La Transition malienne s’est imposée comme un moment historique, une parenthèse destinée à redresser les fondations fragiles d’une nation marquée par des décennies de crises. Cependant, cette ambition collective semble parfois entravée par les ambiguïtés de certains de ses acteurs clés. Le Premier ministre Choguel Kokalla Maïga, figure emblématique mais controversée, incarne aujourd’hui une vision politique qui suscite autant de questions que d’adhésion.
La Transition avait promis au peuple malien un nouveau départ, un Mali Kura, porté par des principes de souveraineté, de justice et de refondation. Des avancées notables ont vu le jour : la réaffirmation de l’autorité de l’État sur des territoires longtemps perdus, une armée renforcée et plus autonome, et un Mali qui parle désormais avec une voix forte sur la scène internationale. Ces progrès, fruits de choix stratégiques ambitieux, ont donné l’espoir d’un renouveau durable.
Pourtant, au cœur de ce processus se dressent des obstacles. La déclaration de Choguel Maïga lors de son meeting du 16 novembre dernier au CICB, devant les militants du M5-RFP, mouvement hétéroclite il assure la présidence, en expose un avec une clarté désarmante : « L’efficacité de l’action gouvernementale ne se trouve-t-elle pas compromise par le dysfonctionnement qui se note entre les institutions ? » Cette autocritique, bien que nécessaire, souligne une réalité inquiétante : l’inaction et les rivalités politiques internes menacent de faire dérailler cette Transition tant attendue.
Choguel Maïga, dans son discours, évoque des « guéguerres sous fonds de sourde rivalité », laissant entendre que ces tensions freinent les avancées. Mais n’est-il pas lui-même une partie du problème ? Son leadership, souvent marqué par des postures théâtrales et des déclarations tonitruantes, semble davantage orienté vers la polarisation que vers le rassemblement. Loin d’incarner une boussole pour la Transition, il devient parfois un élément de confusion, nourrissant le doute sur la capacité des institutions à travailler de concert.
Son constat sur la prolifération des partis politiques illustre cette dynamique problématique : « Entre 1991 et 2021, il y a eu la création de 200 partis politiques ; entre 2021 et 2023, il y en a eu 100 de plus ! » Pourtant, cette situation, dénoncée comme un chaos organisé, aurait pu être mieux contrôlée si son gouvernement avait exercé une autorité cohérente. Ces incohérences interrogent : la Transition est-elle servie ou desservie par son Premier ministre ?
Il serait injuste de nier que la Transition a marqué des points importants. Sous la direction du Président de la Transition et grâce à une armée redynamisée, des victoires significatives ont été enregistrées sur les plans militaire et diplomatique. La libération de Kidal, après des décennies de sanctuarisation par des puissances étrangères et des groupes armés, est une prouesse qui restera gravée dans l’Histoire du Mali.
Cependant, ces victoires ne doivent pas être éclipsées par des discours alarmistes ou des rivalités stériles. Le peuple malien, acteur clé de cette Transition, a le droit d’attendre de ses dirigeants qu’ils traduisent ces gains en résultats concrets : une sécurité renforcée, une justice impartiale et une gouvernance transparente. Ces priorités exigent une coordination institutionnelle et un engagement collectif, deux dimensions que les déclarations de Choguel Maïga semblent plus souvent miner que promouvoir.
Le Mali est une terre de résilience, un pays qui a surmonté des défis bien plus grands que ceux qu’il affronte aujourd’hui. Mais cette résilience doit être nourrie par des actions responsables et une vision claire. La Transition, malgré ses imperfections, reste l’unique opportunité pour remettre le pays sur les rails. Elle nécessite un leadership qui privilégie l’unité sur l’ego, la transparence sur les calculs politiques, et le progrès collectif sur les ambitions personnelles.
Choguel Maïga, en pointant du doigt les dysfonctionnements institutionnels, met le doigt sur une plaie réelle. Mais ses propres contradictions affaiblissent la Transition qu’il est censé servir. Si le Mali est « en passe d’être dépassé », comme il l’affirme, ce n’est pas tant à cause du peuple ou des institutions elles-mêmes, mais parce que certains leaders, dont lui-même, peinent à s’élever au-dessus des querelles de clocher.
Le peuple malien mérite mieux. Il mérite des institutions qui fonctionnent, un gouvernement qui agit, et des dirigeants qui inspirent. La Transition est une opportunité unique, mais elle ne pourra atteindre ses objectifs que si tous ses acteurs, Premier ministre inclus, s’engagent pleinement dans une dynamique de refondation authentique.
Le Mali est à l’aube d’une ère nouvelle. Il appartient à ses dirigeants de transformer cette aube en plein jour. Mais pour cela, il faut que chacun se lève et marche dans la même direction, laissant derrière lui les ombres de l’ambiguïté et de la division.
Bakary Fomba






