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Alousséni Sanou
A la UneÉconomie

Apurement de la dette intérieure : un tournant discret mais stratégique pour les finances publiques maliennes

by Chiencoro 15 décembre 2025
written by Chiencoro 5 minutes read

Face aux tensions économiques et au ralentissement des financements extérieurs, les autorités maliennes de la transition, sous l’impulsion du général d’armée Assimi Goïta, ont engagé un vaste programme d’apurement de la dette intérieure. Présentée comme un levier de soutien au secteur privé et de stabilisation des finances publiques, cette stratégie vise à restaurer la confiance des opérateurs économiques tout en injectant de la liquidité dans l’économie nationale.

Dans un contexte régional marqué par l’instabilité sécuritaire, les tensions géopolitiques, les complots régionaux et internationaux, ainsi que la raréfaction des financements extérieurs, la gestion de la dette intérieure est devenue l’un des enjeux centraux de la souveraineté économique des États africains. Le Mali en a fait un axe prioritaire de son action publique. Les chiffres rendus publics, par le ministre de l’Economie et des Finances,  Alousséni Sanou, en ce début décembre 2025 témoignent d’une stratégie assumée, celle de restaurer la confiance des opérateurs économiques, soutenir le secteur privé et préserver la crédibilité financière de l’État.

Depuis octobre 2024, les autorités maliennes ont engagé un vaste programme d’apurement de la dette intérieure, notamment celle due aux opérateurs économiques. En un an, le stock de cette dette est passé d’environ 600 milliards de francs CFA à moins de 440 milliards à fin 2025. Dans le même intervalle, l’État a procédé à des paiements cumulés avoisinant 1 654 milliards de francs CFA. Un effort budgétaire rarement observé dans un pays confronté simultanément à des défis sécuritaires majeurs et à une contraction des appuis budgétaires extérieurs.

Une dette intérieure au cœur de l’économie réelle

La dette intérieure n’est pas une abstraction comptable. Elle concerne directement les entreprises locales, les fournisseurs de l’État, les établissements scolaires privés, les structures sanitaires, les acteurs du BTP ou encore les opérateurs du secteur de la défense. Son accumulation prolongée fragilise la trésorerie des entreprises, freine l’investissement, bloque l’accès au crédit bancaire et, in fine, ralentit la croissance.

En s’attaquant frontalement à cette dette, les autorités maliennes de la transition font le choix d’une stabilisation par l’économie réelle. À la date de décembre 2025, près de 342 milliards de francs CFA de dette concernent les opérateurs économiques, dont une part significative de mandats en souffrance depuis plus de 90 jours. Le programme spécial annoncé prévoit le paiement prioritaire des mandats de 2023 et 2024, ainsi que des règlements ciblés sur 2025 pour des projets structurants : routes, infrastructures hospitalières, éducation, indemnités et dépenses liées à la défense.

Injecter de la liquidité, restaurer la confiance

Au-delà du désendettement, l’enjeu est macroéconomique. Injecter plus de 300 milliards de francs CFA en trois mois dans le circuit économique revient à soulager les entreprises, relancer la demande et redynamiser le système bancaire. Dans un pays où l’accès au financement reste contraint, cet afflux de liquidités constitue un levier essentiel de résilience économique.

Cette politique vise également à restaurer la confiance. Celle des opérateurs économiques, souvent éprouvés par les retards de paiement. Celle des banques, dont l’exposition aux créances publiques conditionne la distribution du crédit. Celle, enfin, des investisseurs, pour qui la capacité d’un État à honorer ses engagements est un signal déterminant.

Les autorités de la transition, par ce geste, font comprendre que malgré les sanctions passées, les ruptures diplomatiques et les pressions financières, le Mali n’a jamais fait défaut sur le marché régional. Cette constance contribue à préserver la signature financière du pays et à maintenir un accès, certes coûteux mais réel, aux ressources du marché.

