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Penurie de carburant
ActuAnalyses

Pénurie de carburant : l’épreuve, condition de la renaissance

by Chiencoro 24 octobre 2025
written by Chiencoro 6 minutes read

Étouffé par le blocus des groupes armés qui ciblent les camions-citernes et paralysent l’approvisionnement en carburant, le Mali traverse l’une des crises économiques les plus éprouvantes de son histoire récente. Pourtant, au cœur de cette épreuve, une leçon de Charles Darwin résonne : celle de l’adaptation. Comme les espèces confrontées à des bouleversements brutaux, les nations aussi doivent évoluer pour survivre. Dans cette période de pénurie et d’incertitude, le peuple malien doit apprendre à transformer la contrainte en moteur, la crise en mutation. La douleur du présent n’est souvent que le prix de l’évolution vers un avenir plus fort.

Face au blocus des camions-citernes et à la pénurie d’essence orchestrée par les groupes armés avec le soutien des partisans du chaos contrôlé, l’on tente d’asphyxier le Mali, en s’attaquant à son économie. Un complot qui intervient à un moment où l’économie malienne amorçait une croissance exponentielle « de l’ordre de 6% en 2025 contre un déficit budgétaire de -2,7% attendu ».

Mais dans cette épreuve, une leçon s’impose : celle de Charles Darwin. Car dans la nature comme dans l’histoire des peuples, ce ne sont ni les plus forts ni les plus riches qui survivent, mais les plus capables d’adaptation. Cela est d’autant plus clair que « Depuis 2020, notre [le Mali] économie fait preuve d’une grande capacité d’adaptation et de résilience malgré les contraintes sécuritaires et géopolitiques. », avait déclaré le président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, dans son adresse à la nation, à l’occasion du 22 septembre 2025.  

La théorie de la survie appliquée au Sahel

Le Mali traverse aujourd’hui une crise d’une intensité rare, où le carburant est devenu symbole de survie. Les files interminables devant les stations-service, les moteurs à l’arrêt, les chauffeurs dormant dans leurs camions, les familles piégées dans la chaleur des villes paralysées — tout cela compose l’image d’un pays que l’on tente de mettre à genoux par l’arme la plus moderne du terrorisme et de ses sponsors étatiques étrangers : l’asphyxie économique. 

En agissant, les acteurs pensent faire du mal aux autorités de la transition, en s’en prenant au peuple, qu’ils prétendent défendre contre le pouvoir en place, alors qu’en réalité ils visent que leurs intérêts géostratégiques au Mali, notamment la dilapidation des ressources du Mali. A ce niveau, il est important de rappeler des faits. 

Le Mali, troisième producteur d’or d’Afrique, a engagé depuis 2023 une réforme ambitieuse de son Code minier pour reprendre le contrôle de ses ressources naturelles et accroître les retombées économiques nationales. Portée par la volonté du gouvernement de transition de faire en sorte que « l’or brille pour les Maliens », cette réforme a relevé la part de l’État dans les projets miniers à 35 %, instauré des obligations de transformation locale et mis fin à de nombreuses exonérations fiscales.

Une loi complémentaire sur le contenu local impose en outre aux compagnies étrangères de privilégier les fournisseurs, les employés et les capitaux maliens. Si ces mesures visent une souveraineté économique accrue, elles ont provoqué de fortes tensions avec les multinationales, notamment Barrick Gold, accusée d’arriérés fiscaux et de blanchiment. Ce qui a aboutit à des saisies d’or et à des suspensions d’activités. Grâce à ces réformes, les recettes minières sont en hausse. C’est aussi cette réussite du pays sans l’appui des partenaires sanguinaires, qui se nourrissaient du sang du pays tels des sangsues, qui a créé des jaloux parmi eux. Du coup, ils ont finit par s’allier au diable pour tenter d’annihiler tous les efforts du pays.   

Darwin, la science de la patience

Dans cette tentative de suffocation, une vérité darwinienne s’impose : la vie ne disparaît jamais, elle s’adapte. Comme les espèces confrontées à un changement brutal de leur environnement, les Maliens, eux aussi, doivent apprendre à évoluer, à inventer, à survivre différemment.

Darwin ne parlait pas de la guerre, encore moins des ruptures d’approvisionnement. Il observait la lenteur des mutations, les transitions forcées, les adaptations douloureuses mais nécessaires. Ses travaux sur l’évolution enseignent une loi universelle : tout organisme doit endurer une phase de déséquilibre avant de retrouver la stabilité.

Ce que vit aujourd’hui le Mali s’inscrit dans cette dynamique. Après des décennies de dépendance énergétique, le blocus actuel révèle les failles d’un modèle économique basé sur l’importation. Il oblige le pays à chercher d’autres voies, d’autres sources d’énergie, d’autres équilibres. Ce moment de crise n’est pas la fin, c’est la mutation, c’est la preuve de la marche inébranlable du Mali vers sa pleine et entière souveraineté. « La voie que nous avons empruntée sera certes semé d’embûches. Mais c’est un chemin de non-retour. », rassure généralement le président Goïta dans ses discours. 

