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Jeunesse malienne
ActuOpinion

AES, CEDEAO et panafricanisme : regards jeunes sur une Afrique en mutation

by Ibrahim Kalifa Djitteye 16 novembre 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 8 minutes read

Alors que le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont quitté définitivement la CEDEAO pour fonder l’Alliance des États du Sahel (AES), dont le 2e sommet est annoncé pour décembre prochain, les avis se multiplient sur cette nouvelle orientation politique. Entre affirmation de souveraineté, crainte d’isolement régional et interrogations sur l’avenir du panafricanisme, les points de vue recueillis dans ce micro-trottoir reflètent les tensions et les espoirs d’une Afrique en pleine recomposition. Ce retrait marque-t-il une rupture ou une renaissance ? Et le panafricanisme, est-il encore une force mobilisatrice ou un simple outil rhétorique ? Les réponses sont aussi diverses que révélatrices.

Jermaine Dembele, étudiante en Informatique et Gestion à l’EGI-SUP : « Le Mali, le Burkina et le Niger ont choisi de sortir d’un cadre qui ne répondait plus à leurs réalités »

Je pense que c’est une décision courageuse. Le Mali, le Burkina et le Niger ont choisi de sortir d’un cadre qui ne répondait plus à leurs réalités. La CEDEAO, ces dernières années, a souvent été perçue comme trop influencée par des intérêts extérieurs, parfois déconnectée des enjeux sécuritaires du Sahel. L’AES, c’est une manière pour ces pays de dire : « On veut décider par nous-mêmes, selon nos priorités ».

C’est un projet d’avenir, parce qu’il repose sur la solidarité entre des États qui partagent les mêmes défis. Sécurité, développement, souveraineté… Ce sont des enjeux concrets. Et l’AES peut devenir un modèle de coopération plus adapté, plus efficace. Ce n’est pas un repli, c’est une affirmation.

Le panafricanisme, pour moi, c’est une idée vivante. Ce n’est pas juste un mot qu’on sort dans les discours. C’est une vision : celle d’une Afrique qui se prend en main, qui coopère entre ses peuples, qui refuse les tutelles extérieures. L’AES, justement, c’est une forme de panafricanisme en action. Trois pays qui s’unissent pour construire une voie propre, sans attendre l’approbation de l’extérieur.

Certes, il faut rester vigilant. Car le panafricanisme ne doit pas devenir un prétexte pour justifier certains agissements ne défendant pas les intérêts de nos peuples. Mais quand il est porté par des actes concrets, comme la création de l’AES, alors oui, c’est une idée qui peut transformer l’Afrique.

Garibou Togo, diplômé en journalisme : « À mon sens, le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la CEDEAO n’est pas profitable »

À mon sens, le retrait du Mali, du Niger et du Burkina Faso de la CEDEAO n’est pas profitable. Au contraire, cet acte crée une méfiance et une désunion entre ces États et les autres pays membres de la CEDEAO, à l’instar de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal.

En quoi ce retrait n’est-il pas bénéfique ? Tout simplement parce que ces pays, qui ont quitté la CEDEAO pour créer l’AES, ne peuvent prospérer sans entretenir de bonnes relations avec leurs voisins. En effet, étant des pays sans littoral, ils dépendent des États côtiers membres de la CEDEAO, tels que le Sénégal ou la Côte d’Ivoire, pour leur commerce maritime. Pour combattre le terrorisme qui plombe tous leurs efforts de développement, les pays de l’AES auront besoin de leurs voisins. La preuve ? Pour cette pénurie de carburant, le Mali s’est tourné vers la Côte d’Ivoire, malgré les mésententes, pour se ravitailler. 

Quant au panafricanisme souvent évoqué par nos dirigeants, on se rend vite compte qu’il s’agit davantage d’un slogan que d’une véritable pratique. Car si l’on s’en tenait réellement aux principes du panafricanisme, l’Afrique aurait déjà fait des pas concrets vers une unité politique. En réalité, le panafricanisme prône l’unité des Africains à tous les niveaux : culturel, politique, économique, et social mais des actes concrets de ce mouvement pose problème. Et cela prouve à suffisance que le panafricanisme que les États d’Afrique prétendent créer n’est qu’un rêve chimérique.

