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John Dramani Mahama
ActuPolitique

John Mahama et la CEDEAO : mission diplomatique ou baroud d’honneur ?

by Ibrahim Kalifa Djitteye 6 mars 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

Au cours de sa visite d’amitié et de travail à Abidjan, le président ghanéen John Dramani Mahama a été mandaté par son homologue ivoirien Alassane Ouattara pour tenter de renouer le dialogue entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel (AES). Cette mission intervient dans un contexte régional tendu, marqué par la rupture déclarée du Mali, du Burkina Faso et du Niger avec l’organisation ouest-africaine.

Le retrait officiel du Mali, du Burkina Faso et du Niger en janvier 2024 a ouvert une crise profonde. Ces États ont pris des mesures symboliques et structurelles pour marquer leur rupture définitive avec l’organisation sous-régionale. En effet, la création du passeport AES, le départ des fonctionnaires de la CEDEAO et le renforcement de leur coopération militaire et économique marquent un point de non-retour. Leur volonté d’émancipation repose sur une critique radicale du fonctionnement de l’organisation sous-régionale, qu’ils accusent d’être sous l’influence des puissances occidentales et de ne pas répondre efficacement aux enjeux sécuritaires du Sahel.

Une mission impossible pour John Dramani Mahama ?

Alassane Ouattara a mandaté le nouveau président ghanéen John Dramani Mahama pour renouer le dialogue entre la CEDEAO et l’AES. Toutefois, cette tentative de médiation semble vouée à l’échec. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont clairement indiqué qu’ils ne reviendraient pas sur leur décision, affirmant leur volonté de souveraineté totale.

Ce retrait définitif s’inscrit dans une reconfiguration géopolitique plus large. L’AES se rapproche progressivement de nouveaux partenaires, comme la Russie, la Turquie et la Chine, et cherche à se libérer de l’influence occidentale. Cette dynamique remet en cause le leadership de la CEDEAO et oblige l’organisation à revoir en profondeur son rôle et ses mécanismes de gouvernance.

La CEDEAO se trouve à un tournant crucial. Si elle persiste dans son modèle actuel, elle risque de perdre en influence face à l’émergence de nouvelles alliances régionales. Une réforme structurelle, intégrant davantage les aspirations souverainistes des États membres, pourrait être la seule voie pour préserver son unité et éviter un affaiblissement progressif.

Quelle est la principale crainte des dirigeants de la CEDEAO ?

La CEDEAO tient à voir le Mali, le Burkina Faso et le Niger réintégrer l’organisation, car leur départ pourra fragiliser considérablement la région sur les plans sécuritaire, économique et géopolitique. Ces trois pays jouent un rôle clé dans la lutte contre le terrorisme au Sahel, et leur absence risque de compliquer la coordination régionale face aux groupes armés. De plus, avec plus de 72 millions d’habitants, ils représentent une part significative du marché commun, dont la réduction pourrait affaiblir les ambitions économiques de la CEDEAO, notamment le projet de monnaie unique. Leur retrait menace aussi les échanges commerciaux entre le Sahel et les pays côtiers, mettant en péril les économies du Nigeria, de la Côte d’Ivoire et du Ghana.

Au-delà des enjeux économiques et sécuritaires, la CEDEAO craint un effet domino qui pourrait encourager d’autres États à suivre la même voie, accélérant ainsi sa fragmentation. Cette crise constitue aussi un revers diplomatique pour les grandes puissances régionales, notamment le Nigeria et la Côte d’Ivoire, dont l’influence pourrait être affaiblie face à la montée d’acteurs comme la Russie et la Chine, qui se rapprochent de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ainsi, la CEDEAO lutte pour préserver son unité et son poids géopolitique, consciente que son incapacité à ramener ces pays en son sein pourrait entraîner un déclin progressif de son rôle en Afrique de l’Ouest.

Une CEDEAO affaiblie et contestée

Cette crise révèle des failles profondes dans la gouvernance de la CEDEAO. Perçue comme un instrument des grandes puissances régionales et étrangères, l’organisation est critiquée pour son manque de neutralité dans la gestion des crises politiques. Les sanctions imposées aux régimes sahéliens ont renforcé leur défiance et précipité leur départ.

