En réponse aux restrictions imposées par Washington à ses ressortissants, Bamako applique à son tour le principe de réciprocité. L’entrée des citoyens américains sur le territoire malien est désormais suspendue, à l’exception des diplomates, des sportifs et des résidents permanents. Une mesure ferme mais nuancée, symbole d’un nouvel équilibre diplomatique entre les deux pays.
Les relations déjà fragiles entre le Mali et les États-Unis connaissent une nouvelle zone de turbulence. En réponse à la décision américaine de restreindre davantage l’accès à son territoire pour les ressortissants maliens, Bamako a annoncé la suspension, « jusqu’à nouvel ordre », de l’entrée des citoyens américains sur le sol malien. Une mesure justifiée par le « principe de réciprocité » et qui confirme la volonté des autorités maliennes de défendre leur souveraineté diplomatique face à ce qu’elles qualifient de décisions « unilatérales et injustifiées ».
Une décision américaine jugée « injuste et sans concertation »
Le 16 décembre 2025, Washington a annoncé un durcissement des conditions d’entrée aux États-Unis pour plusieurs pays, dont le Mali, invoquant des « raisons sécuritaires ». Dans son communiqué du 30 décembre, le ministère malien des Affaires étrangères a dit « prendre acte » de cette décision tout en déplorant qu’elle ait été prise « sans la moindre concertation préalable ». Le gouvernement malien a dénoncé un prétexte sécuritaire « en contradiction avec les réalités du terrain » et y voit une mesure « dont la motivation est à rechercher ailleurs ».
Cette première réaction posait les bases d’une riposte diplomatique ferme : le Mali appliquerait « les mêmes conditions et exigences » aux ressortissants américains, en application du principe de réciprocité consacré par le droit international.
Entrée suspendue pour les Américains, avec de rares exceptions
Dans un second communiqué daté du 2 janvier 2026, le ministère des Affaires étrangères a précisé les modalités d’application de cette mesure. L’entrée des ressortissants américains est désormais « totalement suspendue », sauf pour trois catégories :
- les citoyens américains résidant de manière permanente au Mali ;
- les détenteurs de visas valides ;
- certaines catégories spécifiques, notamment les diplomates, athlètes ou personnalités dont la présence sert « les intérêts de la République du Mali ».
Le gouvernement précise que la mesure « fera l’objet d’une évaluation appropriée » et que toute évolution sera rendue publique « par les voies habituelles ».
Une diplomatie de souveraineté affirmée
Cette décision s’inscrit dans la continuité de la ligne diplomatique du Mali depuis 2021, fondée sur l’affirmation de la souveraineté nationale et la reconfiguration de ses alliances. Après le départ des forces françaises, la rupture progressive avec les partenaires occidentaux et le rapprochement stratégique avec la Russie, Bamako affiche une constance : ne plus subir les injonctions extérieures.
À travers cette mesure de réciprocité, le gouvernement malien rappelle que les relations internationales doivent se fonder sur le respect mutuel et l’égalité souveraine des États.
Ce nouvel épisode intervient dans un contexte régional marqué par le recentrage stratégique des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Mali, Niger et Burkina Faso — qui prônent une diplomatie affranchie de la tutelle occidentale.
Dans l’attente d’une réaction officielle de la Maison Blanche, la décision malienne confirme l’ancrage d’un nouveau rapport de forces diplomatique dans le Sahel : celui de nations qui entendent parler d’égal à égal avec les grandes puissances.
A.D
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