Abdoulaye Dolo, enseignant à Baco-djicoroni : « Selon mon analyse, les trois pays qui composent l’Alliance des États du Sahel ont simplement claqué la porte pour éviter d’aller aux élections »

En ce qui me concerne, je vais me prononcer sur le retrait du Mali, du Burkina Faso et du Niger de la CEDEAO ainsi que sur la création de l’AES. Selon mon analyse, les trois pays qui composent l’Alliance des États du Sahel ont simplement claqué la porte pour éviter d’aller aux élections. Je pense également que la création de l’AES constitue une stratégie pour ces États sahéliens de consolider davantage leur pouvoir. À mes yeux, cela a entraîné une fissure sous-régionale qui n’est pas bénéfique pour l’Afrique, au moment où le continent a plus que jamais besoin d’unité et de cohésion. 

Pour moi, le panafricanisme n’est devenu qu’un slogan, souvent brandi pour rallier l’opinion publique plutôt que pour défendre les intérêts réels du continent. Beaucoup de ceux qui prétendent porter cette idéologie ne le font pas par conviction profonde, mais pour servir leur image, leur position politique ou leurs ambitions personnelles. Ils ne s’attaquent jamais aux véritables défis du continent tels que la corruption, la mauvaise gouvernance, la faiblesse des systèmes éducatifs ou le manque d’intégration économique. Ce discours panafricaniste, pourtant essentiel pour l’avenir de l’Afrique, est aujourd’hui détourné et utilisé comme un instrument de manipulation, au lieu de représenter un projet de société sincère, courageux et tourné vers le bien commun.

Abdalah Teme, étudiant en Géographie : « La CEDEAO est souvent perçue comme un outil d’ingérence utilisé par les grandes puissances occidentales »

Le retrait de certains pays de la CEDEAO représente, selon moi, une avancée positive pour l’Afrique. En théorie, la CEDEAO est une organisation censée défendre les intérêts de ses États membres. Cependant, dans les faits, elle est souvent perçue comme un outil d’ingérence utilisé par les grandes puissances occidentales. À cela s’ajoute son incapacité à faire face aux défis majeurs auxquels ses États membres sont confrontés, notamment le défi sécuritaire qui frappe durement les pays du Sahel.

Dans ce contexte, la création de l’Alliance des États du Sahel (AES) apparaît comme une alternative crédible à la CEDEAO. L’AES incarne des valeurs de solidarité, d’intégrité et d’entraide entre ses États membres. Elle favorise également une coopération renforcée en matière de défense, ce qui est essentiel face aux menaces sécuritaires actuelles. La naissance de l’AES est une initiative prometteuse pour l’avenir du continent africain.

Quant au panafricanisme, je le considère comme un slogan populiste qui ne reflète pas la réalité des relations entre les États africains. La diversité ethnique, les divergences idéologiques et les visions politiques souvent opposées des chefs d’État africains rendent difficile l’émergence d’une gouvernance commune ou d’une diplomatie unifiée. Le panafricanisme, tel qu’il est brandi aujourd’hui, semble davantage relever du discours que d’une véritable dynamique politique concrète.

Binta Bagayoko étudiante à l’UCAO : « Le retrait des pays membres de l’AES de la CEDEAO est une décision commune et salutaire »

Le retrait des pays membres de l’AES de la CEDEAO est une décision commune et salutaire. Bien que la CEDEAO soit une organisation régionale censée défendre les intérêts de ses États membres, elle a, par le passé, imposé des sanctions économiques lourdes à ces pays lors de crises politiques. Face à cette situation, les trois États partageant une même vision ont décidé de créer leur propre confédération : l’Alliance des États du Sahel (AES).

Cette alliance repose sur des principes de solidarité, d’entraide et de défense mutuelle. Elle permet aux pays membres de coordonner leurs efforts face aux défis sécuritaires, tout en tirant parti de leur proximité géographique, qui constitue un atout stratégique supplémentaire.

