Au Mali, l’hivernage 2025 vire au cauchemar : 23 morts, 34 blessés et plus de 16 000 sinistrés depuis juin. Entre pluies diluviennes, maisons effondrées et urbanisation anarchique, le pays affronte une tragédie qui dépasse la seule fatalité climatique.
Il y a les chiffres, implacables. Et puis il y a les visages, invisibles derrière les colonnes d’un communiqué officiel, mais que chacun devine : des familles sans abri, des enfants pieds nus dans la boue, des villages engloutis par les crues. En rendant public, le 29 août, son neuvième communiqué de la saison, le Comité interministériel de gestion des crises et catastrophes n’a fait que confirmer ce que tout Bamako redoutait déjà : l’hivernage 2025 est en train de s’imposer comme une nouvelle tragédie nationale.
Un désastre qui n’épargne aucune région
En une seule semaine, du 19 au 25 août, quatre cas d’inondations et l’effondrement de 438 maisons ont été recensés. Depuis le début de la saison, le bilan cumulé atteint 38 inondations, 6 cas de foudre et 4 cas de vents violents. Résultat : 23 morts, 34 blessés et plus de 1 105 maisons détruites. Le chiffre glaçant de 16 437 sinistrés, regroupés en 2 017 ménages, donne la mesure d’un désastre qui n’épargne aucune région du pays.
Les mots du gouvernement se veulent compatissants — condoléances aux familles éplorées, vœux de rétablissement aux blessés — mais ils sont aussi pragmatiques. Les autorités mettent en avant une série de mesures d’urgence : renforcement des brigades de la Protection civile, constitution de stocks de médicaments et intrants sanitaires, poursuite des travaux sur le collecteur Banconi, campagnes de sensibilisation relayées jusque sur l’application SOS Sécurité. Le projet des « mois citoyens », mobilisant brigadiers et volontaires, est présenté comme une réponse de proximité à une catastrophe aux multiples visages.
La pédagogie de l’urgence
Mais derrière la mécanique institutionnelle, une autre vérité s’impose. Car le Mali ne paie pas seulement le prix d’un ciel capricieux, mais aussi celui de son aménagement précaire. Les marigots de Bamako, saturés dès le moindre orage, témoignent de l’absence chronique de drainage urbain. Les stations hydrométriques tirent la sonnette d’alarme : au 22 août, le niveau de vigilance jaune était déjà atteint dans la capitale. Quant aux bassins du Niger, du Sénégal et du Bani, ils ploient sous des pluies supérieures à la normale.
Dans ce contexte, la liste des consignes de prudence — ne pas s’engager sur une route inondée, éviter les arbres en cas d’orage, ne pas toucher aux câbles électriques, signaler tout animal aquatique — ressemble à un catalogue de survie. Une pédagogie de l’urgence, que les autorités répètent inlassablement.
Plusieurs initiatives en cours
Chaque année, le même scénario se reproduit. Des pluies diluviennes, des maisons effondrées, des morts, et l’espoir, à chaque saison, que la suivante sera moins cruelle. Mais à mesure que le climat se dérègle et que les infrastructures peinent à suivre, l’hivernage malien cesse d’être un simple cycle météorologique pour devenir un test de résilience nationale. Et ce test, jusqu’ici, ressemble davantage à une épreuve permanente qu’à une victoire à venir.
Il faut rappeler qu’en raison des inondations de l’année dernière, les autorités de la transition, sur instruction du général Assimi Goïta a adopté plusieurs mesures en vue d’atténuer les inondations cette année. Ces mesures vont à l’accompagnement des sinistrés de l’année dernière à la démolition des constructions sur les voies de passage des eaux de ruissèlement.
A.D
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