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Orchestre régional de Tombouctou
A la UneSeko ni Donko

Biennale 2025 : À Tombouctou, la culture triomphe des vents du désert et des épreuves

by Chiencoro 31 décembre 2025
written by Chiencoro 6 minutes read

Dans un pays engagé dans une refondation profonde de son système de gouvernance, « Tombouctou, la Mystérieuse » a relevé un défi majeur en accueillant, pour la première fois, la Biennale artistique et culturelle sur ses terres. Dix jours durant, la Cité des 333 Saints s’est transformée en capitale vivante des arts, réunissant les 19 régions autour d’un même idéal de paix et d’unité. Une réussite organisationnelle et symbolique qui consacre la culture comme pilier de la résilience et de la renaissance nationale, après tant d’années de turpitudes politiques et sécuritaires.

Dans une région longtemps marquée par les turbulences sécuritaires, conséquences directes de pratiques géopolitiques malsaines, digne de l’époque de la guerre froide,  Tombouctou a réussi un pari que beaucoup d’experts en carton jugeraient impensable, il y a encore quelques années, à savoir organiser, avec succès, la plus grande rencontre artistique et culturelle du Mali. La Biennale Artistique et Culturelle 2025, première du genre à se tenir dans le Nord du pays, s’est imposée comme un symbole éclatant de paix retrouvée, de vitalité culturelle et de cohésion nationale.

La Biennale, miroir vivant de l’identité nationale

Née presque en même temps que l’indépendance du Mali en 1960, la Biennale artistique et culturelle tire ses racines dans les Semaines nationales de la jeunesse instaurées par Modibo Keïta, premier président du Mali indépendant, en 1962, pour forger l’unité nationale à travers la culture. Transformée en 1970 sous Moussa Traoré, le second chef d’Etat, elle devient une véritable institution de formation et de mobilisation populaire, mêlant art, politique et pédagogie. 

Suspendue après la chute du régime Moussa Traoré en 1991, la biennale renaît en 2003 dans un Mali démocratisé, avant d’être décentralisée à partir de 2005 vers les régions, rompant avec le monopole culturel de Bamako. Au fil des éditions, elle s’impose comme un espace de mémoire, de créativité et de cohésion sociale, révélant des figures majeures comme Ali Farka Touré ou Oumou Sangaré. 

L’édition 2025 à Tombouctou, première organisée dans le nord du pays, marque un tournant historique. Elle symbolise à la fois la résilience et la renaissance culturelle du Mali. Aussi consacre-t-elle la biennale comme pilier de la souveraineté du Mali.

Une capitale du désert transformée en carrefour culturel

Pendant dix jours, la « Cité des 333 Saints » s’est transformée en diverses scènes, avec des concerts, spectacles de danse, pièces de théâtre et expositions.  La ville mystérieuse, qui a vu déferlé par le passé de grands savants en quête de savoirs anciens, a accueilli des délégations venues des 19 régions administratives du Mali et du District de Bamako. Des milliers de visiteurs, nationaux et étrangers,  y ont également afflué. Les ruelles historiques de la ville, qui a vu ses manuscrits anciens pillés par des groupes terroristes lors de l’occasion de 2021, ont vibré au rythme des tambours, des kora, des balafons et des danses du terroir.

Le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, a présidée par la cérémonie d’ouverture aussi bien que de clôture. Elles ont réuni le ministre de la Culture, Mamou Daffé, plusieurs membres du gouvernement, des gouverneurs de région, ainsi que les légitimités traditionnelles et religieuses de la région. Ce qui traduit la portée historique de cette activité culturelle et artistique dans une région longtemps considérés comme épicentre du terrorisme alimenté par des sponsors étatiques étrangers. « La Biennale est une mémoire vivante, un miroir de notre identité et un espace de dialogue entre les générations », a rappelé le Premier ministre, tout en saluant la capacité du Mali à « se relever par la culture, là où d’autres cherchent la division par la politique. »

Une réussite logistique et sécuritaire saluée

Organiser un tel événement à Tombouctou, il y a une décennie, relèverait d’un chimère, non seulement en raison des défis logistiques mais aussi sécuritaires dont la région était victime. Pourtant, la machine administrative et sécuritaire a fonctionné avec une précision rare. L’armée, la gendarmerie et les forces locales ont garanti la sécurité des délégations, tandis que les autorités régionales ont assuré une coordination sans faille entre hébergement, transport et programmation.

Pour Mamou Daffé, ministre de la Culture, cette réussite consacre « le triomphe de la culture sur la peur ». Il a souligné que « ce que les peurs ferment, la culture ouvre ». Il a saisi l’occasion pour rendre un hommage appuyé au Président de la Transition, le général d’armée Assimi Goïta, pour avoir décrété 2025 Année de la Culture. Une année dont la clôture a eu lieu à Tombouctou à l’occasion de cette édition de la Biennale artistique et culturelle. 

