Covid-19 au Mali : le secteur de la culture bat de l’aile [Enquête]

Covid-19 au Mali : le secteur de la culture bat de l’aile [Enquête]
peintre textile a Djenne Mali Afrique

Depuis le 25 mars 2020, le Mali a enregistré son premier cas de coronavirus. La deuxième vague a connu son pic en décembre 2020. Pour arrêter la progression de cette pandémie, le gouvernement malien a toujours adopté des mesures barrières. Des mesures qui ont frappé les acteurs de certains domaines, comme la culture. 

Plus de réservation, ni de spectacle ou de manifestation littéraire. Les touristes se font rares et par conséquent moins de revenus pour les acteurs culturels. Le secteur de la culture au Mali souffre des impacts de la covid-19. Une situation tributaire en grande partie des mesures préventives adoptées par les autorités politiques du pays afin de stopper la progression de la maladie.

Le blues des artisans

Boubacar Doumbia, fondateur du centre culturel N’domo de Ségou, dans la quatrième région du Mali, qui évolue sur l’artisanat, explique avoir subi de plein fouet les effets de cette pandémie suite aux mesures préventives prises par les États. « Présentement, nous n’avons pas de touristes et les acheteurs ne viennent pas », déplore-t-il. Seuls quelques clients qui ont l’habitude d’acheter avec ces artisans leur passent souvent des commandes à distance. Des commandes qui sont acheminées par voie postale. « C’est grâce à ces quelques commandes que nous parvenons à faire fonctionner l’atelier », précise le vieux Doumbia qui souligne que son atelier « a perdu presque la moitié de ses revenues annuelles ». 

M. Doumbia n’est pas le seul à traverser cette période de vache maigre. La situation est quasi-générale. Dans un reportage de la radio Mikado, radio des Nations unies au Mali, diffusé le lundi 28 décembre 2020, des artisans de la même région de Ségou, se lamentaient des impacts de cette crise sanitaire sur leurs activités. Au bord du fleuve Niger, Mamoutou Dembélé souligne que depuis plus de dix mois, la situation est « chaotique » pour les artisans de la 4e région. En raison de cette maladie, les touristes, qui constituent les véritables clients de ces artisans, se font très rares. « Avant le coronavirus, on vendait beaucoup, mais aujourd’hui, avec la propagation de cette maladie, on passe toute une journée sans qu’on nous demande le prix d’un article », déplore-t-il.

La ministre de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme du Mali, Kadidiatou Konaré a reçu, jeudi 7 janvier 2021, les fédérations des artisans et des artistes du nord. A cette occasion, les représentants des deux fédérations n’ont pas manqué à faire comprendre à la ministre toutes les difficultés qu’elles traversent en raison non seulement de la pandémie de coronavirus, mais aussi de la crise sécuritaire. Comme difficultés, ils ont surtout mentionné la production et l’écoulement des produits artisanaux.

Aucun secteur épargné

En effet, du côté des artistes, le ton est le même. D’habitude, le réveillon du Nouvel An constitue un moment spécial pour les rois de la musique, qui passent de concert en concert. Cette année, en raison de cette pandémie de covid-19 et des mesures restrictives imposées, les artistes n’ont pas pu honorer leurs rendez-vous de fin d’année. Bassékou Kouyaté, artiste-musicien malien, a été obligé d’annuler plus de 120 concerts à l’étranger en fin d’année en raison de cette pandémie, a-t-il confié à nos confrères de la chaîne de télévision nationale du Mali, ORTM, qui l’a diffusé le 31 décembre 2020.

Durant la première vague de la covid-19, en mars 2020, Naré Famagan Magassa, artiste-peintre, a été durement frappé par cette crise sanitaire. Ce jeune artiste a vu ses résidences et expositions, prévues en Europe repoussées. La deuxième vague de la maladie le frappe encore de plein fouet alors qu’il se rappelle n’avoir reçu que « 5 kilogrammes de farine, 5 kg de pattes et 25 kg de riz » comme accompagnement de l’État lors de la première vague.

