[Tribune] Le danger des nouvelles technologies sur les habitudes de lecture chez les jeunes

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Mayssa Ben Mrad, jeune lycéenne tunisienne, qui publie fréquemment des tribunes sur sahel tribune, s’adonne dans ce énième article, à une analyse comparative entre les médias modernes et la lecture de livres. Les nouvelles technologies constituent, à ses yeux, des dangers sur les habitudes de lecture chez les jeunes. Elle retient que rien ne peut se substituer aux livres physiques, en raison de leurs nombreux bienfaits.  

La lecture est un exercice des plus profitables, sous bien des aspects. Pourtant, il semble que cette excellente habitude soit menacée par les médias modernes.

Il existe, en effet un risque de voir la lecture supplantée par les médias modernes avec, pour première conséquence, une détérioration des facultés mentales et l’augmentation de l’illettrisme. Ce problème est d’autant plus grave que chez les jeunes, on ne s’en rend même pas compte.

Meilleur moyen pour l’apprentissage

Citons les propos d’un journaliste japonais : « D’une culture de lecteurs, nous dérivons vers une culture de spectateurs. », déplorant le rôle toujours plus grand des divertissements audiovisuels, télévision comprise. Le danger télévisuel existe-t-il ? Comment donner goût à la lecture, aux petits comme aux grands ?

À être émue, à rêver, à vivre « par procuration », mais aussi et surtout à entrer dans la vision du monde d’un autre, à découvrir les choses sous un autre angle, parfois même à être interloquée, déroutée, peut-on espérer plus ? Certains livres nous font plonger dans des réflexions sans fin, et c’est passionnant. D’autres laissent planer un mystère jamais percé, laissent alors place à de multiples interprétations.

Certains livres nous transportent par la puissance de leur réflexion sur le monde, sur les hommes, sur le sens de la vie. Rien de plus beau que de se laisser bercer par le rythme que nous transmet un texte ; que d’être transporté ailleurs par un magnifique ouvrage.

Lire c’est un apport certain, c’est aussi s’évader, et oublier ses soucis quotidiens connaître, une autre vie, parfois un autre soi. Lire c’est apprendre sur un genre, un style, une manière de s’exprimer, d’écrire, car chaque auteur est différent par son style et sa visée.

Ainsi, la lecture d’un roman, d’un classique, permet de réfléchir à un sujet, un thème, un problème que nous présente l’auteur tout en nous imprégnant de son époque, ou de celle qu’il tente de décrire.

La lecture n’a que des avantages. Elle est le meilleur moyen pour l’apprentissage, le développement mental et l’expression orale. Elle développe les fonctions cognitives dans des proportions étonnantes. Peut-on en dire autant de la télévision, du multimédia ?

Défaillance psychologique

Voyons quelques-uns seulement des bienfaits de la lecture, comparativement aux autres médias. Pour faire un parallèle classique, confrontons la lecture et la télévision sur les plans cognitif et psychologique.

Pour nous en convaincre, mentionnons les résultats d’examens réalisés avec un enregistreur d’ondes cérébrales. Devant un écran de télévision, le système montre une prédominance d’ondes alpha dans le cerveau. Ce sont les ondes typiques d’un état de relaxation. En d’autres termes, devant un téléviseur, on ne pense à rien ! Il n’y a bien que quelques documentaires de bout goût, en proportion, assez rare, qui limitent encore les dégâts. Mais il y a plus « grave ». Cet état est appelé état de fascination secondaire. Il implique une forme d’isolement sensoriel, et l’activité cognitive et sensorielle est réduite à sa plus simple expression, tendant vers zéro.

Des études signalent en effet que ceux, qui passent des heures devant un écran de téléviseur, développent une tendance à l’impatience — en lien avec la fébrilité passive acquise devant la télévision — et sont souvent agités ou agissent inconsidérément, comme sur des coups de tête. L’impact porte sur les relations sociales, professionnelles et familiales. En extrapolant à peine un peu, ce ne sont pas les jeux vidéos dits « d’action » qui vont inverser la tendance.