L’organisation a également bénéficié d’un soutien populaire impressionnant. Les habitants de Tombouctou ont accueilli les artistes avec une hospitalité légendaire, redonnant vie à la fameuse diatiguiya — la tradition d’accueil malienne. Des familles ont spontanément hébergé des délégations. Toute chose qui illustre la solidarité communautaire chère à la ville.

Un moment de communion nationale

Au-delà de la compétition entre régions, la Biennale 2025 a surtout été un moment de communion. Les troupes de Bougouni, Dioïla et Tombouctou, grandes gagnantes de cette édition, ont partagé la scène avec des artistes venus de tout le pays, dans un esprit d’unité et de fierté nationale.

Les représentations théâtrales ont abordé des thèmes d’actualité, comme la cohésion sociale, la souveraineté, la résilience face à la crise, tandis que la musique et la danse ont rappelé la diversité et la force des traditions maliennes.

« La culture n’est pas seulement un héritage, elle est un levier de dignité retrouvée et de souveraineté », a expliqué Mamou Daffé. Il a surtout rappelé que Tombouctou, « carrefour de civilisations et de savoirs », retrouve ainsi sa vocation première : celle de lieu de mémoire et d’ouverture.

Un pari gagné pour Tombouctou et pour le Mali

Clôturant la cérémonie, le Premier ministre a annoncé une innovation majeure dans l’organisation de la Biennale : la planification anticipée des futures éditions. Bougouni accueillera la prochaine en 2027, suivie de Koulikoro (2029) et Gao (2031). Un tournant salué comme un signe de maturité et de continuité culturelle.

La réussite de Tombouctou marque donc un jalon dans la reconstruction du Mali par la culture. Dans un pays en quête de cohésion, la Biennale 2025 aura prouvé qu’au-delà des défis sécuritaires, les arts demeurent un ciment national et un instrument de souveraineté.

La Biennale Artistique et Culturelle 2025 restera gravé non seulement dans les mémoires comme mais aussi dans les annales de l’histoire culturelle du Mali comme une édition fondatrice. Non seulement pour la qualité de son organisation, mais aussi pour le message qu’elle porte : celui d’un Mali capable de se reconstruire par la fierté culturelle et la solidarité populaire.

En réussissant là où beaucoup doutaient, Tombouctou n’a pas seulement accueilli un festival, elle a réaffirmé sa place dans l’imaginaire national, comme capitale du savoir, de la paix et de la culture vivante.

Chiencoro Diarra 

31 décembre 2025 0 comments
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Photo de famille mini-sommet USA-Afrique
ActuPolitique

Washington étend ses interdictions de visa, Bamako et Ouagadougou répondent du tac au tac

by Sahel Tribune 30 décembre 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

L’annonce a provoqué une onde de choc diplomatique de part et d’autre de l’Atlantique. Mercredi 30 décembre 2025, les gouvernements du Mali et du Burkina Faso ont réagi avec fermeté à la décision de l’administration Trump d’étendre l’interdiction d’entrée sur le territoire américain à de nouveaux pays africains, invoquant des motifs sécuritaires.

Selon un communiqué de la Maison Blanche, les nouvelles restrictions, qui entreront en vigueur le 1er janvier 2026, visent à « protéger la sécurité des États-Unis ». Elles frappent désormais les ressortissants de cinq pays supplémentaires : le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Soudan du Sud et la Syrie, ainsi que les voyageurs munis de documents délivrés par l’Autorité palestinienne.

Les autorités américaines justifient cette mesure par les « failles dans les systèmes de vérification à l’étranger », la corruption, le manque de coopération en matière de réadmission des ressortissants expulsés, et la présence de groupes terroristes actifs dans certaines zones.

Washington a également étendu les restrictions existantes à la Sierra Leone et au Laos, et imposé des limitations partielles à une quinzaine d’autres pays africains, dont le Nigeria, la Tanzanie et le Zimbabwe.

Les États du Sahel dénoncent une décision « unilatérale »

À Bamako, le ministère malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale a immédiatement publié un communiqué cinglant. Le gouvernement « prend acte » de la décision américaine mais « regrette qu’une décision d’une telle importance ait été prise sans la moindre concertation préalable ». Le texte déplore « un motif sécuritaire en contradiction avec les réalités du terrain », laissant entendre que les justifications avancées par Washington relèvent davantage de considérations politiques.

Dans la foulée, le Mali a annoncé l’application du principe de réciprocité : les ressortissants américains seront désormais soumis aux mêmes conditions et exigences que celles imposées aux citoyens maliens souhaitant se rendre aux États-Unis. Le communiqué réaffirme néanmoins « l’attachement du Mali à des relations internationales fondées sur le respect mutuel et la souveraineté nationale ».

Ouagadougou sur la même ligne

À Ouagadougou, la réponse du gouvernement burkinabé est quasi identique. Le ministère burkinabé des Affaires étrangères, de la Coopération régionale et des Burkinabè de l’extérieur, dirigé par Karamoko Jean Marie Traoré, a dénoncé une décision « prise unilatéralement », tout en annonçant l’entrée en vigueur immédiate de mesures équivalentes en matière de visas pour les citoyens américains. 

