Mali : cherté de la vie, crises en série, au cœur d’un autre malaise chez les populations

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A Bamako, les populations font face à d’énormes difficultés : flambée des prix dans les stations d’essence, dans le secteur du transport en commun, mais aussi dans les marchés locaux. Des Maliens s’expriment sur cette situation du pays marquée par des inflations à tout azimut. Reportage.

Ce jour-là, beaucoup de véhicules occupaient les abords d’une station d’essence « Songho », située à Moribabougou, sur la route de Koulikoro. Ce fil indien était dominé par des camions et bennes transportant du sable et du gravier provenant du fleuve Niger à Koulikoro. Cette scène s’explique par la presque « rareté de gasoil dans nos stations locales », s’écrie un chauffeur impatient de suivre le rang jonché à perte de vue.

L’invasion russe de l’Ukraine a considérablement frappé le secteur pétrolier de façon internationale. Les prix de l’essence et gas-oil ont connu une inflation spectaculaire partout en Afrique de l’Ouest, et Bamako en souffre depuis un moment.

Pour un conducteur d’un véhicule, « cette pénurie de gasoil provient [également] de la grève des syndicats des stations d’essence étrangères présentes dans le pays [Oryx, Total, Shell, en l’occurrence]. »

Au Mali, les récentes augmentations des prix du carburant créent un malaise au sein de la population. Depuis le 17 mars dernier, le prix d’essence a grimpé de près de 100 francs CFA et celui du gas-oil de près de 200 francs CFA.

Transport en commun

Depuis l’annonce de l’inflation sur les prix de l’essence et gasoil, les transports en commun à Bamako, ont aussi augmenté leurs prix. Les tarifs de la camionnette verte quadrillant quotidiennement la capitale malienne, les « Sotrama », ont connu une hausse de 25 à 50 francs CFA, souvent même à 100 francs CFA. « Les prix reviendront à la normale dès que la situation sera stable », selon un Syndicat des transporteurs de Sotrama que nous avons rencontré.

A l’auto gare de Sogoniko, en commune VI de Bamako, des va-et-vient sont incessants ce jour-là. La place des compagnies de transport est prise d’assaut par des voyageurs armés de grosses valises, d’autres des mini sacs en bandoulières. De docker drapé dans un t-shirt noir porte sur sa crâne un immense sac.

Le prix Bamako- Sikasso (troisième région administrative du Mali) inquiète cependant notre voyageur en t-shirt noir : « Le tarif de transport a presque doublé, c’est à 8000 franc CFA maintenant alors que c’était 6000 f CFA avant ». Il ajoute : « C’est vraiment dur. Je m’inquiète beaucoup pour la situation du pays avec toutes ces difficultés. »

À côté de ces difficultés du secteur pétrolier, la situation du pays demeure tendue. L’impact de l’embargo brille sur les signaux de l’économie du pays.

Ambiance tendue au marché

Situé aux abords de la route de Koulikoro, le marché de Moribabougou grouille de monde ce matin ensoleillé de jeudi 19 Mai 2022. Des inquiétudes sur la situation sociopolitique du pays animent énormément les discussions « Tous les produits ont presque connu une inflation spectaculaire, parfois c’est dépourvu de sens, martèle une cliente excédée par le prix des légumes. Chaque jour, tu viens trouver que le prix de tel ou tel produit a augmenté. C’est inquiétant. »

L’ambiance dans certains marchés faubouriens de Bamako demeure très tendue entre consommateurs et commerçants. Au sujet de la flambée des produits, dont certains clients reprochent aux commerçants d’être « la cause ». Du moins, c’est ce que pense Moussa Sy, client rencontré au marché. « Nous sommes dans une période difficile de notre existence. Et certains commerçants n’ont trouvé d’autre moment pour jouer cette méchanceté que maintenant. De jour au lendemain, les prix montent sans limite », regrette-t-il.

Pour rappel, les autorités ont annoncé plusieurs mesures consistant à régulariser les prix de certaines denrées importées et vivement consommées. Mais le constat est tout autre dans les marchés notamment chez ce commerçant que nous nommons « Vieux », pointé du doigt par ses clients pour la cherté de ses produits.

« Depuis le début de l’embargo, il y a eu des difficultés sur des produits importés. C’est ce qui assujettit nos marchés aujourd’hui. Nos grossistes nous donnent des produits à des prix très chers. C’est pourquoi nous aussi, nous les revendons de telle sorte que nous ne puissions pas perdre. », se défend le commerçant détaillant tout en souriant.

Il est important de rappeler que nonobstant cette crise pétrolière frappant le marché mondial actuellement, le Mali vit un isolement frontalier avec ses pays voisins de la Cédéao depuis le 09 janvier 2022. Cet embargo est caractérisé par le bras de fer tendu entre les autorités de la transition malienne et l’Organisation ouest-africaine sur le délai de la transition et l’organisation des élections. Le pays est également confronté à une crise sécuritaire depuis 2012.

Mohamed Camara

Mohamed Camara
Mohamed Camarahttps://saheltribune.com
Mohamed Camara est détenteur d’une licence en lettres modernes, décrochée en 2019 à la Faculté des lettres, des langues et des sciences du langage (FSL), Université des lettres et des sciences humaines de Bamako (ULSHB). Il évolue dans la presse, son métier de prédilection, depuis 2018. En 2021, il est certifié journaliste culturel suite à une formation de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ). Il a travaillé pour plusieurs journaux dont le projet Kéniéba Média dont il était le coordinateur, et lemalien.com. Il travaille actuellement pour Reflet d’Afrique (Journal hebdomadaire local de Bamako, depuis 2020) et Sahel Tribune (mai 2022). Mohamed Camara aime la lecture, la musique et les échanges interindividuels afin de mieux affiner ses connaissances.

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