Démocratie : pourquoi la violence comme mode d’expression ou de revendication ?

Démocratie : pourquoi la violence comme mode d’expression ou de revendication ?
Une Urne dans un bureau de vote au Mali lors des législatives de 2020. Crédit photo: internaute

Dans les démocraties modernes, la violence prend de plus en plus d’ampleur. Elle semble devenir un mode d’expression et de revendication. Une situation qui piège ce régime dans son fonctionnement.

Dans une courte vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, ce mardi 8 juin 2021, on voit le président de la République française se faire gifler au visage alors qu’il était en déplacement dans le sud-est de la France. Cette violence contre cette personnalité investie de pouvoir public ne peut être qu’une manifestation de la frustration d’une certaine frange de la population laissée pour compte. Elle traduit le divorce entre les élus et les citoyens dans la quasi-totalité des démocraties modernes.

Le « non » du peuple

La violence semble devenir un outil de revendication ainsi qu’un mode d’expression des frustrations dans la plupart des démocraties modernes. Cette violence physique contre Emmanuel Macron rappelle celle contre le Pr Dioncounda Traoré au Mali, en 2012. Après le renversement du régime Amadou Toumani Touré (ATT), à travers un coup d’État militaire, dirigé par Amadou Aya Sanogo, une transition avait été instaurée afin de préparer l’élection présidentielle. Cette période transitoire était dirigée par Dioncounda Traoré. Des manifestants mécontents de sa désignation à ce poste se sont rués sur le palais de Koulouba pour le tabasser.

Ces violences contre des personnalités investies de pouvoir public sont l’expression d’un désaccord du peuple avec les politiques publics en place.

Le problème dans la plupart des systèmes démocratiques actuels, c’est le peu de considération accordé au peuple dans la prise des décisions concernant pourtant son existence. Ce peuple qui est censé être le véritable souverain est dans les faits un simple objet sur lequel des décisions sont généralement parachutées. Des frustrations qui ne peuvent qu’exploser en violence.

Le coup d’État contre Ibrahim Boubacar Kéïta (IBK), le 18 août 2020, devrait servir de leçon à tous les démocrates. Le « non » du peuple est généralement non négociable. 

Démocratie piégée

À travers ses différentes mobilisations, le Mouvement du 5 juin — Rassemblement des forces patriotiques (M5-RFP), constitué d’une bonne frange de différentes couches sociales, avait dans ses revendications le départ du président de la République ainsi que de son Premier ministre. Des souhaits qui n’ont pas été pris au sérieux. Une situation qui a conduit finalement au renversement du régime par des militaires.

Mais faut-il pour autant en vouloir au peuple ? Les pouvoirs publics ne sont-ils pas ceux qui ont montré la voie à suivre ? En France, on se rappelle les répressions contre les manifestants du mouvement des Gilets jaunes en 2018. Au Mali, aussi bien lors de la manifestation du mouvement Antè A bana, en 2017, pour s’opposer à la révision constitutionnelle, que de la marche des syndicats de l’éducation signataires du 15 octobre 2016, en 2020, la violence a été utilisée comme mode d’expression par les autorités. Des citoyens réprimés alors qu’ils revendiquaient des droits.

Au dialogue, comme remède aux contradictions et aux divergences, on substitue la violence qui devient une véritable arme de combat.

Cette recrudescence de la violence comme mode d’expression constitue un handicap au bon fonctionnement de la démocratie qui nécessite une confiance accrue entre les gouvernés et les gouvernants.  Cette gifle au visage du président français doit inviter à plus de réflexions sur le système démocratique dans nos États. Ces systèmes semblent devenir caducs. Ainsi, la démocratie se retrouve piégée.

Fousseni Togola

Source : maliweb.net

Sahel Tribune

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