Une stratégie inscrite dans la durée

L’apurement de la dette intérieure ne se limite pas à une opération ponctuelle. Il s’inscrit dans une dynamique plus large de réformes, notamment dans le secteur minier, avec le nouveau Code minier et son Contenu local en 2023, censées renforcer la mobilisation des ressources internes. L’objectif des autorités de la transition est la réduction progressive de la dépendance aux financements extérieurs et renouer, à terme, avec des appuis budgétaires sur des bases renouvelées.

Siaka Samaké
Siaka Samaké, Directeur national du Trésor et de la Comptabilité publique du Mali.

Pour l’exercice 2025, les efforts de paiement de la dette intérieure atteignent déjà environ 1 302 milliards de francs CFA à fin novembre, selon le directeur national du Trésor et de la Comptabilité publique du Mali, Siaka Samaké. Les autorités affirment vouloir maintenir un rythme soutenu, réduire les délais de paiement au Trésor et soutenir durablement le secteur privé, considéré comme un pilier de la stabilité économique et sociale, a-t-il rassuré tout en indiquant l’engagement indéfectible de ses services dans cette dynamique.

Un pari politique et économique

Ce choix n’est pas sans risques. Il suppose une discipline budgétaire stricte, une hiérarchisation rigoureuse des dépenses et une capacité à absorber les chocs exogènes. Mais il traduit aussi le pari politique de faire de la crédibilité financière et de la solidarité économique des leviers de souveraineté.

Dans un contexte où la tentation est grande, pour certains États en crise, de différer les paiements ou de sacrifier le secteur privé, le Mali fait le choix inverse. Apurer la dette intérieure, c’est reconnaître que la stabilité ne se décrète pas seulement par la sécurité, mais se construit aussi par la confiance économique. Une leçon qui dépasse les frontières du pays et mérite d’être observée de près.

Chiencoro Diarra

15 décembre 2025 0 comments
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Festival Dibi
ActuÉconomie

Festival du DIBI : une 11ᵉ édition placée sous le signe du record

by Cheickna Coulibaly 14 décembre 2025
written by Cheickna Coulibaly 3 minutes read

 La 11ᵉ édition du Festival du DIBI se tiendra du 18 décembre 2025 au 4 janvier 2026 à la Place du Cinquantenaire de Bamako. Annoncée comme l’année du record, cette édition marque un tournant pour l’événement, tant par sa durée que par son ampleur. Elle est placée sous le haut parrainage du Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta.

En prélude au lancement officiel, une conférence de presse s’est tenue le 10 décembre 2025 dans les locaux du Ministère de l’Élevage et de la Pêche, partenaire du festival. La rencontre a réuni des responsables du ministère, la promotrice du festival Aminata Bocoum, des représentants de l’Association des Dibitiers du Mali, de la filière interprofessionnelle bétail-viande ainsi que des partenaires.

Le Festival du DIBI n’est plus seulement un événement gastronomique

Selon le comité d’organisation, cette édition s’étendra sur 18 jours consécutifs, avec des activités prévues en continu. Le programme comprend des espaces de restauration, des animations culturelles, des soirées thématiques et un fan zone accessible au public. L’événement s’ouvre également à la sous-région, avec le Burkina Faso comme pays invité d’honneur.

Les autorités du Ministère de l’Élevage et de la Pêche ont rappelé que le Festival du DIBI s’inscrit dans une dynamique de promotion de la consommation locale et de valorisation de la filière bétail-viande, un secteur stratégique pour l’économie nationale. Les représentants des professionnels ont, pour leur part, souligné le rôle du festival comme cadre d’échanges et de visibilité pour les acteurs de la rôtisserie et des métiers connexes.

Prenant la parole, la promotrice du festival, Aminata Bocoum, est longuement revenue sur les ambitions de cette édition. « Cette 11ᵉ édition est la plus ambitieuse que nous ayons jamais organisée. Elle va durer 18 jours, non-stop, 24 heures sur 24. Le Festival du DIBI n’est plus seulement un événement gastronomique, c’est devenu un espace de cohésion sociale, de création d’emplois et de valorisation de notre culture », a-t-elle déclaré.

