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Crise climatique
Climat et environnementExclusif

Crises multiples au Sahel : la COP29 peut-elle apporter des solutions concrètes ?

by Chiencoro 11 novembre 2024
written by Chiencoro 4 minutes read

La COP29 s’est ouverte à Bakou, ce lundi 11 novembre 2024 avec des enjeux cruciaux pour l’avenir climatique du Sahel, pris entre crises climatiques, sécuritaires et promesses de financements.

La COP29 s’est ouverte ce lundi 11 novembre 2024 à Bakou, et représente bien plus qu’une énième réunion sur le climat. Elle se situe à la croisée des enjeux climatiques, économiques et géopolitiques d’une ère marquée par des conflits croissants et une instabilité mondiale exacerbée. Ce sommet pourrait être décisif pour fixer un cadre financier ambitieux en faveur des pays en développement, permettant ainsi de rétablir une certaine équité dans les engagements climatiques. 

Mais que signifie réellement cette rencontre pour des régions comme le Sahel, qui font face à une double menace climatique et sécuritaire ? Le Sahel, connu pour ses vastes étendues arides, lutte pour sa survie contre la désertification et l’insécurité croissante. Les solutions de financement et les outils de résilience que propose la COP29 se révèlent donc cruciaux pour ces territoires. Cependant, il est légitime de s’interroger : ces promesses de financement et de soutien atteindront-elles réellement les zones les plus vulnérables, comme le Sahel, ou resteront-elles une abstraction pour les populations locales ?

Engagements financiers : des promesses à la réalité

À la COP29, l’objectif est de revoir les contributions déterminées au niveau national (CDN) pour contenir le réchauffement sous 1,5 °C. Le financement de l’adaptation figure parmi les priorités, avec une pression accrue sur les pays développés pour doubler les financements. Néanmoins, les grandes questions sont là : à quel point ces engagements peuvent-ils être contraignants ? Le Sahel, souvent en marge des grandes décisions internationales, souffre déjà de l’insuffisance des financements climatiques qui se perdent dans les méandres des processus bureaucratiques.

Les initiatives climatiques ciblant le Sahel nécessitent une approche directe et adaptée, allant au-delà des promesses de financement global. L’expérience montre que les financements pour le climat ne parviennent que rarement à soutenir les projets locaux dans des régions aussi reculées et instables. De plus, les mécanismes complexes de distribution des fonds, souvent centralisés et bureaucratiques, sont peu compatibles avec la nature urgente des besoins des populations sahéliennes.

Le Sahel en quête de résilience

La question de la résilience climatique est cruciale pour le Sahel, région exposée aux extrêmes de désertification, de déforestation et de pauvreté. Les habitants de cette région ont vu leurs moyens de subsistance, souvent basés sur l’agriculture et l’élevage, s’éroder sous l’effet des changements climatiques. Les engagements pris à la COP29 en matière d’adaptation devront inclure des solutions concrètes, comme l’accès à des technologies agricoles résilientes, des systèmes d’irrigation adaptés et des projets de reboisement.

La transition énergétique et les infrastructures pour résister aux chocs climatiques se révèlent essentielles. Pour que le Sahel puisse stabiliser ses économies locales, l’investissement dans des énergies renouvelables, adaptées à des régions ensoleillées et arides, est fondamental. Cependant, le chemin à parcourir reste semé d’embûches : l’insécurité et les conflits armés compliquent l’implantation de projets de grande envergure et la collaboration avec des partenaires étrangers.

Un enjeu géopolitique mondial

Le Sahel, avec sa position stratégique entre le Maghreb et l’Afrique subsaharienne, se trouve au cœur des tensions internationales, et la COP29 ne pourra ignorer cette réalité. La région est de plus en plus perçue comme une zone d’influence par plusieurs grandes puissances, notamment la Russie et la Chine, qui avancent des solutions alternatives au soutien traditionnel de l’Occident. Dans ce contexte, la COP29 pourrait aussi devenir une scène de rivalité géopolitique où chaque acteur cherche à promouvoir son modèle de coopération.

Cependant, l’influence étrangère ne doit pas détourner l’attention des besoins fondamentaux du Sahel. Si les discussions de la COP29 n’incluent pas une perspective pragmatique sur les réalités régionales, il est probable que le Sahel continue d’être instrumentalisé pour des gains politiques, sans voir de réels bénéfices pour ses populations.

