Pour la 626e fois, la ville de San a commémoré ce jeudi le rite ancestral du Sanké Mô, cérémonie de pêche collective autour de la mare Sanké. Un événement qui transcende le folklore pour incarner l’identité et la cohésion d’un peuple — et que l’État malien entend faire rayonner bien au-delà des rives du Bani.
Certaines traditions résistent au temps mieux que les empires. Le Sanké Mô en est la preuve vivante. Ce jeudi 11 juin 2026, la ville de San, au centre du Mali, a ouvert la 626e édition de ce rite multiséculaire, l’une des cérémonies culturelles les plus anciennes et les plus emblématiques du continent africain. La cérémonie officielle d’ouverture s’est tenue en présence des autorités administratives, politiques, coutumières et religieuses, ainsi que de délégations venues de l’ensemble des régions du Mali et de la diaspora malienne — témoignage de l’attachement profond que cette célébration suscite bien au-delà des frontières de San.
Le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme était représenté par une délégation conduite par Amadou Diabaté, chargé de mission, accompagné de Moulaye Coulibaly, directeur national du Patrimoine culturel. Portant les salutations du Président de la Transition, le général Assimi Goïta, M. Diabaté a salué l’engagement des communautés locales dans la préservation et la transmission de cette pratique « multiséculaire, inscrite au patrimoine culturel national et porteuse de valeurs de solidarité, de paix et d’unité ».
Une origine liée à la fondation de la cité
Le Sanké Mô — littéralement « pêche collective dans la mare Sanké » en bamanankan — plonge ses racines dans la fondation même de la cité de Santoro ni Karantela, l’ancienne appellation de San. Organisé chaque année le deuxième jeudi du septième mois lunaire, le rite commémore cet acte fondateur et rassemble les différentes communautés qui composent la ville et sa région. Il se déroule autour de la mare Sanké, étendue d’eau douce dont les populations locales ont fait le théâtre d’une liturgie collective : des milliers de participants se jetant dans les eaux pour capturer le poisson à mains nues, dans un élan à la fois symbolique et communautaire.
Bien plus qu’une fête de village, le Sanké Mô est reconnu comme un acte de mémoire collective qui perpétue les liens entre les générations, rappelle les pactes fondateurs de la cité et réaffirme, année après année, que les différentes composantes de la société sanoise partagent une même origine et un même destin. C’est cette dimension de ciment social qui a valu au Sanké Mô son inscription sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO — une reconnaissance internationale qui rejaillit sur l’ensemble du Mali.
Un levier économique et touristique à valoriser
Si le Sanké Mô est d’abord un acte culturel et spirituel, il génère aussi une dynamique économique locale non négligeable. L’afflux de visiteurs — Maliens de l’intérieur, membres de la diaspora, touristes étrangers attirés par l’authenticité de la cérémonie — alimente l’hôtellerie, la restauration et l’artisanat local pendant plusieurs jours. Les griots, musiciens, artisans et commerçants trouvent dans cette mobilisation annuelle une occasion de revenus qui compte dans l’économie de San.
C’est précisément cet axe que le ministère entend renforcer. En affichant sa présence à San et en positionnant le Sanké Mô comme un événement d’envergure nationale, les autorités envoient un signal aux opérateurs du tourisme culturel : le Mali dispose d’un patrimoine immatériel exceptionnel, encore insuffisamment exploité sur le plan touristique. La cérémonie de San rejoint dans cette logique d’autres grands rendez-vous du calendrier culturel malien — le Festival sur le Niger de Ségou, le Festival du Désert de Tombouctou ou les célébrations dogon — qui constituent autant de vitrines d’un pays riche d’une diversité culturelle rare en Afrique de l’Ouest.
Patrimoine et souveraineté culturelle
La valorisation du Sanké Mô s’inscrit aussi dans un contexte politique particulier. Depuis l’arrivée des autorités de la Transition, le discours sur la souveraineté culturelle occupe une place croissante dans le narratif officiel : affirmer l’identité malienne, ses traditions, ses langues et ses savoirs comme des ressources à défendre et à promouvoir. Dans ce cadre, le soutien institutionnel à une cérémonie qui existe depuis 626 ans — bien avant l’État malien lui-même — revêt une cohérence symbolique évidente.
Pour les habitants de San et les communautés qui gravitent autour de la mare Sanké, la 626e édition de leur rite fondateur est avant tout une célébration intime, une affaire de famille au sens large du terme. Mais c’est aussi, pour le reste du monde, un rappel que l’Afrique abrite des traditions vivantes d’une profondeur historique que peu de civilisations peuvent égaler. Rendez-vous est pris, l’année prochaine, pour la 627e édition.
Chiencoro Diarra
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