D’un point de vue seulement logique, c’est compréhensible. La télévision pense à notre place, en présentant, selon les intentions du metteur en scène ou de la production, les expressions, voix, décor, environnement, etc. Il n’est donc pas nécessaire de faire un quelconque effort d’imagination. Cette incapacité devient défaillance psychologique.

La lecture un atout nécessaire pour la réussite

La lecture, quant à elle, développe la patience. Neil Postman, spécialiste en communication, a écrit : « Les phrases, les paragraphes et les pages se déroulent lentement, à tour de rôle, et selon une logique qui est loin d’être intuitive ». Le lecteur doit nécessairement construire sa lecture, interprétant, comparant, évaluant et jaugeant chaque page et sa relation avec les autres. L’incroyable processus mental qui sous-tend la lecture insuffle persévérance, détermination et patience.

La lecture est dotée d’immenses bienfaits. Il n’y a en effet absolument pas d’autre moyen d’acquérir un vocabulaire étendu que de lire. Plus fort encore, la lecture est intrinsèquement liée à nos capacités orales.

La réussite d’un élève dépend énormément de son vocabulaire, autant dans ce qu’il comprend en lisant que dans sa manière de raisonner par écrit.

Certains avancent que des lecteurs « invétérés » finissent par se couper de leur environnement tant ils restent plongés dans leurs livres. C’est possible, mais c’est aussi le cas des jeux vidéo, et leurs pénibles dépendances.

Voyons encore comment les médias modernes peuvent être un frein au développement.

L’agressivité, la désensibilisation

Comme souvent, ce sont les jeunes gens qui restent les cibles privilégiées des vendeurs de temps — oui, ces divertissements semblent avoir l’incroyable faculté de créer du temps libre. Le risque qui nous intéresse, au-delà de faire un semblant de procès à l’industrie du jeu, du télévisuel, et du multimédia, est celui de générer une véritable indifférence à la lecture.

La lecture est une habitude qu’il convient de prendre très tôt. Les parents jouent donc un rôle important pour ce qui est d’amener leurs enfants à être de bons lecteurs réguliers. Des études extrêmement sérieuses livrent des conclusions impressionnantes. La télévision favorise d’abord les risques de sédentarité, avec ses répercussions sur la santé. Il faut aussi évoquer les images violentes, renforcées par les jeux vidéos, qui stimulent l’agressivité du spectateur et le désensibilisent, au fil du temps, à la souffrance d’autrui, étouffant toute empathie. Ces qualités sont pourtant vitales sur le chapitre des relations humaines.

Tout ceci pour souligner, par contraste, à quel point la lecture peut être bénéfique, utile et enrichissant pour peu qu’on la privilégie. Elle développe l’esprit critique constructif, à l’opposé de l’imprégnation passive engendrée par le petit écran.

Pour en conclure avec ces comparaisons écran/livre, disons qu’il est avantageux de faire le choix de limiter le temps passé devant la télévision (ou encore un écran d’ordinateur pour des raisons non professionnelles, une console de jeux) et de le remplacer par la lecture. Moyennant quelques efforts préliminaires, le plaisir de lire viendra ensuite.

Ne confondez pas la lecture avec un livre dans les mains et la lecture sur un écran d’ordinateur. Prudence, car la lecture sur écran, surtout un ordinateur, ne produit pratiquement pas de plaisir. L’ordinateur se prête bien à des recherches précises, à une approche courte et ciblée, au traitement de données.

Des avantages certains de la lecture

La lecture est encore le meilleur moyen d’acquérir de l’information, de l’assimiler confortablement, de se détendre, de marcher avec l’auteur d’un livre. La lecture entretient nos facultés cognitives comme aucune autre activité,

La lecture n’est pas un processus inné, mais bien le résultat d’une éducation, d’une formation, d’un apprentissage et, surtout de la pratique. L’illettrisme serait un problème méconnu et sous-estimé, un obstacle dans toutes les sphères de la vie familiale, citoyenne et professionnelle.