Le communiqué conclut en rappelant l’attachement du Burkina Faso au « respect mutuel, à l’égalité souveraine des États et au principe de réciprocité », avant de réaffirmer sa devise nationale : « La Patrie ou la Mort, nous vaincrons. »

Une escalade symbolique aux relents de guerre froide

Si Washington présente cette nouvelle extension du travel ban comme un instrument de sécurité nationale, de nombreux observateurs y voient une démonstration de force politique visant à rassurer l’électorat trumpiste sur le thème récurrent de la fermeté migratoire. L’administration américaine justifie également cette mesure par l’arrestation récente d’un ressortissant afghan suspecté d’avoir tiré sur deux soldats de la Garde nationale lors du week-end de Thanksgiving, un incident immédiatement brandi par la Maison Blanche comme preuve de la nécessité de renforcer les contrôles.

Mais dans les capitales africaines concernées, la lecture est toute autre : Bamako et Ouagadougou dénoncent une politique discriminatoire et contre-productive, susceptible de fragiliser davantage les relations entre les États-Unis et les pays du Sahel, déjà éprouvés par les crises sécuritaires et économiques.

Un précédent lourd de conséquences

Ce nouvel épisode marque la troisième extension du travel ban depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, en janvier 2025.

Les diplomaties africaines, tout en affichant leur attachement à la souveraineté et à la réciprocité, s’inquiètent des répercussions humanitaires et économiques de ces mesures sur leurs diasporas et leurs relations bilatérales.

À Bamako comme à Ouagadougou, la riposte se veut mesurée mais ferme. Il s’agit d’un rappel adressé à Washington que le temps des décisions unilatérales sans conséquence est révolu.

A.D

30 décembre 2025 0 comments
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Mamadi Doumbouya
A la UnePolitique

Présidentielle en Guinée : Mamadi Doumbouya en route vers une victoire écrasante

by Sahel Tribune 30 décembre 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

À 41 ans, le général Mamadi Doumbouya s’impose sans surprise dans les urnes, quatre ans après avoir pris le pouvoir, en renversant Alpha Condé. Porté par une participation record et un appareil d’État maîtrisé, l’ex-chef des forces spéciales guinéennes transforme l’essai : de président de la transition à président élu. Mais derrière cette victoire partielle triomphale, une question demeure — comment gouverner un pays fatigué par les transitions, les exclusions et les promesses non tenues ?

« On n’organise pas les élections pour les perdre », lançait jadis Pascal Lissouba. La formule, à la fois lucide et cruelle, résonne encore comme un écho ironique dans bien des capitales d’Afrique francophone. Car derrière les discours sur la démocratie rénovée et les scrutins solennellement célébrés, persiste une réalité plus ambivalente : celle d’élections où la compétition rime souvent avec conservation du pouvoir, et où la promesse de l’alternance se heurte à la pratique d’un autoritarisme réinventé. Dès lors, une question s’impose : ces scrutins, censés être l’expression la plus noble de la souveraineté populaire, sont-ils vraiment des instruments de liberté politique, ou les paravents sophistiqués d’un pouvoir verrouillé ?

Les résultats partiels de l’élection présidentielle du 28 décembre confirment ce que beaucoup anticipaient : le général Mamadi Doumbouya, président de la transition depuis 2021, s’achemine vers une victoire écrasante. Les chiffres publiés progressivement depuis lundi par la Direction générale des élections (DGE) le placent largement en tête face à huit concurrents peu connus, dans un scrutin marqué par l’absence des principaux opposants politiques.

Selon la DGE, le général Doumbouya, 41 ans, candidat indépendant, arrive en tête dans huit des treize communes de Conakry, et domine également les premières tendances dans plusieurs régions du pays. Le dépouillement complet n’est pas encore achevé, mais tout indique que le chef de la transition obtiendra une majorité écrasante, qui transformerait ainsi son autorité militaire en légitimité électorale.

Une élection à forte participation, malgré le boycott

Organisée plus de quatre ans après le coup d’État du 5 septembre 2021, qui avait renversé le président Alpha Condé, cette présidentielle devait marquer la fin officielle de la transition. Malgré les appels au boycott d’une partie de l’opposition, le taux de participation a atteint 85 %, selon la présidente de la DGE, Djénabou Touré — un chiffre élevé qui témoigne d’une mobilisation populaire significative, notamment dans les zones rurales et minières.

La plupart des ténors politiques, dont Cellou Dalein Diallo, Sidya Touré ou Alpha Condé, étaient absents du scrutin, empêchés de se présenter pour des raisons juridiques, d’âge ou d’exil. Ce contexte a largement facilité la victoire du chef de la transition, qui s’est présenté comme le candidat de la stabilité et de la souveraineté retrouvée.