En quête d’une justice climatique pour le Sahel

La COP29 devra aller au-delà des simples déclarations d’intention et répondre aux aspirations d’équité et de justice climatique, particulièrement pour des régions comme le Sahel, qui paient le prix fort des émissions des pays industrialisés. Les crises multiples qui frappent cette région — qu’elles soient climatiques, sécuritaires ou économiques — ne peuvent plus être traitées de manière isolée. La communauté internationale doit s’engager dans une approche holistique et inclusive, reconnaissant le droit des pays sahéliens à des financements dédiés et à des solutions qui respectent leur autonomie et leurs priorités.

Alors que les représentants du monde entier se réunissent à Bakou pour dessiner les contours de l’avenir climatique, la question reste entière : le Sahel, symbole de la vulnérabilité mondiale face aux changements climatiques, trouvera-t-il enfin des réponses adaptées à ses défis ? Pour que la COP29 soit un succès, elle devra transformer les promesses en actions, les financements en réalisations et les slogans en solutions concrètes. Le Sahel, avec son équilibre fragile, attend non pas des promesses lointaines, mais un engagement immédiat et tangible pour faire face à l’avenir incertain qui l’attend.

Chiencoro Diarra  

11 novembre 2024 0 comments
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Laurent Gbagbo 768x432 1
A la UnePolitique

Côte d’Ivoire : le retour de Laurent Gbagbo dans le jeu diplomatique avec la France, un rapprochement stratégique ?

by Sahel Tribune 11 novembre 2024
written by Sahel Tribune 5 minutes read

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[Éditorial] Un an après la reprise de Kidal, le Mali face au défi de la paix et de la souveraineté

by Bakary FOMBA 11 novembre 2024
written by Bakary FOMBA 6 minutes read

Ce 11 novembre, marque le début d’une semaine symbolique pour le Mali, une semaine de commémoration et de réflexion qui culminera le 14 novembre, date anniversaire de la reprise de Kidal par l’armée malienne en 2023. Il y a un an, le soleil se levait sur un Mali qui retrouvait, non sans difficulté, l’un de ses territoires les plus disputés, une ville qui symbolisait autant la lutte contre les groupes armés que la quête d’unité nationale. La reprise de Kidal a marqué un tournant dans la reconquête de la souveraineté malienne, mais elle a également posé des questions cruciales sur l’avenir politique, sécuritaire et social du pays.

Kidal, une victoire militaire à concrétiser sur le plan politique

La prise de Kidal n’a pas seulement été une victoire pour l’armée malienne ; elle a été célébrée comme un symbole de la souveraineté retrouvée et comme la preuve éclatante que l’Alliance des États du Sahel (AES), fondée en septembre 2023, est née avec toutes ses 32 dents. Cette alliance stratégique entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger s’est affirmée avec force, prouvant sa capacité à agir collectivement pour repousser les menaces et défendre la souveraineté de chacun de ses membres. La reconquête de Kidal marque ainsi non seulement un tournant pour le Mali, mais aussi un renouveau dans les dynamiques de défense et d’unité pour les États du Sahel. 

En s’emparant de Kidal, l’armée malienne a envoyé un message clair : désormais, l’AES se tient prête à défendre chacun de ses membres et à assurer une protection collective face aux défis communs de la région. Depuis 2013, cette ville du nord était le bastion de la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA), une coalition de groupes armés touaregs et indépendantistes. Sa reprise a redonné espoir à un pays qui avait trop longtemps vu certaines de ses régions devenir des zones d’influence pour des forces rebelles et étrangères. Mais un an après, la question reste entière : comment transformer cette victoire militaire en stabilité durable et en paix pour les populations locales ?

Si l’on peut saluer le retour de Kidal sous l’autorité de l’État, il faut aussi admettre que cette reprise n’a pas mis un terme aux tensions. Pour de nombreux habitants de la région, les questions d’autonomie et de reconnaissance culturelle demeurent. L’armée malienne, forte de nouveaux partenariats internationaux, en particulier avec la Russie, a su reprendre ce bastion stratégique, mais les enjeux à long terme nécessiteront plus que des interventions militaires. Il s’agit, désormais, de s’assurer que la présence de l’État à Kidal ne se résume pas à des postes de contrôle, mais se manifeste dans les écoles, les hôpitaux, et les infrastructures qui manquent encore cruellement.

