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Les présidents des pays de l'AES
A la UnePolitique

Sommet de l’AES à Bamako : bilan, perspectives et consolidation confédérale

by Sahel Tribune 18 décembre 2025
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Réunis les 22 et 23 décembre dans la capitale malienne, les chefs d’État du Mali, du Burkina Faso et du Niger tiendront le deuxième collège des chefs d’Etat de la Confédération des États du Sahel. Vingt-sept mois après sa création, l’organisation entend dépasser le cadre sécuritaire pour esquisser une doctrine régionale fondée sur la souveraineté, l’intégration et le refus de la dépendance stratégique.

Le sommet de Bamako marque une nouvelle étape dans la structuration de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en septembre 2023 par le Mali, le Burkina Faso et le Niger, puis formellement transformée en confédération lors du sommet de Niamey en juillet 2024. Vingt-sept mois après la signature de la Charte du Liptako-Gourma, les trois États sahéliens poursuivent un processus d’institutionnalisation accéléré, dans un contexte régional marqué par leur rupture avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Les travaux préparatoires, organisés à Bamako du 15 au 18 décembre, ont réuni les hauts fonctionnaires autour des trois piliers de la Confédération — défense et sécurité, diplomatie et développement. Ils seront suivis, les 20 et 21 décembre, par la première session confédérale du Conseil des ministres. En parallèle, les ministres des finances ont finalisé les modalités d’opérationnalisation de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA.

Cette succession de réunions techniques traduit l’ambition des dirigeants sahéliens : transformer une alliance née de l’urgence sécuritaire en une organisation politique et économique structurée.

Bamako, capitale politique d’une solidarité sahélienne

Le choix de Bamako pour accueillir ce deuxième sommet n’est pas anodin. Après Niamey en 2024, la capitale malienne devient à son tour le théâtre d’une affirmation collective, alors que le Mali assure la présidence tournante de l’AES jusqu’à la fin de l’année 2025. Cette rotation entre Bamako, Ouagadougou et Niamey est présentée par les autorités comme un symbole d’égalité entre les États membres, à rebours des hiérarchies informelles qui caractérisent de nombreuses organisations régionales africaines.

Dans un contexte de sanctions levées mais de relations toujours tendues avec leurs voisins ouest-africains, les trois pays entendent afficher une unité politique et stratégique renforcée.

Une doctrine fondée sur l’autonomie stratégique

Derrière l’agenda institutionnel, le sommet de Bamako s’inscrit dans une réflexion plus large sur la place de l’AES dans l’ordre régional et international. Les déclarations des responsables sahéliens convergent vers l’émergence d’une doctrine fondée sur l’autonomie stratégique et la souveraineté décisionnelle.

Lors de l’ouverture des travaux préparatoires, le ministre malien des affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a évoqué un « changement de paradigme irréversible », insistant sur le respect des choix souverains des États membres et sur leur volonté de rompre avec des mécanismes régionaux jugés inefficaces ou contraignants. Une orientation déjà affirmée lors du sommet de Niamey, où les dirigeants de l’AES avaient présenté leur alliance comme le cadre le plus opérationnel de lutte contre le terrorisme dans le Sahel central.

Sur le plan économique, cette logique se traduit par une reprise en main des ressources naturelles. Le Mali a récemment adopté un nouveau code minier renforçant la participation de l’État et des investisseurs nationaux. Le Niger, de son côté, a engagé une rupture plus radicale en mettant fin à l’exploitation d’uranium par la société française Orano, au nom de la souveraineté économique.

Le choix du multi-alignement

Cette affirmation de souveraineté ne s’accompagne toutefois pas d’un isolement diplomatique. Les États de l’AES revendiquent une stratégie de diversification des partenariats, souvent qualifiée de « multi-alignement ». La Russie s’est engagée à appuyer la montée en puissance de la Force unifiée de l’AES, tandis que la Turquie fournit des équipements militaires, notamment des drones. La Chine et certains pays du Golfe maintiennent également une présence économique et diplomatique active dans la région.

Pour les dirigeants sahéliens, il s’agit d’éviter toute dépendance exclusive, qu’elle soit occidentale ou non, et de rompre avec le modèle du G5 Sahel, largement financé et structuré par des partenaires extérieurs.

Médias, sécurité et relations régionales à l’agenda

Le sommet de Bamako doit également entériner plusieurs projets structurants. Parmi eux figure l’adoption d’un plan stratégique quinquennal pour la période 2026-2030, destiné à donner une visibilité à l’action confédérale. Les chefs d’État devraient aussi lancer officiellement la radio confédérale « Daandè Liptako », présentée comme un outil de communication et de lutte contre la désinformation, avec des antennes dans les trois capitales.

Les relations avec la CEDEAO constituent un autre dossier sensible. Depuis le retrait officiel du Mali, du Burkina Faso et du Niger en janvier 2025, les tensions diplomatiques persistent. Plusieurs incidents sécuritaires, dont des violations d’espaces aériens dénoncées par l’AES, ont ravivé les crispations. Le sommet devra préciser la posture de la Confédération vis-à-vis de son environnement régional.