L’épreuve comme étape vitale

Les groupes armés ont voulu étouffer un État en refondation. Mais, sans le savoir, ils accélèrent sa transformation. Dans les capitales sahéliennes, on redécouvre les transports collectifs, on repense la mobilité, on parle enfin de solaire, de biocarburants, de circuits locaux. Comme dans la nature, la contrainte devient le moteur de l’évolution. Le désespoir, s’il est maîtrisé, devient une énergie nouvelle.

Car Darwin, au fond, n’enseignait pas le fatalisme, mais la résistance par la plasticité. Celle par laquelle des êtres et des nations sont capables de se réinventer sous la pression du réel.

Chaque être, chaque peuple traverse sa phase d’étouffement, ce moment où tout semble se refermer. Mais l’histoire montre que ces crises sont les matrices du renouveau. Le Mali, par son courage et sa mémoire, saura faire de cette pénurie non pas une impasse, mais une transition — de la dépendance à l’autonomie, du désordre à la refondation.

Darwin aurait reconnu dans cette épreuve le plus beau des laboratoires : celui où l’homme, confronté à l’adversité, découvre qu’il n’est pas condamné à subir, mais à évoluer en s’adaptant aux vicissitudes de la vie.

L’évolution, disait Darwin, n’est pas un choix, mais une nécessité. Le Mali n’échappe pas à cette loi naturelle. Il doit transformer la douleur en intelligence, la crise en opportunité, la pénurie en innovation. 

Entre la survie et le renoncement, le pays choisira la première. Et dans ce combat silencieux, il prouvera au monde que la véritable force d’un peuple ne réside pas dans l’abondance, mais dans sa capacité à renaître de la contrainte.

Chiencoro Diarra 

24 octobre 2025 0 comments
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Année de la Culture
ActuSeko ni Donko

​2025, Année de la Culture au Mali : Le parrain du mois d’octobre vise la pérennité des actions pour le livre et la lecture

by Ibrahim Kalifa Djitteye 24 octobre 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

​ La salle de conférence de la Bibliothèque nationale de Bamako a accueilli, ce jeudi 23 octobre 2025, la conférence du parrain du mois d’octobre, M. Diadié Yacouba Dagnoko, ancien ministre de la Culture. Couplé à la cérémonie de remise d’attestations aux familles donatrices de livres. L’événement a été présidé par le chef de cabinet du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, M.  Salia Malé, représentant le ministre Mamou Daffé.

​La rencontre s’est tenue autour du thème central : « 2025, Année de la Culture : Tremplin pour une promotion véritable du livre et de la lecture au Mali ? ». Ce thème s’inscrit pleinement dans la dynamique nationale de « 2025, Année de la Culture », qui vise à célébrer non seulement le livre et la lecture, mais surtout à honorer ceux qui contribuent à leur promotion par le don, le partage et la transmission du savoir.

L’ensemble de cette initiative est soutenu par la volonté des plus hautes autorités nationales, l’Année de la Culture ayant été décrétée par le président de la Transition, le Général d’Armée Assimi Goïta, à l’occasion de son adresse à la nation à l’occasion du Nouvel an 2025. 

​Hommage aux donateurs, 4 441 ouvrages offerts

​La cérémonie a été rythmée par plusieurs moments protocolaires, incluant les mots de bienvenue du directeur de la Bibliothèque nationale et du représentant des donateurs, ainsi que la projection d’un spot vidéo sur le don des livres. La conférence a été marquée par une vague de générosité concrétisée par la reconnaissance publique des familles donatrices.

M. Diadié Yacouba Dagnoko, le parrain du mois d'octobre
M. Diadié Yacouba Dagnoko, le parrain du mois d’octobre. ©Ibrahim Kalifa Djitteye/ Sahel Tribune.

​Mme Coulibaly Mafoune Koné a pris la parole en tant que représentante des familles. Le geste de ces citoyens est jugé « noble » et « sublime », car il enrichit le patrimoine de l’institution nationale dont la mission est de veiller à la vulgarisation et à la démocratisation de la lecture. La cérémonie a culminé avec la remise d’attestations à ces familles qui ont fait preuve d’une générosité exceptionnelle, offrant un total de 4 441 livres à la Bibliothèque nationale.

​Le directeur de l’institution a chaleureusement remercié les familles, expliquant que ces dons sont parfois motivés par le désir de partager une collection privée ou par la nécessité de préserver des fonds documentaires après le décès du chef de famille. Il a martelé que laisser des documents dans des malles est une « perte pour l’État » et pour les Maliens, car le livre représente un savoir qui « peut être partagé et gardé en même temps ». Il a lancé un appel aux autres familles à donner leurs collections non traitées pour le partage avec le lectorat.

​Le parrainage au-delà de 2025

​M. Diadié Yacouba Dagnoko, le parrain du mois d’octobre, a exprimé son émotion d’avoir été désigné. Le concept du Parrain du mois, initié par le ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme, vise à mobiliser une personnalité pour renforcer la visibilité des événements de l’Année de la Culture.