Un scrutin salué par l’Union africaine

Malgré un paysage politique verrouillé, plusieurs missions d’observation, dont celle de l’Union africaine (UA), ont salué le caractère « globalement crédible et pacifique » du scrutin. Aucune violence majeure n’a été signalée, et les observateurs ont relevé la bonne organisation technique des bureaux de vote, malgré quelques retards logistiques et un manque de pluralisme réel.

La CEDEAO, qui avait suivi de près la transition guinéenne, a de son côté insisté sur la nécessité de « préserver l’esprit de réconciliation nationale » et d’assurer une inclusion politique durable dans la phase post-électorale.

Mais derrière la célébration, les défis s’annoncent considérables : relancer l’économie minière, diversifier les revenus publics, lutter contre la corruption et restaurer la confiance d’une population qui attend des résultats tangibles. Pour le général-président, désormais homme fort élu, le temps de la légitimation est passé. Celui de la gouvernance commence.

A.D

30 décembre 2025 0 comments
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Les chefs d'Etat de l'AES
A la UneAnalyses

Fin du 2ème collège à Bamako : ce qu’il faut retenir de l’intervention des dirigeants de l’AES 

by Sahel Tribune 30 décembre 2025
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Réunis à Bamako les 22 et 23 décembre 2025 pour la 2ème session ordinaire du Collège des chefs d’État de la confédération des États du Sahel (AES), après la 1ère à Niamey le 6 juillet 2024, le général Assimi Goïta, le capitaine Ibrahim Traoré et le général Abdourahamane Tiani ont livré trois visions complémentaires de leur projet confédéral. Ces trois chefs d’Etat sont unis dans le but de bâtir une souveraineté sahélienne affranchie des tutelles extérieures. 

Au centre international de conférence de Bamako (CICB) a eu lieu, les 22 et 23 décembre 2025, la 2ème session ordinaire du Collège des chefs d’État de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en septembre 2023, et devenue depuis juillet 2024 une confédération politique et militaire regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Devant de nombreux diplomates, responsables militaires et représentants de la société civile, les trois présidents sahéliens ont livré trois discours à la fois complémentaires et révélateurs de la vision politique qu’ils incarnent, à savoir la rupture assumée avec l’ordre régional hérité, en vue d’une souveraineté retrouvée.

D’abord, un bilan en forme de manifeste confédéral

Ouvrant cette 2ème session au CICB, le 23 décembre, le général d’Armée Assimi Goïta, président sortant de la Confédération, a dressé le bilan de sa présidence, qui a duré plus d’une année à la tête de l’AES. Dans une salle comblée de joie et parée des couleurs de l’AES, du Mali, du Niger et du Burkina Faso, le président Goïta a évoqué une « nouvelle ère » dans la construction politique du Sahel.

« Depuis la création de l’AES, nous avons posé les fondations d’une coopération solide et intégrée entre nos trois États. Cette confédération est devenue une réalité politique, diplomatique et géopolitique incontournable », a-t-il déclaré, avant d’annoncer la création et l’inauguration de certains organes communs, dont la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID-AES), la Force Unifiée (FU-AES), la chaîne de télévision AES.

Le président malien de la transition a également souligné le « redressement moral » qu’incarne le projet confédéral, face à des institutions régionales qui ont « trahi les peuples au profit d’agendas extérieurs ». En filigrane, tout observateur averti verrait une critique à peine voilée de la CEDEAO et des nombreuses forces d’occupation étrangères qui existaient dans la zone des trois frontières sans pour autant qu’il y ait les résultats escomptés, au bout du compte.  Il s’agit donc d’une dénonciation de leur incapacité à résoudre les crises politiques et sécuritaires qui ont secoué la sous-région.

Son discours, mesuré mais ferme, a pris les contours de l’acte fondateur d’un État sahélien qui assume désormais sa trajectoire autonome, sans aucune ingérence étrangère. Cette volonté d’autarcie politique et économique voire sécuritaire se voit aisément à travers des initiatives salvatrices comme la création de la BCID-AES (une banque qui financera les projets structurants des pays membres), de la Force unifiée voire de la Télévision AES. Le général Goïta a conclu sa déclaration en passant le flambeau de la présidence tournante au capitaine Ibrahim Traoré. Avant de finir, il a salué « l’esprit de combat et de clarté » du homologue burkinabè.

Ensuite, la ferveur d’un discours révolutionnaire

Le nouveau président du Collège des chefs d’État, le capitaine Ibrahim Traoré, a pris la parole dans un style tout autre, voire peu officiel. Il a transformé la salle en tribune aux accents de manifeste révolutionnaire. Fidèle à sa rhétorique directe et sans fioritures, généralement sans éléments de langage sous la main, le capitaine burkinabè a enflammé la salle par son discours habité, ponctué de la volonté  de « libération des consciences africaines » afin que règne désormais une pleine souveraineté sur le continent longtemps victime d’agendas obscurs aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur.