Dans une revue américaine (Fortune), Stratford Sherman donne une vision intéressante de cette probable tendance à la désaffection de la lecture : « Nous avons maintenant nos chaînes câblées, notre magnétoscope, notre console nintendo et notre walkman ; il y a bien moins de chances que l’on veuille se fatiguer à lire un livre qu’à l’époque où l’on menait une vie plus dépouillée. » Il est vrai que les médias électroniques ont puissamment influencé le paysage « culturel ». Actuellement, en France, le citoyen lambda passerait trois heures et vingt-cinq minutes chaque jour devant son téléviseur.

Quelles que soient nos habitudes en matière de lecture, il sera intéressant de faire le point sur ce qui nous dissuade de lire et sur les incomparables avantages de cette pratique, tant culturels que cognitifs. Il s’agit de comprendre à quel point elle peut enrichir notre vie et améliorer nos aptitudes et nos relations. Les bienfaits de la lecture sont immenses, dont voici les plus cités :

La lecture stimule le cerveau : un roman peut tout simplement nous transporter dans une autre dimension. Un article intéressant peut nous distraire.

Elle améliore les connaissances : elle nous équipe pour affronter de nouveaux défis.

Elle accroît le vocabulaire : s’exprimer de manière éloquente et précise est un précieux atout professionnel. Être capable de communiquer avec en ayant confiance en soi est un excellent moyen d’améliorer son estime de soi.

La lecture développe la mémoire : pour bien comprendre un livre, on doit se rappeler d’une multitude d’informations

Elle développe les capacités d’analyses : à chaque fois que l’on forme une nouvelle mémoire, on crée de nouvelles synapses.

La lecture améliore l’attention et la concentration : dans nos sociétés qui gravitent autour d’Internet et du « multi-tâches », notre capacité à nous concentrer est attaquée de toutes parts. Ce comportement hyperactif génère du stress et ralentit la productivité. Quand on lit un livre, toute notre attention est dirigée vers l’intrigue de l’ouvrage.

La lecture d’œuvres publiées et bien écrites va avoir un effet notoire sur notre propre style de rédaction. Observer la cadence, la fluidité, et le style d’autres auteurs va inévitablement influencer notre propre manière d’écrire.

Tranquillise l’esprit la lecture est synonyme de relaxation. Mais au-delà de cette qualité reconnue, la thématique d’un livre peut aussi nous apporter la tranquillité d’esprit et une paix intérieure considérable.

Améliore la rédaction : la lecture d’œuvres bien écrites va avoir un effet notoire sur notre propre style de rédaction. Observer la cadence, la fluidité, et le style d’autres auteurs va inévitablement influencer notre propre manière d’écrire.

« Un enfant qui lit sera un adulte qui pense »

La lecture est autrement plus riche. Il faut décider par nous-mêmes des visages, des genres, des lieux, etc. Ensuite, les dimensions de l’édifice seront variables, toujours selon les éléments du livre, jusqu’à former une représentation cohérente avec l’ensemble. Et cette implication met en œuvre une infinité de capacités cognitives, pour leur plus grand bien. Or, de l’avis de tous, seule une activité mentale soutenue et régulière peut développer nos facultés cognitives et surtout les préserver en cas de dégénérescences.

Il est vrai que la télévision reste excellente lors, par exemple, de présentations documentaires où les images renseignent sur certains aspects. Mais au-delà des seuls avantages visuels, le texte écrit reste la meilleure source d’informations et d’apprentissage.

Aujourd’hui, conscientes de l’importance de la lecture, « certaines émissions adaptent pour la télévision des livres pour enfants ou des thèmes scientifiques incitant les jeunes à se tourner vers des livres abordant ces sujets. », d’après The Encyclopedia Americana. Avec équilibre, il semble donc possible d’user intelligemment de ces moyens d’information. Reste que sur le plan cognitif, la lecture remporte tous les suffrages.

« Un enfant qui lit sera un adulte qui pense. »

Mayssa Ben Mrad

Élève Bac Maths Lycée Pilote Hammam Lif

Sahel Tribune
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