De plus, l’incapacité de la CEDEAO à contrer efficacement l’expansion des groupes armés dans le Sahel a alimenté le sentiment d’abandon des populations locales. Face à ces limites, d’autres États pourraient être tentés de suivre le même chemin, notamment le Togo, dont le ministre des Affaires étrangères, Robert Dussey, a évoqué, lors d’une interview diffusée le 16 janvier 2025 sur Voxafrica, la possibilité d’une adhésion à l’Alliance des États du Sahel (AES). Une telle évolution fragiliserait encore davantage l’organisation et accélérerait la fragmentation de l’Afrique de l’Ouest.

Un tournant historique pour l’Afrique de l’Ouest

Le départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger n’est pas qu’une crise passagère : c’est une rupture définitive qui redéfinit les équilibres en Afrique de l’Ouest. La CEDEAO, affaiblie et contestée, doit désormais choisir entre une profonde transformation ou une perte progressive de sa pertinence.

John Dramani Mahama pourra-t-il inverser la tendance malgré l’intransigeance de l’AES ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est certain, c’est que l’Afrique de l’Ouest entre dans une nouvelle ère où les anciennes certitudes volent en éclats.

Ibrahim K. Djitteye 

6 mars 2025 0 comments
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Un groupe d'africains réunis pour le repas de l'Iftar.
A la UneBillet d'humeur

Billet. À la table du ramadan, l’inflation s’invite au festin.

by Chiencoro 6 mars 2025
written by Chiencoro 3 minutes read

Entre privation diurne et festin nocturne, le ramadan en Afrique de l’Ouest oscille entre spiritualité et surconsommation, dans un paradoxe où l’inflation et le gaspillage prennent le pas sur l’austérité prônée par l’Islam.

Le ramadan, mois sacré de jeûne, d’abstinence et de recueillement, se vit en Afrique de l’Ouest comme un curieux paradoxe. Le jour, on se prive. La nuit, on compense. Et dans cette frénésie du ventre qui se libère après le Maghreb, les marchés explosent, les prix s’envolent, et les valeurs spirituelles se diluent dans les vapeurs de fritures et les étals surchargés.

Une théâtralisation qui ne trompe personne

Dakar, Niamey, Bamako, Ouagadougou… Même scène, même rituel. Les ménages, déjà étranglés par l’inflation galopante, se ruinent pour remplir leurs assiettes d’une démesure qui aurait fait pâlir les plus grands banquets de l’histoire. Le sucre, l’huile, le riz et le mil deviennent des monnaies d’or, et les commerçants, habiles calculateurs du besoin et du manque, orchestrent cette flambée des prix avec un cynisme qui frôle le génie.

Et pourtant, que dit l’Islam ? Que le ramadan est un mois d’élévation spirituelle, d’humilité, de retour à l’essentiel. Qu’il est censé nous rappeler la faim du pauvre, la souffrance de celui qui ne sait pas de quoi sera fait son prochain repas. Mais que constatons-nous ? Une surconsommation frénétique, un gaspillage honteux, et une théâtralisation du jeûne qui ne trompe personne.

Regardez ces chiffres. Au Mali, plus de la moitié des dépenses des ménages ruraux est consacrée à l’alimentation. Au Niger, 20 % de la population souffre d’insécurité alimentaire chronique, mais paradoxalement, les dépenses alimentaires explosent durant ce mois de privation supposée. Au Burkina, l’inflation pèse sur des foyers déjà exsangues, mais la table du ftour doit rester garnie coûte que coûte.

Dieu n’aime pas les excès

Le comble du spectacle ? Les enseignes commerciales, flairant l’aubaine, transforment les supermarchés en temples de la consommation halal-friendly, multipliant les offres spéciales et les promotions « Ramadan ». Des rayons entiers dédiés à l’orgie nocturne du sucre, des huiles et des féculents, où l’on achète plus que de raison, où l’on jette sans scrupule, où le gaspillage devient la norme dans un mois qui prêche l’austérité.