Son intervention, longuement applaudie dans la salle parce que s’adressant directement au peuple dans un langage peu diplomatique mais direct, a sonné comme un appel à la radicalité politique et à la rupture historique. Il a dénoncé « le colonialisme économique », le « colonialisme mental » ainsi que le « colonialisme politique et sécuritaire » incarné par la dépendance monétaire, la complaisance face à l’occident, et les accords de défense hérités des puissances extérieures ou l’ingérence dans les politiques intérieures des Etats. Il a  réaffirmant que l’AES devait devenir « le premier noyau d’une Afrique souveraine ».

« L’histoire retiendra que dans le Sahel, les peuples ont choisi de se lever », a-t-il poursuivi, promettant de « faire du Burkina, du Mali et du Niger, les laboratoires d’un nouvel humanisme africain ».

La déclaration du nouveau président de l’AES a confirmé l’orientation idéologique de la Confédération : celle d’une révolution institutionnelle où la souveraineté, la jeunesse et la résistance deviennent les maîtres-mots d’une refondation politique assumée.

Le rappel historique et la mémoire des luttes

Moins lyrique mais profondément ancré dans la mémoire politique du Sahel, le général Abdourahamane Tiani, président du Niger, a calqué son discours sur le rappel historique des contextes de création de l’AES. Son intervention fut celui d’un pédagogue et d’un témoin, qui retrace les luttes et les erreurs du passé pour justifier la voie nouvelle ouverte par l’AES.

« Nos peuples ont trop souvent été les spectateurs de leur propre destin. Nous avons connu les promesses de l’indépendance, puis la dépendance économique, puis les ingérences sous le masque de la coopération », a-t-il rappelé, évoquant la Fédération du Mali (1959-1960) et sa dissolution comme un « avertissement de l’histoire ». Pour le général Tiani, la Confédération AES tire précisément sa force de cette mémoire : « Là où nos aînés ont échoué à cause de la division, nous réussirons par la solidarité et la lucidité. »

Le chef d’État nigérien a également mis en avant la dimension stratégique du projet commun : sécurité partagée, formation militaire intégrée, et coordination diplomatique face aux crises régionales. « L’AES n’est pas une alliance contre quelqu’un, mais une alliance pour quelque chose : la survie et la dignité du Sahel », a-t-il insisté.

Trois discours, une seule matrice 

En écoutant les trois dirigeants, tout analyste neutre ou objectif aura compris la complémentarité d’un triptyque discursif. Le général Goïta pour la continuité et la structuration, le capitaine Traoré pour la ferveur révolutionnaire, et le général Tiani pour la profondeur historique. Ces trois chefs d’Etat esquissent ainsi une matrice politique commune, où la souveraineté n’est plus un slogan mais une méthode de gouvernement.

Au-delà des effets de tribune, la session de Bamako a surtout acté le basculement d’une région longtemps considérée comme périphérique, qui entend désormais devenir centre de décision et de production politique en Afrique.

L’AES, qui bénéficie depuis un certain temps d’une reconnaissance internationale, reste encore confrontée à certains défis comme toute nation désireuse d’une pleine et entière souveraineté — économiques, sécuritaires et institutionnels. Mais les mots des trois chefs d’État laissent entrevoir un horizon que leurs prédécesseurs avaient cessé d’imaginer : celui d’une unité sahélienne fondée sur la conviction que la souveraineté se conquiert, elle ne se délègue pas.

A.D

30 décembre 2025 0 comments
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Danse traditionnelle de la troupe de Koulikoro
A la UneSeko ni Donko

Biennale artistique et culturelle de Tombouctou 2025 : les troupes régionales rendent hommage aux FAMa et aux présidents de l’AES  

by Ibrahim Kalifa Djitteye 30 décembre 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

La Biennale artistique et culturelle de Tombouctou 2025 s’est imposée comme un espace où l’art devient langage de mémoire et de cohésion. Les troupes régionales, venues de tout le pays, utilisent chants, danses et pièces de théâtre pour transformer la scène en tribune citoyenne. Derrière les hommages aux Forces armées maliennes (FAMa) et aux présidents de la Confédération des États du Sahel notamment le Général d’Armée Assimi Goïta, le Capitaine Ibrahim Traoré et le Général d’Armée Abderrahmane Tiani,  c’est surtout la puissance de la culture comme ciment social qui se révèle.

Les spectacles présentés dans la salle Ali Farka Touré ou au Stade municipal de Tombouctou témoignent d’une créativité foisonnante. Les artistes intègrent des éléments militaires, treillis, galons, saluts, dans des chorégraphies inspirées des danses peulh, tamasheq, bambara ou sonrhaï et autres langues officielles du Mali. Cette hybridation artistique illustre la capacité des cultures locales à dialoguer avec l’histoire nationale. Loin d’un simple divertissement, ces performances deviennent des récits vivants qui transmettent aux jeunes générations le souvenir des luttes et des victoires.

