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Mali : chercheurs et autorités plaident pour la promotion des langues nationales

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Au lycée technique de Bamako, une conférence consacrée aux langues nationales a relancé le débat sur leur rôle dans la renaissance culturelle et la refondation du Mali. Chercheurs et responsables institutionnels ont plaidé pour une intégration plus forte de ces langues dans le système éducatif et dans les politiques publiques afin d’en faire un levier d’identité, de souveraineté et de transmission du savoir.

La promotion des langues nationales s’impose progressivement comme un enjeu central dans le débat sur la souveraineté culturelle au Mali. À l’occasion d’une conférence organisée le 24 mars 2026 au lycée technique de Bamako, chercheurs, responsables institutionnels et acteurs du monde éducatif ont plaidé pour une valorisation accrue de ces langues dans le système éducatif et dans les politiques publiques.

Une conférence dédiée à la renaissance linguistique

La salle de l’indépendance du Lycée technique de Bamako a accueilli cette rencontre organisée dans le cadre du programme des activités culturelles du mois de mars, parrainées par Magma Gabriel Konaté.

La cérémonie d’ouverture était présidée par Salia Malé, représentant le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé.

L’événement était organisé par le Conseil national de transition en collaboration avec le ministère de la Culture. Placée sous le thème « L’importance des langues dans la renaissance du Mali », la conférence a été animée par le linguiste Mahamadi Konta, ancien agent de l’Académie malienne des langues.

Les langues nationales, un héritage historique

Point de presse au lycée technique de Bamako
Les participants au point de presse sur les langues nationales au lycée technique de Bamako, le 24 mars 2026. ©Minitère de la Culture.

Au cours de son intervention, Mahamadi Konta a structuré son analyse autour de trois axes : la signification de la langue nationale, le rôle des langues dans l’histoire du Mali et leur place dans le Mali contemporain.

Selon lui, les langues nationales ont constitué pendant des siècles un vecteur central de transmission des savoirs, des valeurs et de l’organisation sociale, bien avant l’introduction des langues étrangères durant la période coloniale.

« La langue n’est pas seulement un moyen de communication. Elle est aussi un instrument de mémoire et un marqueur d’identité collective », a-t-il expliqué devant un public composé d’élèves, d’enseignants et de responsables institutionnels.

L’école au cœur de la valorisation linguistique

Le conférencier a insisté sur le rôle stratégique du système éducatif dans la promotion des langues nationales. Il estime que leur enseignement demeure encore insuffisant dans plusieurs établissements d’enseignement supérieur, notamment à l’École normale supérieure de Bamako et à l’Université Yambo Ouologuem de Bamako.

Pour lui, renforcer leur présence dans les programmes scolaires et universitaires permettrait d’améliorer leur appropriation par les jeunes générations et de favoriser leur utilisation dans la recherche, l’administration et la production culturelle.

Un enjeu de souveraineté culturelle

Tout en appelant à un effort accru, Mahamadi Konta a salué les initiatives des autorités maliennes visant à promouvoir les langues nationales, notamment leur reconnaissance institutionnelle. En effet, la Constitution du 22 juillet 2023 accorde une place considérable aux langues nationales qu’elle érige au statut de langues officielles pendant que le français régresse au statut de langue de travail.  « Les langues nationales sont les langues officielles du Mali. Une loi organique détermine les conditions et les modalités de leur emploi. Le français est la langue de travail. L’État peut adopter toute autre langue comme langue de travail. », stipule l’article 31 de la Constitution du 22 juillet. 

Pour plusieurs intervenants au point de presse du 24 mars dernier, ces politiques participent d’une dynamique plus large de refondation culturelle et identitaire, dans un contexte où le Mali cherche à consolider sa souveraineté et à renforcer ses fondements culturels. D’où l’initiative du président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, de décréter la période 2026-2027, « année de l’éducation et de la culture », après avoir consacré 2025, « année de la culture ». 

Au-delà de la dimension académique, la conférence a ainsi servi de plateforme de réflexion sur la place des langues nationales dans la construction d’un projet national. Les participants ont souligné que leur valorisation pourrait contribuer à renforcer la cohésion sociale, l’accès au savoir et la transmission du patrimoine culturel.

Dans un pays marqué par une grande diversité linguistique, la promotion de ces langues apparaît de plus en plus comme un levier stratégique pour concilier identité, éducation et développement.

A.D


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