Le deuxième sommet de l’Alliance des États du Sahel marque un moment charnière. En cherchant à formaliser une doctrine propre, fondée sur l’autonomie stratégique, l’intégration régionale et le contrôle des ressources, l’AES entend s’imposer comme une alternative aux cadres régionaux existants. À Bamako, les dirigeants sahéliens pourront démontrer que l’AES n’est plus une alliance conjoncturelle, mais un projet politique appelé à durer.

A.D

18 décembre 2025 0 comments
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Intervention militaire
ActuPolitique

Bénin : victoire officielle, défaite stratégique

by Mikailou Cissé 17 décembre 2025
written by Mikailou Cissé 4 minutes read

La crise qui secoue le Bénin, avec ses répliques politiques et militaires traversant l’Afrique de l’Ouest, dépasse largement le cadre d’un simple incident sécuritaire. Elle met à nu une tension structurelle entre une souveraineté proclamée et des dépendances réelles. Plus qu’un événement conjoncturel, elle marque un moment de bascule où l’État, l’armée et les alliances extérieures se trouvent exposés dans leur fragilité.

Les images, les interruptions audiovisuelles et les messages numériques n’en ont livré qu’une façade. Comme souvent dans l’Afrique contemporaine, l’essentiel s’est joué à huis clos : mobilisation discrète de soutiens extérieurs, gestion étroite de l’information, volonté manifeste de contenir l’événement afin d’éviter toute contagion régionale. La mémoire collective a été cadrée avant même que le peuple n’en perçoive l’ampleur réelle.

Une armée sous pression, entre loyauté et dépendance

À l’image de l’opération Serval au Mali en 2013, la riposte béninoise s’est voulue immédiate, calibrée et décisive. Serval n’avait pas seulement stoppé l’avancée des groupes armés vers Bamako ; elle avait surtout réaffirmé la centralité française dans la gestion des crises ouest-africaines. De la même manière, l’épisode béninois révèle que certaines souverainetés demeurent conditionnelles, activables ou suspendables selon les intérêts géopolitiques dominants.

L’armée républicaine, héritière du serment de la Conférence nationale de 1990, a vacillé sans rompre ouvertement. Ses chefs, pris entre loyauté institutionnelle, pressions politiques et dépendance opérationnelle, ont vu leur récit soigneusement aménagé afin d’éviter un effet domino dans l’espace sahélien. La crise, confinée dans l’écosystème numérique, n’a laissé au peuple qu’un écho fragmenté et filtré.

« Tenir à tout prix » : la doctrine de la survie institutionnelle

Cette défaite de l’armée béninoise opère à plusieurs niveaux. Elle se traduit d’abord par la mise hors combat d’unités d’élite formées à l’antiterrorisme, avec des pertes humaines, matérielles et symboliques notables. Elle révèle ensuite l’incapacité des autorités à assumer publiquement l’ampleur des faits. Enfin, elle met en lumière le rôle déterminant de la CEDEAO et, surtout, des puissances extérieures dans la stabilisation effective des États de la région.

Le schéma de riposte, lisible entre les lignes des communiqués officiels, trahit un embarras stratégique profond : « tenir à tout prix » devient doctrine, même au détriment de la souveraineté. Sauver la face revient alors à accepter une tutelle de fait.

Nigeria et France : les véritables piliers de la stabilité béninoise

Le Nigeria, confronté depuis plus d’une décennie au terrorisme et au banditisme armé, apparaît comme le principal garant de la survie institutionnelle béninoise, reléguant le pays au rang de vassal stratégique. La France, par son intervention, confirme un rapport de suzeraineté déjà bien installé. Sans ces appuis extérieurs, le scénario aurait été radicalement différent — une réalité minimisée, mais centrale.

La présence visible de forces étrangères dans l’espace urbain et la fragilisation des frontières, notamment avec le Burkina Faso, produisent un paradoxe sécuritaire : présentée comme une protection institutionnelle, cette présence incarne en réalité une dépossession. L’ennemi n’est plus seulement extérieur ; il devient structurel, inscrit dans les dispositifs mêmes de défense.

Une CEDEAO à géométrie variable

L’enjeu réel dépasse le Bénin. Il vise à contenir et isoler l’Alliance des États du Sahel (AES), perçue comme une menace pour l’architecture régionale dominée par la CEDEAO et ses partenaires occidentaux. À travers le Bénin, un message clair est envoyé : aucune remise en cause de l’ordre régional établi ne sera tolérée sans coût élevé. Le peuple béninois se retrouve ainsi otage d’un affrontement géopolitique qui le dépasse.

Les précédents confirment cette géopolitique à géométrie variable : indifférence relative en Guinée-Bissau, parfois tournée en dérision, contre réaction vigoureuse au Niger après la chute de Bazoum. Sous Macron, l’orgueil stratégique français maintient certaines armées africaines dans une dépendance structurelle, exposant l’armée béninoise comme un corps privé de pleine autonomie.