Plus de 200 stands gastronomiques et artisanaux

Selon elle, l’édition 2025-2026 prévoit l’installation de plus de 200 stands gastronomiques et artisanaux, la participation de plus de 200 artistes et troupes culturelles, ainsi qu’une série de nuits thématiques consacrées au cinéma, aux traditions et aux expressions culturelles maliennes. Des animations spéciales sont également prévues pour les fêtes de fin d’année.

La promotrice a par ailleurs insisté sur l’impact économique du festival : « Le festival permet de créer des milliers d’emplois directs et indirects. Il donne de la visibilité aux éleveurs, bouchers, dibitiers, transformateurs, commerçants et à toute la chaîne de valeur de la viande. C’est aussi une manière de soutenir la consommation locale et de redonner espoir à de nombreux acteurs. »

Pour Aminata Bocoum, cette 11ᵉ édition constitue une étape clé dans la structuration de l’événement : « Notre ambition est claire : inscrire le Festival du DIBI dans la durée, créer un village du Dibi permanent et faire du Dibi du Mali un label reconnu au-delà de nos frontières. »

Avec cette 11ᵉ édition, le Festival du DIBI poursuit son évolution et s’inscrit désormais comme un rendez-vous régulier mêlant gastronomie, activités culturelles et dynamiques économiques locales.

Cheickna Coulibaly

14 décembre 2025 0 comments
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El Hadji Touré
A la UneÉconomie

De la finance automobile texane aux corridors ouest-africains : l’ascension d’El Hadji Touré, l’investisseur qui veut transformer la logistique régionale

by Sahel Tribune 14 décembre 2025
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Formé aux standards les plus exigeants de la finance automobile américaine, El Hadji Touré, dit Bey Touré, a choisi de revenir investir en Afrique de l’Ouest. Après huit ans au Texas, couronnés de succès chez Mercedes-Benz, il mise désormais près de 2 milliards de FCFA dans la logistique régionale. Avec Afrik Express & Logistics, il ambitionne de transformer les corridors Abidjan–Bamako et Dakar–Bamako en leviers d’intégration économique, convaincu que l’avenir du développement ouest-africain se joue sur la fluidité des routes et la rigueur de la gestion.

Après huit années passées au cœur de l’industrie automobile américaine, auréolées de distinctions chez Mercedes-Benz, El Hadji Touré — plus connu sous le nom de Bey Touré — revient sur le continent avec une ambition claire : faire de la logistique un moteur d’intégration économique entre Abidjan, Dakar et Bamako. À travers Afrik Express & Logistics, société dans laquelle il a investi près de 1,978 milliard FCFA, il entend fluidifier les routes stratégiques de l’Afrique de l’Ouest et répondre aux défis structurels du transport régional.

Un financier formé aux standards les plus exigeants

Diplômé d’un MBA en finance de l’Université de Virginie-Occidentale, El Hadji Touré revendique une formation « déterminante ». Au-delà des compétences analytiques, dit-il, c’est la rigueur et la discipline qui l’ont façonné : « Ces qualités m’ont accompagné tout au long de ma carrière. » Une carrière qui prend d’abord racine au Texas, dans un secteur automobile ultraconcurrentiel où chaque décision pèse des millions.

Huit ans au cœur de l’industrie automobile américaine Chez Honda, Mazda, Infiniti puis Acura, Touré pilote les services financiers et juridiques des concessions. Son quotidien : structurer les transactions, négocier les emprunts, garantir la conformité réglementaire et accompagner une clientèle exigeante. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : plus de 80 millions de dollars de chiffre d’affaires annuel géré et 65 millions de dollars de prêts négociés chaque année. Ce parcours s’accélère en 2020 lorsque Mercedes-Benz le recrute comme Directeur Financier. Sous sa direction, la marque réalise une croissance de 20 % des revenus et franchit le cap des 180 millions de dollars annuels. Il négocie alors, chaque année, plus de 100 millions de dollars avec les organismes de crédit. Cinq distinctions « Valued Partner » viennent couronner cette performance.

