, lassés des ingérences étrangères et des pressions occidentales. 

Pour le président togolais Faure Gnassingbé, au pouvoir depuis 2005, cette posture pourrait également servir de levier politique interne. En adoptant une rhétorique panafricaine, il renforce son image de leader souverainiste et s’assure un soutien populaire dans un contexte où le panafricanisme prend de l’ampleur. Certains observateurs y voient toutefois une manœuvre pour asseoir sa longévité au pouvoir. 

Une CEDEAO fragilisée

L’hypothèse d’un rapprochement avec l’AES suscite également des interrogations quant à l’avenir de la Cedeao. Le départ des trois pays sahéliens a déjà porté un coup dur à l’organisation, accusée d’inefficacité face au djihadisme et de servir les intérêts des anciennes puissances coloniales. Si le Togo venait à rejoindre cette alliance, cela fragiliserait encore davantage une institution régionale déjà en crise.

« Pour la CEDEAO, l’adhésion du Togo à l’AES serait une accélération de sa désintégration. En tout cas, cela aggraverait sa situation déjà précaire », analyse Seidik Abba, président du Centre international d’études et de réflexions sur le Sahel. Pourtant, d’autres experts estiment que Lomé ne cherche pas nécessairement à rompre avec la CEDEAO, mais plutôt à diversifier ses alliances. « Les alliances ne sont pas des mariages, mais des partenariats. Le Togo ne tourne pas le dos à la CEDEAO. Comment le pourrait-il, alors que le port de Lomé est une artère vitale pour toute une région ? Il s’agit plutôt d’une stratégie de ‘en-même-temps’ : rester ancré dans une institution historique tout en explorant de nouvelles voies », nuance Madi Djabakate.

Une recomposition régionale en marche

Ainsi, le rapprochement du Togo avec l’AES illustre une recomposition profonde des alliances en Afrique de l’Ouest. Entre quête de sécurité, ambitions économiques et affinités politiques, Lomé semble vouloir jouer sur plusieurs tableaux pour maximiser ses intérêts. Reste à voir si ce pari stratégique renforcera le poids du Togo dans la région ou s’il contribuera à creuser encore davantage les fractures au sein de l’espace ouest-africain.

Ce qui est certain, c’est que ce mouvement redessine les équilibres régionaux et pourrait accélérer la montée en puissance d’un nouveau pôle d’influence centré autour de l’AES. Pour le Togo, l’heure est à la manœuvre diplomatique, entre ambitions souverainistes et réalités géopolitiques complexes.

Ibrahim Kalifa Djitteye

22 mars 2025 0 comments
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Un camion surchargé
ActuÉconomie

Transport au Mali : tolérance zéro pour la surcharge des camions dès avril 2025

by Ibrahim Kalifa Djitteye 21 mars 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 2 minutes read

Le réseau routier malien, colonne vertébrale de l’économie nationale, est en péril. La cause ? Des camions surchargés qui accélèrent la détérioration des infrastructures, menaçant la viabilité des investissements publics. Face à cette situation alarmante, le gouvernement malien a décidé de réagir avec fermeté.

Les routes maliennes jouent un rôle stratégique dans le transit des marchandises, reliant le pays aux ports des nations voisines. Toutefois, ces infrastructures vieillissantes subissent une pression croissante due aux véhicules dépassant largement les limites de charge autorisées. En effet, de nombreux camions, en particulier ceux venant des ports, transportent des charges excédant les capacités prévues lors de la conception des routes. Cette pratique aggrave l’usure des chaussées, créant des nids-de-poule et des fissures qui rendent la circulation périlleuse.

Une réponse ferme des autorités

Conscient de l’urgence, le ministre des Transports et des Infrastructures a lancé un appel pressant au respect strict des normes de charge. Cette initiative s’inscrit dans le cadre du décret n°2023-0509/PT-RM, qui réglemente l’utilisation des voies publiques. L’objectif est de protéger les investissements massifs consentis pour la modernisation du réseau routier.

Le directeur général des Transports a rappelé l’importance cruciale du respect des règles de tonnage et de dimensions. À titre d’exemple, la limite de charge pour un véhicule isolé est fixée à 18 tonnes. Pour les contrevenants, les sanctions seront exemplaires : immobilisation des véhicules, transbordement des marchandises excédentaires et mise aux normes obligatoires. Plus encore, à partir du 1er avril 2025, les véhicules hors normes se verront purement et simplement interdire la circulation.

