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« J’ai voulu recréer la maison du village » 

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À rebours dune urbanisation qui favorise la famille nucléaire dans les grandes villes comme Bamako, certains Maliens redécouvrent les vertus de la famille élargie. À travers le parcours de Balla, ce reportage explore les tensions entre modernité urbaine et solidarités traditionnelles, et raconte comment le retour au modèle familial élargi peut devenir un refuge social, affectif et économique.

De nos jours, la tendance au Mali, surtout dans les grands centres urbains comme Bamako, est la vie en famille nucléaire. Cependant, certains citadins, ayant adopté ce mode de vie familial, ont vite déchanté en revenant à la famille élargie. Une famille qui les a vus naître et grandir. Balla (nom d’emprunt) en est un.

La famille nucléaire est une structure familiale de base composée d’un couple (marié ou non) et de leurs enfants (un ou plusieurs), vivant sous le même toit, contrastant avec la famille élargie (avec grands-parents, oncles, tantes) ou monoparentale. C’est le modèle familial le plus répandu dans les sociétés occidentales modernes. Ce modèle est souvent vu comme un pilier de stabilité mais aussi critiqué pour sa rigidité face aux évolutions sociales. Certainement, c’est ce qu’a compris Balla qui a abandonné la famille nucléaire au profit de la famille élargie.

Né et grandi dans une famille élargie

Balla est originaire de Toukoto, dans la région de Kita, sur la route qui mène à Kayes, la première région administrative du Mali. Premier garçon d’une famille composée de son père qui est marié à trois épouses et d’une dizaine d’enfants, la famille de Balla compte également des oncles, tantes, cousins et cousines.

Après l’obtention du diplôme de baccalauréat malien dans un lycée de Kayes, Balla se retrouve à Bamako pour des études universitaires qu’il boucle avec succès. À sa suite, trois autres frères cadets se sont retrouvés à Bamako pour les mêmes motifs mais logés différemment chez des parents.

Après ses études supérieures, Balla enchaîne des stages et emplois précaires avant de trouver un emploi permanent et très payant. Il se marie pompeusement et s’installe dans un quartier chic de la capitale dans une maison louée à cet effet. Quelques années plus tard, il est père de trois enfants.

« Pendant des années, notre maison était vide durant les journées, car mon épouse et moi allons au travail, les enfants sont inscrits dans une école privée avec cantine. C’est vers le crépuscule que chacun d’entre nous commence à rejoindre le domicile aux mains d’un gardien et d’une domestique », nous raconte Balla qui est aujourd’hui âgé de 53 ans.

« L’une de mes journées les plus heureuses « 

C’est dans ces conditions qu’un jour sa mère est venue séjourner chez lui pour des soins médicaux à Bamako. « Constatant qu’il n’y a aucun parent chez moi pour s’occuper de ma mère, j’ai fait appel à une sœur divorcée vivant dans le district. Celle-ci a bien accepté de venir loger chez moi le temps que la maman se rétablisse », nous renchérit Balla.

C’est ainsi qu’un dimanche, ses frères et sœurs vivant à Bamako se sont retrouvés chez lui pour rendre visite à la maman. « Ce fut l’une de mes journées les plus heureuses depuis que j’avais foulé le sol de Bamako. Car ce jour-là, nous avons tellement discuté et ri que jai oublié tous mes soucis quotidiens. Ce qui m’a permis de revivre mon enfance dans une famille élargie. La maman, très heureuse, qui n’avait jamais eu l’occasion de bien discuter, a pris part aux échanges. »

C’est à partir de cet instant que Balla dit avoir nourri le dessein de recréer la famille élargie autour de lui. Disposant de deux parcelles contiguës dans le quartier de Niamakoro-Courani, il décide d’entreprendre des travaux de construction.

Un plan de construction pouvant abriter une famille élargie

Sur ces deux parcelles, Balla construit cinq mini-appartements composés chacun d’un petit salon et de deux chambres avec toilettes internes et un petit magasin. Dans la cour, des toilettes externes et quelques chambres d’amis ont été également construites.

Avant la fin des travaux qui ont duré plus de deux ans, la maman, bien guérie, était déjà retournée au village. Des événements malheureux s’étaient également produits au village, car son père est décédé et, quelques six mois après, l’une des coépouses de sa mère a aussi rendu l’âme.

À la fin des travaux de construction, Balla organise une réunion chez lui avec ses frères et sœurs pour leur annoncer la bonne nouvelle.

« Au cours de la réunion, j’ai émis le souhait que mes trois frères vivant à Bamako puissent emménager avec moi dans ma nouvelle demeure. Et que j’avais prévu aussi de la place pour ma sœur divorcée ainsi que ma maman et sa coépouse qui vivent au village », nous raconte Balla avec une voix empreinte de bonheur.

« J’ai reconstitué la famille élargie »

À cette proposition, ses frères et sœurs n’ont opposé aucune résistance et, séance tenante, ils se sont rendus sur place pour visiter la nouvelle demeure. Puis, un jour a été décidé pour l’emménagement de tout ce beau monde.

Le jour de l’emménagement, une fête a été organisée avec des mets délicieux et une lecture du Coran. « C’est ainsi que j’ai reconstitué la famille élargie, même si elle est plus petite que celle du village », souligne notre interlocuteur.

Dans la nouvelle demeure, Balla nous présente fièrement ses frères, ses mamans ainsi que des neveux et cousins venus poursuivre leurs études à Bamako. Il y avait aussi des cousins qui exercent des petits emplois avant qu’ils ne puissent bien s’installer dans la capitale.

Les dépenses, notre secret familial

« Je vous assure que moins de deux ans après la constitution de la famille élargie, j’ai eu une promotion au niveau de mon entreprise », poursuit Balla. Il enchaîne en affirmant que ses trois frères ont tous eu un emploi décent : l’un est sapeur-pompier, les deux autres sont respectivement assureur et enseignant dans la fonction publique des collectivités territoriales.

« Ma sœur divorcée, que vous n’avez pas vue aujourd’hui, est de nouveau mariée depuis quelques moments », s’empresse-t-il de dire.

Balla nous précise aussi que ses frères se sont tous mariés et ont des enfants qui vivent tous avec ses enfants sous le même toit. À la question de savoir comment se passe la gestion des dépenses familiales, Balla nous répond, en ces termes, avec un sourire : « Ça, c’est notre secret familial qui fortifie notre unité»

À voir la satisfaction de Balla pour son retour à la famille élargie, on peut estimer que ce mode de famille, s’il est bien constitué, peut être un socle pour la cohésion et l’unité.

Noumoukai


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