Paralysé bien avant la pandémie du coronavirus, le secteur du livre traverse également une période difficile en raison de l’annulation des salons, des lancements, des cafés littéraires, etc., le livre se porte mal au Mali. Cette pandémie menace d’ailleurs la Rentrée littéraire prochaine prévue pour le 16 février. D’où selon Sékou Fofana, coordinateur de cette Rentrée littéraire du Mali et secrétaire général de l’Organisation malienne des éditeurs de livres (OMEL), des réflexions sur certaines précautions à prendre comme la réduction du nombre d’auteurs en présentiels et l’organisation de cérémonies virtuelles en plus des mesures prises par les autorités maliennes.

Aucun secteur de la culture n’a été épargné par cette pandémie qui a mis à plat toutes les programmations dans les espaces culturels. Au musée national du Mali, dans la salle de spectacle aussi bien que dans la salle d’exposition voire dans la cour, le constat est le même : le calme, l’absence humaine, le désespoir. Plus de visiteurs. Un silence de mort règne sur le lieu. Selon Ahmed, agent chargé des réservations dans cet endroit, les pertes entraînées par cette fermeture du musée se chiffrent à des millions de F CFA. Une situation qui a conduit à la réduction de l’effectif des travailleurs, déplore-t-il. 

Des mesures d’accompagnement

Dans une de ses publications de mai 2020, lors de la première vague, la Plateforme des blogueurs maliens, Benbere, rapportait que « le manque à gagner pour ces acteurs, d’ici à août 2020, est évalué à 1 milliard 230 millions de francs CFA ». La plateforme indique avoir obtenu ce chiffre de la Fédération des artistes du Mali (FEDAMA).

Pour la deuxième vague, le statu quo reste le même. Contacté par téléphone, Moussa Doumbia, permanent à la FEDAMA, souligne qu’il est plus que nécessaire de venir en aide aux artistes dont tous les projets sont tombés à l’eau en raison de cette crise sanitaire. Toutefois, il indique ne pas pouvoir donner pour l’instant une estimation de la perte générée par la covid-19 chez les artistes, au cours de cette deuxième vague. 

Les autorités de la transition ont promis des mesures d’accompagnement pour ceux qui en ont droit. Lors de sa rencontre avec les fédérations des artisans et des artistes du nord, la ministre de la Culture, Kadidiatou Konaré a aussi rassuré : « Le gouvernement est conscient des souffrances que vous [les artistes et les artisans ndlr] vivez. C’est pour cela qu’un fonds d’urgence a été mobilisé pour assister les acteurs des trois secteurs pendant cette période de covid-19 ».

Au niveau de la Fédération des artistes du Mali, bientôt les artistes frappés par les effets de cette pandémie recevront leur accompagnement de la part de l’État. Selon Adama Traoré, secrétaire général de la FADAMA, des discussions sont engagées avec le ministère de la Culture, de l’Artisanat et du Tourisme pour l’obtention de ces accompagnements. Le 24 décembre 2020, la FEDAMA indiquait dans un communiqué que parmi les mécanismes d’accompagnements envisagés figure le programme « Jigui Sèmè Yiri » qui « octroie une indemnité spéciale unique de 90 000 F CFA à des indigents qui ont perdu leur revenu à cause des mesures actuelles prises contre la pandémie. »

Des mesures d’accompagnement sont importantes. Car « c’est quand on a les pieds sur terre et qu’on a la tête sur les épaules qu’on peut produire des choses. Mais quand on est malade, on n’a ni les pieds sur terre ni la tête sur les épaules », souligne Habib Dembélé dit Gimba national.

Fousseni Togola

Fousseni Togola

Né à Fana, Fousseni Togola est journaliste-mondoblogueur. Il a obtenu son baccalauréat au lycée Cabral de Ségou, avant de décrocher un Master en philosophie à l’École normale supérieure (ENSUP) de Bamako. Il a été rédacteur en chef adjoint au quotidien malien Le Pays. Il est le fondateur du site web d’informations générales, d’analyses et d’enquêtes saheltribune.com, membre de la Communauté des blogueurs du Mali (DONIBLOG) et contributeur à Benbere, plateforme des blogueurs maliens. En 2020, il a été nominé au prix Mali Média Award (MAMA). La même année, il est lauréat du « Prix de Reconnaissance des Médias « Restez à la Maison », dans la catégorie presse en ligne au Mali.

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