El Hadji Touré dit Bey
El Hadji Touré, investisseur et promoteur de Afrik Express & Logistics. Alex.

Le retour stratégique vers l’Afrique : investir pour transformer

Malgré cette trajectoire américaine brillante, El Hadji Touré ressent l’appel du continent. Avec son associé Sekou Diane, il fonde Afrik Express & Logistics, un investissement de près de 2 milliards FCFA. L’objectif : répondre au besoin crucial d’un transport fiable et rapide sur les grands corridors ouest-africains, notamment Abidjan–Bamako et Dakar–Bamako. Carburant, marchandises, matériaux pour le BTP : l’entreprise se positionne comme un acteur clé de la fluidité commerciale régionale. « La logistique est aujourd’hui au cœur du développement africain », affirme Touré, convaincu que la compétitivité économique se joue désormais sur les routes.

La logistique comme catalyseur d’intégration économique. Sa vision est de réduire les délais, sécuriser les trajets, moderniser les opérations et renforcer la fiabilité des chaînes d’approvisionnement. « Ces routes sont le moteur de nos économies. La logistique n’est pas un simple service ; c’est un catalyseur de croissance », explique-t-il. Pour lui, la transformation du continent passe par des infrastructures performantes et des standards de gestion rigoureux — un domaine où son expérience américaine devient un atout stratégique.

Un fil conducteur, la rigueur financière

Qu’il s’agisse de financer des véhicules au Texas ou d’optimiser un réseau logistique en Afrique, le principe reste le même : discipline et transparence. Ce socle financier, Touré souhaite désormais l’inscrire dans la construction d’un écosystème économique plus intégré en Afrique de l’Ouest, au moment où la région connaît une mutation logistique majeure.

À ceux qui rêvent d’un parcours international ou entrepreneurial, il livre un conseil empreint de conviction : « Croyez en votre potentiel. Regardez loin, travaillez avec sérieux, mais n’oubliez jamais vos racines. Le monde offre des opportunités immenses, mais c’est souvent chez soi que l’on déploie le meilleur de ce que l’on a appris. »

Avec Afrik Express & Logistics, El Hadji Touré veut désormais conjuguer expertise globale et ambition panafricaine. Son pari : faire des routes ouest-africaines un levier de croissance et de transformation durable. Une trajectoire à suivre de près pour qui s’intéresse à l’avenir de la logistique et de l’investissement en Afrique. 

Alex

14 décembre 2025 0 comments
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BCID-AES et la fin du FCFA
A la UneÉconomie

BCID-AES: Vers la fin du franc CFA au Sahel ?

by Chiencoro 13 décembre 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

Au Sommet de Bamako, prévu les 22 et 23 décembre 2025, les dirigeants de la confédération des États du Sahel (AES) pourraient franchir une étape clé vers l’émancipation monétaire du Mali, du Burkina Faso et du Niger. Après la signature officielle des statuts de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES), les trois États semblent poser ainsi les fondations d’une future monnaie commune destinée à rompre définitivement avec l’héritage du franc CFA et à asseoir leur souveraineté économique.

Réunis à Bamako les 22 et 23 décembre 2025, les chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES) — Mali, Burkina Faso et Niger —donneront une impulsion décisive à leur projet de rupture monétaire avec le franc CFA. Quelques jours avant le sommet, la création officielle de la Banque confédérale pour l’investissement et le développement (BCID-AES) a été actée. Ce qui scelle la volonté des trois pays d’acquérir une souveraineté financière intégrale.

Une avancée institutionnelle majeure

Le point marquant du processus a été enregistré le 11 décembre 2025 à Bamako à travers la signature des statuts de la BCID-AES par les ministres des Finances des trois pays. Reçus par le président malien Assimi Goïta, président de la confédération AES, ils ont présenté ce texte comme « l’acte de naissance » d’une institution appelée à devenir la pierre angulaire de l’architecture économique de l’AES.