Un enjeu économique majeur

L’entretien du réseau routier représente un défi de taille pour le Mali. L’État investit des sommes colossales pour maintenir ces infrastructures vitales. Or, la surcharge des camions compromet gravement la durabilité de ces investissements, surtout dans un contexte où le fonds d’entretien routier s’avère insuffisant.

Pour endiguer ce fléau, des contrôles renforcés seront déployés aux points stratégiques du pays — notamment aux frontières et aux péages. Par ailleurs, le Mali coopère activement avec les pays voisins afin d’harmoniser les réglementations et d’assurer une application rigoureuse des normes de transport.

Un appel à la responsabilité collective

Le gouvernement malien appelle l’ensemble des acteurs à prendre leurs responsabilités : transporteurs, chauffeurs, mais aussi les autorités en charge des contrôles. La sauvegarde du réseau routier est un enjeu collectif. Seule une mobilisation générale permettra de préserver cet outil indispensable au développement économique du pays.

En s’attaquant à la surcharge des camions, le Mali engage une bataille cruciale pour garantir des routes sûres et durables, et assurer ainsi un avenir plus serein à ses infrastructures et à son économie.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

21 mars 2025 0 comments
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L'eau coule du robinet
A la UneÉconomie

SOMAGEP : L’eau fuit, l’argent aussi

by Sahel Tribune 21 mars 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Entre détournements massifs et gestion opaque, la SOMAGEP transforme l’or bleu en gouffre financier, tandis que les Maliens, eux, restent assoiffés.

Le Mali n’a peut-être pas de pétrole, mais il possède une ressource encore plus précieuse : l’eau. Un or bleu qui, dans un pays où chaque goutte compte, devrait être géré avec rigueur et transparence. Pourtant, à en croire le dernier rapport du Bureau du Vérificateur Général (BVG), la SOMAGEP, censée garantir l’accès à cette ressource vitale, a surtout excellé dans l’arrosage de réseaux parallèles. Pendant que les robinets restent à sec, les caisses de l’entreprise se sont vidées à grande vitesse, entre malversations, détournements et gestions opaques.

Un gouffre financier digne du Sahara

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : entre 2021 et 2024, la SOMAGEP a encaissé 108,2 milliards de FCFA, mais a dépensé 144,4 milliards. Un trou de 36 milliards de FCFA qui semble s’être évaporé quelque part entre Bamako et les comptes bien gardés de certains dirigeants.

Quelques fuites, parmi tant d’autres :

• 1,7 milliard de FCFA de malversations pures et simples.

• 553 millions de FCFA de droits de timbre non reversés à l’État, comme si la fiscalité était une option.

• 76 millions de FCFA de TVA oubliés en chemin, probablement dans des circuits parallèles plus lucratifs.

• 600 millions de FCFA de pénalités de retard non appliquées sur 66 marchés, preuve que les contrats publics servent souvent plus les prestataires que l’État.

Et ce n’est pas tout. Au fil des pages du rapport, c’est un véritable pillage organisé qui se dessine, où l’absence de contrôle a laissé place à un festin financier sur le dos d’un bien public essentiel.

Un État complice ou un État aveugle ?

Le plus grand scandale n’est peut-être pas tant la mauvaise gestion de la SOMAGEP que le rôle trouble de l’État lui-même. Le Premier ministre en personne a signé une convention illégale, autorisant la société à réaliser des investissements qui ne relèvent pas de son mandat. Résultat : la frontière entre exploitation, gestion et patrimoine public a été totalement brouillée, ouvrant la porte à toutes les dérives.

Qui pilote quoi ? Qui contrôle qui ? Pendant que l’administration s’embourbe dans ses propres contradictions, des quartiers entiers de Bamako continuent de manquer d’eau.

Un scandale de plus… et après ?

Comme toujours, le BVG émet des recommandations :

1. Annuler la convention illégale signée par le Premier ministre.

2. Appliquer les sanctions financières et obliger la SOMAGEP à rendre des comptes.

3. Revoir les procédures de passation des marchés pour éviter de nouveaux détournements.

Des mesures nécessaires, mais qui sonnent comme un écho lointain d’affaires précédentes, enterrées sans suite. Car au Mali, les rapports du BVG s’empilent souvent plus vite que la justice ne réagit.