Et qui en paie le prix ? Certainement pas les élites économiques qui spéculent sur les stocks et les marges bénéficiaires. Certainement pas ceux qui voient dans cette surenchère une manière d’afficher leur opulence. Non, ce sont les mêmes, toujours les mêmes. Les mères de famille qui comptent leurs pièces pour acheter un sac de mil à prix d’or, les ouvriers qui espèrent que le sucre ne devienne pas un luxe inaccessible, les petits commerçants qui subissent sans avoir leur part du gâteau.

Le ramadan, dans nos sociétés, est devenu un grand marché, où la foi se monnaie et où l’austérité se vend au prix fort. Dieu n’aime pas les excès, dit le Coran. Les hommes, eux, s’en accommodent très bien.

Chiencoro Diarra

6 mars 2025 0 comments
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Femmes rurales
Vidéo

8 mars 2025 : comprendre les actes posés par le président de la transition à l’endroit des femmes

by Sahel Tribune 6 mars 2025
written by Sahel Tribune 0 minutes read

Le président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, à travers ses oeuvres sociales, travaillent pour l’autonomisation des femmes, notamment celles rurales.

6 mars 2025 0 comments
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L'initiative du président de la transition pour un accès équitable à l'eau potable.
Vidéo

8 mars 2025 : l’engagement du président Goïta pour l’autonomisation des femmes

by Sahel Tribune 6 mars 2025
written by Sahel Tribune 0 minutes read

Le président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, à travers ses oeuvres sociales, travaillent pour l’autonomisation des femmes, notamment celles rurales.

6 mars 2025 0 comments
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Scrutin présidentiel au Tchad
AnalysesExclusif

Démocratie en sursis : les urnes ne trompent plus personne

by Sahel Tribune 6 mars 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Entre coups d’État, transitions prolongées et élections sous contrôle, l’Afrique de l’Ouest voit sa démocratie se transformer en mirage. Tandis que les militaires s’installent au pouvoir et que les présidents réécrivent les règles du jeu, une question demeure : s’agit-il d’une mutation du pouvoir ou d’un retour aux vieux réflexes autoritaires ?

Le vent de la démocratie, qui soufflait sur l’Afrique de l’Ouest depuis les années 1990, s’est essoufflé, remplacé par un retour méthodique des régimes militaires et des présidences à vie. Putshistes reconvertis en candidats, élections sous contrôle, révisions constitutionnelles taillées sur mesure… La région n’assiste pas à une rupture brutale avec le passé, mais à une mutation subtile du pouvoir, où l’armée et les élites politiques réinventent les règles du jeu à leur avantage. Derrière les discours de transition et de souveraineté, une question demeure : qui aura le dernier mot, les urnes ou la kalachnikov ?

L’armée, nouvelle colonne vertébrale du pouvoir

Mali, Burkina Faso, Niger, en l’espace de trois ans, ces trois États sahéliens ont basculé sous le contrôle des militaires, qui ont justifié leur prise de pouvoir par la nécessité de lutter contre le terrorisme et de restaurer l’autorité de l’État. Le peuple, fatigué des élites corrompues et des interventions étrangères, a applaudi. Mais à mesure que les promesses d’élections s’éloignent et que les discours souverainistes se durcissent, le pouvoir militaire s’installe, se structure et se pérennise.

Le modèle inspire. Au Gabon, Brice Oligui Nguema, arrivé au pouvoir par la force en août 2023, s’est découvert une vocation démocratique et s’apprête à briguer un mandat présidentiel en avril 2025. Même logique au Tchad, où Mahamat Idriss Déby s’est offert un vernis électoral en 2024, perpétuant une dynastie familiale vieille de 30 ans. Quant à Faure Gnassingbé, au Togo, il préfère remodeler la Constitution pour sécuriser son pouvoir, rendant toute alternance improbable. Autrement dit, ici on ne renverse pas le système, on le réorganise à son avantage.

Élections ou simulations démocratiques ?

Le vernis démocratique est intact, mais la structure est pourrie. À Conakry comme à Libreville, les transitions militaires finissent toujours par ressembler aux régimes qu’elles ont renversés. Les élections ne sont plus un moyen d’alternance, mais un instrument de consolidation du pouvoir en place. Les opposants sont écartés, les processus verrouillés et les urnes scellées avant même l’ouverture des bureaux de vote.

