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À l’occasion de la Journée nationale des Pupilles, le Président de la Transition, Assimi Goïta, a accueilli au Palais de Koulouba des enfants orphelins de guerre, incarnant la résilience et l’espoir du Mali. Cette cérémonie émouvante, couplée à une remise d’équipements médicaux pour plusieurs hôpitaux, a réaffirmé l’engagement de l’État malien à soutenir les plus vulnérables et à bâtir un avenir plus solidaire.
En cette Journée nationale des Pupilles, le Palais de Koulouba a ouvert ses portes à des enfants au destin particulier, symboles de résilience et d’espoir pour la nation malienne. Le Président de la Transition, le Général d’armée Assimi Goïta, a reçu les Pupilles de la nation, rendant hommage aux enfants ayant perdu leurs parents au service de la patrie. Cette cérémonie s’inscrivait dans le cadre de la 29e édition du Mois de la solidarité et de la lutte contre l’exclusion, un moment fort et emblématique pour le Mali.
Dès le début de la cérémonie, l’émotion a gagné l’assistance avec deux performances de slam. L’une d’elles mettait en lumière la diversité culturelle du Mali, véritable ciment de cette nation résiliente. Un second texte se tournait vers la Confédération des États du Sahel (AES), évoquant l’espoir d’un avenir apaisé pour la région. En écoutant ces mots, chacun a ressenti la puissance d’une solidarité qui transcende les défis actuels.
La ministre de la Santé et du Développement social, le Colonel Assa Badiallo Touré, a ensuite pris la parole, rappelant les sacrifices consentis par les Maliens pour leur souveraineté et le rôle crucial des Forces armées Maliennes dans la défense de cette souveraineté. « Ces Pupilles ne sont pas seulement nos enfants ; ils appartiennent à chaque Malien, » a-t-elle affirmé, touchant le cœur de l’audience.
La célébration de cette Journée des Pupilles n’est pas un simple événement symbolique : elle est le reflet d’une promesse. En reconnaissance des sacrifices de leurs parents, l’État malien a mis en place des programmes pour soutenir ces enfants, allant de l’éducation à des aides sociales concrètes. Cette année, le Président Goïta a offert à chaque nouveau pupille une carte bancaire et une carte de pupille, symboles d’un engagement financier et social sur le long terme.
Le bilan de l’accompagnement des Pupilles a été évoqué par la ministre Assa Badiallo Touré, précisant que sur 1 653 Pupilles, 1 272 sont encore dans leur parcours scolaire avec des taux de réussite honorables aux examens nationaux. Cinq d’entre eux poursuivent même leurs études au Maroc, grâce aux bourses octroyées par l’État. Dix nouveaux bacheliers, quant à eux, ont obtenu des bourses au Mali pour continuer leurs études.
Le Président de la Transition a également profité de cette journée pour doter plusieurs centres de santé du district de Bamako et des régions avoisinantes de nouveaux équipements médicaux, essentiels pour améliorer la qualité des soins. Parmi les bénéficiaires figurent le Centre de santé de référence (CSREF) des six communes de Bamako et des établissements de Sikasso, Kolondiéba, Fana, Nioro et Kati.
Les équipements remis comprenaient des appareils d’échographie, des bistouris électriques, des moniteurs d’anesthésie, des tables d’accouchement, et bien plus encore. Cette dotation marque un geste fort dans l’engagement du président de la transition pour renforcer le secteur de la santé et témoigne d’un investissement constant en faveur des services sociaux. Il faut noter aussi la remise de 100 kits scolaires aux pupilles et également la remise d’ordinateurs à » Amicale des anciens militants et sympathisants de l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (AMSUNEEM). Ces remises entrent dans le cadre des œuvres sociales du chef de l’État.
Dans un dernier geste de solidarité, la cérémonie a pris une dimension plus personnelle. Le Président de la Transition a pris dans ses bras un nourrisson, récemment orphelin après l’attaque du bateau Le Tombouctou, sur le fleuve Niger, le 7 septembre 2023, ayant causé la mort d’au moins 49 civils et de nombreux blessés. Cet échange émouvant avec les grands-parents de l’enfant a illustré la dimension humaine de l’événement, rappelant à tous l’importance de prendre soin des enfants les plus vulnérables.