Des alliances géopolitiques pour renforcer la sécurité nationale

L’année écoulée a également montré l’importance de la reconfiguration des alliances stratégiques du Mali. La présence accrue de la Russie, le soutien militaire apporté par la Turquie et les partenariats économiques et sécuritaires avec la Chine ont permis au Mali de renforcer son armée, désormais équipée de drones, de radars, et de systèmes de surveillance modernes. Le pays s’affranchit peu à peu d’une dépendance traditionnelle à la France et à la MINUSMA, la mission des Nations Unies qui a quitté le Mali dans un contexte de désaccords et de repli international.

Ce recentrage sur de nouveaux partenaires est un choix que le gouvernement de transition a assumé et présenté comme une nécessité pour le respect de la souveraineté malienne. En réaffirmant l’importance de ces alliances dans la réussite de la reprise de Kidal, le Mali pose les jalons d’une politique d’indépendance stratégique, dans laquelle le choix des partenaires n’est plus dicté par les anciennes alliances historiques. Cependant, cette politique devra être manœuvrée avec finesse, car une trop grande dépendance vis-à-vis de ces nouveaux partenaires pourrait compromettre l’équilibre d’indépendance que le Mali recherche ardemment.

Un défi social et culturel à relever pour rétablir la cohésion

La reprise de Kidal, au-delà de la victoire militaire, a aussi mis en lumière les fractures culturelles et sociales du pays. Le nord du Mali, et Kidal en particulier, est une région marquée par une identité touarègue et saharienne, avec des revendications d’autonomie qui remontent bien avant les conflits récents. Pour le gouvernement malien, cette reprise doit également être l’occasion d’apaiser les tensions ethniques et de renouer avec les populations locales, qui ont longtemps perçu l’État central comme distant, voire oppressif. 

La mission de paix au Mali passe nécessairement par une intégration des spécificités culturelles du nord, qui devra être reconnue et respectée pour éviter un retour aux revendications d’autonomie armée. Le pays doit apprendre des erreurs du passé et faire de la diversité ethnique une force, non un facteur de division. Ce défi est complexe, car il nécessite d’allier autorité et ouverture, sécurité et inclusion, deux pôles que le Mali peine parfois à conjuguer.

L’avenir politique : transition et élections dans un contexte fragile

Enfin, à l’aube de cet anniversaire, l’avenir politique du Mali reste incertain. Les autorités de transition ont affirmé leur volonté de redonner le pouvoir à un gouvernement civil élu, et la tenue des élections est intervenir dans les prochains mois. Toutefois, dans un contexte de recomposition géopolitique et de tensions internes, ces élections seront un véritable test pour la solidité de la démocratie malienne et pour la capacité du pays à garantir une stabilité institutionnelle.

La reprise de Kidal peut-elle réellement se transformer en catalyseur de paix et de démocratie ? La question reste posée, d’autant que la transition devra démontrer qu’elle peut garantir la sécurité de tous les candidats, assurer une équité dans le processus électoral et intégrer les différentes régions du pays dans un projet commun. La libération récente de certaines personnalités politiques est un pas vers l’apaisement, mais il ne pourra compenser les fragilités institutionnelles si les bases d’un dialogue inclusif ne sont pas posées.

Kidal, un an après : construire une paix durable

Alors que le Mali entre dans cette semaine d’anniversaire, l’enjeu est de transformer la reprise de Kidal en une victoire durable et pacifique. Pour que cette reconquête militaire ne soit pas seulement une victoire symbolique, l’État malien doit faire preuve de diplomatie, d’ouverture et de pragmatisme. Le Mali se trouve à un tournant où la sécurité doit s’accompagner d’une vision politique forte, capable de dépasser les clivages et de bâtir une paix qui soit acceptée par tous.

La souveraineté ne peut se réduire à la seule présence de l’armée. Elle doit s’inscrire dans des institutions solides, des services publics accessibles et une justice qui s’étende sur tout le territoire. Si l’État malien parvient à relever ces défis, alors la reprise de Kidal marquera non seulement la victoire d’un jour, mais l’aube d’un Mali unifié, souverain et en paix.