À court terme, l’histoire — toujours écrite par les vainqueurs — présente le pouvoir de Patrice Talon et l’armée béninoise comme sortis victorieux de l’épreuve. Mais dans la longue durée, ils émergent affaiblis, fragilisant l’État béninois et l’équilibre ouest-africain. Une question demeure, lancinante : que vaut un serment républicain lorsqu’il ne peut s’honorer qu’avec l’assistance de forces étrangères ?

Mikaïlou Cissé 

17 décembre 2025 0 comments
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Spectacle, A vous la Nuit
ActuSeko ni Donko

« Le théâtre est une poésie qui sort du livre pour devenir humaine», Habib Dembélé dit Guimba National, 

by Ibrahim Kalifa Djitteye 17 décembre 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

La salle de banquets du Centre International de Conférences de Bamako (CICB) s’est parée, ce lundi 15 décembre 2025, des couleurs de la culture malienne en accueillant le spectacle « A VOUS LA NUIT », une création de l’écrivain et comédien Habib Dembélé, plus connu sous le nom de Guimba National. Parrain du mois de décembre dans le cadre de l’Année de la Culture décrétée par président de la transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, l’artiste a offert au public une œuvre où la tradition et la modernité se sont rencontrées.  

La cérémonie a enregistré la présence du Chef de cabinet du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Dr Salia Malé, représentant le Ministre Mamou Daffé. À ses côtés, des membres du cabinet ainsi que de nombreux acteurs culturels ont répondu à l’invitation. Toute chose qui témoigne de l’importance de l’événement dans le calendrier culturel national. La salle du CICB, lieu emblématique des grandes rencontres, s’est transformée en un espace de communion où se sont mêlés les voix des griots, les accords de la kora et la poésie bambara.  

Une soirée placée sous le signe de la culture nationale

Inspiré d’un conte Dafin, « A VOUS LA NUIT » est bien plus qu’un spectacle. C’est un récit de griot, une fresque poétique où la parole ancestrale dialogue avec la musique et le chant. Écrit et joué par Habib Dembélé, l’œuvre illustre la richesse des traditions maliennes et leur transmission vivante à travers le théâtre. La poésie bambara, portée par la voix du comédien, s’est mariée aux sonorités de la kora, créant une atmosphère où chaque spectateur pouvait ressentir la profondeur de l’héritage culturel du Mali.  

Guimba National, fidèle à son engagement artistique, a su donner vie à un récit qui traverse les âges. En convoquant les symboles et les images de la nuit, il a rappelé que l’obscurité n’est pas seulement silence et repos, mais aussi un espace de mémoire, de transmission et de réflexion. Le spectacle a ainsi permis de redonner toute sa place à la parole du griot, vecteur de sagesse et de cohésion sociale, dans un contexte où la culture demeure un pilier de l’identité nationale.  

« A VOUS LA NUIT », un conte vivant et intemporel

Le spectacle s’est voulu également un hommage vibrant à ceux qui, par leur engagement, ont été les briques essentielles pour construire la grande maison culturelle du Mali. Ces hommes et ces femmes, souvent dans l’ombre, ont contribué à préserver et à transmettre les valeurs qui fondent l’identité nationale. « A VOUS LA NUIT » leur rend justice en les inscrivant dans une continuité où la culture devient le socle de la cohésion sociale et le ciment de la nation.  

Habib Dembélé dit Guimba national a exprimé un message marqué par la profondeur et la gratitude, tout en soulignant la vocation humaine de toute création artistique et la nécessité de rendre hommage aux bâtisseurs de la culture.  « Toute création artistique doit avoir un but profondément humain. Le théâtre est une poésie qui sort du livre pour devenir humaine. Tout ce que nous faisons, si cela ne nous ramène pas à l’humanité, n’a pas de sens. Ce mois de décembre, je rends hommage à nos anciens, à ceux qui ont bâti le Mali et qui sont les briques de la grande maison culturelle qui nous abrite aujourd’hui », déclare-t-il.

Un hommage aux bâtisseurs de la culture

L’Année de la Culture, décrétée par le Président de la Transition, se poursuit avec intensité. Chaque mois, un parrain incarne une facette de la richesse culturelle du Mali. En décembre, Guimba National a relevé le défi avec brio, en offrant une œuvre qui conjugue tradition et modernité. Son spectacle s’inscrit dans une dynamique de valorisation des arts et des savoirs, contribuant à renforcer le sentiment d’appartenance et à promouvoir l’unité nationale.  

Le public, composé de personnalités institutionnelles et d’acteurs culturels, a salué la performance avec enthousiasme. Les applaudissements nourris ont témoigné de l’émotion suscitée par ce récit où la parole du griot devient un pont entre les générations. 