La BCID-AES, dotée d’un capital initial de 500 milliards de francs CFA, doit financer les projets prioritaires du Sahel : corridors routiers transfrontaliers, interconnexions électriques, agriculture stratégique et projets énergétiques. Contrairement aux mécanismes existants dans la zone franc, la nouvelle banque sera contrôlée exclusivement par les États sahéliens.

Une rupture assumée avec le franc CFA

Cette étape s’inscrit dans la continuité du retrait de l’AES de la CEDEAO en janvier 2025. Pour les trois gouvernements militaires, la question monétaire ne semble plus être seulement économique mais identitaire : sortir du franc CFA pourrait donc être associé à l’affirmation d’une souveraineté retrouvée, débarrassée de la tutelle française.

La monnaie commune sahélienne, dont les contours techniques restent encore à définir, pourrait être vu comme un instrument permettant d’ajuster les politiques économiques nationales sans contrainte externe : taux d’intérêt, création monétaire, mobilisation des réserves de change.

Un marché intégré de 80 millions d’habitants

L’enjeu est aussi commercial. En 2025, les échanges intra-AES ont progressé de 20 %. Une monnaie unique pourrait réduire les coûts de transaction, dynamiser la circulation des biens et consolider un marché sahélien intégré. Pour les artisans, transporteurs, commerçants et agro-entreprises, cela représente une simplification majeure.

Politiquement, ce projet n’est que le prolongement naturel de leur rapprochement militaire et diplomatique, initié en 2023 et consolidé par la création formelle de la Confédération en juillet 2024.

Vers une recomposition monétaire ouest-africaine ?

Les prochaines étapes déterminantes devraient être annoncées après le sommet. La nomination de la direction de la BCID-AES pourrait intervenir dans un bref délai, avant la levée de fonds auprès de partenaires régionaux et internationaux. La création de la monnaie, elle, pourrait intervenir dans un second temps, une fois les bases financières consolidées.

L’initiative sahélienne est observée avec attention au sein de la CEDEAO, où les discussions sur l’Eco — la future monnaie ouest-africaine annoncée pour 2027 — restent bloquées. Certains États, dont le Sénégal, n’excluent plus une révision de leur position vis-à-vis du franc CFA. La démarche de l’AES pourrait ainsi accélérer ou fragmenter le processus, selon les observateurs.

En inaugurant la BCID-AES à Bamako, les trois États franchiront un cap symbolique et politique : celui de l’émancipation affichée vis-à-vis du système monétaire hérité de la colonisation. 

Chiencoro Diarra 

13 décembre 2025 0 comments
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Inauguration des nouvelles effigies à Koulouba
ActuSeko ni Donko

À Bamako, le Mali débaptise ses symboles coloniaux et érige un nouveau récit national

by Chiencoro 13 décembre 2025
written by Chiencoro 4 minutes read

En inaugurant, le 11 décembre 2025, les places « Mali Cɛbaw » et « Mali Kɛlɛmasaw » à Koulouba, le Président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, inscrit la capitale dans un vaste chantier de reconquête mémorielle. Rebaptisée en lieu et place de la « Place des Explorateurs », la première célèbre les grandes figures politiques et spirituelles du passé malien, tandis que la seconde – anciennement « Place des Gouverneurs du Soudan français » – honore les chefs de guerre et résistants qui ont façonné l’indépendance et la souveraineté du pays. Un geste hautement symbolique dans une période où le Mali redéfinit les contours de son identité nationale.

Le gouvernement de transition malien a franchi un nouveau cap dans sa politique de rupture mémorielle avec la France en rebaptisant deux places publiques majeures de la capitale. Par un décret du 21 février 2025, les anciennes Place des Explorateurs et Place des Gouverneurs du Soudan Français ont officiellement cédé la place aux « Mali Cɛbaw » (les Grands Hommes du Mali) et « Mali Kɛlɛmasaw », monuments dédiés aux figures fondatrices, militaires et résistantes de l’histoire nationale. Une opération présentée comme un acte de souveraineté par les autorités, mais qui cristallise une recomposition profonde du paysage politique et des relations franco-maliennes.