L’art comme vecteur de mémoire vivante

La Biennale se distingue aussi par la force de son message collectif. Les troupes régionales ne se contentent pas de célébrer les dirigeants ou l’armée ; elles invitent les populations à s’impliquer activement dans la défense de la souveraineté et de la dignité du Sahel. Les chansons et pièces de théâtre rappellent que la victoire contre les forces de déstabilisation dépend de la vigilance citoyenne. L’art se fait ainsi outil de mobilisation, incitant chacun à devenir acteur de l’unité nationale.

Ce patriotisme artistique, salué par le public, révèle une autre facette de la Biennale : celle d’un espace où l’identité culturelle se conjugue avec l’engagement civique. Les reconstitutions théâtrales des grandes batailles ou des libérations de villes occupées ne sont pas seulement des hommages ; elles sont des leçons d’histoire incarnées, qui renforcent la mémoire collective et nourrissent le sentiment d’appartenance. Les spectateurs, jeunes et moins jeunes, y trouvent une source d’inspiration et de fierté.

Une citoyenneté culturelle en action

Ainsi, la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou 2025 dépasse le cadre des hommages pour devenir un laboratoire de citoyenneté culturelle. Les troupes régionales démontrent que l’art peut être à la fois célébration, transmission et mobilisation. En mêlant costumes militaires et danses traditionnelles, chants patriotiques et récits historiques, elles offrent une vision d’un Sahel debout, où la culture se fait rempart contre l’oubli et moteur d’unité nationale.  

La Biennale de Tombouctou 2025 restera marquée par cette alliance entre mémoire et création, où l’art devient le miroir des aspirations collectives. En honorant les Forces armées maliennes et les présidents Assimi Goïta, Ibrahim Traoré, Abderrahmane Tiani, les troupes régionales ont rappelé que la culture n’est pas seulement héritage, mais aussi force d’avenir. Dans les chants et les danses, le Sahel se raconte et se projette, affirmant sa dignité et son unité face aux défis contemporains. 

Ibrahim Kalifa Djitteye 

30 décembre 2025 0 comments
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Scrutin présidentiel au Tchad
A la UnePolitique

Quand les urnes ne suffisent plus : la crise silencieuse du modèle électoral africain

by Chiencoro 29 décembre 2025
written by Chiencoro 5 minutes read

    En 2025, le continent a voté plus que jamais. De la Guinée à la Centrafrique, du Gabon à la Côte d’Ivoire, les élections se succèdent, mais la promesse démocratique s’éloigne. Derrière l’apparence d’un pluralisme électoral, un constat s’impose : les scrutins n’ont pas tenu leurs promesses de changement. Pour nombre d’Africains, il est temps d’inventer une autre voie.

    De Conakry à Bangui, les bulletins de vote s’empilent, mais la confiance s’effrite. Depuis janvier 2025, une quinzaine d’élections nationales ont eu lieu sur le continent. Pourtant, de Bamako à Abidjan, le scénario se répète : des scrutins présentés comme un retour à l’ordre constitutionnel, mais qui consacrent souvent le statu quo.

    La Guinée, qui a voté le 28 décembre pour tourner la page de la transition, qui règne dans le pays depuis 2021, illustre cette contradiction. Le général Mamadi Doumbouya, artisan du coup d’État, s’est porté candidat après avoir fait adopter une nouvelle Constitution supprimant la clause interdisant aux membres de son regroupement de briguer la magistrature suprême. Comme souvent, la transition militaire a accouché d’une légitimation électorale du régime en place.

    À Bangui, Faustin-Archange Touadéra poursuit la même logique : un référendum constitutionnel a effacé les limites de mandats, ouvrant la voie à une présidence prolongée sous la protection de ses alliés russes. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, réélu pour un quatrième mandat, verrouille le jeu politique derrière une façade institutionnelle solide mais figée.

    Les urnes, censées apaiser et refonder, deviennent l’instrument de reconduction du pouvoir.

    Des élections sans alternance

    L’Afrique subsaharienne est aujourd’hui la région du monde où l’on vote le plus — mais où l’on change le moins de dirigeants. En 2025, seuls deux pays, le Malawi et les Seychelles, ont connu de véritables alternances démocratiques. Ailleurs, les scrutins ont confirmé une tendance inquiétante : le retour des présidents indéboulonnables, la modification des Constitutions à la carte et l’exclusion méthodique des opposants crédibles.

    Au Gabon, le général Brice Oligui Nguema a remporté en avril 94,85 % des voix, un score quasi monarchique. En Tanzanie, Samia Suluhu Hassan a obtenu 97,9 % dans un contexte où toute opposition organisée avait été neutralisée. Au Cameroun, Paul Biya a été reconduit pour un huitième mandat à 91 ans.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : ce n’est plus le peuple qui choisit, mais le pouvoir qui se légitime.

    Une lassitude populaire, une abstention massive

    Les taux de participation illustrent mieux que les discours la désaffection démocratique. En Côte d’Ivoire, à peine un électeur sur trois s’est déplacé pour les législatives de décembre. En Guinée, les appels au boycott ont trouvé un écho profond dans une population convaincue que tout est joué d’avance.