Dans le cadre de l’Année de la Culture, ce spectacle restera comme une pierre précieuse ajoutée à l’édifice de la mémoire collective. À travers cette œuvre, Bamako a célébré non seulement la beauté des traditions, mais aussi leur rôle essentiel dans la construction d’un Mali uni et résilient.  

Ibrahim Kalifa Djitteye 

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Journée nationale du poisson
A la UneÉconomie

Mali, sous-secteur de la pêche : plus de 120 000 tonnes de poisson en 2025 contre 113 000 en 2024

by Sidi Modibo Coulibaly 17 décembre 2025
written by Sidi Modibo Coulibaly 6 minutes read

Le Mali se dirige inexorablement vers la souveraineté alimentaire. D’année en année, la production alimentaire augmente. La production céréalière, qui était de 11 010 851 tonnes en 2024, est passée à 11 452 540 tonnes en 2025 ; la viande contrôlée est passée de 96 750 tonnes à 100 690 tonnes. La production de poisson n’est pas restée en marge de cette progression.

En effet, au cours des trente (30) dernières années, force est de constater la réduction considérable du volume de captures annuelles de poissons. Une réduction due à la sécheresse, aux changements hydrologiques, à la dégradation des écosystèmes aquatiques et des terres, ainsi qu’au dragage des cours d’eau pour la recherche de l’or.

D’autres contraintes ont également contribué à cette situation. Il s’agit de la faiblesse des capacités des acteurs étatiques et non étatiques de la filière poisson, de l’insuffisance de crédit en faveur des investisseurs privés, du manque d’une politique foncière définissant un cadre légal pour l’accès à la terre et aux plans d’eau, ainsi que de la faiblesse de la recherche dans le domaine de la pêche et de l’aquaculture. Face à cette situation, le gouvernement a adopté une politique de développement du sous-secteur de la pêche et de l’aquaculture.

Une politique ayant produit des résultats positifs

Dans le cadre de cette politique, le gouvernement a développé une stratégie visant notamment la rationalisation des pêches et le développement de la pisciculture sous toutes ses formes : pisciculture artisanale dans les mares et en étangs, la rizipisciculture et la pisciculture de type intensif dans les structures hors sol comme les cages flottantes rectangulaires et circulaires de grandes capacités.

Ainsi, il a pu réaliser la mise en place d’unités artisanales de fabrication de glace au marché central à poisson de Bamako, faire des dons de tonnes d’aliments pour poissons aux producteurs, doter les acteurs de caisses isothermes et remettre des congélateurs pour la conservation du poisson frais aux maraîchères.

En outre, la stratégie a permis de créer des structures de formation dédiées à la pêche et à l’aquaculture. Il s’agit de nouvelles filières au sein de l’IPR-IFRA (Institut Polytechnique Rural – Institut de Formation et de Recherche Appliquée) et de l’Université de Ségou, mais aussi de la création de l’Université de Sikasso, du Centre de Formation Pratique en Aquaculture (CFPA) de Molodo (Niono) et d’autres établissements du secteur privé. Elle a également permis l’adoption et la mise en œuvre des politiques des sous-secteurs élevage et pêche à travers différents programmes et projets, aussi bien pour l’élevage que pour la pêche et l’aquaculture, ainsi que l’appui à l’investissement de plus en plus important des organisations professionnelles et des particuliers.

La combinaison de ces différentes initiatives a débouché sur l’obtention de résultats supérieurs à ceux de l’année dernière. Ainsi, pour l’année 2025, il a été produit 113 343 tonnes de poissons capturés et 7 039 tonnes de poissons issus de la pisciculture, soit un total de 120 382 tonnes. En 2024, la production était de 104 178 tonnes de poissons capturés et 9 040 tonnes de poissons de pisciculture, soit un total de 113 218 tonnes.

Le Mali dispose d’un important potentiel halieutique

Avec un nombre important de plaines (mares, lacs, bancotières), sans compter les grands fleuves et leurs différents affluents, le Mali est le troisième producteur de poisson d’eau douce en Afrique, après le Kenya et l’Ouganda. En d’autres termes, avec un réseau hydrographique de l’ordre de 4 500 km, de grandes superficies d’eaux libres et de nombreux aménagements hydro-agricoles, le Mali représente un cas spécifique dans le développement de la pêche et de l’aquaculture en Afrique subsaharienne et dans la Confédération des États du Sahel (AES).

Au regard de cet important potentiel, le gouvernement prévoit, dans sa politique de développement du sous-secteur, la mise en valeur des plans d’eau, l’intensification de la production halieutique avec une implication de plus en plus importante du secteur privé dans la production d’intrants de pisciculture et de poissons marchands, la mise en œuvre de bonnes pratiques de pêche responsables, réglementées et durables, ainsi que la cogestion des pêcheries. Il est également prévu l’appui à la recherche pour l’alimentation du poisson et les systèmes d’élevage. C’est fort de cette potentialité et de son apport dans l’économie nationale que l’interprofession Poisson du Mali et le ministère de l’Élevage et de la Pêche ont initié les Journées du poisson, afin de donner une grande visibilité et une meilleure lisibilité au sous-secteur de la pêche et de l’aquaculture.

