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La route blanche : comment les cartels ont redessiné leurs itinéraires via l’Afrique de l’Ouest

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Publié ce 11 mars 2026, le rapport « Marchés de la cocaïne en Afrique de l’Ouest : cartographie des impacts, des itinéraires, des tendances et des acteurs », une étude de plus de 300 pages réalisée par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime, dresse un constat alarmant. L’Afrique de l’Ouest s’impose désormais comme un hub logistique majeur du trafic mondial de cocaïne. Entre production record en Amérique latine, demande européenne en forte hausse et expansion des infrastructures portuaires, la région est devenue un carrefour stratégique pour les réseaux criminels internationaux.

Pendant longtemps simple zone de transit, l’Afrique de l’Ouest est devenue en quelques années un maillon central du commerce mondial de la cocaïne. Des cargaisons de plusieurs tonnes transitent désormais par ses ports et ses aéroports. Une situation qui alimente à la fois le marché européen et une consommation locale en plein essor. Production record en Amérique latine, routes maritimes détournées et implantation de réseaux criminels internationaux.

Dans un rapport publié mercredi 11 mars, le Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC) explique que la région est devenue à la fois une base logistique, un centre de redistribution et un espace d’opérations pour les réseaux criminels internationaux.

Selon l’étude, le marché de la cocaïne n’a jamais été aussi important dans la région. Des cargaisons de plusieurs tonnes sont régulièrement entreposées dans différents pays, tandis que les circuits de distribution se multiplient et que la consommation progresse dans plusieurs grandes villes ouest-africaines.

Un marché criminel en forte expansion

Depuis 2019, le trafic de cocaïne a connu une croissance spectaculaire en Afrique de l’Ouest. Le rapport souligne que ce commerce est devenu le marché criminel à la croissance la plus rapide dans la région entre 2019 et 2025, selon l’Indice mondial de la criminalité organisée.

Plusieurs facteurs expliquent cette expansion. D’abord, la production de cocaïne en Amérique latine a atteint des niveaux records ces dernières années, notamment en Colombie, en Bolivie ou encore au Pérou. Dans le même temps, la demande continue de croître en Europe, où les indicateurs de consommation montrent une progression significative.

Face à cette pression, les organisations criminelles ont diversifié leurs itinéraires pour contourner les contrôles renforcés sur les routes directes entre l’Amérique latine et l’Europe. L’Afrique de l’Ouest s’est progressivement imposée comme un corridor privilégié.

Ports, aéroports et routes maritimes au cœur du trafic

Les réseaux criminels exploitent aujourd’hui une grande variété de routes et de moyens de transport pour acheminer la cocaïne vers la région. Les cargaisons arrivent principalement par voie maritime, dissimulées dans des conteneurs de marchandises ou transportées par des navires commerciaux.

Certaines saisies ont mis en évidence des itinéraires reliant des ports d’Amérique latine à ceux d’Afrique de l’Ouest, notamment vers des pays comme le Sénégal, le Ghana, le Bénin ou encore la Guinée-Bissau.

Une fois sur place, la drogue est soit redistribuée vers l’Europe, soit stockée temporairement dans des entrepôts avant d’être réacheminée par voie terrestre, maritime ou aérienne.

Le développement rapide des infrastructures commerciales et portuaires en Afrique de l’Ouest – notamment l’augmentation du trafic de conteneurs – facilite également l’insertion de cargaisons illicites dans les flux commerciaux légitimes.

Des réseaux criminels internationaux impliqués

Le rapport met également en lumière la présence croissante de puissants groupes criminels internationaux dans la région. Des organisations originaires d’Europe, d’Amérique latine et d’autres régions du monde coopèrent avec des réseaux locaux pour sécuriser les routes et organiser la distribution.

Les enquêtes menées par la GI-TOC montrent que ces groupes utilisent des systèmes de communication cryptés, des sociétés écrans et des structures logistiques complexes pour dissimuler leurs opérations.

Dans certains cas, les organisations criminelles profitent aussi des faiblesses institutionnelles ou de la corruption pour faciliter leurs activités.

Longtemps considérée comme une simple zone de transit, l’Afrique de l’Ouest voit désormais émerger un marché local de la cocaïne. Dans plusieurs grandes villes de la région, la consommation est en hausse, notamment sous forme de crack ou de cocaïne bon marché.

Cette évolution inquiète les spécialistes de la santé publique et de la sécurité, qui redoutent une multiplication des problèmes liés à la toxicomanie et à la criminalité urbaine.

Des conséquences politiques et sécuritaires

Au-delà des enjeux sanitaires, le développement du trafic de cocaïne soulève également des questions de gouvernance et de stabilité politique. Dans certains pays, les revenus générés par ce commerce alimentent la corruption, fragilisent les institutions et exacerbent les rivalités entre réseaux criminels. Des affrontements entre groupes liés au trafic ont déjà été signalés dans plusieurs États de la région.

Pour les auteurs du rapport, l’essor du trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest représente désormais un défi majeur pour les États et leurs partenaires internationaux. 

Alors que la région devient un maillon stratégique du commerce mondial de la drogue, les experts appellent à renforcer la coopération régionale, les capacités des forces de l’ordre et les mécanismes de lutte contre la corruption. Sans réponse coordonnée, préviennent-ils, l’Afrique de l’Ouest pourrait s’enraciner durablement dans les routes mondiales du narcotrafic.

Chiencoro Diarra 


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