Bakary Fomba

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photo de famille
A la UnePolitique

Sotchi 2024 : la Russie offre à l’Afrique une alternative face à l’Occident

by Sahel Tribune 10 novembre 2024
written by Sahel Tribune 5 minutes read

La conférence Russie-Afrique à Sotchi marque un tournant dans les relations russo-africaines, entre soutien stratégique, quête d’indépendance et rééquilibrage géopolitique face à l’Occident.

Ce weekend à Sotchi, la Russie a accueilli des responsables de cinquante nations africaines pour une conférence ministérielle, marquant un nouveau chapitre dans l’évolution des relations russo-africaines. Au-delà des mots de Vladimir Poutine, transmis par son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, l’événement souligne une dynamique de plus en plus affirmée : celle d’un partenariat alternatif, une coopération entre la Russie et l’Afrique en opposition au modèle d’influence traditionnellement exercé par l’Occident.

La Russie : un soutien stratégique « sans passé colonial »

Lors de cette conférence, la Russie s’est positionnée en alliée désireuse de soutenir le continent africain dans des domaines cruciaux comme la sécurité, la santé, l’agriculture, et le développement énergétique. Dans un contexte mondial où l’Occident impose des sanctions à Moscou en réponse à la guerre en Ukraine, la Russie renforce ses liens avec l’Afrique en s’appuyant sur une rhétorique anti-coloniale. Le ministre malien des Affaires étrangères, Abdoulaye Diop, a d’ailleurs souligné que la Russie « n’a jamais été une puissance coloniale » et qu’elle a souvent aidé les peuples africains dans leurs luttes pour la décolonisation. Cette position permet à Moscou de se démarquer des anciennes puissances coloniales, tout en misant sur un partenariat axé sur la souveraineté et le respect mutuel.

Cette approche trouve un écho particulier dans les pays africains qui ont récemment connu une rupture avec leurs anciens alliés occidentaux, comme le Mali, le Burkina Faso, et la Centrafrique. Pour ces nations, la coopération avec la Russie apparaît comme un moyen de diversifier leurs alliances et d’affirmer leur autonomie, notamment face à une France dont l’influence est en net recul dans plusieurs de ces pays. En se positionnant ainsi, la Russie aspire à se poser en partenaire égal, une alternative au « néocolonialisme » qu’elle attribue aux puissances occidentales.

Le rôle sécuritaire de la Russie en Afrique : soutien ou influence ?

Depuis plusieurs années, la Russie déploie des conseillers militaires et livre des équipements aux forces armées africaines. En 2023, elle a fourni plus de 5 milliards de dollars en matériel militaire aux pays africains, consolidant son rôle de fournisseur clé dans la région. Cette aide a permis à des gouvernements comme celui du Mali de renforcer leurs capacités de défense sans dépendre de l’Occident, un soutien jugé stratégique par les autorités maliennes pour lutter contre le terrorisme et stabiliser la région.

Cependant, cette présence militaire soulève des interrogations sur la nature réelle de l’influence russe. Si Moscou se défend d’agir en puissance impérialiste, l’envoi d’« instructeurs » militaires n’est pas sans rappeler d’autres formes d’influence exercées par des puissances extérieures. La coopération militaire permet à la Russie d’accroître son poids géopolitique tout en contribuant à asseoir le pouvoir des régimes en place, renforçant ainsi un réseau d’alliés prêts à soutenir Moscou dans les forums internationaux.

Une critique de l’ordre mondial et l’émergence d’un nouveau multilatéralisme

Le discours d’Abdoulaye Diop à Sotchi a également mis en lumière la Confédération des États du Sahel (AES) — une alliance formée entre le Mali, le Burkina Faso, et le Niger, visant à renforcer la coopération régionale en matière de défense, de diplomatie et de développement. Cette Confédération aspire à devenir une « fédération unie », affirmant ainsi une volonté d’indépendance renforcée vis-à-vis des anciennes puissances coloniales. En se rapprochant de la Russie, l’AES trouve un partenaire prêt à soutenir son projet d’autonomie et de stabilisation régionale.

La Russie, soutenue par les pays africains présents, a dénoncé l’« unilatéralisme » de l’Occident et a plaidé pour un ordre mondial plus équitable et multipolaire. La crise du multilatéralisme traditionnel et les sanctions imposées par les États-Unis et l’Europe renforcent l’appel de Moscou et de ses alliés africains en faveur d’une gouvernance mondiale réformée, où la souveraineté de chaque État serait respectée. Ce message résonne particulièrement en Afrique, où de nombreux dirigeants critiquent le rôle des puissances occidentales, perçu comme imposant des sanctions et des politiques économiques asymétriques.