Journées du poisson, une tribune de promotion du sous-secteur

Initiées fin 2022, les Journées du poisson, qui se tiennent sur trois jours, sont à leur quatrième édition. Celle-ci s’est tenue du 11 au 13 décembre 2025 au Palais de la culture Amadou Hampâté Ba, sous la présidence du Premier ministre, représentant le Président de la transition. C’était en présence de plusieurs membres du gouvernement, du corps diplomatique, ainsi que des acteurs et partenaires du sous-secteur de la pêche.

Aux termes de ces Journées, il est heureux de constater que le bilan est élogieux. Tout d’abord, leur tenue a permis le renforcement du partenariat entre le ministère de l’Élevage et de la Pêche et le ministère de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable dans le cadre de la mise en œuvre du Projet de restauration des terres dégradées (PRDT) du Mali, en vue de poursuivre le financement des alliances productives dans le domaine de la pêche. Elle a également permis la remise de 200 tonnes d’aliments pour poissons au ministre de l’Élevage et de la Pêche par le ministre-commissaire à la Sécurité alimentaire, afin de soutenir les activités des pisciculteurs.

Ensuite, ces Journées ont permis la présentation des potentialités de la filière poisson du Mali et de l’environnement des investissements et des affaires qui s’y rapportent, ainsi que des échanges sur les différentes perspectives et contraintes, en amont comme en aval, de la filière poisson au Mali et ses perspectives d’accompagnement.

Enfin, des pistes d’actions pertinentes ont été identifiées afin de donner à la filière poisson du Mali le rôle substantiel qu’elle doit jouer dans l’économie nationale, tout en assurant la sécurité alimentaire et nutritionnelle ainsi que l’autoconsommation.

Il faut signaler qu’outre le rôle important du sous-secteur du poisson dans le développement économique du Mali, celui-ci peut, à terme, constituer un élément de réduction des effets néfastes des aléas climatiques et contribuer à une gestion rationnelle des écosystèmes.

SMC

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Rebaptisation des lieux publics au Mali
ActuSeko ni Donko

Mali, rebaptisatisation des places et voies publiques : Le Président Goïta valorise, une fois de plus, le patriotisme et l’esprit de sacrifice 

by Sidi Modibo Coulibaly 16 décembre 2025
written by Sidi Modibo Coulibaly 5 minutes read

Le Mali Kura tant souhaité par les populations ne se réalisera pas sans la refondation des secteurs fondamentaux comme la culture. C’est elle qui permet à l’homme d’avoir une identité et un repère. Elle est un pilier pour bâtir ce Mali Kura. Une réalité que les autorités nationales, sous le leadership éclairé du Chef de l’État, ont compris en décidant de rebaptiser avec des noms du terroir les places et voies publiques.

En effet, cette décision a été prise par le chef de l’État à travers le Décret n°2025-0117/PT-RM du 21 février 2025, qui a officialisé la dénomination des places et espaces publics. Une décision qui s’inscrit, certainement, dans la dynamique de l’institution de l’année 2025 par le Général d’Armée Assimi Goïta, comme année de la culture au Mali.

En rebaptisant les places et espaces publics par des noms du terroir, le Mali marque une rupture avec le passé colonial qui avait relégué les grandes figures nationales dans l’oubli. Une rupture qui annonce un retour à l’identité nationale. 

Ainsi, le Président de la transition a présidé la cérémonie d’inauguration de deux places publiques. C’était le jeudi, 11 décembre 2025 à Koulouba, à quelques encablures du Palais présidentiel. Étaient présents à la cérémonie d’inauguration le Général de division Abdoulaye Maïga, Premier Ministre, Ali Mahaman Lamine Zeine, Premier ministre du Niger, Mamou Daffé, ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, l’ambassadeur du Burkina Faso au Mali et, plusieurs membres du gouvernement.

«Mali Cεbaw » et  «Mali Kεlεmasaw»

Telles sont les nouvelles dénominations attribuées à ces deux places que la Place des Explorateurs et la Place des gouverneurs du Soudan français. La première est désormais dénommée  Place  «Mali Cεbaw » (Les Grands Hommes du Mali), tandis que la seconde s’appellera Place «Mali Kεlεmasaw» ( Les chefs de guerre du Mali). 

La nouvelle dénomination de ces deux places rend hommage aux dirigeants militaires ayant défendu avec brio les intérêts de la patrie. Donc, c’est un pan de l’histoire militaire du pays qui est mis en exergue, pourrait-on dire. Par rapport à cet aspect, les autorités de la transition avaient, déjà, enclenché un processus de réécriture de l’histoire militaire du Mali. 