Le retrait de ces pays de la CEDEAO ne bouleverse pas fondamentalement l’avenir du continent africain. Toutefois, ces trois États ont un besoin urgent de sortir des conflits auxquels ils sont confrontés. La mise en place d’une force de défense commune représente, à cet égard, un avantage significatif.

Ismaël Kanda Kanté, jeune leader à Baco Djicoroni : « Je considère le retrait de certains pays de la CEDEAO comme une décision positive et stratégique »

Je considère le retrait de certains pays de la CEDEAO comme une décision positive et stratégique. Cette organisation, bien qu’ayant été conçue pour promouvoir l’intégration régionale et défendre les intérêts de ses États membres, a montré ses limites. Au lieu d’apporter des solutions concrètes aux crises politiques et sécuritaires, elle s’est parfois transformée en obstacle, notamment à travers des sanctions économiques lourdes imposées à des pays en difficulté. 

Ce retrait traduit une volonté de souveraineté et d’autodétermination. Il ouvre la voie à des alternatives plus adaptées aux réalités du terrain, comme l’Alliance des États du Sahel (AES), qui repose sur des principes de solidarité, de défense mutuelle et de proximité géographique.

Micro-trottoir réalisé et transcrit par Ibrahim Kalifa Djitteye 

16 novembre 2025 0 comments
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Festival international des femmes
A la UneExclusif

Assétou Traoré, présidente de Cira Charity : « Le FESTI-FEM est né d’une réflexion sur la place et le rôle de la femme »

by Sahel Tribune 16 novembre 2025
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Du 4 au 7 décembre 2025, le Palais de la Culture de Bamako abritera la première édition du Festival International des Femmes (FESTI-FEM), placé sous le thème : « Femme, pilier de la paix et gardienne des valeurs socio-culturelles. » Dans les colonnes de Sahel kunafoni, sa promotrice, Assetou Traoré, présidente de l’association CIRA Charity, revient sur la genèse, les ambitions et les valeurs de ce rendez-vous culturel et citoyen.

Vous êtes la Présidente de Cira Charity. Parlez-nous de cette association. 

Je suis la présidente de l’association CIRA Charity, une structure dédiée à l’aide et au soutien des enfants démunis ainsi que des femmes en situation de vulnérabilité.
À travers CIRA Charity, je mène depuis plusieurs années des actions sociales et culturelles pour renforcer la solidarité, promouvoir la dignité et encourager l’autonomie des femmes.

C’est dans cette dynamique qu’est né le Festival International des Femmes (FESTI-FEM), un espace d’expression, de partage et de valorisation du rôle de la femme dans la société.

Comment est née l’idée du FESTI-FEM et quel message souhaitez-vous porter à travers cette première édition ?

Le FESTI-FEM est né d’une réflexion sur la place et le rôle de la femme dans notre société, à une époque où l’on constate une perte progressive de certaines valeurs fondamentales.

Nous avons voulu utiliser la culture comme un outil de sensibilisation et d’orientation, afin d’amener la femme à reprendre toute sa place dans la construction sociale. Ce festival est aussi une manière de valoriser la femme malienne dans toute sa diversité et sa puissance créatrice.

À travers cette première édition, nous souhaitons porter un message fort : la femme, actrice de changement, pilier de la paix et gardienne de nos valeurs culturelles.

Pourquoi avoir choisi le thème « Femme, pilier de la paix et gardienne des valeurs socio-culturelles » ?

Ce thème traduit notre conviction que la paix durable ne peut se construire sans la participation active des femmes.  Dans nos sociétés, elles sont les gardiennes des traditions, les éducatrices des générations et les médiatrices naturelles lors des crises.  En plaçant les femmes au cœur de la réflexion, nous rappelons que la paix commence dans le foyer, s’enracine dans la culture et s’épanouit grâce aux femmes.

Le festival s’inscrit dans l’Année de la Culture décrétée par le Président de la transition. Comment la culture peut-elle contribuer à la paix et à la réconciliation ?

