Accès aux vaccins anti-covid-19 : « Les pays africains ne peuvent compter que sur les donateurs » (Mamady Traoré)

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Invité sur la chaîne de télévision française TV5 Monde, samedi 26 décembre 2020, Mamady Traoré, médecin et référent vaccination et réponses aux épidémies chez Médecins sans Frontières France (MSF), a expliqué la position de l’Afrique dans la course au vaccin contre la Covid-19. Il rassure néanmoins que plusieurs mécanismes d’action sont envisagés pour donner accès à ces populations à ces vaccins.

Alors que plusieurs pays dans le monde sont engagés dans une course effrénée pour le vaccin anti-covid, les pays africains restent des spectateurs. Comme cause de cet état de fait, Mamady Traoré explique, au cours de son intervention sur TV5 Monde le samedi dernier, que « les pays africains ne peuvent compter que sur les donateurs pour pouvoir avoir ces vaccins ». Parce que l’Afrique ne serait pas en mesure de lancer l’achat de doses de vaccins anti-Covid sans l’aide de ses donateurs extérieurs.

Covax AMC pour assurer un accès équitable au vaccin

Toutefois, GAVI (l’Alliance globale pour les Vaccins et l’Immunisation) a mis en place COVAX AMC pour accélérer le développement et la fabrication des vaccins contre la Covid-19, et surtout de garantir un accès juste et équitable à tous les pays du monde.

Aux dires de M. Traoré, cette action permettrait également aux pays à ressources faibles d’avoir le vaccin à des prix raisonnables, à savoir entre 1,5 et 2 dollars par dose pour les pays en développement (contre environ 37 dollars par dose chez Moderna, et 20 dollars pour Pfizer/BioNTech.)

Notons qu’un gros défi de financement persiste également par rapport à ce mécanisme puisque, explique M. Traoré, « il est encore difficile de savoir quand le premier vaccin Covax AMC arrivera en Afrique. »

« Stocker des vaccins à des températures négatives »

Pour trouver une solution idéale à cette situation, les pays africains semblent plus que déterminés à négocier un partenariat directement avec un laboratoire. « Les pays qui sont proches de la Chine vont négocier avec elle pour avoir le vaccin Sinopharm et ceux qui ont les liens forts avec la Russie vont faire de même pour avoir leur vaccin Spountnik-V », a laissé entendre Mamady Traoré.

Le problème de financement ou d’accès au vaccin n’est pas la seule problématique autour de l’introduction de ce vaccin en Afrique. Un problème technologique pourrait également se poser. Ce qui conduit M. Traoré à souligner, au cours de cet entretien, la possibilité de partager ou de transférer les technologies adaptées à la conservation de ces vaccins vers les pays à ressources faibles et moyennes. « Le vaccin de Pfizer/BioNTech n’est pas adapté au contexte africain, parce que stocker des vaccins à des températures négatives, c’est un gros défi », a-t-il fait remarquer.

Toutefois, il indique qu’il y a d’autres vaccins en développement et qui sont beaucoup plus adaptés au contexte africain, comme celui du laboratoire AstraZeneca, qui peut être conservé entre 2 à 8 degrés.

Problème de transparence

Face à tous ces problèmes autour de l’accès des pays africains aux vaccins anti-covid, M. Traoré souligne l’existence d’un manque de transparence dans l’acquisition des vaccins anti-covid. « Nous sommes dans une véritable course », a-t-il dit avant d’indiquer que « l’Afrique reste le continent le moins affecté aujourd’hui par le Covid, et la mortalité jusqu’à ce jour est à moins de 80 000 décès. »

Au cours de cette interview, Mamady Traoré a lancé un appel à penser à une utilisation optimale des ressources mises en place dans le cadre de la vaccination contre la covid dans le contexte africain. Une fois que le vaccin sera introduit, le médecin et référent vaccination et réponses aux épidémies chez Médecins sans Frontières France (MSF)demande de cibler d’abord les personnes faisant une forme sévère de la maladie, afin de réduire la mortalité.

Bakary Fomba

Bakary FOMBA
Bakary FOMBA
Né à Kounambougou (région de Koulikoro), Bakary Fomba est enseignant de formation. Journaliste-blogueur, membre de Doniblog, la Communauté des Blogueurs du Mali. Il est également contributeur à Benbere, plate-forme des blogueurs maliens. Il est présentement le Directeur de la rédaction du site web d’informations générales, d’analyses, d’enquêtes et de vérification des faits saheltribune.com

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