Le lancement des travaux de cette œuvre, d’une durée d’une année, avaient été officiellement lancés, le 13 février 2024. Ils sont menés par un groupe d’experts composé d’éminents historiens maliens, tant civils que militaires. C’est le Pr Doulaye Konaté, historien, ancien ministre de l’Éducation nationale qui en est le coordinateur. A l’issue des travaux de ce groupe d’experts dirigé par Pr Doulaye Konaté, le Mali disposera d’un ouvrage de qualité scientifique retraçant l’histoire militaire du Mali, depuis le IVe siècle jusqu’à nos jours. Il comprendra les thèmes couvrant divers aspects de l’organisation militaire des empires et royaumes jusqu’à la période coloniale, en passant par la conquête coloniale et l’exploitation économique des territoires. 

Par ailleurs, il intégrera l’aspect genre et la dimension socio-ethnique des forces armées et de sécurité en vue de parvenir à une Armée nationale reflétant la diversité sociale du Mali, conformément aux dispositions de la Loi fondamentale. Ce sera un ouvrage de référence qui permettra aux Maliens d’aujourd’hui et de demain de tirer les leçons du passé. Il va établir les fondements de la refondation de l’outil de défense national, en mettant en avant les valeurs de patriotisme, d’esprit de sacrifice et de grandeur nationale. 

A cette initiative, il faut noter que les autorités de la transition ont donné des dénominations issues du terroir aux opérations militaires : «Dougoukoloko»  (récupérer le territoire ), «Maliko» (faire tout pour le Mali), «Fougakene»  ( faire table rase) , etc.

Déjà, plus de 30 rebaptisatisations effectuées

La cérémonie de baptême de ces lieux avait eu lieu en commune IV du district de Bamako, le mardi 24 décembre 2025, par le Premier ministre. Des voies, places et établissements publics du district de Bamako ont été baptisé aux noms de vingt et huit (28 ) personnalités physiques et sept (7) personnalités morales emblématiques. Ainsi, l’Avenue CEDEAO qui devient l’Avenue de l’AES, la Place du Sommet Afrique-France qui prend le nom de Place de la Confédération des États du Sahel. 

Quant à l’Avenue Ruault, elle devient l’Avenue Capitaine Sékou Traoré, la Rue Faidherbe devient Rue Mamadou Lamine Dramé. La Rue Jean Brière de Lisle est désormais la Rue Banzoumana Sissoko. La Rue Archinard est rebaptisée Rue El Hadj Cheick Oumar Tall et la Rue Mage en  Rue Monseigneur Luc Auguste Sangaré. Plusieurs avenues de la capitale portent désormais les noms de Babemba Traoré, Général Amadou Toumani Touré (ATT), Modibo Keïta, Nelson Mandela, Soumangourou Kanté,  Damanguilé Diawara, Kamandjan Camara, etc.

Avec ces rebaptisatisations, les autorités réhabilitent l’histoire du pays, magnifient les héros et renforcent les valeurs et l’ identité nationale. Autrement dit, elles constituent, d’après le ministre Mamou Daffé, un acte de mémoire, de justice et de souveraineté qui réhabilitent les grandes figures nationales et offrent à la jeunesse des repères de dignité et de fierté.

Sidi Modibo Coulibaly

16 décembre 2025 0 comments
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Corridor Lomé-Ouagadougou-Niamey
A la UneAnalyses

Corridors sahéliens : comment l’AES redessine la carte commerciale de l’Afrique de l’Ouest

by Sahel Tribune 16 décembre 2025
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Au sommet de Bamako, les dirigeants de la Confédération des États du Sahel pourraient se pencher sur la réorganisation des grands corridors logistiques au cœur de leur stratégie post-CEDEAO. Une stratégie qui fait du transport un levier décisif de souveraineté économique et d’intégration régionale.

Les 22 et 23 décembre 2025, Bamako accueille le 2ème sommet de la Confédération des États du Sahel (AES), après celui de Niamey, au Niger, consacrant la naissance de ce bloc tripartite, dans un contexte de recomposition accélérée des échanges régionaux. Depuis leur retrait effectif de la CEDEAO, le 29 janvier 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger n’ont plus seulement à repenser leurs alliances politiques : ils doivent redessiner, dans l’urgence, leurs routes commerciales. Au cœur de cette équation, trois corridors — Bamako–Conakry, Niamey–Cotonou et Ouagadougou–Lomé — s’imposent comme les véritables lignes de fracture, mais aussi comme les piliers potentiels d’une souveraineté économique sahélienne.

Après la CEDEAO, la bataille des routes

La sortie de la CEDEAO, effective en janvier 2025, a profondément ébranlé les circuits commerciaux hérités. Pays enclavés, le Mali, le Burkina Faso et le Niger dépendaient historiquement de quelques axes dominants : Dakar pour le Mali, Lomé et Tema pour le Burkina Faso et le Niger. Cette architecture, longtemps considérée comme acquise, a révélé sa vulnérabilité lors des sanctions régionales de 2022-2025.

