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Crise énergétique : à Montréal, des dizaines de pays misent sur l’efficacité énergétique

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Réunis le 29 juin 2026 à l’occasion de la 11e Conférence mondiale sur l’efficacité énergétique de l’AIE, des dizaines de gouvernements ont signé une déclaration commune érigeant l’efficacité énergétique en pierre angulaire de leur politique. Un engagement pris alors que la fermeture du détroit d’Ormuz fait vaciller les marchés mondiaux de l’énergie pour la deuxième fois en quatre ans.

C’est un mot qui ne fait pas vibrer les foules — ni les marchés. L’« efficacité énergétique » n’a ni le panache des renouvelables ni le drame géopolitique du pétrole. Et pourtant, c’est elle que des dizaines de gouvernements du monde entier ont choisi de placer au centre de leur réponse à la crise énergétique qui secoue la planète depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. Réunis ce 29 juin 2026 à Montréal pour la 11e Conférence mondiale annuelle sur l’efficacité énergétique de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), coorganisée par le gouvernement du Canada, ministres et hauts fonctionnaires de tous les continents ont signé une déclaration commune actant un engagement directionnel fort : faire de la sobriété énergétique la pierre angulaire de la politique énergétique mondiale.

Une crise qui rappelle les années 1970

Le contexte de cette déclaration n’a rien d’anodin. Quatre ans après le choc énergétique provoqué par l’invasion russe de l’Ukraine, le monde affronte une nouvelle perturbation majeure de ses marchés de l’énergie, cette fois liée au conflit au Moyen-Orient et à la fermeture du détroit d’Ormuz. Les gouvernements réunis à Montréal ont explicitement établi ce lien : les récentes perturbations ont renforcé la nécessité d’accélérer l’efficacité énergétique comme l’un des moyens les plus rapides de réduire les coûts, renforcer la sécurité énergétique et limiter l’exposition à la volatilité future des marchés.

Le parallèle avec les chocs pétroliers des années 1970 est explicitement revendiqué par l’AIE elle-même. Ces crises avaient entraîné, à l’époque, des transformations profondes et durables dans la manière dont les économies occidentales consommaient l’énergie — isolation des bâtiments, normes de consommation automobile, sobriété industrielle. L’agence veut faire de la crise actuelle un nouveau catalyseur de ce type de transformation, mais à l’échelle mondiale et avec des outils numériques que les années 1970 ne connaissaient pas.

« Comme les crises énergétiques successives l’ont montré, l’efficacité énergétique reste l’un des outils les plus puissants dont disposent les gouvernements pour renforcer la sécurité énergétique, réduire les coûts et stimuler la compétitivité économique. Tout comme les crises pétrolières des années 1970 ont entraîné des améliorations majeures dans la façon dont l’énergie est utilisée, la crise d’aujourd’hui devrait servir de catalyseur pour une action plus rapide sur l’efficacité. », a indiqué Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE, Montréal, 29 juin 2026

Protéger les plus vulnérables, en priorité

Le texte de la déclaration ne se limite pas aux grands principes. Il identifie une cible prioritaire : les ménages vulnérables et les petites et moyennes entreprises, identifiés comme souvent parmi les plus durement touchés par la volatilité des prix de l’énergie. Les gouvernements signataires se sont engagés à garantir que tous puissent accéder aux bénéfices de l’efficacité énergétique — formule qui, en creux, reconnaît que les politiques de transition énergétique ont parfois eu tendance à bénéficier davantage aux ménages aisés, capables d’investir dans l’isolation ou les équipements performants, qu’aux populations précaires.

Les centres de données, nouveau front de la sobriété

Un des axes les plus actuels de la déclaration concerne l’efficacité des centres de données — infrastructures dont la consommation électrique explose avec le développement de l’intelligence artificielle. Le rapport publié en mai 2026 par l’AIE sur l’investissement énergétique mondial avait déjà souligné ce phénomène : les commandes de nouvelles centrales à gaz ont atteint en 2025 leur plus haut niveau depuis 25 ans, en partie pour répondre aux besoins des centres de données. Intégrer ces infrastructures dans l’agenda de l’efficacité énergétique est une reconnaissance implicite que la révolution de l’IA a un coût énergétique qu’il faut désormais maîtriser activement, et non plus simplement subir.

Vers la COP31 : un objectif contraignant pour les bâtiments

L’annonce la plus concrète de la conférence de Montréal concerne la suite du processus international. La présidence de la COP31 — qui se tiendra à Antalya, en Turquie, plus tard cette année — a chargé l’AIE de produire un rapport spécial destiné à soutenir l’élaboration d’un objectif international d’efficacité énergétique pour les bâtiments. Le secteur du bâtiment, responsable d’environ 30 % de la consommation énergétique mondiale selon les estimations de l’AIE, reste l’un des gisements d’économies les plus sous-exploités à l’échelle planétaire — isolation insuffisante, systèmes de chauffage et de climatisation obsolètes, manque de réglementation contraignante dans de nombreux pays.

Que ce mandat soit confié à l’AIE en amont de la COP31 indique que les négociateurs climatiques internationaux veulent transformer l’élan politique de Montréal en obligation concrète d’ici la fin de l’année. Reste à savoir si la déclaration commune, dépourvue de caractère contraignant, débouchera sur des politiques nationales réellement mises en œuvre — l’histoire des engagements climatiques internationaux invite à la prudence sur ce point.

« Le Canada construit une économie concurrentielle sur le plan climatique qui mène la transition mondiale vers le zéro net. Améliorer l’efficacité dans tous les secteurs signifie de réelles économies pour les Canadiens et une économie plus résiliente pour nous tous. », a expliqué Julie Dabrusin, ministre canadienne de l’Environnement, du Changement climatique et de la Nature, Montréal, 29 juin 2026

Pour les pays du Sud, dont beaucoup peinent à financer ne serait-ce que l’accès de base à l’électricité, l’agenda de l’efficacité énergétique pose une question structurelle : comment rendre des systèmes énergétiques plus efficaces quand l’enjeu premier reste d’abord de les construire ? La réponse de l’AIE, esquissée dans plusieurs de ses rapports récents, est que l’efficacité doit être intégrée dès la conception des nouvelles infrastructures plutôt que d’être ajoutée a posteriori — une approche qui pourrait permettre aux économies émergentes d’éviter les inefficacités historiquement accumulées par les pays industrialisés.

Oumarou Fomba 


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