    Cette fatigue électorale est aussi une fatigue sociale : chômage, inégalités, corruption et crises sécuritaires gangrènent des États qui, malgré leurs élections, ne changent pas de trajectoire. Dans nombre de pays, voter ne rime plus avec espérer, mais avec subir.

    Les urnes ne sont plus un symbole de souveraineté populaire, mais une formalité destinée à rassurer les partenaires internationaux et les bailleurs.

    L’impasse du modèle importé

    Depuis les années 1990, la démocratie africaine s’est construite sur un modèle de mimétisme institutionnel : multipartisme, élections régulières, commissions électorales, observateurs internationaux. Mais derrière ces formes empruntées aux démocraties libérales, les réalités africaines — sociales, communautaires, culturelles — ont souvent été ignorées.

    « Nous avons copié les urnes, pas les institutions », résume un politologue béninois. Sans contre-pouvoirs solides, sans justice indépendante, sans partis enracinés, les élections deviennent des compétitions d’appareil, vidées de sens.

    Dans un continent où les États peinent encore à garantir l’eau, l’électricité ou la sécurité, l’élection n’a jamais suffi à construire la légitimité politique. Le vote ne peut remplacer ni la redevabilité ni la participation citoyenne continue.

    Pour une nouvelle voie africaine

    Alors que l’Occident continue d’imposer l’élection comme horizon unique de la démocratie, de plus en plus de voix s’élèvent en Afrique pour repenser le contrat politique. Des intellectuels, des militaires et des acteurs de la société civile défendent l’idée d’une refondation endogène : une gouvernance basée sur la concertation, la décentralisation réelle, la revalorisation des autorités locales et la souveraineté économique.

    Cette approche n’est pas un rejet de la démocratie, mais une réinvention : une démocratie africaine capable d’articuler tradition et modernité, consensus et responsabilité, légitimité populaire et efficacité institutionnelle.

    Les expériences récentes de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée le 16 septembre 2023 et regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui met en avant la souveraineté et la sécurité collective plutôt que la compétition électorale, s’inscrivent dans cette recherche d’un modèle alternatif.

    L’Afrique n’a pas besoin de moins de démocratie — elle a besoin de plus de sens démocratique.

    Vers une révolution du sens politique

    Le cycle électoral de 2025 aura donc révélé bien plus qu’un simple calendrier de votes. Il aura exposé la crise du modèle démocratique importé. Partout où les élections se succèdent sans changement réel, la question se pose : faut-il continuer à voter pour légitimer l’immobilisme ?

    Les peuples africains ne rejettent pas la démocratie. Ils rejettent son simulacre. Entre abstention silencieuse et aspirations nouvelles, une génération réclame autre chose : des institutions qui rendent des comptes, des dirigeants qui incarnent une vision, et des mécanismes de gouvernance qui ne se réduisent pas à un scrutin quinquennal. Cela nous rappelle les propos de Karl Popper qui explique la démocratie par la possibilité de renverser pacifiquement les gouvernants plutôt que sur le « gouvernement du peuple ». La démocratie est donc, dans la conception poppérienne, le régime qui permet des alternances « sans effusion de sang ». Alors comment faut-il nommer aujourd’hui les systèmes qui règnent en Afrique? Des simulacres de démocraties. 

    Les urnes ne suffisent plus. L’Afrique doit désormais inventer sa propre grammaire politique — une démocratie du réel, enracinée dans ses sociétés, portée par ses peuples, fidèle à son histoire.

    Chiencoro Diarra 

    29 décembre 2025 0 comments
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    A la UneAnalyses

    Au Sahel, l’Alliance des États du Sahel trace les contours d’une souveraineté nouvelle

    by Mikailou Cissé 29 décembre 2025
    written by Mikailou Cissé 5 minutes read

    Alors que les équilibres géopolitiques se redessinent en Afrique de l’Ouest, la Confédération des États du Sahel (AES) s’impose comme une expérience politique inédite. Dans cette tribune, le philosophe Mikailou Cissé analyse la portée historique et symbolique d’un projet qui rompt avec les tutelles anciennes et revendique une souveraineté endogène. Entre recomposition régionale, résistances extérieures et adhésion populaire, l’AES se présente comme la matrice d’un nouvel horizon politique africain.

    Dans un monde où les puissances redéploient leurs influences sous des formes renouvelées, la dynamique sahélienne incarne une contestation vivante de l’ordre établi. Cette audace politique explique à la fois les résistances qu’elle affronte et l’espoir qu’elle suscite, bien au-delà des frontières du Sahel.

    La recomposition géopolitique en cours ne s’appréhende pleinement qu’en la replaçant dans le désordre plus large qui traverse l’Afrique de l’Ouest. Tandis que l’Alliance des États du Sahel (AES) avance, étape par étape, vers une structuration confédérale appelée à devenir fédérale, l’ordre régional hérité révèle ses fissures, ses incohérences et ses renoncements. Ce contraste justifie la virulence des oppositions au projet autant que l’adhésion populaire qu’il suscite.