Le Conseiller spécial du Président, M. Aguibou Dembélé, a clôturé cette journée en rappelant l’importance d’une nation solidaire. Il a exhorté chaque Malien à tendre la main aux enfants touchés par les conflits, soulignant que ces jeunes sont l’avenir du Mali.
Ce 31 octobre 2024 restera dans les mémoires comme une journée de solidarité renouvelée, marquée par des engagements concrets et des gestes forts en faveur de ceux qui incarnent l’avenir de la nation malienne.
Chiencoro Diarra
Entre mystère et controverse, la disparition du commandant Daouda Konaté, cadre de l’administration pénitentiaire au Mali, secoue Bamako. Alors qu’un enregistrement audio, attribué à Konaté et diffusé sur les réseaux sociaux, appelle au soulèvement populaire, le Pôle national de lutte contre la cybercriminalité a ouvert une enquête pour faire toute la lumière sur cette affaire qui enflamme l’opinion publique.
Il y a des nouvelles qui, dès qu’elles émergent, entraînent leur lot de rumeurs et de suppositions. La disparition de Daouda Konaté, cadre de l’Administration pénitentiaire malienne, en est une parfaite illustration. Disparu mystérieusement un vendredi après la prière, en plein cœur de Bamako, il est désormais au centre d’une affaire qui dépasse de loin les simples réseaux de l’administration pénitentiaire. Car voilà qu’un enregistrement audio, viral sur les réseaux sociaux, agite la toile et provoque une réaction officielle du Pôle national de lutte contre la cybercriminalité.
Dans cet élément audio, où la voix de Konaté serait identifiée, il serait question de menaces contre la sûreté de l’État et d’un appel à un soulèvement populaire. Des propos qui, pour le Procureur, relèvent non seulement de l’incitation à la rébellion, mais qui sont aussi truffés de calomnies visant les autorités. Il n’en fallait pas plus pour déclencher une enquête. Le Procureur, Dr Adama Coulibaly, s’empresse de rappeler à tous l’existence d’une enquête en cours pour élucider cette affaire et identifier tous les auteurs et complices impliqués.
À Bamako, on suit l’affaire avec curiosité et inquiétude. Qu’est-il arrivé à Daouda Konaté ? Et si c’est bien lui l’auteur de cet audio, comment est-il passé de cadre syndical à potentiel instigateur de troubles ? Difficile de trier le vrai du faux dans cette affaire, mais une chose est sûre : la parole publique n’est plus une mince affaire, et le Mali semble décidé à en faire un exemple.
Oumarou Fomba
À Bakou, capitale pétrolière, l’Azerbaïdjan s’apprête à accueillir la COP29 du 11 au 22 novembre 2024 avec une promesse audacieuse : réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2050. Dans un pays où le pétrole est roi, ce sommet climatique ambitionne de marquer un tournant vers l’énergie verte, tout en posant la question de la faisabilité de cette transition.
L’Azerbaïdjan, pays connu pour ses réserves pétrolières, s’apprête à accueillir la 29e conférence annuelle de l’ONU sur le climat. Du 11 au 22 novembre 2024, Bakou va vibrer au rythme des débats sur le climat, avec en toile de fond une promesse : celle de réduire de 40 % ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2050. On pourrait y voir un beau symbole, une nation qui veut troquer le noir de l’or brut pour le vert de l’énergie renouvelable. Mais derrière les beaux discours, le chemin semble encore long.
L’Azerbaïdjan promet d’atteindre 30 % d’énergie renouvelable d’ici 2030 et se veut même pionnier de l’énergie verte. Ambitieux, certes, mais n’oublions pas qu’il s’agit d’un pays dont l’économie repose lourdement sur les énergies fossiles. Imaginez un marathonien qui décide de se lancer dans une course en montagne sans avoir quitté la plaine : le souffle risque de manquer ! Mais cette COP29, organisée dans un pays encore si lié au pétrole, sera peut-être l’occasion pour l’Azerbaïdjan de faire un vrai virage énergétique.
Pendant près de deux semaines, Bakou va se transformer en carrefour d’initiatives climatiques avec des thèmes quotidiens qui balaient tous les grands enjeux du climat. Finance, technologie, éducation, et même paix et secours : chaque journée promet des annonces, des engagements et probablement quelques dissensions. Ce sera un festival de promesses vertes dans un pays où le pétrole coule encore à flots, et on espère qu’elles tiendront la distance au-delà des spotlights de la COP.
