Home Actu BI Dembélé : « J’avais 9 ans lorsque ma grand-mère a forcé ma mère à m’exciser »

BI Dembélé : « J’avais 9 ans lorsque ma grand-mère a forcé ma mère à m’exciser »

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Le monde célèbre chaque année, le 6 février, la Journée internationale contre la mutilation génitale féminine. Malgré la promotion des droits de l’homme, la liberté pour les femmes et les filles de disposer de leur corps reste encore un idéal. Les mutilations génitales féminines constituent une pratique à la peau dure dans de nombreux pays africains, notamment au Mali, où des victimes se sont confiées au micro de l’hebdomadaire Sahel Kunafoni. 

Chaque année, dans le monde, plus de quatre millions de filles sont exposées au risque de subir l’excision. Elle est plus répandue dans 31 pays, selon le fonds des Nations unies pour la population (UNFPA). La moitié des victimes vivent en Égypte, en Éthiopie, et en Indonésie. Sur les 31 pays, 22 sont parmi les moins développés. Selon le fonds des Nations unies pour l’enfance, les mutilations génitales féminines ont été pratiquées sur plus de 200 millions de filles et de femmes en vie aujourd’hui.

Diminuer les désirs sexuels de la fille

En vue de sensibiliser les décideurs ainsi que les citoyens des dangers de cette pratique dans le monde, qui constitue d’ailleurs une violation des droits de la femme et de la jeune fille, le 6 février a été consacré Journée internationale de lutte contre la mutilation génitale féminine. Une pratique qui désigne toutes les interventions consistant à « l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme ou toute autre mutilation des organes génitaux féminins pratiquées pour des raisons non médicales ».

Bien que de nombreux pays aient radicalement interdit cette pratique, elle persiste encore dans certains endroits où elle représente un rituel ancien lié à des facteurs culturels, religieux et sociaux en vigueur au sein des familles et des communautés. Aminata Téra, journaliste aux Echos, explique que « la mutilation génitale féminine est toujours d’actualité, car les gens le font en cachette ». Selon elle, « cette pratique fait et continue de faire des milliers de victimes dans le monde et surtout au Mali, où la plupart des parents le font sous prétexte qu’elle diminue les désirs sexuels de la fille ».

La journaliste exhorte donc les parents à prendre « en compte les conséquences de cette pratique afin d’assurer le futur de leurs enfants », dans leur foyer conjugal.

Besoin d’une synergie d’actions

Cette année, l’UNFPA et l’UNICEF appellent la communauté internationale à associer les hommes et les garçons en vue de favoriser leur engagement en faveur de l’élimination rapide de cette pratique néfaste et faire entendre la voix des femmes et des filles. Des organisations du monde entier ont mis en place des initiatives variées pour s’engager et s’associer avec les hommes et les garçons, afin qu’ils jouent un rôle actif.

Le sociologue, Idrissa Traoré, est convaincu que « seule, la gent féminine ne peut pas lutter contre ce fléau. Il faut impérativement que la gent masculine s’y implique ». À l’avis du sociologue, cette pratique détruit la vie de plusieurs filles. Mais il déplore que malgré toutes ces conséquences, « dont nous sommes témoins, certains continuent à la pratiquer clandestinement ».

M. Traoré exhorte donc les parents à accepter la mue pour le bien-être de leur progéniture. « Nous vivons dans une société traditionnelle ou la coutume est respectée. Mais les temps changent et nous devons changer aussi et penser au futur de cette génération », a-t-il déclaré.  

Les méfaits de la mutilation génitale féminine

Les filles qui subissent des mutilations génitales féminines font face à des complications à court terme, telles que des douleurs intenses, des saignements excessifs, des infections et des difficultés à uriner. Aussi, faut-il ajouter qu’elles subissent aussi des conséquences à plus long terme pour leur santé sexuelle et reproductive et leur santé mentale. « La mutilation génitale des jeunes filles est une pratique qui est très dangereuse, surtout ceux qui la pratiquent clandestinement. Cela engendre beaucoup de problèmes comme ceux liés à la reproduction, aux maladies sexuelles, et aux déchirures profondes. Pire, la mort », explique Kadidiatou Traoré, étudiante en licence 3, journalisme et communication.

Cette pratique, qui garantit pour certain, la chasteté des filles, peut amener une fille à ne plus désirer un homme sexuellement. C’est le cas de Bi Dembélé, qui n’oubliera jamais cette journée : « J’avais 9 ans lorsque ma grand-mère a forcé ma mère à m’exciser. Lorsqu’elle a refusé, ma grand-mère m’a amené pour me faire exciser ». Et de poursuivre en expliquant : « Je pensais que tout allait bien jusqu’au jour où j’ai remarqué que je ne ressentais pas de désir pour les hommes. Lorsque je suis allé à l’hôpital, j’ai appris que c’était dû à mon excision ».

Selon ses précisions, il lui a été indiquant que durant le processus de l’excision, une grande partie de ses organes génitaux externes a subi l’ablation. Un problème qui peut à la longue conduire certaines filles à désirer les personnes ayant les mêmes sexes qu’elles.  

Hawa Diaby

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