Publié le 13 mars 2026, le rapport de 52 pages de l’Enquête nationale sur la démographie des entreprises du Sénégal (ENDES), réalisée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), dresse un état des lieux inédit du tissu entrepreneurial sénégalais. L’étude met en évidence une forte dynamique de création d’entreprises portée par des initiatives individuelles, mais aussi une fragilité structurelle marquée par la domination des très petites entreprises et des difficultés persistantes d’accès au financement.
Le Sénégal dispose d’un tissu entrepreneurial dynamique, marqué par une forte capacité de création d’entreprises mais également par une vulnérabilité structurelle. C’est l’un des principaux enseignements de l’Enquête nationale sur la démographie des entreprises du Sénégal (ENDES), réalisée par l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD). Cette étude d’ampleur offre une radiographie inédite de la vie des entreprises sénégalaises, depuis leur création jusqu’à leur disparition.
Un tissu entrepreneurial dominé par les très petites entreprises
Le premier constat révèle que l’économie sénégalaise repose très largement sur les très petites structures. Les très petites entreprises (TPE) représentent une écrasante majorité du tissu productif national, avec près de 99 % des entreprises recensées.
Les petites et moyennes entreprises restent marginales, tandis que les grandes entreprises occupent une place extrêmement réduite dans la structure économique du pays. Cette configuration confirme la forte fragmentation du tissu entrepreneurial sénégalais et souligne la prédominance de structures économiques de petite taille.
La plupart des entreprises recensées ont été créées ex nihilo : près de 96,9 % résultent d’une création pure, contre une minorité issue de reprises d’activité, d’héritages ou d’achats de fonds existants.
L’étude met également en évidence la forte tertiarisation de l’économie sénégalaise. Le commerce et les services concentrent la majorité des activités, tandis que les secteurs industriels et agricoles occupent une place plus limitée.
Cette structuration confirme l’importance du secteur marchand dans l’économie nationale, mais elle souligne également le besoin de diversification productive, notamment vers l’industrie et les activités à plus forte valeur ajoutée.
Des entrepreneurs majoritairement sénégalais et expérimentés
L’enquête révèle par ailleurs le profil des dirigeants d’entreprises. La grande majorité d’entre eux sont de nationalité sénégalaise, avec 95,7 % des chefs d’entreprise, contre seulement 4,3 % d’étrangers.
La tranche d’âge dominante se situe entre 35 et 64 ans, qui regroupe plus de 60 % des propriétaires ou dirigeants d’entreprises. Les jeunes entrepreneurs de moins de 35 ans restent quant à eux minoritaires, ce qui reflète les difficultés d’accès à l’entrepreneuriat pour cette catégorie de la population.
L’étude met aussi en évidence un déséquilibre entre les sexes : les entreprises dirigées par des hommes représentent 72,7 %, contre 27,3 % pour celles dirigées par des femmes.
Si la création d’entreprises est dynamique, leur pérennité demeure un défi majeur. L’enquête montre qu’une part importante des entreprises disparaît dans les premières années d’existence.
Après cinq ans d’activité, plus de la moitié des entreprises ont cessé leurs activités, ce qui illustre la fragilité du tissu entrepreneurial national.
Plusieurs facteurs expliquent ces difficultés : contraintes financières, problèmes de gestion ou environnement économique instable. Le taux global de fermeture atteint environ 27,4 %, selon les données de l’étude.
Des disparités régionales importantes
La pandémie de Covid-19 a également aggravé la situation. La concentration des fermetures entre 2019 et 2021, avec un pic en 2020, coïncide avec la période de fortes perturbations économiques provoquées par la crise sanitaire mondiale.
L’enquête a couvert l’ensemble du territoire sénégalais, avec un échantillon de 4 864 entreprises réparties dans les 14 régions du pays.
Les régions économiquement les plus dynamiques, comme Dakar et Thiès, concentrent logiquement la majorité des entreprises. Mais paradoxalement, ce sont aussi celles où les taux de fermeture sont les plus élevés, signe d’une concurrence économique intense et d’un environnement entrepreneurial exigeant.
Les défis de l’environnement des affaires
Au-delà du diagnostic, l’étude souligne plusieurs leviers pour renforcer la résilience du tissu productif sénégalais. L’amélioration de l’environnement des affaires, l’accès au financement et la mutualisation des initiatives entrepreneuriales apparaissent comme des priorités pour soutenir durablement la croissance des entreprises.
La promotion de la production nationale et l’accompagnement des entrepreneurs, notamment des jeunes et des femmes, sont également identifiés comme des axes stratégiques pour consolider le secteur privé et stimuler une croissance économique plus inclusive.
Au final, l’ENDES met en lumière un paradoxe caractéristique de nombreuses économies africaines : une forte vitalité entrepreneuriale, mais une fragilité structurelle qui limite la pérennité des entreprises.
Pour les autorités sénégalaises, l’enjeu consiste désormais à transformer cette dynamique de création en un véritable moteur de développement durable, capable de générer davantage d’emplois, de valeur ajoutée et d’innovation.
A.D
En savoir plus sur Sahel Tribune
Subscribe to get the latest posts sent to your email.