    Nigeria : puissance régionale, fragilité interne

    Le discours officiel sur le retrait français du Sahel illustre parfaitement cette duplicité stratégique. Loin d’un désengagement réel, il s’est agi d’un redéploiement spatial et doctrinal. Les forces spéciales françaises, opérant désormais depuis des pays côtiers comme la Côte d’Ivoire, exercent une influence directe sur les dispositifs sécuritaires de certains États, à l’image du Bénin.

    L’armée béninoise, formellement nationale, s’insère ainsi dans une architecture de commandement et de renseignement exogène. Ce « départ » annoncé relevait davantage d’un geste médiatique, imposé par la pression populaire et l’effet politique de l’AES, que d’une rupture stratégique authentique.

    Cette logique se prolonge dans l’espace nigérian. Présenté comme un pilier sécuritaire régional, le Nigeria révèle un paradoxe profond : capable de mobiliser sa puissance institutionnelle contre des menaces politiques extérieures, il demeure impuissant face à la prolifération de groupes armés sur son propre territoire.

    Ces espaces, riches en ressources naturelles, sont devenus des économies de guerre exploitées par des bandes criminelles hybrides sous couvert d’idéologie religieuse, et convoitées par des puissances étrangères.

    L’ambivalence du rôle américain

    L’implication des États-Unis au Nigeria s’inscrit dans cette même contradiction. Leurs démonstrations militaires spectaculaires visent moins à protéger les populations qu’à sécuriser les corridors maritimes et les ressources au service d’intérêts géostratégiques. Leur incapacité persistante à prévenir les attaques contre les civils, les enlèvements de masse et les attentats dans les lieux de culte atteste de l’échec d’une approche purement sécuritaire.

    Face à ces impasses, l’AES se trouve prise en étau entre des autorités voisines contestant la légitimité de ses dirigeants et des peuples qui, massivement, soutiennent ses orientations. Cette dissociation marque une rupture fondamentale entre la légalité institutionnelle défendue par certains États et la légitimité politique née de l’adhésion populaire.

    Loin d’être une simple alliance militaire, l’AES est devenue un projet symbolique de réappropriation de la souveraineté, porté par des autorités locales trop longtemps reléguées au rang d’administrateurs de terrains d’opération.

    Entre religion, politique et instrumentalisation du conflit

    C’est dans ce contexte que se déploient des stratégies de déstabilisation plus diffuses. Le rôle de l’Algérie, jadis perçue comme un acteur central des processus de paix au Mali, apparaît aujourd’hui ambigu. La destruction d’un drone malien en mission de surveillance sur son territoire a été perçue comme une atteinte directe à la souveraineté sécuritaire malienne.

    Plus récemment, l’émergence de discours et de mouvements prétendument « résistants », portés par des figures religieuses ou politiques marginalisées, s’inscrit dans une stratégie de fragmentation interne.

    La sortie publique, en différentes langues locales, de l’imam Mahmoud Dicko illustre cette séquence. Longtemps érigé en autorité morale, il s’est révélé politiquement affaibli et prisonnier d’ambiguïtés dangereuses. Ses positions laissent entrevoir des proximités troubles avec des acteurs armés se réclamant du djihadisme ou de la rébellion. Cette confusion entre discours religieux, contestation politique et violence armée nourrit le terrorisme contemporain.

    Une refondation politique et symbolique

    En rompant avec ces ambiguïtés, l’AES assume une ligne claire : le djihadisme n’est ni une résistance ni une revendication sociale légitime, mais une entreprise de prédation instrumentalisée par des intérêts extérieurs.

    En opérationnalisant la Force unifiée et en dénonçant le terrorisme médiatique, judiciaire et informationnel, ses chefs d’État affirment que la guerre se joue autant sur le terrain militaire que sur celui du récit et de la souveraineté symbolique.

    Le sommet confédéral de Bamako a marqué une étape clé. L’adoption d’instruments institutionnels, la création d’organes financiers autonomes, la coordination diplomatique et la perspective d’un passage de la Confédération à la Fédération traduisent une volonté politique rare dans l’histoire contemporaine de la région.

    Ce projet n’est pas une fuite en avant, mais une refondation. Là où les modèles importés ont fragmenté les territoires et déresponsabilisé les États, l’AES reconstruit une cohérence politique fondée sur la sécurité collective, l’autonomie économique et l’adhésion populaire.

    L’enjeu dépasse le Sahel. Il pose à l’Afrique contemporaine une question centrale : peut-on déléguer indéfiniment la sécurité sans perdre la souveraineté ? L’AES esquisse une réponse radicale, imparfaite mais historiquement nécessaire : la stabilité ne s’impose pas de l’extérieur, elle se construit par des États assumant leur destin, en alliance avec leurs peuples.

    Mikailou Cissé

    29 décembre 2025 0 comments
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