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Le JNIM, nouveau bras armé d’une guerre économique contre la transition malienne

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Les attaques du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) se multiplient contre les entreprises au Mali. Cette recrudescence est une stratégie de déstabilisation soigneusement orchestrée. Derrière ce « jihad économique » qui frappe au cœur des intérêts miniers et industriels du pays, il faudrait voir la main de puissants sponsors du terrorisme, inquiets d’une transition militaire décidée à rompre avec les anciennes tutelles.

Depuis plusieurs mois, le Mali subi une intensification des attaques du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), affilié à al-Qaïda. Derrière cette recrudescence se cache un vaste complot international visant à affaiblir l’État malien et à saboter la souveraineté économique du pays, alors même que Bamako tente de se libérer de la tutelle occidentale.

Le « jihad économique », une arme contre la stabilité

Le JNIM semble systématisé le « jihad économique », une stratégie consistant à frapper les entreprises, les infrastructures et les flux commerciaux pour étouffer les finances publiques maliennes. Routes bloquées, convois incendiés, enlèvements d’étrangers, imposition de taxes illégales dans les zones sous contrôle jihadiste. Les tactiques se multiplient, notamment dans la région de Kayes, cœur économique du pays et principal bassin aurifère du Mali.

Or, pour de nombreux observateurs à Bamako, cette logique dépasse la simple guérilla idéologique. Il s’agit d’une guerre économique orchestrée pour étrangler le pays et dissuader les investisseurs étrangers.

Les 11 et 12 janvier 2026, des centaines de combattants lourdement armés ont mené une série d’assauts simultanés contre plusieurs sites industriels dans le cercle de Bafoulabé,  notamment les usines Diamond Cement, Stones et Carrières et Chaux du Mali. Les images diffusées sur les réseaux sociaux montraient des incendies d’une intensité rare et des panaches de fumée visibles à des kilomètres à la ronde.

Ces attaques, menées avec une coordination inhabituelle, auraient bénéficié d’un appui logistique extérieur. Ce qui relance les interrogations sur l’origine des financements et des armes utilisées par les assaillants.

Les entreprises étrangères dans le viseur

Depuis 2024, les entreprises étrangères, en particulier dans le secteur minier, sont devenues la cible privilégiée du JNIM. La suspension des activités d’extraction chinoises à l’été 2025, après une vague d’enlèvements, a eu un effet domino sur les investissements régionaux.

Au moins 26 ressortissants étrangers ont été enlevés entre mai et octobre 2025, selon les données d’organisations indépendantes. Les rançons exigées, parfois estimées à plusieurs dizaines de millions de dollars, constituent, une source majeure de financement du terrorisme dans la région. Le terrorisme n’a pas les moyens d’une telle sophistication sans un soutien étatique ou privé extérieur, ou simplement des « sponsors du chaos » décidés à punir les autorités maliennes de la transition pour leur indépendance politique.

Un blocus économique aux allures d’ingérence

Depuis fin 2025, le Mali subit un blocus informel du carburant et des marchandises en provenance du Sénégal et de la Côte d’Ivoire, corridors aujourd’hui partiellement contrôlés ou harcelés par les groupes armés. Cette asphyxie économique progressive, pénuries d’essence, flambée des prix alimentaires, ralentissement des chantiers publics, est une arme politique dissimulée derrière la bannière du jihad.

Il ne s’agit plus seulement d’un conflit contre le terrorisme, mais d’une guerre hybride, mêlant attaques armées, manipulations économiques et opérations de communication visant à miner la légitimité du pouvoir de transition.

Depuis son arrivée au pouvoir en 2020, les autorités maliennes de la transition ont  rompu avec plusieurs partenaires traditionnels, privilégiant de nouvelles alliances régionales et internationales. Cette orientation aurait « dérangé » certains acteurs extérieurs qui voient dans la perte d’influence au Mali un revers géopolitique majeur.

Dans ce contexte, la recrudescence des attaques du JNIM prend une dimension nouvelle : celle d’un outil de déstabilisation, alimenté par des intérêts qui dépassent largement les frontières maliennes. En filigrane, cette offensive terroriste est un message politique : celui de puissances ou de réseaux économiques refusant de voir le Mali s’affranchir de certaines dépendances. Reste à savoir si, face à cette guerre de l’ombre, le pays saura maintenir le fragile équilibre entre résistance sécuritaire et survie économique.

Chiencoro Diarra 


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