Un geste mémoriel devenu outil de souveraineté

Pour le ministère de la Culture, ce changement n’est pas une simple décision symbolique. Il s’agit d’une réponse à ce que l’Exposé des motifs qualifie de « manœuvres d’effacement de la mémoire des peuples colonisés », imputées à l’Administration française durant la période coloniale. Le gouvernement affirme vouloir rompre avec une toponymie glorifiant des explorateurs et administrateurs « sans résonance pour les Maliens » au profit des héros de l’histoire précoloniale, impériale et contemporaine.

Les deux places rénovées traduisent cette volonté. À la Place de Mali Cɛbaw remplacent désormais les bustes de Soundiata Keïta, Sonni Ali Ber, Samory Touré, Babemba Traoré, Modibo Keïta ou encore Mama Dinga — figures fondatrices des grands empires d’Afrique de l’Ouest ou résistants à la conquête française. À la Place Mali Kɛlɛmasaw, dédiée aux figures militaires, ce sont désormais les portraits des généraux Moussa Traoré, Abdoulaye Soumaré, Amadou Toumani Touré ou du colonel Sékou Traoré qui occupent les murs autrefois réservés aux gouverneurs du Soudan Français.

Le « Mali Kura », colonne vertébrale idéologique

Cette réécriture des espaces publics s’inscrit dans la doctrine officielle du « Mali Kura », le programme de refondation culturelle et politique porté par le général Assimi Goïta. L’année 2025 a été déclarée « année de la culture », dans l’objectif de réhabiliter les valeurs du Maaya (dignité, humanité, civisme) et du Danbe (honneur, fierté, courage) présentées comme le socle du « nouvel homme malien ».

Les Assises nationales de la refondation de 2021 avaient déjà recommandé la revalorisation des héros nationaux, dans un contexte de quête de légitimité des autorités militaires. Le ministre Mamou Daffé justifie cette démarche comme un acte de « mémoire, de justice et de souveraineté » censé redonner « fierté et dignité » aux Maliens.

Une manœuvre politique à usage interne

Ce geste mémoriel intervient dans un moment de recomposition politique interne, où les autorités maliennes de la transition cherchent à consolider leur assise face à une population éprouvée par l’insécurité et la dégradation économique. L’hommage rendu aux résistants à la colonisation et aux figures militaires modernes permet d’ancrer le régime actuel dans une continuité historique valorisée : celle de la bravoure, de la lutte et de la défense du territoire.

Cette stratégie vise aussi à renforcer l’adhésion des jeunes générations, présentées par les autorités comme les bénéficiaires directs de ces « repères de courage dressés dans la pierre ».

Un message peu équivoque adressé à la France

Ce changement toponymique intervient dans un contexte de rupture diplomatique profonde avec Paris. Après le départ des forces françaises, l’expulsion de l’ambassadeur et la dénonciation des accords militaires, la transformation des espaces publics symbolise le démantèlement final de la mémoire coloniale française au Mali.

Pour Bamako, ce geste achève le cycle de la rupture assumée sur les plans militaire, politique et désormais culturel. Pour Paris, il s’agit d’une évolution attendue, s’inscrivant dans une dynamique déjà jugée irréversible. 

En invoquant les grands empires précoloniaux et en valorisant les figures panafricaines, le Mali s’inscrit dans une matrice identitaire partagée avec ses voisins directs, Burkina Faso et Niger, réunis au sein de l’AES. Ce repositionnement mémoriel s’ajoute au réalignement stratégique vers de nouveaux partenaires, notamment la Russie.

Une souveraineté revendiquée, une mémoire en reconstruction

L’effacement des symboles coloniaux au profit des « Mali Cɛbaw » et « Mali Kɛlɛmasaw » marque une volonté de rompre avec le récit imposé durant la colonisation, et de reconstruire un imaginaire national cohérent avec la vision politique actuelle.

À Bamako, les nouvelles effigies trônent désormais comme les pierres de fondation visibles d’un projet politique plus vaste. Pour les autorités, elles incarnent un Mali en renaissance. Pour les observateurs, elles symbolisent surtout un pays qui redéfinit, dans la pierre et dans le discours, les contours de son identité et de ses alliances.