​L’ancien ministre a révélé avoir placé son parrainage sous le signe du livre et de la lecture, une orientation qui a reçu l’assurance du soutien personnel du ministre Daffé et de tout son département. Il a indiqué que l’objectif est d’assurer la continuité des actions, des programmes et des politiques au-delà de cette année 2025. Il a surtout décrit le chantier de la promotion de la lecture comme un effort gigantesque et une « longue marche », dont cette conférence marque le premier pas. La soirée s’est conclue avec la remise des attestations et le lancement de la conférence du parrain, structurée comme une « master class à plusieurs voix ».

Ibrahim Kalifa Djitteye 

24 octobre 2025 0 comments
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La jeunesse malienne reçue à Koulouba
A la UneOpinion

L’armée et la jeunesse, les poumons de la souveraineté malienne

by Mikailou Cissé 24 octobre 2025
written by Mikailou Cissé 3 minutes read

Le Mali n’est pas seulement une carte sur le continent africain. C’est un être vivant, un corps collectif façonné par les siècles, nourri de ses douleurs et de ses victoires. De Soundjata Keita à la Confédération des États du Sahel (AES), de l’indépendance à la refondation actuelle, le pays poursuit une même quête : celle de la dignité souveraine. Une souveraineté que l’armée et la jeunesse incarnent aujourd’hui, comme les deux poumons d’une nation décidée à respirer par elle-même.

Le Mali, plus qu’un territoire, est une entité organique : une chair nourrie de mémoire, de courage et de foi. Chaque blessure du passé — colonisation, partitions, insurrections — a laissé une cicatrice, mais aussi une leçon. De la victoire de Soundjata Keita à la résistance héroïque de Sikasso, l’histoire malienne est celle d’un peuple qui, à chaque effondrement, trouve la force de se redresser. Cette mémoire, loin d’être nostalgique, est une énergie active. Elle rappelle que la grandeur d’un pays ne se mesure pas à son confort, mais à sa capacité de se réinventer.

L’armée, colonne vertébrale de la souveraineté

Issue du peuple et forgée dans la rigueur des villages et des familles, l’armée malienne n’est pas une institution parmi d’autres. Elle est le prolongement de la nation. Elle combat sans haine, agit par devoir, et incarne la continuité d’un État que le chaos n’a jamais réussi à dissoudre. En 2025, son industrialisation naissante, sa montée en puissance et son alliance stratégique avec le Niger et le Burkina Faso dans le cadre de l’AES marquent une rupture historique : celle d’un Mali qui ne délègue plus sa sécurité, mais la produit lui-même. L’armée devient ainsi le symbole d’un pays qui assume sa souveraineté sans arrogance — une force tranquille qui protège et bâtit.

Face à cette armée, la jeunesse malienne représente l’autre pilier de la nation. Connectée, diverse, souvent impatiente mais incroyablement inventive, elle se cherche entre tradition et modernité. Dans les villes, elle affronte le chômage et l’influence du monde globalisé ; dans les campagnes, elle résiste à la pauvreté et à l’exode. Mais partout, elle témoigne d’une même vitalité : celle d’un peuple qui refuse la résignation. Elle apprend à transformer la frustration en énergie, le désespoir en création. C’est cette jeunesse, plus encore que les armes, qui assurera au Mali son avenir souverain.

Une souveraineté à l’œuvre

Le Mali s’avance aujourd’hui sur le chemin de la refondation concrète. L’État assume son destin, renforce son outil d’innovation, restructure son économie et fait de la sécurité nationale un levier de développement. Les fractures sociales et territoriales demeurent, certes, mais elles ne sont plus vécues comme des fatalités. Elles deviennent les lignes de force d’un pays en mutation, où la diversité se mue en richesse et la difficulté, en école de résilience.

Un pays debout, fidèle à sa mémoire, porté par sa jeunesse et soutenu par son armée. Un peuple qui sait que la grandeur ne s’improvise pas mais qu’elle se prouve. Lentement mais sûrement, le Mali s’avance vers l’avenir — non comme un miraculé de l’histoire, mais comme un artisan de sa propre destinée. Car le Mali n’est pas seulement une histoire à raconter. Il est une promesse à tenir, une idée vivante. Celle d’une nation qui, entre rêve et devoir, forge son destin à la mesure de son âme.

Mikaïlou Cissé

24 octobre 2025 0 comments
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Champs pétrolier en fumée
Climat et environnement

Écocide  :  Quand le terrorisme assassine aussi la nature

by Chiencoro 23 octobre 2025
written by Chiencoro 6 minutes read

Longtemps perçu comme une menace politique, économique et sécuritaire, le terrorisme s’impose aujourd’hui comme un fléau environnemental. Du Sahel à la Mésopotamie, les groupes armés transforment la nature en champ de bataille, sabotent les infrastructures énergétiques, contaminent les rivières et brûlent les forêts et les hydrocarbures. L’écoterrorisme est devenue la nouvelle arme du chaos. Il tue en silence, dans l’indifférence des défenseurs de l’environnement.

Au Mali, le désert brûle sous les flammes d’une guerre invisible. Plusieurs camions-citernes ont été détruits en 2025 par les groupes armés terroristes, appuyé des partisans du chaos contrôlé. Ces groupes tentent depuis un certain moment d’imposer un blocus économique sur le pays. Ces attaques constituent non seulement une tragédie économique, mais aussi et surtout écologique, dont on parle rarement lors des grands sommets mondiaux sur le climat. 

