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Alassane Ouattaram dans son adresse à la nation, à l'occasion du 31 décembre, évoque une croissance économique durable en Côte d'Ivoire.
A la UneAnalyses

Présidentielle ivoirienne : le sacre annoncé d’Ouattara face à une opposition décapitée

by Sahel Tribune 9 septembre 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

À Abidjan, tout semble déjà joué : le 25 octobre, Alassane Ouattara, 83 ans, part pour un quatrième mandat, adoubé par un Conseil constitutionnel docile et débarrassé de ses rivaux. Une victoire annoncée qui interroge : la Côte d’Ivoire s’offre-t-elle la stabilité, ou s’enferme-t-elle dans une démocratie sans alternance ?

À Abidjan, rien ne change et tout recommence. Le 25 octobre prochain, les électeurs ivoiriens iront voter, ou plutôt se résigneront à déposer un bulletin dont l’issue ne fait guère de doute. Alassane Ouattara, 83 ans, brigadera un quatrième mandat, validé sans sourciller par un Conseil constitutionnel désormais réduit au rôle de chambre d’enregistrement. Comme en 2020, comme en 2015, l’argument est rodé : la continuité, l’expérience, la stabilité. Mais derrière cette façade rassurante, l’air sent de plus en plus le renfermé.

Une opposition décapitée

Laurent Gbagbo, radié pour une condamnation qu’il n’a jamais reconnue. Tidjane Thiam, écarté au nom de sa double nationalité. Deux figures majeures éliminées du jeu politique par un cocktail de manœuvres juridiques et d’arguties administratives. Résultat : un champ de bataille déserté, où s’avancent quelques candidatures marginales – Simone Gbagbo en ombre portée, Jean-Louis Billon en entrepreneur reconverti, Ahoua Don Mello en dissident orphelin. Face à ce paysage désolé, Ouattara est seul en scène. Une victoire assurée, mais sans adversaire. Un sacre, mais sans ferveur.

Treize ans de pouvoir, bientôt seize si tout se déroule comme prévu. Le vieil économiste formé au FMI est devenu ce qu’il avait juré de ne jamais être : un chef d’État accroché au fauteuil, brandissant la Constitution comme un bouclier à géométrie variable. Officiellement, son quatrième mandat est légal. Politiquement, il est une gifle à ceux qui espéraient un souffle nouveau. Le discours de la stabilité masque mal l’usure d’un système qui, à force de verrouiller la scène, étouffe toute alternance et entretient le spectre de nouvelles violences post-électorales.

Un pays sur la corde raide

Car la Côte d’Ivoire n’est pas une île. Le Sahel voisin s’embrase, les djihadistes gagnent du terrain vers le sud, et les frontières du nord sont des passoires. Grand-Bassam en 2016, Kafolo en 2020 : les attaques ne sont pas un souvenir lointain, elles rappellent que l’éléphant ivoirien est vulnérable. Ajoutez à cela un contexte régional bouleversé : le Mali, le Burkina et le Niger, désormais ligués dans la Confédération des États du Sahel, tournent le dos à la CEDEAO et s’arriment à Moscou. Dans ce nouvel échiquier, Abidjan reste la pièce maîtresse de l’influence française et occidentale. Un atout stratégique, mais aussi une cible.

Premier producteur mondial, la Côte d’Ivoire continue de dépendre d’une fève qui ne nourrit plus ses planteurs. Six millions de personnes vivent du cacao, mais plus de la moitié sous le seuil de pauvreté. Sécheresse, qualité en baisse, transformation locale insuffisante : le modèle s’essouffle. Derrière les tours vitrées du Plateau, la jeunesse gronde, entre chômage chronique et inégalités régionales criantes. La croissance à 7 % ne se mange pas à table.

L’ultime paradoxe

Ouattara gagnera, sans doute dès le premier tour. Mais ce sera une victoire par défaut, plus proche d’une confirmation administrative que d’un véritable plébiscite. Le pays, lui, restera suspendu entre deux réalités : vitrine de stabilité pour les investisseurs étrangers, poudrière sociale et politique pour ses propres citoyens. Dans ce contraste se joue l’avenir ivoirien : celui d’un État présenté comme modèle régional mais prisonnier de ses vieux démons, incapable de penser la relève.