Que dire de la « journée de repos » prévue le 17 novembre ? Peut-être le signe d’un agenda surchargé, ou bien un moment de pause pour digérer les engagements et recharger les batteries avant d’enchaîner les thèmes de la santé, de la jeunesse et du tourisme durable. Les discussions sur la biodiversité, les peuples autochtones et les océans, quant à elles, clôtureront la conférence avant les négociations finales, où les grandes déclarations feront place aux compromis plus discrets.
Reste à voir si Bakou, ville du pétrole, parviendra à incarner cette transition énergétique mondiale en gestation. L’Azerbaïdjan entend « montrer l’exemple » et devenir un modèle d’énergie verte, mais il va falloir bien plus qu’une COP et quelques annonces pour prouver que cette transformation est en marche. Alors, Bakou, COP29 : promesse ou paradoxe ? Nous serons là pour voir si l’Azerbaïdjan parviendra à donner au monde une nouvelle couleur… et si ce sera bien celle de l’espoir vert.
Fousseni Togola
Alors que l’Afrique de l’Ouest se libère peu à peu de ses liens avec l’ancien colonisateur, Alassane Ouattara, lui, continue de renforcer ses attaches avec la France. Ses séjours privés réguliers à Paris, loin des préoccupations de ses homologues africains en quête de souveraineté, interrogent. Faut-il voir dans ce choix une nostalgie ou un refus d’emboîter le pas vers une Afrique plus indépendante ?
Le monde change. L’Afrique de l’Ouest, en particulier, vit une période de bouleversements profonds où le rêve de souveraineté, longtemps enfoui sous des décennies de partenariats inégaux, refait surface avec une ferveur inédite. Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad, même le Sénégal : des nations entières affirment leur désir de tracer une route loin des griffes de l’ancien colonisateur. Les peuples redécouvrent la fierté de se tenir debout, de se construire sans demander l’approbation des anciens maîtres. Et au milieu de cette quête, dans cette Afrique en ébullition, il y a Alassane Ouattara, président de la Côte d’Ivoire, qui, sans faillir, continue de réserver ses séjours dans les salons feutrés de la France.
Pourquoi cet attachement, ce besoin quasi obsessionnel de se retrouver à Paris ? Alassane Ouattara, à contre-courant, semble ignorer la vague de révolte qui émerge tout autour de lui. Pour un président ivoirien, dont les responsabilités dépassent de loin le simple rôle de gouvernance nationale, ces escapades répétées interrogent. Il n’est plus question de simples visites de courtoisie ou de rencontres diplomatiques d’usage ; il s’agit là de véritables pèlerinages, presque des vacances de luxe, à Mougins ou dans un hôtel particulier cossu du 16e arrondissement de Paris, appartenant — faut-il le rappeler — à l’État ivoirien. Ce dernier symbole pourrait presque paraître ironique, si le contexte n’était pas aussi sérieux : la Côte d’Ivoire finance une résidence de prestige en plein Paris pour son président, dans la capitale même de l’ancienne puissance coloniale.
Pendant que ses homologues préfèrent braver les défis en Afrique, Alassane Ouattara multiplie les allers-retours vers la France. Là où ses voisins ouest-africains explorent la possibilité d’alliances plus équilibrées et cherchent à redéfinir leur souveraineté, Ouattara apparaît comme un vestige de l’ancien ordre, figé dans une relation de dépendance dépassée, voire gênante. Est-il vraiment possible, aujourd’hui, de gouverner un pays comme la Côte d’Ivoire en restant autant attaché aux privilèges et aux réseaux d’influence parisiens ? En voyant le chef de l’État ivoirien faire la navette entre Abidjan et Paris, sans même un rendez-vous officiel avec Emmanuel Macron, le doute est permis.
À la marge du sommet de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), début octobre à Villers-Cotterêts, un autre épisode révélateur a eu lieu. Alassane Ouattara a rencontré son vieil ami, Nicolas Sarkozy, ancien président de la France, avec qui il entretient une amitié de plus de trente ans. Cette entrevue, qui s’est déroulée dans la résidence présidentielle du 16e arrondissement de Paris, a été l’occasion pour les deux hommes d’échanger non pas sur les défis colossaux qui attendent la Côte d’Ivoire, mais sur l’actualité politique française et les rouages internes du gouvernement Macron. Il semble que l’ancien président français, aujourd’hui homme de l’ombre de la politique hexagonale, ait plus d’influence sur les réflexions du président ivoirien que les aspirations de son propre peuple.
