Tchad : après Idriss Déby, plusieurs victimes civiles enregistrées

Tchad : après Idriss Déby, plusieurs victimes civiles enregistrées
Une manifestation dans la capitale du Tchad a conduit à plusieurs arrestations, le 6 février 2021. Crédit photo: VOA Afrique Image d'illustration.

La mort d’Idriss Déby Itno, ex-président tchadien, s’est soldée avec une montée de violence dans plusieurs villes du pays. Human Right Watch a documenté les faits et demande l’ouverture d’une enquête.

Adouksouma Balama Mathieu, un étudiant tchadien âgé de 26 ans, aurait été abattu par la police, le 27 avril 2021. Alors qu’il participait à des manifestations dans le quartier de Walia à N’Djamena, souligne Human Rights Watch dans un communiqué du 24 juin. « Nous avons brûlé des pneus et leur [la police ndlr] avons lancé des pierres. Ensuite, ils ont tiré à balles réelles à environ 20 à 30 mètres de nous. Balama a reçu une balle dans la cuisse, mais la police a continué à tirer », a confié un témoin à HRW qui aurait confirmé « les circonstances du meurtre de Balama avec un autre témoin et un membre de sa famille ».

Depuis la mort de l’ex-président tchadien, Idriss Déby Itno, suite à des blessures par balles au cours « d’affrontements entre rebelles et forces gouvernementales dans la province du Kanem occidental », les tensions sont vives au Tchad alors que le pays est dirigé par un Conseil militaire de transition (CMT), avec à la tête Mahamat Idriss Déby Itno, le fils du Maréchal du Tchad. Le CMT est largement critiqué. Plusieurs manifestations pour une transition dirigée par des civils et des élections crédibles ont eu lieu dans le pays.

Sept personnes tuées

Dans plusieurs villes à travers le Tchad, la tension était montée d’un cran. Des populations et des membres de la coalition Wakit Tama (« Le temps est venu », en arabe tchadien), qui regroupe des centaines de membres et sympathisants de partis d’opposition et d’organisations de la société civile, ont manifesté les 27 et 28 avril, puis les 8 et 19 mai. Motif des manifestations : contester l’interdiction des manifestations par le CMT, exiger une transition vers un régime civil, dénoncer le soutien initial de la France à la prise de pouvoir militaire et son ingérence présumée dans les affaires politiques tchadiennes, a rappelé Human Right Watch dans son communiqué du 24 juin.

À la suite de ces manifestations réprimées par les forces de l’ordre, les autorités militaires ont annoncé, le 28 avril dernier, la mort de six (6) personnes au cours des manifestations du 27 avril. De leur côté, des organisations de la société civile ont annoncé plutôt  la mort de 15 personnes et les blessures de 36 autres lors de ces manifestations, rapporte toujours HRW.

Les entretiens téléphoniques de cette organisation de défense des droits humains, entre le 29 avril et le 27 mai, ont permis « de confirmer la mort de sept personnes, dont six hommes tués à N’Djamena et un à Moundou, mais aussi  les blessures de sept personnes à N’Djamena et Doba ». Des entretiens corroborés par des récits des témoins à l’aide de dossiers médicaux, de déclarations officielles du Conseil militaire de transition, de photographies et de vidéos.  

Plus de 50 personnes « passées à tabac puis arrêtées »

Les sources de HRW indexent les forces de sécurité, notamment la police et les soldats, d’être à l’origine de ces exactions. « Dans deux cas, les victimes ont été tuées par des hommes armés non identifiés en tenue civile qui sont arrivés aux manifestations à peu près en même temps que les forces de sécurité, dans des véhicules banalisés, et ont tiré sur des civils en présence de membres des forces de sécurité en uniforme, qui ne sont pas intervenus », précise HRW. En plus, rapporte notre source, des forces de sécurité ainsi que des membres des autorités ont « arrêté, menacé et intimidé des témoins et des manifestants, dont des victimes qui recevaient des soins dans des centres de santé ».

Dans une déclaration en date du 28 avril, les autorités tchadiennes indiquent que des manifestants se sont attaqués à des forces de sécurité, ont endommagé des lieux publics et des propriétés privées. Selon le bilan dressé par les autorités du pays, une policière aurait été tuée, 15 véhicules des forces de sécurité détruits, deux stations-service à N’Djamena parties en fumée, au cours de ces manifestations du 27 avril. Au total, plus de 700 personnes auraient été arrêtées en lien avec ces manifestations des 27 et 28 avril.

Selon les témoignages recueillis par Human Rights Watch, plus de 50 personnes ont été « passées à tabac puis arrêtées par les forces de sécurité avant qu’elles ne soient transférées dans divers postes de police ».

Ce communiqué de Human right Watch contient plusieurs détails supplémentaires, des témoignages de survivants et de témoins de ces manifestations.

« Garantir une transition rapide et pacifique vers un régime civil »

Ces conclusions de HRW ont été transmises à Mahamat Ahmat Alhabo, le ministre de la Justice, le 11 juin, afin d’avoir « des réponses à des questions spécifiques, auxquelles il n’a pas répondu jusqu’à présent », rapporte notre source.

Le 5 mai dernier pourtant, Mahamat Ahmat Alhabo, sur les ondes de Radio France Internationale, a déclaré « que le procureur devrait ouvrir une enquête sur les arrestations, les décès et les blessures de manifestants les 27 et 28 avril ».

Selon Ida Sawyer, directrice adjointe de la division Afrique à Human Rights Watch, « la répression brutale exercée par le Tchad contre les opposants, les dissidents et d’autres personnes risque de plonger le pays davantage encore dans l’instabilité ». Elle exhorte les autorités tchadiennes à « immédiatement mettre un terme aux abus commis par les forces de sécurité et demander des comptes aux individus qui ont fait un usage excessif de la force contre des manifestants pacifiques ».

Ida Sawyer invite également « les personnes qui sont actuellement au pouvoir, avec le soutien de partenaires régionaux et internationaux [à ndlr] garantir une transition rapide et pacifique vers un régime civil et permettre l’organisation d’élections crédibles, libres et équitables ».

Fousseni Togola

Chiencoro

Chiencoro a plusieurs années d'expérience dans la presse écrite et le blogging au Mali. Il est présentement journaliste-reporter à Sahel Tribune.

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