La COP29 s’ouvre à Bakou dans un contexte d’urgence climatique, entre espoirs de renouveau et pressions pour des engagements concrets face au réchauffement.
La COP29, ouverte le 11 novembre 2024 à Bakou, en Azerbaïdjan, marque une nouvelle étape dans la lutte contre le changement climatique. Alors que les délégués se réunissent pour échanger et renforcer les engagements mondiaux, il est impotant de revenir sur l’évolution des constats et des prévisions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC). Depuis sa création, les rapports du GIEC n’ont cessé de documenter la progression inquiétante des impacts climatiques, de la montée des températures à l’augmentation des événements extrêmes, mais ils offrent aussi une lueur d’espoir : une action concertée et décisive pourrait encore freiner le réchauffement.
Un diagnostic initial prudent, mais préoccupant
La première évaluation du GIEC, en 1990, alertait déjà sur la corrélation entre l’augmentation des gaz à effet de serre et le réchauffement de la planète, prévoyant une hausse des températures si les émissions n’étaient pas maîtrisées. À cette époque, les conclusions restaient prudentes, et le rapport exposait des prévisions alors hypothétiques, mais désormais bien réelles : inondations, sécheresses, perte de biodiversité, et impact grandissant sur les plus vulnérables. Le GIEC notait par exemple que « les modèles climatiques suggèrent un réchauffement planétaire moyen de 0,3 °C par décennie au cours du XXIe siècle, sous réserve que les émissions suivent la tendance actuelle ». Ces chiffres posaient la première pierre d’une compréhension mondiale du phénomène, même si la prise de conscience collective restait timide.
En 1992, le Sommet de la Terre à Rio a conduit à la signature de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), actant la responsabilité commune des États face au réchauffement. Pourtant, malgré ce premier pas, l’urgence des enjeux climatiques a souvent été minimisée, et il a fallu attendre plusieurs années pour que les négociations aboutissent à des accords plus contraignants. La route vers la prise en main globale du problème restait donc longue et parsemée d’obstacles.
Des constats de plus en plus alarmants au fil des années
Le dernier rapport de synthèse du GIEC, publié en 2023, présente une réalité bien plus urgente. Les experts y soulignent que le réchauffement a atteint 1,1 °C par rapport à l’ère préindustrielle, dépassant les pires prévisions des années 1990. Le rapport note que « sans réduction rapide et soutenue des émissions de gaz à effet de serre à grande échelle, il sera impossible de limiter le réchauffement à 1,5 °C ». Cette augmentation rapide des températures s’accompagne de catastrophes climatiques plus fréquentes et intenses, des ouragans aux feux de forêt, qui touchent aussi bien les pays développés que les nations en développement, mais avec des conséquences bien plus lourdes pour ces dernières.
La COP29 intervient donc à un moment charnière, où le monde doit choisir entre agir ou faire face aux conséquences. Les dirigeants présents à Bakou devront négocier des engagements renforcés pour « assurer un financement adéquat et équitable pour les nations les plus exposées et leur permettre de mettre en œuvre des politiques d’adaptation », comme l’exige la communauté scientifique. L’un des objectifs affichés est de consolider les Contributions déterminées au niveau national (CDN), en d’autres termes, les engagements de chaque pays pour réduire ses émissions. Les rapports du GIEC ont montré que ces CDN actuelles, bien qu’importantes, restent insuffisantes pour freiner la course vers des températures catastrophiques.
Le Sahel : une région particulièrement vulnérable
Au cœur de ces débats mondiaux, la question du Sahel, région parmi les plus exposées aux changements climatiques, exige une attention particulière. Zone de transition climatique et de précarité socio-économique, le Sahel subit directement l’impact des sécheresses, de la désertification, et des conflits pour les ressources. « Il est impératif que les pays développés et les institutions internationales reconnaissent la vulnérabilité des populations sahéliennes et offrent un soutien proportionnel aux risques encourus », souligne Simon Stiell, Secrétaire exécutif de l’ONU Climat.
En effet, selon les données du GIEC, les régions comme le Sahel nécessitent des financements immédiats pour renforcer la résilience et assurer la sécurité alimentaire de leurs populations. Les ressources locales sont en déclin constant, accentuant les migrations et les tensions internes, et créant un terrain propice à des conflits géopolitiques. L’enjeu pour la COP29 est de finaliser des dispositifs de soutien financier et technique pour ces zones à haut risque, tout en assurant la durabilité des chaînes d’approvisionnement. « Aucun pays ne sera épargné par les effets en cascade de l’instabilité dans les régions vulnérables », rappelle Stiell, insistant sur la nécessité d’une coopération internationale renforcée pour prévenir les crises futures.
Des progrès encourageants, mais encore insuffisants
Malgré la gravité de la situation, le parcours du GIEC montre que des progrès notables ont été réalisés, notamment sur le plan technologique. Dans les années 1990, les solutions technologiques pour réduire les émissions et stabiliser les températures étaient encore peu développées. Aujourd’hui, l’essor des énergies renouvelables, de l’efficacité énergétique, et des technologies de captage du carbone offre des alternatives viables aux énergies fossiles. Le GIEC souligne que « les investissements dans les énergies propres ont doublé, atteignant 2 000 milliards de dollars en 2024 », un signal encourageant pour les décennies à venir.
Cependant, ces avancées ne seront efficaces que si elles sont déployées rapidement et à grande échelle. Le financement reste un des principaux freins à la mise en œuvre des CDN. La COP29 est donc l’occasion de rediscuter de l’architecture financière mondiale, qui devrait être réformée pour mieux soutenir les initiatives climatiques dans les pays en développement. Le financement de l’adaptation, par exemple, est crucial pour que des régions comme le Sahel puissent faire face aux bouleversements climatiques.
Espoirs et défis pour l’avenir
Le chemin parcouru depuis la création du GIEC montre que la communauté internationale est capable de s’organiser et de mobiliser des ressources pour lutter contre le changement climatique. Mais pour que la COP29 marque un tournant décisif, les promesses doivent se traduire en actions concrètes. La feuille de route doit être ambitieuse, avec des engagements financiers conséquents, une coopération renforcée, et une accélération des efforts d’adaptation et d’atténuation.
Les mots de Simon Stiell lors de la cérémonie d’ouverture rappellent l’importance de cette COP29 pour l’avenir climatique mondial : « Si deux tiers des nations ne parviennent pas à réduire rapidement leurs émissions, tous les pays paieront le prix de l’inaction ». En somme, l’avenir du climat dépend de la capacité de chaque pays à investir, à innover et à s’unir pour faire face à une menace qui touche déjà chaque recoin de la planète. Pour les pays du Sahel et pour le reste du monde, l’espoir demeure, mais il est désormais conditionné à une mobilisation sans précédent.
F. Togola