Les nappes phréatiques polluées, les sols saturés de carburant et l’air chargé de suie composent le paysage d’un désastre silencieux. Le terrorisme n’y cherche plus seulement la peur, il cherche la ruine durable. Chaque explosion devient une attaque contre l’avenir. Chaque incendie est assimilable à un attentat contre la vie.

Les puits de pétrole, bûchers du désespoir

À Qayyarah, en Irak, Daech a transformé les puits de pétrole en bûchers infernaux. En effet, à Mossoul et dans ses environs, il y a huit ans, la population a payé le lourd tribut laissé par l’occupation de ce groupe terroriste et sa politique de la terre brûlée. Bien que la deuxième ville d’Irak avait été reprise par l’armée, les jihadistes poursuivaient leur stratégie de destruction en incendiant les puits de pétrole alentour, libérant d’immenses colonnes de flammes et de fumée. Ces incendies provoquèrent une pollution étouffante qui affectait directement la santé des habitants. Toute chose qui entraîne notamment une recrudescence de troubles respiratoires chez les enfants.

Les enfants ont grandi sous des pluies de particules toxiques, et les bêtes sont mortes, étouffées dans la suie. Ce n’est plus la guerre, c’est un suicide planétaire. L’air, l’eau, la terre : tout devient arme et victime à la fois. Les hydrocarbures deviennent outils de punition collective, les fumées, un message : « Si nous tombons, la nature tombera avec nous. » Mais le message semble n’avoir pas encore eu d’oreilles attentives pour mieux le décortiquer. Les grandes puissances se plaisent encore dans leur analyse d’une situation révolue. La pollution de l’environnement n’est plus seulement le fait uniquement des industrielles ou des grandes puissances, mais aussi les groupes armés terroristes sont devenus des auteurs de ce phénomène sans que le monde tire la sonnette d’arme sur cette problématique. 

En Irak, le Tigre a été souillé par des fuites de pétrole provoquées par ISIS (État islamique en Irak et au Levant). Des millions de personnes privées d’eau potable. Des barrages détournés, des villages noyés, d’autres assoiffés.

Les partisans du chaos contrôlé

Dans le Sahel, la rareté de l’eau nourrit les frustrations, les complots provenant des sponsors étatiques étrangers du terrorisme, la colère, puis les enrôlements. Le lien est direct et implacable. Là où l’eau disparaît, la terreur s’installe. Le terrorisme, avec l’appui de ses sponsors, prospère sur la soif et la poussière. Selon l’ONG Solidarités International, la raréfaction de l’eau devient une urgence vitale dans les pays sahéliens, déjà fragilisés par un manque chronique d’infrastructures hydrauliques. 

Au Mali, le conflit de 2012 a provoqué la fuite des services techniques de l’État dans le Nord, entraînant la destruction ou l’abandon des ouvrages d’approvisionnement en eau. Dans plusieurs villages, cette ressource essentielle se faisait si rare qu’elle déterminait les mouvements de population : familles et éleveurs migraient vers les zones encore alimentées pour boire, se laver, cultiver ou abreuver leur bétail, explique Solidarités international. Mais sous la transition du général Assimi Goïta, la donne a changé grâce à l’occupation de toutes les régions par les Forces de sécurité du Mali et du retour de l’administration, mais aussi et surtout de l’initiative des œuvres sociales du président de la Transition. Une initiative, qui a permis depuis 2021, de donner gratuitement plus de 400 forages à toutes les régions du pays, dont des zones très reculées et oubliées jadis dans la forêt. 

Au Cameroun, la région de l’Extrême-Nord, longtemps défavorisée en services de base, subit une double peine. L’insécurité et les violences ont provoqué des déplacements massifs — près de 200 000 personnes en 2016. Ce qui a accentué la pression sur des points d’eau déjà insuffisants, selon Solidarités international. 

Les forêts en flammes, les consciences en cendres

De la Turquie à la Colombie, les pipelines explosent, les centrales s’éteignent. Le sabotage devient un langage universel. Au Yémen, les Houthis ont retenu un million et demi de barils de pétrole sur le FSO Safer, en 2023. Toute chose qui menace de provoquer la plus grande marée noire du siècle pour peser sur les négociations. L’écologie est transformée en monnaie de guerre. La nature est devenue un otage diplomatique.

En 2020, une vidéo d’ISIS appelait à incendier forêts, champs et villages. Quelques années plus tôt, Al-Qaïda prêchait déjà l’embrasement des forêts américaines. Quand la haine se fait flamme, la nature devient confessionnal du fanatisme. Même certains activistes radicaux, comme l’Earth Liberation Front, ont confondu défense de la nature et nihilisme. Entre temps, des hectares de forêts sont détruits de par le monde, d’une cause qui prétendait les sauver.