En Côte d’Ivoire, la présidentielle d’octobre 2025 n’est pas seulement une élection. C’est un révélateur : celui d’une démocratie qui tourne à vide, d’un pouvoir qui se survit à lui-même et d’un peuple qui, une fois encore, doit voter sans vraiment choisir.

A.D

9 septembre 2025 0 comments
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deuxième Sommet africain sur le climat
Climat et environnement

Nous ne négocions pas notre survie, mais qui écoute encore l’Afrique ?

by Sahel Tribune 8 septembre 2025
written by Sahel Tribune 2 minutes read

À Addis-Abeba, plus de quarante chefs d’État africains ont ouvert, le 8 septembre, le deuxième Sommet africain sur le climat. Un rendez-vous placé sous le signe de l’urgence : le continent, responsable de seulement 4 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, est déjà en première ligne des catastrophes climatiques. Entre indignation, hypocrisie et appels à l’unité, l’Afrique cherche à transformer sa vulnérabilité en levier de puissance face au reste du monde.

Ils étaient là, alignés comme à la parade : Ismaïl Omar Guelleh, le vieux lion de Djibouti, Abiy Ahmed, le jeune prix Nobel de la paix reconverti en chef de guerre, William Ruto, l’hyper-président kényan à l’énergie inépuisable. Plus de quarante dirigeants, tous rassemblés à Addis-Abeba pour parler climat, cette plaie béante dont l’Afrique n’est pas responsable mais dont elle paie la facture. Quatre petits pourcents d’émissions mondiales de gaz à effet de serre – mais chaque année 2 à 5 % du PIB qui s’évapore dans les sécheresses et les inondations. Le compte est vite fait : nous saignons pour les excès des autres.

Des financements extérieurs pour une souveraineté énergétique

Alors oui, Abiy Ahmed claque la formule du jour : « Nous ne sommes pas là pour négocier notre survie. » Mais qui le croit encore ? Les besoins sont d’un trillion de dollars, les promesses plafonnent à 300 milliards. À l’aumône des grandes puissances, les chefs d’État africains opposent de belles indignations. Mais dans combien de capitales – Dakar, Kinshasa, Luanda – signe-t-on encore, avec le sourire, des contrats léonins bradant lithium, cobalt, manganèse, gisements critiques pour l’économie verte ? On dénonce les bulldozers occidentaux, mais on ferme les yeux sur les nôtres, qui éventrent forêts et tourbières.

Ce sommet, le deuxième du genre, deux mois avant la COP30 en Amazonie, est une énième tentative d’afficher une unité africaine qui n’existe que sur le papier. L’Afrique veut parler d’une seule voix, mais ses dirigeants passent plus de temps à rivaliser de courbettes devant Pékin, Dubaï ou Bruxelles qu’à investir eux-mêmes dans leurs barrages solaires ou dans l’éolien. Le paradoxe est là, brutal : nous exigeons des financements extérieurs pour une souveraineté énergétique que nous refusons d’assumer.

Pour que la belle indignation ne reste pas lettre morte

L’Afrique a pourtant des atouts colossaux : une jeunesse qui fourmille d’ingéniosité, 300 jours de soleil par an, des terres arables à perte de vue. Si nous ne transformons pas cela en économie climatique, alors Addis ne sera qu’un sommet de plus, une tribune où l’on crie sa colère avant de reprendre, docile, le chemin des impuissances. L’Afrique doit cesser de mendier et apprendre à imposer. Sinon, la belle indignation restera lettre morte, emportée par le vent chaud de la Corne de l’Afrique et oubliée sitôt les portes du Centre de conférences refermées.

Chiencoro Diarra 

8 septembre 2025 0 comments
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Directeur de la DIRPA
A la UneSécurité

Mali : Souleymane Dembélé démonte les « faux blocus » et confirme le repli des terroristes

by Chiencoro 8 septembre 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

Ce lundi 8 septembre 2025, au siège de la DIRPA à Bamako, le Colonel-major Souleymane Dembélé, Directeur de l’Information et des Relations Publiques des Armées, a fait face à la presse nationale et internationale. Un rendez-vous désormais mensuel, voulu par les autorités de transition, pour conjurer les rumeurs, rétablir les faits et rappeler, chiffres et terrain à l’appui, que les Forces armées maliennes – et avec elles l’Alliance des États du Sahel (AES) – ne subissent pas la guerre mais la mènent.