Chiencoro Diarra 

13 décembre 2025 0 comments
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Colonel Alpha Yaya Sangaré
A la UneSécurité

Le Mali affirme sa discipline militaire : le colonel Alpha Yaya Sangaré radié des Forces armées

by Sahel Tribune 12 décembre 2025
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Par un décret publié au Journal officiel le Président de la Transition a prononcé la radiation du colonel Alpha Yaya Sangaré de la Gendarmerie nationale. Une décision strictement disciplinaire.  

Le Président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, a signé le 12 décembre 2025 le décret officialisant la radiation du colonel Alpha Yaya Sangaré des Forces armées et de sécurité. Par cette décision, publiée au Journal officiel, les autorités maliennes rappellent la primauté de la discipline, de la cohésion et du devoir de réserve au sein d’une armée engagée dans une phase cruciale de stabilisation et de reconquête territoriale.

Une décision « nécessaire à la restauration de l’ordre militaire »

Pour la Présidence de la Transition, cette radiation découle d’une procédure disciplinaire régulière, fondée sur les conclusions d’un conseil d’enquête tenu le 1er décembre. Le colonel Sangaré est ainsi « radié des effectifs » à compter de la signature du décret. Cette mesure s’inscrit dans la volonté affichée par les autorités de renforcer l’éthique et la rigueur au sein des FAMa afin de consolider les gains sécuritaires obtenus depuis 2022.

Officier de gendarmerie depuis plus de vingt ans, ancien commandant de la région de gendarmerie de Bamako, le colonel Sangaré s’était distingué par une carrière marquée par une formation académique poussée et une présence remarquée dans les cercles de réflexion sur la sécurité nationale.

Mais c’est la publication d’un ouvrage critique sur la lutte antiterroriste, en 2023, qui l’avait placé sous les projecteurs. Ses thèses, « contraires aux exigences de loyauté et à l’esprit de corps », avaient suscité des interrogations internes sur son positionnement institutionnel.

Le gouvernement rappelle le devoir de réserve des militaires

Pour les autorités, l’expression publique d’un officier en activité sur des questions touchant directement à la sécurité nationale constitue une rupture du devoir de réserve. Dans un contexte marqué par la lutte contre le terrorisme, Bamako insiste sur la nécessité d’une parole militaire unifiée. Aucune division interne ne doit fragiliser les efforts en cours, ni offrir d’angle d’attaque aux campagnes informationnelles hostiles visant le Mali et par ricochet le sahel.

L’affaire Sangaré intervient dans un Mali engagé dans un vaste processus de refondation étatique. En rappelant la frontière entre liberté individuelle et devoir de loyauté militaire, les autorités préservent l’intégrité d’une institution centrale pour la stabilité du pays.

Pour le gouvernement, cette radiation n’est pas seulement une sanction, elle constitue un message adressé à l’ensemble de la hiérarchie militaire. Elle vise à réaffirmer la primauté de l’État, la discipline et la souveraineté opérationnelle des FAMa.

A.D

12 décembre 2025 0 comments
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Bassirou Diomaye Faye, président de la République du Sénégal.
ActuSanté

Le Sénégal accélère la digitalisation de son système d’assurance santé pour garantir une couverture universelle

by Sahel Tribune 12 décembre 2025
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Le Sénégal franchit une nouvelle étape dans son ambition de garantir une couverture santé universelle en accélérant la digitalisation de son système d’assurance maladie. Avec plus de 53 % de la population désormais assurée — contre seulement 10 % il y a dix ans — et une forte inclusion des femmes et des populations rurales, le pays mise sur des outils numériques innovants pour simplifier les inscriptions, sécuriser les paiements et améliorer l’accès équitable aux soins sur tout le territoire. Présentée au Sommet africain sur les technologies de la santé, cette transformation portée par la SEN-CSU marque un tournant majeur pour l’équité sanitaire.