Pendant ce temps, les Maliens, eux, attendent toujours une eau potable qui coule avec la même générosité que l’argent public gaspillé.

À.D

21 mars 2025 0 comments
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Les Aigles du Mali se préparent pour leur mise en route pour la CAN 2023.
ActuSport

Éliminatoires Coupe du Monde 2026 : le Mali écrase les Comores et relance sa quête mondiale

by Ibrahim Kalifa Djitteye 21 mars 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

Les Aigles du Mali ont signé, ce jeudi 20 mars, une victoire éclatante face aux Comores (0-3) lors de la 5e journée des éliminatoires de la Coupe du Monde 2026. Portés par un Yves Bissouma inspiré et un Kamory Doumbia décisif, les hommes de Tom Saintfiet relancent leur quête de qualification avant d’affronter la Centrafrique.

Dès les premières minutes, les Comores optaient pour un bloc bas, laissant l’initiative du jeu à leurs adversaires. Les Maliens, emmenés par leur capitaine Yves Bissouma, prenaient le contrôle du cuir et tentaient d’imposer leur rythme. La première alerte survenait à la 10e minute lorsque, sur un corner bien frappé, un Malien voyait sa tête frôler le cadre.

Les Cœlacanthes réagissaient timidement autour de la 15e minute, mais c’est bien le Mali qui ouvrait le score peu après. À la 21e minute, Yves Bissouma, véritable métronome au milieu de terrain, glissait un ballon précis à Nene Dorgeles, excentré à droite dans la surface. L’attaquant de Salzbourg ne se faisait pas prier pour ajuster le portier Yannick Pandor et concrétiser une belle action collective (0-1, 21e).

Un Bissouma impérial, un Kamory Doumbia étincelant

Le Mali reculait quelque peu après ce but, laissant les Comoriens tenter de revenir au score. Quelques centres dangereux et une frappe cadrée obligeaient Djigui Diarra à rester vigilant, notamment sur un coup franc lointain de Faïz Selemani repoussé en deux temps à la 36e minute. Mais les Aigles, bien organisés, ne pliaient pas.

La seconde période débutait sur un rythme soutenu. Les Comores tentaient de revenir, mais le Mali, plus incisif, frappait à nouveau. À la 55e minute, El Bilal Touré débordait côté gauche et adressait un centre en retrait parfait pour Kamory Doumbia. Le jeune Brestois, seul face au but vide, n’avait plus qu’à pousser le ballon au fond des filets pour faire le break (0-2, 55e).

Le coup de grâce arrivait huit minutes plus tard. Encore une fois, Yves Bissouma se muait en passeur décisif. Sur une action bien construite à gauche, le capitaine malien trouvait Doumbia dans la surface. D’une frappe sèche au premier poteau, l’ailier s’offrait un doublé et scellait définitivement le sort de la rencontre (0-3, 63e).

Un pas en avant vers la qualification

Malgré quelques tentatives comoriennes en fin de match, les Aigles tenaient bon et manquaient même de corser l’addition à la 89e minute. Grâce à cette victoire convaincante, le Mali se replace dans le groupe I, comptant désormais 8 points, à seulement deux longueurs de Madagascar, leader provisoire après sa victoire contre la Centrafrique (1-4). Les Comores, troisièmes avec 9 points, devront se ressaisir pour espérer rester dans la course.

En démontrant une maîtrise collective et en s’appuyant sur des individualités comme Bissouma et Doumbia, le Mali envoie un message fort à ses concurrents. La route vers la Coupe du Monde est encore longue, mais les Aigles ont prouvé qu’ils comptaient bien se battre jusqu’au bout.

Pour rappel, les hommes du technicien belge Tom Saintfiet affronteront le lundi 24 mars prochain à Casablanca, toujours au Maroc, la Centrafrique, pour le compte de la 6e journée des éliminatoires de la Coupe du Monde 2026. Une rencontre capitale qui pourrait permettre au Mali de poursuivre sa remontée au classement et de se rapprocher un peu plus d’une qualification historique pour le Mondial.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

21 mars 2025 0 comments
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