Devant une salle comble de journalistes venus des médias publics et privés, le porte-parole de la « grande muette » a d’abord balayé les accusations de « blocus » relayées par certaines sources locales. « Il n’y a pas de siège imposé par les groupes armés terroristes, mais parfois des difficultés passagères dues à la saison des pluies ou à des attaques sporadiques », a-t-il expliqué. Dans un pays au territoire vaste comme deux fois la France, où le relief et les pluies dictent encore les mobilités, l’aveu d’une vulnérabilité passagère se conjugue à l’assurance d’une réponse rapide, coordonnée, ciblée.

Les forces de l’AES « sont en position de force »

Mais le message essentiel est ailleurs. Selon Dembélé, « l’ennemi est en repli stratégique, bousculé par la montée en puissance des FAMa ». Incapables d’affronter directement les forces régulières, les groupes armés n’auraient d’autre choix que de se rabattre sur des cibles « lâches » : convois de citernes, véhicules civils, infrastructures économiques. Objectif : retourner les populations contre Bamako et ses alliés burkinabè et nigériens. Résultat : « les populations ont compris le jeu », insiste l’officier, soulignant que la guerre de l’information, désormais, se joue autant sur le terrain que dans les esprits.

Dans cette bataille, l’arsenal adverse évolue – drones, engins explosifs improvisés, sabotages, kidnappings –, mais la réponse, elle, se veut implacable. Le Colonel-major rappelle que les forces de l’AES « sont en position de force » et que l’interopérabilité, renforcée par les patrouilles conjointes et l’échange de renseignements, permet de reprendre l’initiative.

L’unité nationale, condition sine d’un Mali fort 

Enfin, au-delà du champ militaire, Souleymane Dembélé a tenu à rappeler la ligne rouge tracée par le Président de la Transition : la stabilité institutionnelle. Revenant sur la tentative avortée de coup d’État, il a martelé qu’« aucune subversion ne sera tolérée, aucune complaisance accordée ». L’armée, dit-il, restera debout, loyale, disciplinée.

En conclusion, le porte-parole a lancé un appel clair à l’unité nationale, condition sine qua non pour que le Mali, fort de l’appui de ses partenaires sahéliens, consolide les acquis sécuritaires et restaure partout l’autorité de l’État. La transparence de ces points de presse, leur régularité, mais surtout leur ton offensif traduisent la conviction d’une transition qui veut faire de l’information une arme de guerre – et de la confiance entre les FAMa et le peuple malien, le cœur de sa stratégie de victoire.

Chiencoro Diarra 

8 septembre 2025 0 comments
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Une graphique réalisée pour illustrer les édito sur notre site.
Edito

Un tir sur un drone, mais c’est l’Algérie qui se crashe moralement

by Sahel Tribune 8 septembre 2025
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Sous les sables de Kidal, un drone détruit, une hypocrisie éventrée. Le geste d’Alger n’est pas seulement une violation de l’espace aérien, c’est l’aveu d’un régime qui confond voisinage et tutelle.

Il fallait oser. Alger l’a fait. Dans la nuit du 31 mars au 1ᵉʳ avril — date propice aux mauvaises blagues — le régime algérien a abattu un drone malien de reconnaissance dans le ciel de Kidal, ont informé les autorités maliennes de la transition. Un tir prémédité, revendiqué à demi-mot, qui ressemble à s’y méprendre à un « poisson d’avril » géopolitique… sauf que, cette fois-ci, la plaisanterie a couté cher.

Car ce n’est pas seulement un aéronef qui est tombé en flammes à Tinzaouatène, mais aussi l’illusion d’un voisinage apaisé. En détruisant l’appareil, Alger a également pulvérisé le principe sacro-saint de non-agression inscrit dans la charte onusienne. La frontière, censée séparer deux peuples frères, s’est muée en ligne de fracture où la mauvaise foi se conjugue avec la condescendance. Au pays de l’« hirak » muselé et des généraux omniprésents, on préfère tirer sur un drone malien que de viser, enfin, les véritables ennemis : les trafiquants et djihadistes qui, ironie cruelle, circulent dans le même espace aérien… mais eux, en toute impunité.