Aujourd’hui, les coûts logistiques représentent jusqu’à 40 % de la valeur des biens importés dans les pays sahéliens. Dans ces conditions, la diversification des corridors n’est plus un choix stratégique parmi d’autres. Elle devient une nécessité vitale pour la survie économique de l’espace AES.

Bamako–Conakry : la proximité comme promesse inachevée

Avec moins de 1 000 kilomètres sépare Bamako du port de Conakry. Le corridor guinéen apparaît comme l’accès maritime le plus direct pour le Mali. Pendant l’embargo régional, Conakry a su capter une part significative du trafic malien grâce à une politique tarifaire agressive et à un allègement des formalités douanières.

Mais cette promesse reste fragile. Les surcoûts maritimes vers Conakry — jusqu’à 1 000 dollars supplémentaires par conteneur — pénalisent lourdement la compétitivité du corridor. Le projet de chemin de fer Conakry–Bamako, évalué à 8,5 milliards de dollars, pourrait changer la donne. Il incarne une ambition structurante, mais aussi un pari financier et politique de long terme. Pour l’AES, ce corridor est moins un acquis qu’un symbole : celui de la volonté de rompre avec la dépendance exclusive aux axes historiques. Au seuil du 2ème sommet de l’AES, le Premier ministre malien, accompagné d’une forte délégation a effectué une visite d’amitié et de travail en Guinée, du 8 au 9 décembre 2025. Au cours de ce déplacement, plusieurs questions d’intérêts commun ont été débattues. 

Niamey–Cotonou : un axe vital sous contraintes

Le corridor Niamey–Cotonou reste, malgré les tensions politiques récentes, un axe indispensable pour le Niger. Il irrigue un vaste espace économique reliant le golfe de Guinée au cœur du Sahel. Pourtant, son efficacité est minée par des obstacles bien connus : multiplication des postes de contrôle, lenteurs douanières, dégradation des infrastructures et insécurité persistante.

Des initiatives existent, notamment à travers des projets de réforme institutionnelle et d’harmonisation des procédures. Mais l’enjeu pour l’AES dépasse la simple optimisation technique. Il s’agit de préserver un corridor historiquement central tout en l’inscrivant dans une nouvelle logique régionale, moins dépendante des équilibres politiques anciens.

Ouagadougou–Lomé : l’axe le plus abouti, mais le plus exposé politiquement

Le corridor Ouagadougou–Lomé apparaît aujourd’hui comme le plus performant des trois. Le port autonome de Lomé, modernisé et certifié, concentre l’essentiel du trafic de transit du Burkina Faso et joue un rôle croissant pour le Niger. Les investissements soutenus par la Banque mondiale et les engagements togolais en matière de fluidification en font un modèle relatif de logistique régionale.

Mais ce succès repose sur un équilibre délicat. Le Togo n’est pas membre de l’AES et se positionne comme un acteur-pont entre la confédération sahélienne et la CEDEAO. Cette neutralité pragmatique constitue à la fois un atout et une fragilité : le corridor Lomé–Ouagadougou dépend, plus que les autres, de la stabilité diplomatique régionale.

Harmoniser pour exister : le chantier douanier

Au-delà des infrastructures, l’un des enjeux centraux du sommet de Bamako réside dans l’harmonisation douanière. Des progrès ont été enregistrés en 2025, avec une réduction tangible des délais de passage sur certains axes et une coordination accrue entre administrations.

L’objectif affiché est d’étendre ces réformes aux trois corridors stratégiques, interconnecter les systèmes informatiques, mutualiser les contrôles et réduire les coûts de transaction. Sans cette convergence institutionnelle, aucun corridor ne pourra jouer pleinement son rôle de levier d’intégration.

La création de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES) est la clé financière qui cristallise les ambitions de l’espace sahélien. C’est un outil de financement endogène, qui soutiendra  les projets structurants, des routes aux chemins de fer.

Une priorité réelle, mais sous haute tension

Les trois corridors occupent indéniablement une place centrale dans l’agenda du sommet de Bamako. Chacun incarne une fonction différente : Ouagadougou–Lomé comme socle opérationnel, Niamey–Cotonou comme axe vital à réformer, Bamako–Conakry comme horizon stratégique.

Mais cette priorité reste conditionnelle. L’insécurité persistante, les coûts logistiques élevés, la fragilité financière et les lenteurs institutionnelles pèsent lourdement sur les ambitions affichées. Mais le sommet de Bamako aura sans doute permis de consolider un engagement politique. Dès 2026, l’AES pourrait transformer ces corridors en véritables instruments de souveraineté économique.

A.D

16 décembre 2025 0 comments
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La CEDEAO a levée les sanctions contre le Niger à la suite du sommet des chefs d'Etat et de gouvernement.
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Pourquoi la CEDEAO frappe fort au Bénin mais hésite en Guinée-Bissau

by Chiencoro 15 décembre 2025
written by Chiencoro 4 minutes read

Réunie en sommet ordinaire les 14 et 15 décembre 2025 à Abuja, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a dû faire face à deux crises politiques majeures survenues en moins d’un mois. D’un côté, une tentative de coup d’État déjouée au Bénin ; de l’autre, un coup réussi en Guinée-Bissau. Deux situations distinctes, deux réponses différentes, qui interrogent la cohérence stratégique et la crédibilité politique de l’organisation régionale.