L’écoterrorisme, nouvelle frontière du chaos

Le XXIᵉ siècle ne connaîtra pas seulement les guerres de religion ou de territoire, mais celles de l’environnement. Dans le Sahel, la désertification nourrit la pauvreté, la pauvreté nourrit la colère, et la colère nourrit les complots des partisans du chaos contrôlé qui nourrissent à leur tour les terroristes. L’État se retire, la pluie se fait rare, et les prêcheurs de haine remplissent le vide. Là où le climat détruit, le terrorisme recrute et détruit par la même occasion l’environnement. C’est la boucle du désastre : climatique, social, moral.

Plus de 50 milliards de dollars pour réparer les dégâts environnementaux laissés par la guerre contre ISIS. Et pourtant, aucune somme ne peut laver une rivière morte ni purifier un air saturé de plomb. Les Nations unies calculent, les scientifiques alertent, mais les décideurs hésitent. Pendant ce temps, le Sahel s’assèche, les forêts brûlent, et les enfants respirent des nuages de cendres, dans l’indifférence des experts sur les questions environnementales. 

Le terrorisme environnemental est la version moderne du nihilisme absolu. Il ne cherche plus à conquérir, mais à détruire jusqu’à la racine. La communauté internationale doit le reconnaître comme une menace stratégique globale, au même titre que les armes biologiques ou nucléaires. Car à force d’empoisonner les sols et d’étouffer les cieux, les terroristes finiront par découvrir une vérité simple :
Quand la Terre meurt, plus rien ne règne.

Chiencoro Diarra 

23 octobre 2025 0 comments
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Les présidents des pays de l'AES
A la UneAnalyses

La peur a changé de camp : l’AES, cauchemar des parrains du chaos

by Sahel Tribune 23 octobre 2025
written by Sahel Tribune 9 minutes read

Elle devait être une simple alliance de circonstance. Elle est devenue un cauchemar géopolitique pour certains. L’Alliance des États du Sahel — devenue Confédération le 6 juillet 2024 — avance, silencieuse et déterminée. À sa tête, trois hommes que tout oppose sauf la même obsession : rendre au Sahel sa souveraineté. Et cela, visiblement, fait peur.

Au bord du Niger, la chaleur écrase les façades poussiéreuses, mais dans les bureaux feutrés des palais présidentiels des trois États, on s’active. Le général Assimi Goïta, en concertation avec les deux autres chefs d’État du Burkina Faso et du Niger, a décidé de tenir la deuxième session du Collège des Chefs d’État de la Confédération des États du Sahel (AES), prévue initialement en juillet 2025, en décembre prochain.

L’AES suscite autant de fascination que de crainte 

Une décision officielle dictée par « des ajustements logistiques ». En réalité, une manœuvre stratégique. Car à mesure que l’échéance approche, les pressions se font plus lourdes, les attaques plus ciblées, les sabotages plus visibles. En effet, alors que tous les regards restaient rivés sur ces trois pays où devrait se tenir en juillet 2025, le 2e sommet tant attendu, les attaques se sont multipliées au Mali, visant principalement les positions militaires des Forces armées de sécurité (FAMa) dans plusieurs régions du pays. 

En avril, une embuscade meurtrière sur l’axe Guiré-Nara et une attaque contre la zone aéroportuaire de Sévaré ont relancé un cycle de violences aux lourdes pertes civiles et militaires. Le mois de juin a vu une escalade spectaculaire avec l’assaut du camp de Boulikessi, plusieurs soldats tués, et des attaques coordonnées à Tombouctou, Ségou, Nioro du Sahel, Kayes et Niono, parfois appuyées par des drones explosifs. 

En juillet, les offensives se sont multipliées, traduisant l’extension géographique et la sophistication croissante des groupes affiliés à Al-Qaïda et à l’État islamique. Dans le même contexte, la nuit du 31 mars au 1er avril 2025 a vu un incident diplomatique majeur : un drone militaire malien Akinci, immatriculé TZ_98D, a été abattu par l’Algérie près de Tinzaoutène, dans la région de Kidal. Bamako a dénoncé une « agression délibérée » et saisi le Conseil de sécurité de l’ONU, accusant Alger de provocation et de complicité avec les groupes terroristes. Alger a justifié son acte par une prétendue violation de son espace aérien, version catégoriquement rejetée par le Mali. 

L’AES, cette union inédite entre le Mali, le Burkina Faso et le Niger, suscite autant de fascination que de crainte. Ses ennemis la redoutent, ses alliés la scrutent, ses peuples y croient — farouchement.

Une alliance née dans la douleur

Tout est parti d’un refus. Celui de trois jeunes chefs d’État militaires qui ont dit non à la soumission, non aux injonctions, non aux tutelles extérieures. Le 16 septembre 2023, à Bamako, naissait l’Alliance des États du Sahel, avec la signature de la Charte du Liptako-Gourma. Moins d’un an plus tard, le 6 juillet 2024, à Niamey, l’alliance se transformait en Confédération. Une étape de plus vers la souveraineté assumée et la marche inexorable de ces trois États vers le fédéralisme. Cette transformation, personne ne l’avait vu venir dans certaines puissances occidentales opposées aux politiques intérieures de ces États, et qui ne souhaitaient que leur décadence afin de pouvoir s’accaparer de leurs ressources, comme elles l’ont toujours fait. Toutefois, une telle initiative ne va pas sans des défis à relever que les peuples de ces États doivent comprendre.   