En Guinée-Bissau, Umaro Sissoco Embaló a prolongé son mandat en douce et compte bien rester aux commandes. Ailleurs, on ne s’embarrasse même plus de subtilités. Les militaires, jadis considérés comme des arbitres provisoires, deviennent les joueurs principaux, légitimant leur pouvoir à travers des réformes constitutionnelles taillées à la mesure de leur ambition.

La démocratie à l’africaine, mutation ou mirage ?

Face à ce réajustement silencieux du pouvoir, la CEDEAO assiste, impuissante, à l’effondrement du modèle démocratique qu’elle prétend défendre. Incapable de sanctionner efficacement les militaires, elle a perdu trois de ses membres stratégiques (Mali, Burkina, Niger), qui ont claqué la porte en janvier 2025, dénonçant son hypocrisie et son alignement sur les intérêts occidentaux. Le signal est sans appel : là où la CEDEAO voyait des « coups d’État », les peuples voyaient une forme de libération.

Sommes-nous face à une reconfiguration autoritaire ou à une réinvention du pouvoir adaptée aux réalités africaines ? La question est légitime. L’idéal démocratique importé des années 1990 a montré ses limites, souvent incapable de répondre aux attentes des populations et vulnérable aux élites prédatrices. Mais si la démocratie devait être réinventée, ce serait avec plus de liberté, pas moins.

L’histoire l’a prouvé, on peut retarder l’alternance, jamais l’empêcher. Les urnes verrouillées finissent toujours par exploser. Et ceux qui croient qu’un uniforme est un bouclier contre l’histoire feraient bien de relire les chapitres précédents.

A.D

6 mars 2025 0 comments
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Suspension des activités d'orpaillage au Mali : une mesure pour réguler et sécuriser les sites et prévenir de nouvelles tragédies.
A la UneÉconomie

Orpaillage anarchique : l’État impose l’ordre et renforce les contrôles

by Ibrahim Kalifa Djitteye 6 mars 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

Ce mercredi 5 mars 2025, lors d’un point de presse conjoint, le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Général de division Daouda Aly Mouhammedine et son homologue de l’Environnement, de l’Assainissement et du Développement durable, Doumbia Mariam Tangara ont annoncé une série de mesures gouvernementales, prises en Conseil des ministres. Elles visent à prévenir les drames humains et environnementaux sur les sites d’orpaillage. Ces mesures font suite aux récents drames survenus sur les sites d’extraction d’or à Kokoyo, dans le cercle de Kangaba, et à Bilalikoto, dans le cercle de Kéniéba, qui ont causé de nombreuses pertes en vies humaines.

Face à cette situation alarmante, le Chef de l’État a instruit le gouvernement d’adopter des actions fortes pour éviter de nouveaux accidents et protéger l’environnement.

En réponse aux manquements constatés, l’une des premières décisions prises est l’abrogation des actes de nomination des responsables administratifs impliqués dans la survenance de ces incidents. Cela concerne les préfets, sous-préfets, les responsables des forces de sécurité (Police, Gendarmerie, Garde nationale), ainsi que les services locaux des Eaux et Forêts, du contrôle des pollutions et nuisances, et de la Géologie et des Mines.

Cette mesure vise à sanctionner les défaillances dans la surveillance et la gestion des sites d’orpaillage, tout en envoyant un signal fort à l’ensemble des administrateurs locaux sur leur responsabilité dans la sécurisation des exploitations minières.

Réforme législative pour un meilleur encadrement

Le gouvernement a également décidé de procéder à une relecture de certains textes juridiques. L’objectif principal est d’interdire toute transaction sur les équipements saisis dans le cadre des activités minières illégales. Actuellement, ces engins sont souvent restitués à leurs propriétaires après des transactions, ce qui permet aux exploitants illégaux de reprendre leurs activités. Désormais, les matériels confisqués seront affectés au patrimoine de l’État.

Cette réforme permettra également de mieux encadrer l’exploitation minière artisanale, notamment en limitant les pratiques polluantes et dangereuses pour l’environnement.