La culture est un langage universel capable d’unir au-delà des différences.
Elle favorise le dialogue, la compréhension mutuelle et la valorisation de notre identité commune.
En s’inscrivant dans l’Année de la Culture, le FESTI-FEM mettra en avant l’art, la musique, le théâtre et la parole des femmes comme outils de réconciliation et de reconstruction du tissu social.

En quoi le FESTI-FEM se distingue-t-il des autres événements dédiés aux femmes ?

Le FESTI-FEM se distingue par son ancrage culturel et communautaire, mais aussi par son approche inclusive et panafricaine.

Ce n’est pas un simple événement festif. C’est un mouvement social et un espace d’échanges entre femmes rurales, urbaines, jeunes, artistes et entrepreneures.
Nous voulons faire entendre toutes les voix, même celles souvent oubliées, et créer une plateforme durable pour partager expériences, luttes et réussites.

Quels seront les temps forts de cette première édition ?

Cette première édition, prévue du 4 au 7 décembre 2025 au Palais de la Culture de Bamako, comprendra plusieurs moments clés. Des panels et conférences porteront sur le leadership féminin, la paix, la culture et l’innovation sociale.

Des stands d’exposition mettront en valeur les savoir-faire féminins et l’artisanat local.
Des concerts, des défilés de mode et des représentations artistiques célébreront les talents féminins. Enfin, le FESTI-FEM Challenge mettra en lumière des jeunes femmes porteuses d’idées novatrices.

Nos objectifs sont de renforcer la visibilité des femmes, de créer un réseau solidaire et de faire de la culture un levier de transformation sociale.

Quels défis avez-vous rencontrés en tant que femme leader ?

Les principaux défis ont concerné le financement, la logistique et la mobilisation des partenaires. Être une femme leader dans un environnement encore marqué par les inégalités de genre exige beaucoup de persévérance et de conviction.

Mais chaque obstacle surmonté renforce notre détermination à prouver que les femmes peuvent non seulement rêver grand, mais aussi réaliser de grandes choses.

Quel message adressez-vous aux femmes maliennes et africaines ?

Mon message est simple : ayez confiance en vous, croyez en votre potentiel et osez prendre votre place. Les femmes maliennes et africaines portent en elles la force de la terre et la sagesse des traditions. Transformons cette force en actions concrètes pour nos communautés et nos nations. Ensemble, nous pouvons bâtir un avenir de paix, de dignité et de prospérité.

Que souhaitez-vous que les participants retiennent du festival ?

Je souhaite que chacun reparte avec une énergie nouvelle, une fierté d’être acteur du changement et la conviction que chacun peut contribuer à la paix. Que ce festival laisse dans les cœurs un sentiment d’unité, d’espoir et de respect des valeurs africaines.

Envisagez-vous de pérenniser le FESTI-FEM ?

Oui. Le FESTI-FEM est pensé pour devenir un rendez-vous annuel incontournable dédié à la femme africaine. Les prochaines éditions viseront à renforcer le maillage régional et à impliquer davantage de pays africains. Notre ambition est de faire du FESTI-FEM une vitrine du leadership féminin et de la culture africaine au service de la paix.

Propos recueillis par Ibrahim K. Djitteye et Cheickna Coulibaly

16 novembre 2025 0 comments
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Un mécanicien en activité
ActuÉconomie

Jeunes, emploi et innovation : les défis et réussites d’une génération malienne

by Cheickna Coulibaly 15 novembre 2025
written by Cheickna Coulibaly 5 minutes read

À Bamako, le chômage des jeunes reste un défi majeur. Face à l’absence d’emplois stables, beaucoup se tournent vers la débrouillardise et l’entrepreneuriat. Certains innovent, d’autres créent leurs petites entreprises, tandis que d’autres suivent des formations pour se professionnaliser. Voici quatre portraits de jeunes Maliens qui illustrent cette énergie nouvelle.

Moussa Diarra : du bureau à la moto

Dans le quartier de Magnambougou, Moussa Diarra gare sa moto devant une boutique. Il a 28 ans et arbore un large sourire malgré la fatigue. Diplômé d’un BT2 en comptabilité, il n’a jamais trouvé d’emploi dans son domaine. « J’ai déposé beaucoup de dossiers, mais personne ne m’a jamais rappelé », raconte-t-il.