La Russie, en s’alliant à des pays africains et en adoptant le modèle des BRICS, cherche à construire une coalition capable de contrer cette dynamique. La montée en puissance de cette coopération pourrait redéfinir les équilibres mondiaux, en renforçant le poids de nouveaux acteurs issus de continents longtemps marginalisés dans la gouvernance mondiale.

Vers un partenariat « d’égal à égal » ou une nouvelle dépendance ?

Pour l’Afrique, l’enjeu est de trouver un équilibre entre soutien stratégique et indépendance véritable. En se tournant vers la Russie, les pays africains cherchent à se libérer d’une influence occidentale, mais ils doivent veiller à ne pas échanger une dépendance contre une autre. Les partenariats, qu’ils soient avec Moscou ou l’Occident, doivent être construits sur des bases solides d’échanges équitables et d’investissements réels, au service de leur développement.

La Conférence Russie-Afrique de Sotchi marque un tournant dans cette quête d’indépendance africaine, en réaffirmant la volonté d’un continent en pleine affirmation de ses choix stratégiques. Le défi pour l’Afrique et la Russie sera de construire un partenariat réellement vertueux, qui respecte l’autonomie des États africains et s’inscrit dans une vision partagée d’un ordre mondial multipolaire.

Alassane Diarra 

10 novembre 2024 0 comments
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Pascal Affi N'Guessan
ExclusifPolitique

Présidentielle 2025 : Affi N’Guessan en quête de renouveau pour la Côte d’Ivoire

by Chiencoro 10 novembre 2024
written by Chiencoro 3 minutes read

Pascal Affi N’Guessan se présente comme le candidat du renouveau au FPI, prêt à incarner une alternative pour la présidentielle de 2025 en Côte d’Ivoire.

C’est dans l’emblématique enceinte de la Fondation Félix Houphouët-Boigny que Pascal Affi N’Guessan a officiellement annoncé sa candidature à la présidentielle de 2025 sous la bannière du Front populaire ivoirien (FPI). Acclamé par ses partisans, l’ancien Premier ministre de Laurent Gbagbo a énoncé son programme, une « quatrième République » promettant de réformer les institutions et de placer la lutte contre la corruption et le bien-être social au cœur du projet. Un discours ambitieux, empreint d’une volonté de réformer un pays qu’il considère comme sien, et d’une critique acerbe contre le bilan du président Alassane Ouattara, qu’il invite à ne pas se représenter pour un quatrième mandat.

Affi N’Guessan se pose ainsi comme le visage de l’alternative, s’attaquant à des enjeux profonds comme la lutte contre la pauvreté, illustrée par la chute de la Côte d’Ivoire dans les classements de développement humain. En centrant son discours sur le « capital humain », il se démarque de l’approche technocratique du président Ouattara, en dénonçant une réalité sociale dégradée, malgré les progrès économiques du pays.

Une posture de rupture avec le passé

Pour Affi N’Guessan, ce congrès est aussi une scène pour se repositionner dans le paysage politique. Critiqué par le passé pour une proximité présumée avec le pouvoir, il tente de s’affirmer comme l’opposant incontournable face à Ouattara. La répression de sa tentative de désobéissance civile en 2020, où il fut brièvement emprisonné pour « complot contre l’autorité de l’État » et « actes de terrorisme », a ajouté à sa crédibilité d’opposant. Sa libération et le récent retrait de son contrôle judiciaire marquent un nouveau départ pour un leader décidé à écrire une page distincte de l’héritage de Gbagbo.

Le score de 99 % qui l’a réélu président du FPI résonne certes comme un plébiscite, mais cache aussi des dissensions. Des figures internes, comme Issiaka Sangaré et Pierre Dagbo Godé, ont contesté son leadership, accusant Affi de dériver du message fondateur du parti. Les suspensions qui en ont résulté révèlent une stratégie visant à renforcer sa position face aux frondeurs, tout en solidifiant son image de rassembleur pour un FPI qui aspire à redorer son image.

