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Crises maliennes : et si on sortait du réductionnisme ?

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Depuis l’annonce des sanctions communes de la Cédéao et de l’Uemoa contre le Mali, les crises maliennes sont lues différemment. Il est important de sortir du réductionnisme.

L’impasse entre la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao) et les dirigeants maliens de la transition était au menu d’une rencontre, mardi 11 janvier 2022, au Conseil de sécurité des Nations Unies. Au grand dam de plusieurs observateurs de la sous-région ainsi que de certains pays européens, aucune sanction commune n’a pu être prononcée par le Conseil de sécurité, qui se trouve divisé autour de cette situation.

Certaines déclarations au cours de cette rencontre laissent entrevoir des manœuvres visant à décrédibiliser les autorités maliennes.

« Jamais notre pays n’a été aussi mieux doté »

Au cours de cette réunion, le représentant du secrétaire général de l’ONU au Mali, El-Ghassim Wane, chef de la Minusma, a pris la parole pour faire l’état de la situation sécuritaire et humanitaire du pays. Selon lui, une décennie après le début des affrontements au Mali, l’espoir d’une résolution rapide des conflits ne s’est pas concrétisé. Comme argument, il avance que « l’insécurité s’est étendue, la situation humanitaire s’est détériorée, de plus en plus d’enfants ne sont pas scolarisés et le pays est affecté par un cycle sans fin d’instabilité ».

Une déclaration que des observateurs avertis de la situation de ce pays sahélien trouveront déformée parce que ne tenant pas assez en compte des réalités objectives du terrain.

Il convient de noter que le corollaire de l’instabilité reste bien entendu l’insécurité, ayant comme conséquences la crise humanitaire et la fermeture des écoles. Or, depuis l’attaque meurtrière de début décembre 2021, et qui a coûté la vie à une trentaine de civils, dans la région de Bandiagara, beaucoup d’accalmies sont revenues, dans les régions du centre et du nord du pays. Cela en raison de la multiplication des opérations militaires des forces armées maliennes.

D’ailleurs, faut-il le rappeler, cette armée a été bien ragaillardie au cours de l’année écoulée, comme le témoigne cette déclaration du chef d’État-major général des armées, le Général de brigade Oumar Diarra : « Dans le cadre de l’acquisition des matériels et équipements, jamais notre pays n’a été aussi mieux doté en si peu de temps ».

Un héritage

Ces succès et ces efforts des autorités de la transition diraient peu à des membres du Conseil de sécurité ainsi qu’à des dirigeants de la sous-région, malmenés par de grandes puissances. Sinon, il faut vraiment être d’un autre monde pour mettre la crise alimentaire que le pays connaitra en 2022 au compte de cette gouvernance militaire.

En effet, au Conseil de sécurité de l’ONU, le chef de la Minusma a indiqué que « plus de 1,8 million de personnes devraient avoir besoin d’une aide alimentaire en 2022 contre 1,3 million en 2021, le niveau d’insécurité alimentaire le plus élevé enregistré depuis 2014 », rapporte Onu info.

Pourtant la cause de cette crise alimentaire n’est nullement un secret de polichinelle. Il suffit de s’entretenir avec les agriculteurs, à l’intérieur du pays, pour mieux s’imprégner de la situation. La dernière campagne agricole n’a pas été bonne pour des raisons de pluviométrie et d’insécurité. Une insécurité dont le pays est confronté depuis 2012. Crise dont les autorités actuelles ont hérité, le 7 juin 2021.

Le paradoxe

Outre ces incompréhensions ou analyses tordues sur la situation malienne, il faut noter les paradoxes dans les discours. En juin dernier, après l’investiture du colonel Assimi Goïta et la formation du gouvernement de transition, El-Ghassim Wane avait déclaré : « Une action immédiate est maintenant requise pour engager des réformes cruciales et jeter les bases d’un processus électoral crédible ». Maintenant que ces bases sont jetées, à travers les Assises nationales de la refondation, dont M. Wane trouve les propositions comme « une fenêtre d’opportunité sur laquelle toutes les parties prenantes devraient s’appuyer pour avancer dans la mise en œuvre de l’accord de paix », le Mali reçoit des sanctions.

C’est sûrement en connaissance de ce paradoxe que le chef de l’État malien, dans son adresse à la nation, lundi 10 janvier 2022, a justifié le choix du chronogramme présenté à la Cédéao, en soutenant que « l’histoire sociopolitique de notre pays nous a appris à maintes reprises qu’il nous fallait impérativement revoir en profondeur notre système afin d’éviter un éternel recommencement ». Et d’ajouter : « Nous avons tenu les Assises nationales de la refondation afin de recenser l’ensemble [des préoccupations du peuple] pour bâtir un Mali nouveau ».

Les réactions de la plupart des partenaires du Mali prouvent à suffisance que chacun se soucie de ses intérêts et non de ceux du peuple malien auquel ils s’identifient pourtant. Il suffit que 28 Casques bleus tombent au Mali, lors d’un seul incident, pour tirer la sonnette d’alarme. Pourtant, des civils maliens ont été pris pour cible par des forces armées partenaires du pays. Mais où en sommes-nous aujourd’hui avec ces dossiers ? Pour rendre service à ce pays, il faudrait sortir du réductionnisme.

Chiencoro Diarra

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