En Algérie, on filme la lucidité stratégique

Depuis Bamako, la riposte est juridique. Une plainte en bonne et due forme déposée devant la Cour internationale de justice, a informé le gouvernement malien en début de week-end dans iun communiqué. Un geste symbolique ? Peut-être. Mais surtout un signal : le Mali, lassé des sermons paternalistes, rappelle qu’il n’est plus ce cadet docile que l’on tance du haut de l’Atlas. Face aux drones détruits, Bamako oppose le droit brandi. Face aux accusations algériennes de « violation d’espace », la transition malienne répond par une violation manifeste du bon sens.

Le plus triste dans cette affaire ? Que le régime algérien, engoncé dans ses réflexes de puissance régionale frustrée, préfère la pyromanie diplomatique au réalisme coopératif. À Kidal, le drone malien filmait le désert. À Alger, on filme un autre désert : celui de la lucidité stratégique.

A.D

8 septembre 2025 0 comments
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Les femmes dans les marchés de Bamako
A la UneÉconomie

Bamako : dans les marchés, la résilience des femmes face à la précarité et à l’inflation

by Fatoumata Togo 8 septembre 2025
written by Fatoumata Togo 4 minutes read

Au cœur des marchés de Bamako, des milliers de femmes, piliers de l’économie informelle, luttent chaque jour pour nourrir leurs familles. Entre débrouille, quête d’indépendance et flambée des prix, elles incarnent une résilience silencieuse qui façonne l’avenir économique et social de la capitale malienne.

Pour de nombreuses femmes de Bamako, vendre au marché n’est pas un choix, mais une nécessité. Hawa Guindo, le visage marqué par le soleil et le travail, est l’une d’entre elles. Assise devant son étal, elle confie : « Nos ventes nous aident à couvrir nos petites dépenses et celles de nos enfants. » Son témoignage est un écho à la réalité de milliers de foyers maliens où chaque franc compte. Hawa ne se plaint pas, mais ne masque pas les difficultés : « Chaque jour, nous nous débrouillons avec ce que nous avons. Les bénéfices sont parfois très faibles, et quand les ventes sont bonnes, cela fait une réelle différence. » Cette fluctuation des revenus est une constante dans le secteur informel, où la stabilité est un luxe rarement accessible.

À ses côtés, Mariam Diarra, vendeuse de céréales, abonde dans le même sens : « On se lève avant l’aube pour préparer nos marchandises et on rentre souvent tard le soir. C’est un travail acharné, mais il faut le faire pour nourrir nos familles », explique-t-elle, les yeux fatigués mais le regard déterminé. Pour Mariam, comme pour Hawa, chaque journée est une bataille pour assurer le lendemain de leurs proches.

L’indépendance, une quête de dignité

L’autonomie est un mot qui revient souvent dans la bouche de ces travailleuses infatigables. Awa Keita, vendeuse de légumes, incarne cette quête de dignité. Ses mains sont habiles à préparer ses produits, son esprit aiguisé à gérer son petit commerce. « Je peux prendre soin de mes enfants et subvenir à leurs besoins», affirme-t-elle avec une fierté palpable. Pour Awa et beaucoup d’autres, l’activité marchande transcende la simple transaction commerciale ; elle est un vecteur d’émancipation sociale. « Nous devenons indépendantes et évitons de quémander », ajoute-t-elle, soulignant l’importance psychologique et sociale de leur travail. Cet engagement personnel leur confère une place respectée au sein de leurs familles et de leurs communautés.

Cependant, cette indépendance durement acquise n’est pas sans embûches. Awa Keita lance un appel clair aux autorités : « Il est crucial que les autorités nous fournissent un soutien durable pour améliorer nos conditions de travail. » Un soutien qui permettrait de passer de la simple survie à une véritable progression économique.

Face à l’inflation, la devise de la débrouille

La flambée des prix est une préoccupation majeure pour ces femmes. F. Coulibaly, une autre vendeuse croisée au cœur du marché, exprime une joie simple mais profonde : « Faire les petits besoins de mes enfants me rend heureuse. » Pourtant, cette joie est souvent teintée d’inquiétude. Le coût des légumes, denrées essentielles, ne cesse d’augmenter, rognant les marges déjà minces de ces commerçantes. « Se débrouiller est notre devise », déclare-t-elle avec une résignation empreinte de force. Son cri d’alarme est également adressé aux pouvoirs publics, implorant une intervention pour stabiliser les prix. Une mesure qui pourrait considérablement alléger le fardeau de ces familles et garantir une meilleure sécurité alimentaire.