Le 7 décembre 2025, à l’aube, un groupe de soldats dissidents, se revendiquant du « Comité militaire pour la refondation » (CMR), a tenté de renverser le président béninois Patrice Talon. Menée par le lieutenant-colonel Pascal Tigri, l’opération a brièvement visé la télévision nationale et proclamé la suspension de la Constitution, avant d’être rapidement neutralisée par les Forces armées béninoises, restées loyales au pouvoir civil.

La réaction de la CEDEAO a été immédiate et sans ambiguïté. Dès le jour même, la Commission a condamné une « tentative de subversion de la volonté populaire » et, fait rare, ordonné le déploiement d’éléments de sa force en attente sur le territoire béninois. Des contingents venus du Nigeria, du Ghana, de la Côte d’Ivoire et de la Sierra Leone ont été mobilisés, dans une logique de stabilisation préventive.

Ce déploiement marque la première activation effective de la force régionale depuis la crise gambienne de 2017. Il a été salué par les chefs d’État réunis à Abuja comme un signal clair adressé aux auteurs de coups de force. La CEDEAO entend désormais intervenir en amont pour protéger les institutions lorsqu’elles tiennent encore.

La Guinée-Bissau, entre suspension et pressions ciblées

Le contraste est saisissant avec la situation en Guinée-Bissau. Le 26 novembre 2025, un coup d’État militaire a renversé le président Umaro Sissoco Embalo. Face à ce changement politique à la tête de l’Etat, la CEDEAO a appliqué les mécanismes classiques prévus par son Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance : suspension immédiate du pays de toutes les instances de décision et condamnation officielle du changement anticonstitutionnel.

Lors du sommet d’Abuja, l’organisation est allée plus loin en rejetant fermement le calendrier de transition proposé par les nouvelles autorités du pays, qui envisageaient de conserver le pouvoir jusqu’en 2028. Les chefs d’État ont exigé un retour rapide à l’ordre constitutionnel et la mise en place d’une transition civile courte et inclusive.

Toutefois, sur le plan coercitif, la CEDEAO a opté pour une approche graduée. Plutôt que d’imposer immédiatement des sanctions économiques générales, elle a brandi la menace de sanctions ciblées — gel des avoirs et restrictions de déplacement — à l’encontre des individus entravant le processus de transition. À ce stade, aucune mesure concrète n’a encore été appliquée.

Une « CEDEAO à deux vitesses » ?

Cette différence de traitement alimente les critiques. Plusieurs observateurs, dont le député sénégalais Guy Marius Sagna, dénoncent une organisation à géométrie variable : intervention militaire rapide lorsque le coup échoue, prudence diplomatique lorsque le coup réussit. Une lecture renforcée par le précédent du Niger en 2023, où la CEDEAO avait renoncé à une intervention militaire après de fortes résistances régionales.

Pour ses défenseurs, cette approche relève d’un pragmatisme assumé. La CEDEAO serait plus efficace dans la prévention que dans l’imposition forcée d’un retour à l’ordre constitutionnel, surtout dans des contextes où l’intervention armée risquerait d’aggraver l’instabilité ou de susciter un rejet populaire.

Médiation, état d’urgence régional et défis sécuritaires

Consciente des limites de sa seule posture répressive, la CEDEAO a également annoncé le déploiement imminent d’une mission de haut niveau en Guinée-Bissau, chargée de relancer le dialogue politique. Parallèlement, l’organisation a décidé d’intensifier sa coopération avec l’Union africaine et les Nations unies, notamment en Guinée Conakry, où des missions d’observation électorale accompagneront le scrutin présidentiel de fin décembre.

Quelques jours avant le sommet, le président de la Commission, Omar Alieu Touray, avait d’ailleurs proclamé un « état d’urgence régional », soulignant la multiplication des changements anticonstitutionnels et la progression continue de la menace terroriste de la côte ivoirienne au nord du Nigeria.

Une crédibilité sous tension

À Abuja, la CEDEAO a réaffirmé sa politique de « tolérance zéro » envers les coups d’État. Mais entre démonstration de force au Bénin et prudence calculée en Guinée-Bissau, l’organisation avance sur une ligne étroite, contrainte par ses moyens militaires limités, ses divisions internes et une opinion publique de plus en plus critique.

La gestion du dossier bissau-guinéen sera déterminante. Sa capacité à obtenir une transition civile crédible, sans recourir à une escalade militaire ou à des sanctions aveugles, conditionnera largement la crédibilité future de la CEDEAO comme garante de l’ordre constitutionnel en Afrique de l’Ouest.

Chiencoro Diarra 

15 décembre 2025 0 comments
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