Avec plus de 53 % de la population désormais couverte, contre 10 % il y a dix ans, et plus de 70 % de femmes parmi les assurés, souvent en milieu rural, le Sénégal confirme ses progrès vers la couverture de santé universelle. Le pays vise désormais 75 % de couverture d’ici 2029, afin de garantir un accès équitable aux soins sur tout le territoire.

Ces avancées s’inscrivent dans la transformation numérique menée par l’Agence Nationale de la Couverture Sanitaire Universelle (SEN-CSU), devenue caisse nationale d’assurance maladie. Pour simplifier l’inscription, le paiement des cotisations et le suivi des assurés, l’Agence a modernisé son système central de gestion et déployé plusieurs solutions numériques : l’application SEN CSU, la plateforme nationale de gestion de la couverture de santé universelle, le système de gestion des mutuelles GESTAM, le suivi des facturations SITFAC et l’outil de gestion des adhésions et des risques EDIRAMU. Ces progrès ont été présentés au Sommet africain sur les technologies de la santé, organisé à Kigali fin novembre 2025.

Inscription à distance et paiement mobile : une révolution pour les usagers

Grâce à ces innovations et à des campagnes de sensibilisation menées avec les communautés locales, les citoyens peuvent désormais s’inscrire à distance, renouveler leurs droits, payer leurs cotisations par mobile money et suivre leur statut en temps réel. La diaspora peut également parrainer des assurés au Sénégal depuis l’étranger, élargissant encore l’accès au dispositif.

Soutenu par la Better Than Cash Alliance (hébergée par le PNUD), le Sénégal a progressivement remplacé, depuis 2024, les paiements en espèces utilisés pour la couverture sanitaire universelle par des paiements numériques plus sûrs. « Nous mettons progressivement fin aux paiements en espèces pour bâtir un modèle fondé sur la confiance et l’efficacité. La carte d’assurance maladie avec code QR, aujourd’hui reconnue dans tout le pays, garantit un accès aux soins sans barrière financière ni administrative », a déclaré le Docteur El Hadji Séga Guèye, Directeur général de l’Agence Nationale de la Couverture Sanitaire Universelle.

Une gouvernance numérique saluée par les partenaires

Les partenaires techniques rappellent que cette approche structurée en renforce déjà les résultats. « La transformation numérique conduite par l’Agence Nationale de la Couverture Sanitaire Universelle repose sur trois piliers internationalement reconnus : l’identité numérique, les paiements digitaux et une gouvernance rigoureuse des données. Ces éléments clés permettent aujourd’hui à un nombre croissant de citoyens, y compris en zone rurale, de bénéficier d’une assurance santé. C’est une avancée majeure vers une santé universelle pour tous. » a ajouté Jean-Pascal Mvondo, Responsable régional Afrique francophone à la Better Than Cash Alliance.

Lors du Sommet africain sur les technologies de la santé, la délégation sénégalaise a également présenté une étude de cas intitulée « Comment le Sénégal a fait des paiements numériques responsables un accélérateur pour l’assurance santé universelle ». L’étude montre comment ces outils renforcent la transparence, la protection des données et la qualité du service, offrant un modèle que d’autres pays peuvent adapter.

Un impact concret sur la vie des familles

La transformation numérique a déjà un impact tangible sur la vie des familles. Comme l’explique une assurée à la SEN CSU: « Avant, c’était très difficile d’adhérer et de payer la mutuelle : parfois on nous disait qu’il n’y avait pas de monnaie et je devais repartir. Aujourd’hui, avec Orange Money ou Wave, je paie directement et l’argent arrive à l’assurance. La carte digitale nous permet aussi de nous soigner partout au Sénégal, de Dakar à Ziguinchor. Pour nous, ça change tout. » — Coumba Bindia, mère de famille, résidente de Kédougou.

Grâce à cette dynamique, le Sénégal franchit une nouvelle étape vers une couverture santé universelle plus juste, moderne et accessible, tout en poursuivant ses efforts pour renforcer encore l’inclusion et la qualité des services pour tous les citoyens.

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12 décembre 2025 0 comments
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