Suspension des permis d’exploitation pour les étrangers et dissolution du Conseil municipal de Dabia

Dans un souci de restaurer la souveraineté nationale sur l’exploitation des ressources minières, les autorités ont décidé de suspendre les permis d’exploitation octroyés à des personnes de nationalité étrangère. Cette mesure, qui sera mise en œuvre par les collectivités territoriales, vise à lutter contre l’exploitation incontrôlée des ressources naturelles par des acteurs étrangers opérant souvent en dehors des normes environnementales et sécuritaires.

Enfin, le Conseil des ministres a décidé de lancer la procédure de dissolution du Conseil municipal de Dabia, accusé de laxisme dans la gestion et le contrôle des activités d’orpaillage dans sa juridiction. Cette décision s’inscrit dans une volonté plus large de restaurer l’autorité de l’État et de responsabiliser les élus locaux face aux enjeux de la protection des populations et de l’environnement.

Une volonté affichée de renforcer l’autorité de l’État

Avec ces nouvelles décisions, le gouvernement affirme son engagement à mettre fin aux pratiques anarchiques dans l’exploitation minière artisanale et à garantir une meilleure protection des citoyens. Le renforcement du cadre légal et des sanctions vise non seulement à prévenir de nouveaux drames humains, mais aussi à assurer une exploitation plus responsable des ressources naturelles du pays.

Ces mesures seront appliquées sans délai, et les autorités assurent que d’autres actions suivront pour renforcer encore davantage la réglementation du secteur minier.

Ibrahim K Djitteye 

6 mars 2025 0 comments
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Vote au Sénégal
Analyses

Démocratie africaine : un principe modulable selon les intérêts des dirigeants ?

by Ibrahim Kalifa Djitteye 5 mars 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 6 minutes read

Les récentes évolutions politiques en Afrique de l’Ouest et centrale révèlent une gouvernance de plus en plus contestée, où les principes démocratiques sont appliqués de manière sélective. Entre tensions en Guinée-Bissau, retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger, et la candidature du général Oligui Nguema au Gabon après un coup d’État, l’on peine à garantir la stabilité et la démocratie sur le continent. L’Union africaine, censée jouer un rôle central dans la gouvernance et la médiation, apparaît souvent passive, incapable d’imposer des solutions durables face aux dérives autoritaires et aux crises institutionnelles qui secouent le continent.

La mission politique dépêchée par la CEDEAO et l’UNOWAS en Guinée-Bissau avait pour objectif d’apaiser les tensions et de préparer le terrain pour des élections en 2025. Cependant, l’initiative a été brusquement interrompue par des menaces d’expulsion de la part du président Umaro Sissoco Embaló. Ce qui témoigne de l’existence d’une hostilité croissante du pouvoir envers les interventions extérieures.

Ce rejet de la médiation internationale met en lumière une tendance fréquente en Afrique où les dirigeants en place refusent d’être soumis à des mécanismes de contrôle, même lorsqu’ils sont censés garantir un processus démocratique équitable.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que le président Embaló lui-même plaide pour une transition rapide et des élections au Mali, au Burkina Faso et en Guinée, où des autorités militaires sont au pouvoir. Cette posture démontre une application sélective des principes démocratiques selon les intérêts des gouvernants.

L’expulsion de la mission marque une rupture entre la CEDEAO et le pouvoir bissau-guinéen, qui pourrait compliquer davantage l’organisation des élections de 2025. La réaction de la communauté internationale est attendue pour déterminer si la Guinée-Bissau pourra bénéficier d’un cadre électoral transparent ou si elle s’enfoncera dans une crise institutionnelle.

Rumeurs et annonce officielle de candidature du président de la transition

Au Gabon, la période électorale est également marquée par des turbulences. Une rumeur persistante annonçant la démission de l’armée du président de la transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a circulé avant d’être officiellement démentie par la présidence. Cet épisode souligne les dangers de la désinformation dans un contexte politique sensible.

Toutefois, la véritable information majeure est l’annonce officielle de la candidature d’Oligui Nguema à l’élection présidentielle du 12 avril 2025. Cette décision interroge sur la sincérité du processus de transition engagé après le coup d’État ayant renversé Ali Bongo en août 2023. En se portant candidat, le chef de la transition suit une tendance répandue en Afrique où les dirigeants militaires, censés organiser un retour à l’ordre constitutionnel, finissent par s’imposer comme candidats à la présidentielle.