En août dernier déjà, Ouattara et Sarkozy avaient partagé un déjeuner en famille dans la résidence des Ouattara à Mougins, dans le sud de la France, où l’ombre de l’influence française semble s’épaisser.
Les exemples voisins illustrent une toute autre volonté. Le Mali a choisi, au prix fort, de rompre ses liens militaires avec la France, d’expulser les troupes étrangères, et d’assumer une position de fermeté sans compromis. Le Burkina Faso et le Niger n’ont pas hésité à suivre la même voie. Même au Sénégal, où l’attachement à l’ancien colonisateur reste solidement ancré dans certains milieux, on commence à entendre des voix appelant à une révision des accords. En comparaison, Alassane Ouattara donne l’impression d’un homme nostalgique d’une époque révolue, incapable de s’adapter à une Afrique en pleine redéfinition de son identité et de ses alliances.
Certains diront qu’il ne s’agit là que de relations personnelles, de vacances bien méritées après des années de service. Mais il ne faut pas oublier que chaque déplacement d’un président n’est jamais anodin ; il envoie un signal, il parle autant aux partenaires étrangers qu’à ses propres citoyens. Ces séjours réguliers en France projettent une image qui contraste avec l’air du temps. Ouattara donne le sentiment de ne pas vouloir se détacher de la France, comme si son parcours politique et personnel était lié de façon irrévocable aux cercles d’influence parisiens.
Le chef de l’État ivoirien a beau rappeler qu’il est au service de la Côte d’Ivoire, cette fidélité affichée à l’égard de la France suscite des interrogations légitimes. Comment peut-on prétendre incarner la souveraineté d’un pays africain tout en entretenant des attaches aussi étroites avec l’ancien colonisateur ? Si Alassane Ouattara pense encore que la France représente la solution à tous les défis de la Côte d’Ivoire, il se trompe lourdement. La Côte d’Ivoire mérite un leadership tourné vers l’avenir, qui ose s’émanciper des habitudes d’antan, et qui considère la France comme un partenaire parmi d’autres, non comme une tutelle implicite.
La situation devient d’autant plus flagrante que d’autres pays se dirigent vers des modèles de coopération diversifiés. De plus en plus, les États africains bâtissent des relations fondées sur le respect mutuel, non sur l’héritage colonial. L’Algérie et la Russie, bien que controversés, apparaissent comme des alternatives pour nombre de gouvernements en quête de partenariats égalitaires. La Chine, la Turquie et même certains pays d’Asie centrale sont courtisés, alors que l’Europe occidentale, et surtout la France, voit son influence s’éroder. C’est dans ce contexte que Ouattara persiste et signe, préférant les réceptions luxueuses et les dîners parisiens au renouvèlement des alliances.
Le peuple ivoirien, lui, observe. Cette Côte d’Ivoire, autrefois modèle économique et social en Afrique de l’Ouest, est en train de voir ses propres repères changer. Alors que les citoyens attendent des réponses concrètes à des problèmes pressants, leur président multiplie les séjours privés en Europe. À une époque où les jeunes générations se battent pour une Afrique forte, indépendante, Alassane Ouattara campe sur des réflexes d’une autre ère, incapable de comprendre que les temps ont changé. Ses voyages ne font que souligner son décalage avec les aspirations de son peuple et celles de la région.
Et puis, il y a l’aspect financier. Combien coûtent ces allers-retours constants ? Quid de la rénovation de cette résidence dans le 16e arrondissement, financée par l’État ivoirien ? Cet hôtel particulier pourrait être un symbole de succès et d’influence, mais il est devenu le signe d’une dépendance embarrassante. La jeunesse ivoirienne, elle, se demande sans doute pourquoi de telles ressources sont consacrées à des biens en France, quand des investissements seraient bienvenus pour l’éducation, la santé et le développement dans le pays.