Depuis juillet 2024, les réunions se succèdent entre les États de l’AES, les symboles s’empilent. Drapeau commun, hymne, armée confédérale, force conjointe, devise, bientôt une banque confédérale. L’AES, c’est une idée devenue projet, puis projet devenu menace — pour ceux qui, depuis l’extérieur, avaient pris l’habitude de parler au nom du Sahel.

Tiani : « C’est le peuple du Sahel qui conduit la révolution »

Lors de sa dernière visite à Bamako, en septembre 2025, le général Abdourahamane Tiani, chef de l’État nigérien, a pris soin de rappeler à juste titre : « Le peuple du Mali, du Burkina et du Niger conduit une révolution. Une révolution pour la souveraineté, la dignité et la sécurité. »

Dans son intervention, c’est surtout la prochaine opérationnalisation de la force militaire unifiée avec état-major à Niamey, dès cette année, qui a d’abord retenu les attentions. Les premiers bataillons conjoints sont déjà en action, souvent dans l’ombre, sur des théâtres discrets entre les trois frontières. « Nous voulons que tous les problèmes de défense soient pris en charge par cette force confédérale », explique Tiani. L’armée aésienne est désormais une force sans tutelle, évoluant dans les airs comme sur terre, sans avoir besoin d’autorisation venant de l’extérieure. L’intervention du général Tiani a été un séisme géopolitique, notamment du côté des sponsors étatiques du terrorisme, qui ne souhaite que maintenir le chaos contrôlé au sein de ces États.

Le président nigérien confirme également lors de sa mission officielle au Mali la mise en place de la Banque Confédérale d’Investissement et de Développement. Une banque, qui sera officiellement, un instrument financier destiné à financer les projets structurants, mais, officieusement, qui sera une préfiguration monétaire. Certains diplomates y voient déjà la première pierre d’une future monnaie sahélienne, affranchie du franc CFA. En témoignent plusieurs publications sur les réseaux sociaux, provenant d’influenceurs. 

Les sourcils de certains anciens partenaires des États du Sahel commencent à froncer parce qu’ils voient que le Sahel est en train d’écrire sa propre économie. 

Traoré : l’énigme de « l’albinos noir »

Trois ans après le renversement politique intervenu à Ouagadougou, le capitaine Ibrahim Traoré a pris aout au feu de la scène médiatique. Devant dix journalistes burkinabè, en septembre dernier, il s’est livré, comme à son habitude, sans prompteur ni langue de bois. « Est-ce que nous allons gagner cette guerre ? Nous ne pouvons que la gagner », lance-t-il, le regard fixe.

Puis, dans un sourire énigmatique, il annonce l’apparition d’un « monstre » dans l’espace AES : « Bientôt, vous verrez apparaître un albinos noir. » Phrase mystérieuse, à la fois prophétique et provocatrice, qui laisse les observateurs perplexes. Est-ce un code ? Une allégorie ? Une référence interne à une opération en préparation ? Personne, jusqu’ici, ne peut donner des explications précises à cette déclaration. Mais beaucoup estiment qu’il s’agirait d’une grande annonce pour le prochain sommet, annoncé pour se tenir à Bamako, en décembre prochain. 

Dans le style Traoré, l’ésotérisme est souvent un message à double détente : un mot pour galvaniser, un autre pour inquiéter. Mais à Ouagadougou aussi bien que dans l’espace AES, le ton reste confiant. La victoire n’est plus une hypothèse, c’est une question de calendrier. 

Goïta : le pivot silencieux

À Bamako, le général Assimi Goïta joue le rôle de chef d’orchestre. Moins loquace que ses homologues, il avance ses pions dans le calme d’un stratège. Sous sa présidence, le Mali est devenu la plaque tournante du projet confédéral. C’est là que se tiendra le sommet de décembre, celui que beaucoup redoutent. Car c’est à Bamako que doivent être annoncées des décisions historiques — parmi elles, la mise en marche formelle des institutions confédérales et, selon certaines sources, un projet de déclaration de souveraineté économique et monétaire.

Autant dire que certains acteurs extérieurs ont tout intérêt à ce que le sommet n’ait pas lieu. Et comme une coïncidence, les attaques terroristes aussi bien que des tentatives de déstabilisation se sont encore multipliées au Mali depuis quelques mois déjà. Entre août et octobre 2025, le Mali a été confronté à une nouvelle vague d’attaques terroristes, ciblant principalement les forces armées dans le centre, l’ouest.

En octobre, la menace s’est maintenue, les terroristes recourant de plus en plus à des drones explosifs. Dans ce climat de tension extrême, le gouvernement de transition a déjoué, dès le 1er août, une tentative de déstabilisation orchestrée par un réseau mêlant militaire, civil et un ressortissant français, Vizilier Yann, un agent du renseignement français. 