Le défi de l’unité et de la légitimité au sein du FPI

L’élection d’Affi N’Guessan intervient à un moment où le FPI se bat pour affirmer sa légitimité sur la scène politique ivoirienne. La contestation interne, qui a vu des dissidents remettre en question sa ligne et porter l’affaire devant la justice, démontre que le parti reste fragile. Affi doit convaincre au-delà de son cercle fidèle et apaiser les tensions pour garantir une base unifiée face aux prochaines échéances électorales. Sa promesse d’interdire le cumul des mandats et de réformer le Sénat est un geste pour séduire les partisans d’un renouveau démocratique et gagner en crédibilité dans une opposition longtemps divisée.

L’aspiration d’Affi à incarner le changement semble toutefois contraster avec ses années au sein de l’ancien régime. Son expérience est à double tranchant : elle lui donne la légitimité et l’expertise, mais l’associe aussi à un passé que certains souhaiteraient oublier. Pour Affi, il s’agit donc de se présenter non pas comme le passé du FPI, mais comme un homme d’État mûri par les épreuves, prêt à ouvrir une nouvelle ère pour la Côte d’Ivoire.

La capacité de Affi à transcender les fractures internes et à se positionner en alternative crédible dépendra de sa faculté à restaurer l’image du FPI et à convaincre une population ivoirienne lassée des luttes de pouvoir. La route est encore longue, et seule une vision d’avenir unie pourra permettre au FPI de se projeter comme une force de renouveau dans un pays en quête de stabilité.

Chiencoro Diarra 

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Peine de mort
A la UneTaabolow ani Tabiaw

Le Burkina Faso face à la résurgence de la peine de mort — une politique de dissuasion ou un retour en arrière ?

by Sahel Tribune 10 novembre 2024
written by Sahel Tribune 6 minutes read

La réintroduction de la peine de mort au Burkina Faso, envisagée par les militaires au pouvoir, relance le débat entre sécurité nationale et respect des droits humains.

Depuis l’abolition de la peine de mort en 2018, le Burkina Faso avait rejoint le cercle des pays africains ayant renoncé à cette sentence ultime, symbolisant un pas vers une justice plus respectueuse des droits humains. Cependant, sous l’impulsion de la des autorités de la transition, dirigée par le capitaine Ibrahim Traoré, la peine capitale pourrait bientôt faire son retour dans le Code pénal burkinabé. Vendredi 8 novembre, le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a en effet annoncé devant l’Assemblée législative de transition que des discussions étaient en cours pour réinstaurer cette sanction pour les crimes liés au terrorisme, à la trahison, et aux atteintes à la sûreté de l’État. Que signifie ce retour en arrière pour un pays en proie à de multiples tensions et comment interpréter cette volonté de dissuasion sévère ?

Une décision en réponse aux défis sécuritaires

Depuis des années, le Burkina Faso est confronté à une recrudescence d’attaques terroristes, de menaces internes et de troubles socio-politiques. Ces défis complexes placent la sécurité au cœur des priorités de la transition. La résurgence de la peine de mort est ainsi justifiée par l’exécutif burkinabé comme un moyen dissuasif face aux complices du terrorisme ou à ceux qui menacent la stabilité de l’État. En s’attaquant aux symboles les plus graves de la violence interne et de la trahison, le gouvernement espère renforcer son emprise et décourager les velléités de déstabilisation. La restauration de la peine de mort est donc présentée comme une réponse forte, au moment où le pays doit faire face à des forces qui minent son unité et son intégrité.

Cependant, il convient de s’interroger sur l’efficacité réelle d’une telle mesure dans la lutte contre le terrorisme et la trahison. La peine capitale peut certes apparaître comme un moyen radical de dissuasion, mais son impact dans un contexte de guerre asymétrique est plus difficile à évaluer. Les groupes terroristes et leurs complices agissent souvent en marge des lois nationales et ne sont pas facilement influencés par des peines qui s’appliquent avant tout aux citoyens sous l’autorité directe de l’État. D’autres mesures de renforcement sécuritaire ou de contrôle des frontières pourraient s’avérer plus utiles et constructives.

