Liberté de la presse au Sahel : les médias demeurent résilients et dynamiques malgré les difficultés

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Publiée le 3 mai 2022, la 20ème édition du classement mondial de la liberté de la presse (RSF) place les États du Sahel dans un tableau toujours sombre. Leurs médias demeurent cependant résilients et dynamiques.

Pour l’année 2022, le Mali a perdu son rang de 99ème sur 180 pays dans le classement annuel de la liberté de la presse de Reporters Sans Frontières (RSF). Publié dans le cadre de la célébration de la Journée Internationale de la Liberté de la Presse, ce rapport classe, en d’autres termes, le Mali 111ème sur 180 pays évalués. Ce qui fait de ce pays, dernier de la région sahélienne. 

Selon le rapport du RSF, au Mali, « la dégradation de la situation sécuritaire, conjuguée au durcissement de la junte arrivée au pouvoir en 2020, compromet la sécurité et l’accès des journalistes aux informations ».

Contrairement à son voisin malien, le Niger reste résilient sur son rang de 59ème, comme l’année précédente. Le Burkina Faso, le champion de la liberté de la presse et du dynamisme médiatique, régresse également cette année. De sa 37ème place en 2021, le pays des hommes intègres se retrouve à la 41ème place, cette année. Quant au Tchad, il s’octroie une place dynamique de 104ème. Ce qui l’honore plus que ses rangs précédents. La Mauritanie s’affaisse sur le banc de 97ème : une régression par rapport à 2021, où elle fut 94ème.

Historiquement, tous ces États du Sahel ont commencé à s’ouvrir véritablement aux médias à partir des années 90 et 91. Après le déclin des régimes militaires et autoritaires qui avaient propagé la censure, et le monopole de la parole.

Au Mali, plus particulièrement, l’avènement de la démocratie et du multipartisme en mars 1991, après la chute du règne dictatorial de Moussa Traoré, a favorisé un climat de libération des médias. Le pays compte aujourd’hui, selon RSF, plus de 120 journaux, 500 radios et une dizaine de chaînes de télévision – y compris régionales. Aussi faut-il noter également l’émergence des sites d’informations ces dernières années. « Ces nouveaux organes de presse sont venus concurrencer les médias publics : ORTM pour l’audiovisuel et L’Essor pour la presse écrite », souligne le rapport du RSF.

Difficultés de la presse malienne

Le double coup d’état d’août 2020 et mai 2021 ont mis les journalistes dans une situation d’incertitudes et d’inquiétudes. La situation sécuritaire fragile du pays depuis une décennie, « exaspéré(e) » sous la transition politique, a créé une détérioration du climat médiatique au Mali. 

« Les journalistes sont particulièrement fragilisés par la situation politique et le durcissement de la junte au pouvoir, qui s’est attirée les foudres de l’opposition et des principaux partenaires du pays en refusant d’organiser des élections selon le calendrier initialement prévu », mentionne le rapport du RSF sur le Mali. 

« Les pressions pour un « traitement patriotique” des informations se multiplient, et les médias publics sont inféodés à leur autorité de tutelle, poursuit le RSF. Le nouveau processus d’accréditation pour les journalistes étrangers est particulièrement intrusif et attentatoire au secret des sources ». Pour le RSF, ce nouveau processus d’accréditation « pourrait être utilisé pour restreindre l’accès au Mali ou surveiller l’activité des reporters ». Il rappelle : « Début 2022, un journaliste français [Benjamin Roger, Jeune Afrique] s’est fait expulser moins de 24 heures après son arrivée ». 

Derrière ces difficultés liées au contexte politique, les médias et journalistes maliens vivent économiquement dans une grande précarité. Ce qui les expose aux influences et à la corruption. « Ces difficultés ont été accrues par la baisse des recettes publicitaires due à la crise sanitaire et l’arrêt total, ces trois dernières années, de l’aide publique à la presse », indique RSF. 

Selon son rapport annuel, travailler en dehors de la capitale Bamako reste profondément risquant pour les journalistes, comme en atteste l’enlèvement du reporter français Olivier Dubois à Gao, le 8 avril 2021. Une année aujourd’hui. « Dans les régions, l’insécurité et la présence de groupes armés mettent les journalistes sous pression, même si les menaces physiques sont plutôt rares, explique Reporters sans frontières. La disparition et la probable mort dans les prisons secrètes de la Sécurité d’État du journaliste Birama Touré, en 2016, rappelle que l’usage de la méthode forte pour faire taire un journaliste existe. »

Peine toujours à relever le challenge

Cette vaste région, qui englobe une grande partie de l’Afrique occidentale et centrale, peine toujours à relever le challenge de l’insécurité et de l’instabilité politique qui l’annihile en pleine gorge. Ces difficultés ont entraîné une attaque spectaculaire contre le journalisme ces derniers temps. L’année dernière, 2021, deux journalistes espagnols ont été tués au Burkina Faso (41ème) ; Ghislaine Dupont et son confrère Claude Verlon (2013), l’enlèvement du reporter français Olivier Dubois et d’autres journalistes locaux par les groupes armés terroristes au Mali (111ème). Plusieurs journalistes ont été également expulsés du Benin (121ème), au Mali et au Burkina Faso.

A travers ce classement 2022 du RSF, les résultats contractés par les pays sahéliens, prouvent que malgré les difficultés liées à la liberté de la presse et de l’information, les médias du Sahel demeurent résilients et dynamiques. Le Burkina demeure jusqu’à présent champion de la liberté de l’information et de la presse, même s’il a régressé par rapport à ses résultats précédents. Mais la transition militaire en cours menace l’accès à l’information au pays des hommes intègres. Le Niger, le Tchad et la Mauritanie sont sur la bonne perspective à travers leurs rangs obtenus cette année dans le classement du RSF.

Mohamed Camara 

Mohamed Camara
Mohamed Camarahttps://saheltribune.com
Mohamed Camara est détenteur d’une licence en lettres modernes, décrochée en 2019 à la Faculté des lettres, des langues et des sciences du langage (FSL), Université des lettres et des sciences humaines de Bamako (ULSHB). Il évolue dans la presse, son métier de prédilection, depuis 2018. En 2021, il est certifié journaliste culturel suite à une formation de la Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ). Il a travaillé pour plusieurs journaux dont le projet Kéniéba Média dont il était le coordinateur, et lemalien.com. Il travaille actuellement pour Reflet d’Afrique (Journal hebdomadaire local de Bamako, depuis 2020) et Sahel Tribune (mai 2022). Mohamed Camara aime la lecture, la musique et les échanges interindividuels afin de mieux affiner ses connaissances.

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