Alors que les groupes armés terroristes du Sahel multiplient les attaques spectaculaires, leurs opérations traduisent davantage une survie stratégique qu’une véritable force offensive. Acculés par la montée en puissance des forces armées de l’Alliance des États du Sahel (AES), les terroristes perdent du terrain face à une stratégie régionale désormais intégrée, analyse Mikaïlou Cissé, professeur de philosophie au Mali, centrée sur la souveraineté, la résilience et la solidarité entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Cette recomposition marque une nouvelle étape dans la guerre de libération du Sahel, où armées et peuples avancent désormais d’un même pas.
Les groupes armés terroristes opérant dans le Sahel évoluent désormais dans une dynamique de survie stratégique. Acculés dans leurs derniers bastions et soumis à une pression militaire continue, ils ont perdu l’initiative opérationnelle. Les actions spectaculaires qu’ils multiplient relèvent moins d’une capacité de projection que d’une tentative désespérée de maintenir une existence symbolique dans la conscience collective. Les raids quasi simultanés menés, du Sud du Mali aux confins du Burkina Faso et du Niger, témoignent ainsi davantage de leur affaiblissement structurel que d’une réelle force en puissance.
Un contexte géopolitique profondément recomposé
Cette phase s’inscrit dans un contexte régional profondément recomposé. La fermeture de l’espace aérien par l’Algérie, combinée à la destruction d’un drone Bayraktar Akıncı de surveillance malien abattu par l’Algérie le 1er avril 2025 et à la rupture de certaines coopérations militaires—notamment avec la France, le départ de la MINUSMA, le retrait du G5 Sahel—s’apparente à une manœuvre politico-stratégique visant à restreindre les capacités de renseignement et de ciblage de l’armée malienne.
L’état-major général des armées l’a confirmé : cette contrainte a temporairement permis à certains chefs terroristes d’échapper à la surveillance. Toutefois, loin d’isoler durablement le Mali, cette décision a renforcé la solidarité stratégique au sein de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée le 16 septembre 2023 à Bamako avec la signature de la Charte du Liptako-Gourma.
En réaction, les forces armées de défense et de sécurité maliennes se sont imposées comme pilier central de l’architecture sécuritaire de l’AES. Restructurées, modernisées et soutenues par une légitimité populaire affirmée, elles incarnent une force résiliente, adaptée aux contraintes géographiques et aux formes asymétriques du conflit sahélien. Loin d’un simple outil coercitif, l’institution militaire devient un vecteur de stabilité et de souveraineté.
Une doctrine militaire proactive et intégrée
Dans cette nouvelle configuration, la doctrine militaire a évolué vers une posture proactive. Les opérations anticipent les menaces, sécurisent les convois logistiques, verrouillent les axes stratégiques par des checkpoints mobiles et intègrent la surveillance terrestre et aérienne dans une approche globale de contrôle du territoire.
Les couloirs jadis exploités clandestinement par les groupes terroristes font désormais l’objet d’un traitement systématique, réduisant leur capacité de nuisance et leur emprise sur les zones périphériques.
Une guerre de résistance et de souveraineté populaire
Les stratégies de déstabilisation fondées sur l’ouverture de corridors non sécurisés et sur l’asphyxie politique se sont révélées illusoires. Elles ont sous-estimé la profondeur historique, morale et symbolique du peuple malien. Forgé par l’épreuve, celui-ci transforme l’adversité en force collective.
La mobilisation populaire du 14 janvier 2022 contre les sanctions « illégales, illégitimes et inhumaines » de la CEDEAO et de l’UEMOA, en constitue une illustration majeure : armée et peuple y ont affirmé, dans une convergence assumée, un refus catégorique de toute dissolution de la souveraineté. Depuis, cette date fut instituée Journée nationale de la souveraineté retrouvée.
La contrainte transformée en cohésion nationale
L’histoire rappelle que les peuples se constituent dans la contrainte. Au Mali, les sanctions de la CEDEAO et de l’UEMOA, les pressions diplomatiques et les manœuvres régionales ont paradoxalement renforcé la cohésion nationale. Loin de se distancier de l’autorité, le peuple s’y reconnaît, dans un soutien lucide fondé sur la défense de la souveraineté et le rejet des tutelles extérieures.
Ainsi, le peuple de l’AES valide une autorité issue d’un choix conscient, enraciné dans les réalités régionales et les rapports de force internationaux. Cette légitimité se fonde à la fois sur l’efficacité sécuritaire et sur une adhésion populaire massive, rappelant, par sa portée symbolique, les formes antiques d’expression de la volonté générale.
Une économie résiliente face aux pressions extérieures
Le Mali a démontré sa capacité à transformer la contrainte en opportunité. Face aux embargos et aux exclusions commerciales, il a réorienté ses priorités vers la production locale et la rationalisation économique. Les tentatives actuelles des groupes terroristes d’exploiter les voies d’interconnexion à des fins de pression politique et économique se heurtent à un peuple conscient de son rôle historique et de sa responsabilité collective.
En définitive, uni à ses autorités, le peuple sahélien s’affirme comme le gardien vigilant de la souveraineté. À travers l’AES, les peuples du Sahel confirment une vérité chère à Rousseau : la gouvernance d’un État est indissociable de l’histoire, du caractère et de la volonté du peuple qui en est le fondement.
Mikaïlou Cissé
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