Société malienne : l’autoflagellation, ce grand corps malade

Société malienne : l’autoflagellation, ce grand corps malade
Bogolan Mali. IMage d'illustration.

Au Mali, la dévalorisation des identités locales et des administrations nationales au profit de celles étrangères est un grand corps malade qui compromet le développement.

Parler comme l’autre, s’habiller et se comporter comme lui, le prendre comme norme universelle est ce qui caractérise la plupart des Maliens. Le véritablement malien s’étiole au détriment du véritablement occidental, pris comme norme de la civilisation. Être civilisé revient à se comporter en Blanc.

Les yeux rivés vers l’étranger

L’identité malienne est vue comme une norme caduque, utilisable par des gens considérés comme non civilisés. Dans ce pays, l’autoflagellation a le vent à la poupe. Pour être mieux considéré, lors des nominations à des postes de responsabilité, le niveau intellectuel est généralement secondaire. L’essentiel est d’avoir effectué des études à l’étranger. Parce que les produits des universités, des grandes écoles maliennes ainsi que des instituts n’inspirent plus confiance. Qui d’autre mieux que le Malien pourrait pourtant mieux valoriser ces universités et administrations nationales ?

Cette autoflagellation s’étend à plusieurs domaines, notamment ceux de la culture et de l’économie. La culture occidentale est considérée comme le summum de la civilisation. Lors des grandes rencontres ou des cérémonies, l’on n’est suffisamment pris en considération que lorsque l’habillement et la démarche correspondent au modèle de l’autre. Cet autre que l’on vilipende pourtant de temps en temps sur des aspects.

Il faut s’habiller en costume au lieu de porter des habits traditionnels maliens. Parler sa langue maternelle devient du coup un crime de lèche majesté. Toute manifestation de l’identité malienne est vue comme un signe de non-civilisation.

Les productions locales ne sont plus valorisées. Tout le monde a les yeux rivés vers les productions étrangères. Les films, les théâtres, la musique du Mali sont généralement plus consommés à l’étranger qu’à l’intérieur du pays.

Travail de synthèse et non d’abandon

Ne voyons-nous pas que la mission civilisatrice des colonies africaines a été une véritable réussite ? Aujourd’hui, au Mali, nombreux sont ceux qui s’allient derrière les détracteurs de la civilisation africaine pour défendre une « infériorité congénitale » du noir vis-à-vis du Blanc. Dans une telle sous-estimation, quand faut-il espérer sur un véritable développement du pays ?

Sans une certaine valorisation des productions locales, de la culture malienne, le développement serait un mirage. Est-il possible de se développer strictement dans le modèle de l’autre ? À l’instar des pièces d’une machine, qui contribuent dans une parfaite symbiose à son bon fonctionnement, le progrès d’une nation dépend de l’apport de chaque secteur d’activité. Il est donc important de valoriser le véritablement malien en sortant de l’autoflagellation.

Si les réalités des pays ne sont jamais les mêmes, il n’est pas évident qu’une simple importation de modèles étrangers puisse assurer un développement durable au Mali. Certes, dans la rencontre des cultures, chaque nation doit pouvoir y tirer son compte, mais cela n’est possible que si un travail de synthèse est effectué. Au lieu de ce travail, c’est plutôt l’abandon de l’identité malienne au profit de celle de l’autre auquel on assiste, au Mali. On oublie sûrement que le développement d’un pays passe par l’acceptation de soi.

Chiencoro


Cet article a d’abord été publié par Maliweb. Il a été repris et relu par Sahel Tribune   

Chiencoro

Chiencoro a plusieurs années d'expérience dans la presse écrite et le blogging au Mali. Il est présentement journaliste-reporter à Sahel Tribune.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Entrez Captcha ici : *

Reload Image

%d blogueurs aiment cette page :