Pour subvenir à ses besoins, il a d’abord travaillé comme conducteur de moto-taxi pour une société privée. Chaque semaine, il devait verser 15 000 francs CFA pour conserver la moto qu’il utilisait. « Ce n’était pas facile, je gagnais à peine de quoi vivre, mais j’ai appris à économiser un peu chaque jour », explique-t-il.

Après deux ans de travail acharné, il a réussi à s’acheter sa propre moto. Aujourd’hui, il travaille à son compte et gagne mieux sa vie. « Je suis libre maintenant. C’est moi qui décide quand je roule et combien je gagne », dit-il fièrement.

Son parcours symbolise celui de nombreux jeunes Bamakois qui, faute d’emplois stables, choisissent la débrouillardise comme seul moyen de s’en sortir.

Kadi Créa : transformer des sacs à main en succès

Dans son petit atelier de Missira, Kadidia Diakité, 26 ans, transforme des sacs à main en les personnalisant et en les relookant pour en faire des accessoires de mode uniques. Son entreprise, qu’elle a baptisée « Kadi Créa », emploie aujourd’hui quatre personnes. « J’ai commencé avec une seule machine à coudre, que j’avais empruntée à ma tante », se souvient-elle.

Elle fait partie d’une nouvelle génération d’entrepreneurs maliens qui misent sur la créativité et l’économie circulaire. « On peut créer de la valeur ici, au Mali, avec nos propres moyens. Il faut juste croire en ce qu’on fait », affirme-t-elle.

Mariam Bengaly : pâtisserie et entrepreneuriat numérique

Originaire de Niamacoro, à Bamako, Mariam Bengaly a créé sa propre marque informelle, « Mariam Délice », faute de récépissé officiel. Après avoir suivi une formation en pâtisserie, elle confectionne toutes sortes de gâteaux et sucreries.

Aujourd’hui, elle excelle dans son domaine, notamment à Sikasso, où elle travaille avec sa sœur lorsque Mariam est en déplacement. Pour élargir sa clientèle, elle utilise les réseaux sociaux, où elle promeut ses créations et d’autres articles alimentaires.

« J’ai commencé avec peu de moyens, mais avec de la créativité et de la rigueur, j’ai pu me faire un nom », explique-t-elle. Mariam incarne cette jeunesse malienne qui réinvente l’économie informelle et transforme son talent en opportunité.

Adama : de la formation à l’emploi durable

Adama, 23 ans, a suivi une formation en installation de panneaux solaires grâce à un programme de soutien aux jeunes de Bamako. Avant, il effectuait de petits travaux pour survivre. Aujourd’hui, il exerce un métier stable et peut former d’autres jeunes de son quartier. « Ces formations changent la vie », dit-il. « Elles nous donnent une compétence réelle et la possibilité de créer notre propre emploi. »

Obstacles et défis

Malgré ces réussites, les jeunes entrepreneurs font face à de nombreux obstacles. L’accès au financement reste limité, les banques demandant des garanties que la plupart des jeunes n’ont pas. La bureaucratie et le manque de structures d’accompagnement ralentissent également la concrétisation des projets. À cela s’ajoute la précarité économique, qui oblige certains à cumuler plusieurs activités pour survivre. Ces difficultés n’empêchent pas certains de persévérer, mais beaucoup abandonnent faute de soutien.

L’espoir d’un avenir meilleur

Malgré tout, une énergie nouvelle se dégage. Entre débrouillardise et innovation, les jeunes Maliennes et Maliens montrent qu’il est possible de créer des opportunités, même dans un contexte difficile.

« Avant, on pensait qu’il fallait forcément être fonctionnaire pour réussir », confie Moussa Diarra. « Aujourd’hui, on comprend qu’on peut bâtir quelque chose par soi-même. »

Dans les rues animées de Bamako et au-delà, ces jeunes inventent leur avenir avec courage et détermination, transformant défis et obstacles en véritables tremplins pour l’avenir.