En choisissant d’entretenir ces liens avec Paris, Ouattara semble s’éloigner du mouvement panafricain et souverainiste qui prend forme autour de lui. Peut-être est-ce une question d’habitude, peut-être est-ce un choix délibéré de rester fidèle à ceux qui l’ont aidé à accéder au pouvoir. Mais cette posture le coupe inévitablement de l’air du temps, de cet élan d’affirmation qui pousse aujourd’hui tant de nations africaines à rompre avec des rapports déséquilibrés.
La Côte d’Ivoire mérite plus qu’un président tourné vers le passé, elle mérite un leader capable de capter l’esprit de son époque, de comprendre les aspirations de ses voisins et de placer l’intérêt de son pays avant tout. L’avenir du pays ne se trouve pas dans les salons parisiens, mais dans les réalités quotidiennes de ses citoyens, dans la détermination à bâtir une nation indépendante et prospère.
Il est peut-être temps pour Alassane Ouattara de redéfinir ses priorités, de réaliser que les époques changent et que l’Afrique, y compris la Côte d’Ivoire, doit penser en termes de dignité et de fierté retrouvées. Car pendant qu’il s’attarde dans le confort de ses résidences en France, le monde avance sans lui, et le vent de la souveraineté africaine pourrait bien lui passer sous le nez.
Alassane Diarra
Au Sénégal, la dissolution de l’Assemblée nationale par le Président Bassirou Diomaye Faye marque le coup d’envoi d’une campagne législative intense, avec 41 listes en compétition. Alors que le Pastef d’Ousmane Sonko espère une majorité, trois grandes coalitions d’opposition se dressent face à lui, promettant un scrutin sous haute tension et des choix décisifs pour l’avenir du pays.
Le Sénégal entre à nouveau en campagne. Dissolution de l’Assemblée nationale par Bassirou Diomaye Faye, 41 listes sur la ligne de départ, et une mosaïque de partis prêts à en découdre pour ces législatives anticipées. Sur le papier, tout est bien ordonné. Mais, derrière les discours d’unité et de transparence, les ambitions partisanes brillent comme un phare dans la nuit.
Ousmane Sonko, désormais Premier ministre, mène le Pastef avec un objectif clair : obtenir une majorité à l’Assemblée pour affirmer la mainmise de son parti. En face, les grandes alliances ne manquent pas. La coalition Takku Wallu Sénégal, qui rassemble le Parti démocratique sénégalais (PDS) et l’Alliance pour la République (APR), voudrait empêcher que le Pastef prenne trop d’assurance. Amadou Ba, l’ancien Premier ministre, s’avance lui aussi avec la coalition Jamm Akk Njerign, soutenu par le Parti socialiste, prêt à rappeler qu’il a été un sérieux candidat à la dernière présidentielle. Et, pour ne pas être en reste, Barthélémy Dias, maire de Dakar, mène la coalition Samm Sa Kaddu, comme une promesse de renouveau.
Pour sa part, le Président Bassirou Diomaye Faye en appelle à l’unité et à l’apaisement. Dans une allocution solennelle, il exhorte les Sénégalais à la retenue et met en garde contre les discours communautaires et les menaces qui se propagent comme des étincelles sur les réseaux sociaux. « Servir tous les Sénégalais sans distinction », affirme-t-il. Beau discours, belle promesse. Mais peut-on vraiment effacer d’un coup de pinceau les traces de ses anciens engagements partisans ? Faye, récemment Secrétaire général du Pastef, a tout de même pris soin de préciser qu’il se place désormais « au-dessus des querelles partisanes ». La transition est notable, mais elle reste sujette à interrogation : peut-on être juge impartial en ayant encore l’odeur des anciennes batailles collée à la peau ?
Ce scrutin est crucial pour le Pastef, qui ne cache pas ses ambitions de verrouiller l’Assemblée. D’ailleurs, cette quête de majorité transforme ce qui devrait être un moment de débat en une course frénétique pour le contrôle, où l’objectif semble moins de convaincre les électeurs que de battre l’adversaire. Et que dire des « grandes coalitions » d’opposition ? Ces alliances hétéroclites rassemblent des partis qui, parfois, n’ont en commun que l’envie de ne pas voir le Pastef triompher.
