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Au Mali, plus de véhicule sans plaque : la Transition boucle son arsenal antiterroriste 

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Entrée en vigueur le 30 juin 2026, l’interdiction de circuler sans plaque d’immatriculation est la cinquième mesure sécuritaire prise par Bamako en moins de deux mois. Après les forêts fermées, les grosses cylindrées bannies, l’immatriculation obligatoire des motos, la mise à prix de sept chefs terroristes — voici la traçabilité généralisée à tous les véhicules. Un filet qui se resserre.

Le mardi 30 juin 2026, le ministre d’État malien chargé de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, a annoncé sur les antennes de l’ORTM une décision dont la logique sécuritaire est sans ambiguïté : à compter de ce jour, tout véhicule circulant sur le territoire national malien sans plaque d’immatriculation est en infraction. La tolérance qui prévalait depuis des années sur ce point — et qui avait transformé le parc automobile malien en un paradis de l’anonymat motorisé — est terminée.

« Les véhicules non immatriculés sont souvent utilisés par les groupes terroristes pour commettre leurs forfaits. Après leurs actes, leur identification devient difficile pour les services compétents. », a expliqué Alousséni Sanou, ministre d’État malien à l’Économie et aux Finances, sur les anntennes de l’ORTM. 

La formulation du ministre dit tout de la logique qui sous-tend cette mesure. Ce n’est pas d’abord une question de sécurité routière ou de fiscalité automobile — même si ces dimensions existent. C’est une mesure de contre-terrorisme. Un véhicule sans plaque est un véhicule fantôme : il peut être utilisé pour une attaque, abandonné sur le lieu du crime ou dissimulé dans une cour, et les enquêteurs se retrouvent dans une impasse. En rendant obligatoire l’identification de tous les véhicules, le gouvernement malien entend fermer ce vide — exactement comme il l’a fait, deux semaines plus tôt, avec les motos.

Le contexte : une séquence sécuritaire depuis le 25 avril

Pour comprendre la mesure du 30 juin, il faut la replacer dans la séquence sécuritaire qui a suivi les attaques terroristes coordonnées du 25 avril 2026 contre le camp Soundiata de Kati, et plusieurs autres localités du pays — attaques qui ont coûté la vie au général Sadio Camara, ministre de la Défense. Depuis ce soir du 25 avril, les autorités maliennes ont déployé un arsenal de mesures rapprochées qui dessinent une doctrine cohérente : priver les groupes armés de leurs outils logistiques, de leurs sanctuaires naturels et de leur anonymat.

Le gouvernement a eu l’intelligence d’accompagner l’interdiction d’un mécanisme incitatif destiné à éviter que la mesure ne se retourne contre les propriétaires de bonne foi — nombreux, dans un pays où l’informalité du parc automobile est ancienne et enracinée. Pour les véhicules dont la valeur douanière n’excède pas 30 millions de FCFA — ce qui couvre la grande majorité du parc roulant malien —, une exonération totale des frais de douane, de timbre et d’enregistrement est accordée pendant six mois. Les propriétaires peuvent ainsi obtenir leur plaque sans débourser ces charges administratives.

Pour les véhicules qui n’ont acquitté ni droits de douane ni droits d’enregistrement, un régime exceptionnel supplémentaire est prévu : un délai d’un an pour régulariser la situation, assorti d’exonérations partielles. En clair : le gouvernement donne du temps et réduit le coût financier de la mise en conformité, mais le délai de grâce prendra fin. Après quoi, circuler sans plaque sera une infraction caractérisée, passible de sanctions.

Un précédent historique : mars 2015

Cette mesure n’est pas la première du genre dans l’histoire du Mali. En mars 2015, après l’attentat de La Terrasse à Bamako — un commando avait attaqué un restaurant, utilisant notamment un véhicule sans plaque qui avait rendu son identification impossible —, le gouvernement de l’époque avait déjà interdit la circulation des véhicules non immatriculés à compter du 16 mars 2015. La mesure avait produit des effets à court terme avant que l’informalité ne reprenne ses droits.

Ce précédent explique en partie le scepticisme de certains observateurs. Ce qui change en 2026, c’est le contexte institutionnel dans lequel s’inscrit cette décision : elle n’arrive pas seule, comme en 2015. Elle est la cinquième mesure d’une séquence cohérente — forêts fermées, grosses cylindrées bannies, immatriculation des motos, mise à prix des chefs terroristes, traçabilité des véhicules — qui forme un système, pas une réaction isolée. Et elle est accompagnée d’une motorisation accrue des forces de sécurité et d’un déploiement de vecteurs aériens (drones, avions de chasse) qui permettent de contrôler effectivement la circulation sur le terrain.

En 2015, l’interdiction des véhicules sans plaque avait tenu quelques mois. En 2026, elle s’inscrit dans un arsenal. La différence est là.

La dimension économique : des recettes fiscales attendues

Le ministre Sanou a reconnu que cette mesure aura des conséquences budgétaires pour l’État. Les exonérations accordées représentent un manque à gagner fiscal à court terme. Mais les revenus attendus de la régularisation d’une partie du parc actuellement dans l’informalité — immatriculations, droits de timbre, vignettes annuelles — pourraient à terme compenser ces pertes. Dans un pays où une part importante des véhicules circule sans aucun document en règle, la traçabilité administrative est aussi un enjeu de recettes publiques.

La question qui reste entière : l’application

Ce qui distinguera cette interdiction des précédentes — y compris celle de 2015 — c’est sa mise en œuvre effective. Près de dix jours après l’entrée en vigueur de l’arrêté du 3 juin sur les grosses cylindrées, la mesure était appliquée de façon très disparate dans le pays: certains secteurs l’appliquaient strictement, d’autres presque pas, selon les témoignages recueillis sur le terrain.

Pour les véhicules à quatre roues et plus, le défi est différent mais comparable. La question n’est pas de convaincre les propriétaires de l’utilité de la plaque — ils le savent — mais de mettre en place des contrôles systématiques et uniformes sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones reculées où la présence de l’État reste limitée. C’est là que se jouera le vrai test de cette mesure.

Avec ses 28 centres d’immatriculation déployés sur tout le territoire et ses mécanismes de paiement dématérialisé via Trésor Pay, l’opération spéciale sur les motos, lancée le 15 juin, représente une avancée méthodologique par rapport aux dispositifs précédents. Si ce modèle est étendu à l’ensemble des véhicules, la traçabilité généralisée que la Transition malienne ambitionne pourrait, cette fois, tenir davantage qu’une saison.

A.D


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