Selon le général de division Daoud Aly Mohammedine, plusieurs officiers maliens, dont les généraux Abass Dembélé et Nema Sagara, ont été impliqués dans ce complot visant à « briser la dynamique de refondation du Mali avec l’aide d’États étrangers ». Le président de la Transition, le général Assimi Goïta, a pris le 7 octobre une série de décrets prononçant la radiation de plusieurs des officiers impliqués dans ce complot des rangs des Forces armées maliennes, dans le cadre d’une « mesure disciplinaire » visant à maintenir la rigueur et la discipline au sein de l’armée.

Ces tentatives de sabotage se poursuivent encore à travers le soutien aux groupes armés terroristes, qui tentent désespérément d’imposer sur le pays un blocus économique en s’en prenant aux camions-citernes qui acheminent le carburant. 

Les observateurs avertis s’accordent donc pour dire qu’il s’agit d’une stratégie d’asphyxie avec comme objectif d’empêcher la tenue de ce sommet et par ricochet remettre les pays de l’AES à genou afin de reprendre le pillage de leurs ressources. Car, empêcher la Confédération d’avancer, c’est maintenir le Sahel dans son éternel provisoire.

La Confédération en sous-marin

Dans cet espace, rien ne fuite. Les documents stratégiques circulent à peine. Les réunions se tiennent dans un silence monacal. L’AES avance en sous-marin. C’est aussi cela sa force. Le secret est devenu sa meilleure arme. Cette opacité alimente toutes les spéculations : monnaie unique, réseau logistique intégré, stratégie de défense régionale, voire diplomatie parallèle.

Les grandes capitales, autrefois partenaires peu sincères et fiables, s’agitent. On parle de « bloc sahélien », d’« autarcie stratégique », de « rupture silencieuse ». Ce qui est sûr, c’est que l’AES dérange — parce qu’elle casse les codes. Parce qu’elle ne demande plus la permission d’exister. Parce qu’elle parle d’égal à égal avec les puissances qui, hier encore, se posaient en tuteurs.

À Niamey, Ouagadougou et Bamako, les drapeaux se lèvent, les hymnes s’accordent, les mots « indépendance » et « souveraineté » reprennent sens. Dans les rues, les jeunes y croient, les anciens s’interrogent, les chancelleries s’inquiètent. Mais pour les trois chefs d’État, l’heure n’est plus aux justifications. 

« Avec le peuple comme guide, le succès est au bout du chemin », a conclu Tiani, à Bamako. Cette phrase résume l’état d’esprit d’une Confédération qui avance dans la tempête, sûre de sa cause, certaine de son destin. L’AES fait peur — mais elle fait surtout espérer. Parce qu’au cœur du Sahel, un mot longtemps confisqué retrouve enfin sa place : la souveraineté.

A.D

23 octobre 2025 0 comments
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Palais de la culture
Économie

Mali : plus de 90 millions FCFA de recettes non reversées au Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ

by Sahel Tribune 22 octobre 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Le Bureau du Vérificateur général (BVG) a publié un rapport accablant sur la gestion du Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ (PCAHB). L’audit, qui couvre les exercices 2022 à mars 2025, met en lumière de graves irrégularités administratives et financières au sein de cet établissement public placé sous la tutelle du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme.

Selon le rapport, plus de 90,1 millions de francs CFA de recettes n’ont pas été reversés sur le compte du Palais. Ces sommes proviennent de locations de salles, d’événements culturels et de partenariats, encaissées directement par le Directeur général et l’Agent comptable, en violation des règles de la comptabilité publique.

Des dysfonctionnements administratifs multiples

Le Vérificateur général dénonce une série de manquements à la réglementation :

  • absence de manuel de procédures validé depuis 2017, rendant la gestion interne opaque ;
  • non-tenue d’un système d’archivage opérationnel, exposant les documents officiels à la perte ou à la détérioration ;
  • non-élaboration des comptes de gestion, empêchant toute lecture fiable de la situation financière du Palais ;
  • confusion des rôles entre le Directeur général et l’Agent comptable, avec des signatures conjointes sur plusieurs chèques, en violation du principe de séparation entre ordonnateur et comptable ;
  • absence de régisseur d’avances depuis 2020, alors même que la réglementation impose sa nomination pour sécuriser la manipulation des fonds publics.

Ces lacunes, selon le BVG, traduisent « un affaiblissement du contrôle interne » et « une gestion contraire aux principes de transparence et de redevabilité ».

Des salaires impayés et du personnel démotivé

Le rapport révèle également que le Palais de la Culture cumule 12 mois d’arriérés de salaires et 36 mois d’impayés de primes pour un montant total de plus de 51 millions FCFA.
Cette situation, qualifiée de « grave » par le BVG, expose l’institution à une démotivation généralisée du personnel et à un risque d’interruption de ses activités culturelles.

Le rapport souligne que les recettes non reversées, si elles avaient été correctement encaissées, auraient suffi à combler l’intégralité des dettes salariales.

Les auditeurs ont établi que 90 199 000 FCFA, soit 57 % des recettes totales générées par le Palais durant la période contrôlée, n’ont jamais été reversés au Trésor. Ces fonds auraient été encaissés en espèces ou par chèques au nom du Directeur général et de l’Agent comptable.