Sitan Sidibé, qui vend des condiments et des épices, partage ces préoccupations. « Les prix changent tout le temps, et c’est difficile de s’y retrouver. Quand le prix d’un sac de piment augmente de moitié en quelques jours, il faut trouver des solutions pour ne pas perdre nos clients et gagner notre vie », confie-t-elle avant de souligner la nécessité d’une meilleure régulation pour protéger les petits commerçants et les consommateurs.

Une résilience inspirante et un appel à l’action

Les récits de ces femmes ne sont que quelques-unes des innombrables histoires qui tissent la trame de l’économie informelle de Bamako. Ces femmes, malgré les défis structurels, la précarité des revenus et l’absence de filets sociaux formels, font preuve d’une résilience et d’une ingéniosité remarquables. Leur travail est bien plus qu’une simple activité économique ; il est un pilier de la société malienne, un garant de la dignité et un moteur d’autonomie.

Leur détermination est une source d’inspiration, mais elle doit aussi être un catalyseur pour l’action. Le soutien durable des autorités, la stabilisation des prix des denrées de base et la reconnaissance officielle de leur rôle vital sont essentiels pour transformer cette économie informelle en un secteur plus sûr et plus prospère pour ces femmes qui bâtissent l’avenir de Bamako, jour après jour.

Fatoumata Togo, stagiaire

8 septembre 2025 0 comments
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Bocar Harouna DIALLO, Géographe spécialiste en Développement régional et territorial, analyse la 19e édition du Forum africain sur les systèmes alimentaires (AFSF) au Sénégal.
A la UneÉconomie

Forum africain des systèmes alimentaires : pourquoi Dakar devient un laboratoire stratégique

by Bocar Harouna Diallo 3 septembre 2025
written by Bocar Harouna Diallo 2 minutes read

À l’heure où le Sahel s’interroge sur son avenir alimentaire, Dakar accueille l’AFSF 2025. Le Sénégal, avec son potentiel agricole, mais aussi ses vulnérabilités climatiques et sociales, devient un laboratoire grandeur nature pour penser la souveraineté alimentaire africaine du XXIᵉ siècle.

L’organisation de la 19e édition du Forum africain sur les systèmes alimentaires (AFSF) au Sénégal (31 août — 5 septembre 2025) est un évènement stratégique qui transforme ce pays en un cas d’étude privilégié pour analyser les défis alimentaires continentaux. Le Sénégal est représentatif des enjeux africains contemporains, avec 78 % de sa population active employée dans l’agriculture.

Défis systémiques et stratégiques identifiés

D’une part, la vulnérabilité climatique associée à la pression démographique révèle un paradoxe : malgré un potentiel hydrique considérable (35 milliards de m³ d’eau de surface, dont moins de 5 % sont exploités), l’adaptation des infrastructures agricoles reste insuffisante. D’autre part, les changements socio-spatiaux, caractérisés par une urbanisation rapide et un exode rural, créent une tension structurelle entre les besoins alimentaires urbains croissants et un déclin relatif de la main-d’œuvre agricole, malgré un ratio favorable de terres par habitant (385 ha/1 000 habitants).

En conséquence, l’AFSF 2025 s’articule autour de trois grands axes. Tout d’abord, la résilience géopolitique face aux crises mondiales d’approvisionnement, où les conditions agroécologiques du Sénégal (trois saisons de culture) offrent un modèle pour réduire la dépendance vis-à-vis de l’extérieur. Ensuite, l’hybridation des savoirs traditionnels et scientifiques comme approche pragmatique de l’adaptation au climat. Enfin, l’intégration régionale, facilitée par la position géographique stratégique du Sénégal.

Mécanismes de transformation et perspectives scientifiques

En outre, l’allocation budgétaire de 130 milliards de francs CFA à l’agriculture (dépassant les recommandations de Maputo) illustre l’engagement politique nécessaire. Cependant, l’optimisation de ces investissements nécessite des mécanismes innovants : des crédits adaptés aux jeunes, des infrastructures numériques rurales et une formation continue.