Le Sénégal, pays de la « maturité démocratique », selon les mots de Faye, se retrouve face à une élection où chaque camp fourbit ses armes et où la transparence, vantée par le président, risque de se diluer dans la lutte acharnée pour le pouvoir. Certes, le président vante la transition pacifique de la dernière présidentielle, mais cette campagne législative, à mi-chemin entre rivalités anciennes et nouveaux défis, sera sans doute moins douce.
À la fin de cette course, peut-être qu’un camp décrochera la majorité, mais à quel prix ? Alors que les Sénégalais sont invités à aller aux urnes dans le calme et le respect, on se demande si les politiques, eux, sauront montrer l’exemple.
Chiencoro Diarra
Après trois ans de relations tendues, Emmanuel Macron débarque au Maroc avec une délégation impressionnante et 10 milliards d’euros de contrats en poche. Une visite où chaque geste, chaque mot est calculé pour ressouder des liens historiques, même si les fissures diplomatiques restent bien visibles sous le vernis des accords et sourires de circonstance.
Emmanuel Macron, et sa visite royale au Maroc. Après trois ans de tension glaciale, l’Élysée semble vouloir recoller les morceaux avec un pays qui n’a pas hésité à bouder la France, en raison de désaccords profonds. Ce lundi, le président français et une impressionnante délégation de ministres, chefs d’entreprise et autres personnalités sont arrivés en grande pompe pour un retour en scène diplomatique. Mais que cache donc ce spectacle de poignées de main et de contrats mirobolants ?
L’accueil est minutieusement orchestré. À la descente de l’avion, c’est le roi Mohammed VI lui-même qui s’avance, appuyé sur sa canne, pour une poignée de main appuyée avec le président français. Le prince héritier Moulay Hassan et le prince Moulay Rachid, frère du roi, complètent cette scène bien soignée. Et, bien sûr, on ne peut pas passer à côté de l’alignement parfait de 22 accords d’investissement, qui cumulent la coquette somme de 10 milliards d’euros. De quoi faire penser que l’argent est le véritable « lubrifiant diplomatique » de ce rapprochement, même si les enjeux vont bien au-delà des chiffres.
Le moment solennel au mausolée de Mohammed V, le premier roi du Maroc post-indépendance, offre à Macron et à son épouse une occasion de témoigner leur respect. Cette étape, au-delà de son caractère symbolique, relève de la diplomatie de politesse, un passage obligé pour montrer à Rabat que Paris n’oublie pas l’histoire partagée. Il est clair que le président français marche sur des œufs, surtout depuis qu’il a admis cet été la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, une question qui, dans ce contexte, a le poids d’une bombe à retardement. Et la communauté internationale, avec en premier lieu l’Algérie, n’a certainement pas terminé d’examiner cette prise de position sous toutes ses coutures.
Mais il ne faut pas s’y tromper : derrière ce bal diplomatique se cache une opération de relations publiques bien huilée. La France semble prête à débourser pour retrouver la place de choix que lui disputent de plus en plus d’autres puissances, bien conscientes de l’attrait stratégique du Maroc. Des contrats qui ne concernent pas seulement le commerce, mais aussi des secteurs stratégiques que Rabat pourrait très bien négocier avec d’autres partenaires si Paris ne ravivait pas les relations. Ce réchauffement a certes son charme, mais il reste teinté d’intérêt — et le Maroc le sait bien.
Le discours au Parlement en dit long : chaque mot est pesé, chaque regard est scruté, et chaque silence parle. Ce rapprochement est certes agréable en apparence, mais chacun sait bien qu’il est loin de régler les désaccords de fond qui existent entre les deux pays. En filigrane, il semble évident que l’histoire des relations franco-marocaines, autrefois tissée de liens solides, a désormais des fissures qui ne se reboucheront pas en un claquement de doigts.
Pour l’instant, cette visite ressemble davantage à un pacte tacite entre deux puissances qui savent que, malgré leurs différends, il est plus avantageux de faire semblant de s’entendre. Alors, pour Macron et sa délégation, le retour au bercail français se fera peut-être avec des signatures et des sourires satisfaits, mais les défis diplomatiques ne sont pas prêts de disparaître sous les dorures du mausolée de Mohammed V.
Oumarou Fomba
Sahel Tribune est un site indépendant d’informations, d’analyses et d’enquêtes sur les actualités brûlantes du Sahel. Il a été initialement créé en 2020, au Mali, sous le nom Phileingora…