Ce phénomène pose un problème de légitimité démocratique. Les coups d’État militaires sont largement critiqués par la communauté internationale, mais les « coups d’État constitutionnels », où les dirigeants prolongent leur pouvoir à travers des manœuvres électorales ou des modifications des règles du jeu politique, sont souvent tolérés. L’Afrique est ainsi confrontée à une contradiction majeure. Des pressions externes pour limiter les mandats présidentiels et des réalités internes où les chefs d’État cherchent à se maintenir indéfiniment au pouvoir.

Une gouvernance en crise et une démocratie à double vitesse

L’actualité récente en Guinée-Bissau et au Gabon met en évidence une gouvernance africaine marquée par la résistance des dirigeants face aux principes démocratiques. Alors que la CEDEAO peine à imposer ses normes en matière de transition politique, des chefs d’État utilisent à leur avantage les failles du système pour consolider leur pouvoir.

L’Union africaine, de son côté, peine à assumer son rôle de garant de la gouvernance sur le continent. Souvent critiquée pour son immobilisme, elle apparaît inefficace face aux crises politiques récurrentes. Son manque de fermeté à l’égard des dirigeants qui modifient les constitutions ou retardent les élections renforce le sentiment d’une démocratie à double vitesse, où certaines pratiques sont tolérées tandis que d’autres sont sévèrement réprimées.

L’enjeu majeur pour l’Afrique reste donc la crédibilité des processus électoraux et la capacité des institutions régionales et internationales à garantir une véritable alternance politique. Tant que les dirigeants refuseront d’être jugés par les mêmes critères qu’ils imposent aux autres, la stabilité démocratique du continent restera fragile.

La CEDEAO, une organisation en crise et en perte de légitimité

La Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), créée pour promouvoir l’intégration régionale et la stabilité politique, traverse aujourd’hui une crise profonde. Son incapacité à gérer efficacement les transitions politiques et son application sélective des principes démocratiques ont terni son image. L’expulsion de la mission de médiation en Guinée-Bissau par le président Umaro Sissoco Embaló, pourtant ancien président en exercice de l’organisation, illustre ces contradictions. Tandis que la CEDEAO impose des sanctions sévères aux régimes militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger, elle reste silencieuse face aux chefs d’État qui modifient les constitutions pour s’éterniser au pouvoir, renforçant ainsi le sentiment d’injustice parmi les populations.

Le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger en janvier 2025 marque un tournant majeur pour l’organisation. Ce qui remet en cause son rôle et son influence. Ces États dénoncent une CEDEAO jugée partiale, inefficace face aux crises sécuritaires et trop alignée sur des intérêts étrangers. En parallèle, l’organisation peine à maintenir son autorité dans les pays où elle est encore présente, comme en Guinée-Bissau, où son incapacité à s’imposer face au pouvoir en place expose ses faiblesses. Pour éviter une implosion, la CEDEAO devra impérativement se réformer, en appliquant des règles cohérentes et en intégrant davantage les aspirations des peuples qu’elle est censée représenter.

Une Union africaine spectatrice des crises

Face à ces défis, l’Union africaine apparaît tout aussi impuissante. Présentée comme l’organe suprême de gouvernance continentale, elle peine à imposer une ligne directrice claire en matière de respect des principes démocratiques. Son rôle dans la gestion des crises en Afrique de l’Ouest et centrale reste largement symbolique, souvent limité à des déclarations sans impact réel sur le terrain.

L’absence de sanctions uniformes, l’inaction face aux modifications constitutionnelles abusives et son incapacité à anticiper les crises font de l’Union africaine un spectateur plutôt qu’un acteur du changement. Tant qu’elle ne se dotera pas de mécanismes plus contraignants et d’une volonté politique forte pour garantir la démocratie sur le continent, elle continuera d’être perçue comme un organe inefficace, incapable d’empêcher l’instabilité chronique qui frappe l’Afrique.

Ibrahim K. Djitteye 

5 mars 2025 0 comments
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