Le Vérificateur général a donc transmis le dossier au Pôle national économique et financier ainsi qu’au Président de la Section des comptes de la Cour suprême, pour d’éventuelles poursuites judiciaires.

Recommandations pour une gouvernance restaurée

Le BVG recommande au Directeur général du PCAHB de :

  • faire valider et appliquer le manuel de procédures ;
  • instaurer un système d’archivage et une comptabilité régulière ;
  • solliciter la nomination d’un nouveau régisseur d’avances ;
  • respecter la séparation des fonctions comptables ;
  • apurer les salaires et primes du personnel dans les meilleurs délais.

Quant à l’Agent comptable, il est sommé de produire les comptes de gestion manquants et de régulariser la comptabilité-matières du patrimoine du Palais.

Inauguré en 1983, le Palais de la Culture Amadou Hampâté Bâ est un joyau de la coopération Mali–Corée du Nord. Il abrite des institutions artistiques nationales, dont le Ballet malien, le Kotéba, le Badéma national et l’Ensemble instrumental du Mali.

Véritable cœur de la vie culturelle malienne, le Palais est censé incarner la mémoire, la créativité et la vitalité du pays.

Mais selon le BVG, sa gestion actuelle « menace sa mission historique et affaiblit la politique culturelle nationale ».

A.D

22 octobre 2025 0 comments
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APEJ-Mali
A la UneÉconomie

Mali : plus de 840 millions FCFA d’irrégularités financières à l’APEJ, selon le Vérificateur général

by Sahel Tribune 21 octobre 2025
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Le Bureau du Vérificateur général (BVG) du Mali a rendu public un rapport accablant sur la gestion de l’Agence pour la Promotion de l’Emploi des Jeunes (APEJ). Couvrant la période 2020 à mars 2025, cette vérification financière et de conformité met en évidence des irrégularités administratives et financières estimées à plus de 840 millions FCFA, dont 821 millions restent non régularisés à la date de clôture des travaux.

Le BVG pointe du doigt plusieurs pratiques contraires aux règles de bonne gestion publique. Les Directeurs généraux successifs et l’Agent comptable de l’APEJ auraient accordé des avantages indus à hauteur de 663 millions FCFA.

Ces montants comprennent des gratifications non prévues par les textes internes, des dons à des personnes extérieures à l’agence et même l’achat de téléphones portables offerts à des responsables ministériels, selon le rapport.

Les vérificateurs dénoncent également le paiement de marchés non conformes aux clauses contractuelles. Des sommes ont été versées pour des prestations incomplètes, notamment le développement d’une application numérique censée gérer les stages des jeunes, mais qui n’était pas opérationnelle au moment du contrôle.

Un fonds social détourné de son objet

Autre manquement majeur : la gestion du fonds social du comité syndical de l’APEJ, doté de plus de 140 millions FCFA. Ce fonds, destiné à soutenir les agents lors d’événements familiaux, a servi à financer des dons, des achats de carburant et des activités diverses sans justification légale. Le Vérificateur général y voit un usage « irrégulier » contraire à l’accord collectif d’établissement.

Au plan administratif, le rapport relève de graves lacunes dans le fonctionnement interne de l’agence. Le Conseil d’administration a adopté des budgets irréguliers, incluant des subventions au cabinet du ministère de tutelle et à des associations extérieures.

De plus, aucun commissaire aux comptes n’a été désigné depuis plusieurs années, en violation de la réglementation. L’Agent comptable n’a pas produit de comptes de gestion ni tenu correctement la comptabilité-matières, rendant impossible un suivi transparent du patrimoine de l’agence.

Saisine de la justice

Face à la gravité des faits, le Vérificateur général a transmis le dossier au Président de la Section des comptes de la Cour suprême et au Procureur du Pôle national économique et financier.

Les faits transmis concernent notamment l’octroi d’avantages indus (663 millions FCFA), les indemnités de session irrégulières (5,7 millions FCFA), le paiement de marchés non exécutés (10,6 millions FCFA), les dons illégaux sur le fonds social (140,7 millions FCFA) et de faux enregistrements fiscaux (1 million FCFA).

Dans sa conclusion, le Vérificateur général insiste sur la nécessité d’une réforme profonde de la gouvernance de l’APEJ. Il recommande notamment la production régulière de comptes de gestion, la désignation d’un commissaire aux comptes et le respect strict des missions légales de l’agence. Le rapport souligne aussi le manque de transparence et la difficulté rencontrée par les auditeurs pour accéder à certains documents administratifs.

Une structure essentielle mais fragilisée

Créée en 2003, l’APEJ est l’un des principaux instruments de la politique nationale de l’emploi des jeunes. Entre 2020 et 2025, elle a bénéficié de plus de 39 milliards FCFA de budget, dont 24 milliards ont été effectivement dépensés.

Ses missions — appui à la formation, stages, chantiers-écoles et accompagnement à l’entrepreneuriat — en font un acteur stratégique dans un pays où les jeunes représentent plus de la moitié de la population. Mais la gestion décrite par le BVG jette une ombre sur son efficacité et la crédibilité de ses interventions.

A.D

21 octobre 2025 0 comments
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