Un recul sur les droits humains et la justice

L’annonce de ce projet de loi marque un retour en arrière sur le plan des droits humains, à contre-courant des réformes entreprises sous le régime civil de Roch Marc Christian Kaboré, qui avait officiellement aboli la peine de mort en 2018. Ce choix s’inscrivait dans une volonté de modernisation et d’humanisation de la justice burkinabé, alignée sur les standards internationaux. Aujourd’hui, rétablir la peine capitale pourrait isoler le pays sur le plan diplomatique, d’autant que la communauté internationale, particulièrement les institutions de défense des droits humains, voient dans la peine de mort une violation des droits fondamentaux.

Le retour de la peine capitale soulève également des questions sur les principes d’équité et d’impartialité de la justice burkinabé. En réintégrant cette sanction extrême, l’État risque de créer un précédent dangereux qui pourrait mener à des abus, en particulier dans un contexte où les normes de transparence judiciaire peuvent être fragilisées sous un régime militaire. La justice burkinabé peut-elle garantir que la peine capitale sera appliquée avec toute la rigueur et l’objectivité requises ? L’histoire récente du Burkina Faso a montré, avec le cas de Norbert Zongo et d’autres, que des zones d’ombre persistent autour de certaines affaires politiques sensibles.

La peine de mort comme symbole de souveraineté

Ce projet de loi s’inscrit également dans une logique de souveraineté revendiquée par le capitaine Traoré et son Gouvernement, qui ont fait de la restauration de l’ordre et de la sécurité des éléments centraux de leur politique. Dans un pays où le respect des traditions et de la souveraineté est essentiel, les autorités au pouvoir se placent en héritière de valeurs où la peine capitale, bien que controversée, peut apparaître aux yeux d’une partie de la population comme un outil légitime pour défendre la « terre des Hommes intègres ».

Ce retour symbolique de la peine de mort pourrait aussi être interprété comme un signal politique destiné à affirmer l’autorité de l’État face aux groupes armés et aux puissances étrangères. En ciblant des infractions comme la « trahison » ou la « collaboration avec des puissances étrangères », le Burkina Faso semble adresser un message fort à ses adversaires, tout en réaffirmant une indépendance face aux influences extérieures.

Vers un débat citoyen et politique sur l’avenir de la justice burkinabé ?

Face à cette potentielle réintégration de la peine de mort, un débat semble nécessaire au sein de la société burkinabé pour évaluer les valeurs que l’on souhaite voir incarnées par la justice nationale. La réintroduction de cette sentence divise et appelle à une réflexion approfondie : quelles alternatives dissuasives et sécuritaires pourraient être envisagées pour protéger le pays sans sacrifier les droits fondamentaux ? La question de la peine de mort ne devrait pas être abordée uniquement sous le prisme sécuritaire, mais aussi à travers les principes de dignité et de respect pour la vie humaine, qui font partie de l’identité et des valeurs universelles.

Alors que le Burkina Faso traverse des périodes de turbulence, cette décision peut donner lieu à une prise de conscience collective sur la justice que souhaite construire ce pays. En réintroduisant la peine de mort, le régime militaire choisit une voie radicale pour protéger l’État, mais il s’éloigne également d’un progrès juridique qui avait été salué à l’échelle internationale. 

Entre sécurité et humanité : le défi de la justice au Burkina Faso

À l’heure où les autorités de la transition de Ouagadougou avancent vers des réformes rigoureuses pour protéger l’État, elle semble se heurter au dilemme entre sécurité et droits humains. La peine de mort, perçue comme une solution rapide aux menaces intérieures, n’est qu’une réponse partielle aux défis profonds que traverse le Burkina Faso. Ce projet suscite donc des interrogations légitimes et révèle un besoin urgent de réconcilier la sécurité nationale avec le respect des principes humanitaires.

L’avenir du Burkina Faso se jouera sans doute dans l’équilibre entre une justice ferme et une justice juste. La restauration de la peine de mort peut être perçue comme un moyen de garantir la stabilité à court terme, mais la vraie question demeure : quelle place les autorités burkinabé veulent-elles donner aux droits humains dans leur vision de l’avenir ? Le retour de la peine capitale n’est pas seulement une question de politique sécuritaire, mais un test pour l’identité même du pays, pour ses valeurs, et pour le respect de la vie humaine dans la justice des Hommes intègres.

Oumarou Fomba 

10 novembre 2024 0 comments
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Manifestation anti-française
A la UneAnalyses

Au-delà du ressentiment : ce que l’Afrique demande vraiment à la France

by Sahel Tribune 10 novembre 2024
written by Sahel Tribune 6 minutes read

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