À terme, l’AFSF 2025 vise à développer un modèle africain de souveraineté alimentaire qui intègre simultanément les variables climatiques, démographiques, sociales et géopolitiques. L’expérience sénégalaise, avec son potentiel et ses contraintes, fournit ainsi une base empirique pour conceptualiser un modèle qui peut être reproduit à l’échelle continentale, transformant l’objectif d’un « grenier de l’Afrique de l’Ouest » en un paradigme de développement durable pour l’Afrique du XXIe siècle.

Bocar Harouna DIALLO, Géographe spécialiste en Développement régional et territorial
📧 boxdiallo@hotmail.fr

3 septembre 2025 0 comments
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RAMU au Mali
A la UneSanté

RAMU au Mali : la CANAM trace la voie d’une couverture santé universelle

by Chiencoro 2 septembre 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

Dans un Mali traversé par les crises, mais avide de justice sociale, la CANAM a choisi d’aller au-devant des citoyens pour expliquer et défendre le Régime d’Assurance Maladie universelle (RAMU). Du 10 au 28 août, de Koulikoro à Gao, une campagne nationale de sensibilisation a fait de cette réforme plus qu’un dispositif technique : un projet collectif, un acte de souveraineté, une promesse de dignité.

Il est des réformes qui se déclinent en acronymes technocratiques, fades et sans chair. Et puis il y a celles qui s’incarnent dans des visages, des routes sillonnées, des débats animés dans des salles communales. Le Régime d’Assurance Maladie universelle (RAMU), que porte aujourd’hui la Caisse nationale d’assurance maladie (CANAM), appartient à cette seconde catégorie : une réforme qui descend de l’estrade des lois pour entrer dans le quotidien des Maliens.

Entre le 10 et le 28 août, Koulikoro, Sikasso, Ségou, Mopti et Gao ont vu passer une délégation pas comme les autres : juristes, communicateurs, syndicalistes, techniciens. Leur mission ? Expliquer, convaincre, répondre aux doutes et, surtout, rallier. Car le RAMU, pour réussir, doit d’abord être compris et accepté.

Leçons d’un passé à dépasser

L’Assurance Maladie obligatoire (AMO) avait posé les premières pierres, mais mal assises : couverture limitée, gestion contestée, soupçons de fraude. Avec le RAMU, la CANAM veut tourner la page des approximations pour bâtir un système robuste. Transparence, lutte contre la fraude, clarté institutionnelle. Voilà les maîtres-mots martelés lors des ateliers. Ici, il ne s’agit plus d’un dispositif bricolé, mais d’une véritable architecture sociale.

C’est à Gao, ville meurtrie par l’insécurité, que la campagne a trouvé son écho le plus fort. « Cet atelier est un souffle d’espoir », a déclaré le préfet Amadou Ouologuem. La santé devient plus qu’un droit. Elle est un acte de résilience nationale. Dire à une population qui survit sous la menace que l’État reste capable de protéger, c’est une victoire politique autant que sociale.

Une pédagogie de proximité

La méthode choisie par la CANAM est révélatrice : pas de communication verticale, mais un dialogue citoyen. Dans chaque région, près d’une centaine d’acteurs — élus locaux, syndicats, associations, services déconcentrés — ont confronté leurs expériences et proposé des pistes d’amélioration. Résultat : le RAMU s’annonce moins comme une réforme imposée d’en haut que comme une cause collective, partagée par ceux-là mêmes qui en seront les premiers bénéficiaires.

Le RAMU n’est pas qu’un projet sanitaire. Il est un contrat social : chacun contribue, chacun bénéficie. Il est aussi une affirmation de souveraineté : dans un Mali souvent sommé de mendier des programmes importés, voici une initiative conçue, expliquée et portée par des Maliens, pour des Maliens. À travers la CANAM, l’État démontre que la santé n’est pas une faveur, mais un droit inaliénable.

Le visage d’un Mali solidaire

La route reste longue, semée de défis logistiques et budgétaires. Mais une dynamique est enclenchée. Car derrière l’acronyme RAMU, il y a la promesse d’un Mali où la solidarité cesse d’être un slogan pour devenir une réalité vécue, dans les centres de santé, les villages et les familles.

Le RAMU, comme porté aujourd’hui par la CANAM, n’est pas seulement une réforme. C’est une ambition, un pari, presque une profession de foi. Celle d’un Mali qui refuse la fatalité et qui choisit, malgré les épreuves, de bâtir son avenir sur la justice sociale et la dignité humaine.

Chiencoro Diarra 

2 septembre 2025 0 comments
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