Contexte de l’emploi au Mali

Les stratégies et programmes mis en œuvre pour promouvoir l’emploi au Mali ont permis d’améliorer certains indicateurs. Selon les résultats d’une enquête de l’institut national de la statistique, la population en âge de travailler (15 à 64 ans) était estimée à 8 867 187 individus, soit 46,9 % de la population totale.

Malgré ces efforts, les inégalités persistent, notamment entre hommes et femmes et entre milieu urbain et rural. Les défis restent importants en raison de l’arrivée constante de jeunes sur le marché du travail, du niveau d’instruction, de l’inadéquation entre la formation et les opportunités d’emploi, de la prédominance du secteur informel et du faible accès au crédit.

L’emploi informel reste majoritaire, avec 98,9 % dans le milieu rural et 93,8 % en milieu urbain. Le groupe d’âge le plus représenté dans ce secteur est celui des 15-24 ans (99,5 %), contre 96,7 % pour les 35-54 ans et les 55-64 ans. Les personnes sans aucun niveau d’éducation représentent 99,6 %, contre 70,1 % pour celles ayant un niveau supérieur. Le chômage touche particulièrement les jeunes et est plus marqué en milieu urbain.

Ces chiffres montrent que malgré les réussites individuelles, le défi du chômage reste réel et structurel, ce qui explique en partie pourquoi tant de jeunes se tournent vers l’entrepreneuriat et la créativité pour se construire un avenir.

Cheickna Coulibaly

15 novembre 2025 0 comments
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Fabrique du mensonge
A la UneOpinion

La «fabrique du mensonge» : comment le Mali résiste à la déstabilisation médiatique

by Mikailou Cissé 15 novembre 2025
written by Mikailou Cissé 4 minutes read

Face à une offensive médiatique sans précédent, où rumeurs orchestrées et récits tronqués cherchent à fragiliser ses institutions, le Mali a choisi de mener une autre bataille : celle de la souveraineté de la parole. Entre manipulations informationnelles, pressions extérieures et réveil citoyen, Bamako oppose une résistance méthodique. Dans cette guerre des récits, le pays dévoile une vérité inattendue : la stabilité ne se gagne plus seulement sur les champs de bataille, mais dans l’arène stratégique de l’opinion.

La bataille que mène aujourd’hui le Mali ne se joue plus seulement sur les terrains accidentés de Tessalit ou dans les vallées du Gourma. Elle se déroule aussi sur un autre front, plus invisible mais tout aussi décisif : celui de l’information. Là où se façonnent les perceptions, où s’orientent les opinions et où se construit la conscience collective. 

Ce qui se joue désormais dépasse largement la maîtrise d’un territoire. C’est la conquête des esprits. Dans cette guerre silencieuse, la fabrication du mensonge, ou, pour reprendre Noam Chomsky, la « Fabrique du consentement », est devenue une arme redoutable, parfois plus efficace que les fusils et les blindés.

Une offensive médiatique d’une rare intensité

Depuis plusieurs années, le pays est la cible d’une offensive médiatique d’une intensité rare. Titres sensationnalistes, analyses biaisées, reportages approximatifs. Un récit noir, souvent caricatural, s’impose dans certains médias internationaux. Au lieu de raconter le Mali, on l’annonce en ruine. Au lieu d’informer, on prédit l’effondrement. Des émissions scénarisées à l’avance orchestrent l’idée d’un chaos imminent — un chaos qui finit par sembler inéluctable tant il est répété. La fabrique de l’info remplace l’information, et la peur devient un levier de domination.

Ces récits fabriqués ne troublent pas seulement l’opinion publique, ils sapent les institutions, minent la confiance des citoyens et perturbent l’action gouvernementale. En relayant, parfois sans s’en rendre compte, la propagande de groupes armés, certains journalistes offrent une caisse de résonance à ceux qui prospèrent sur l’instabilité. L’histoire récente — de la Syrie à la Libye — rappelle combien le terrorisme s’appuie sur le mensonge comme un cheval de Troie.

Une riposte fondée sur la souveraineté

Face à cette offensive, les autorités maliennes aussi bien que le peuple malien ont décidé de ne plus subir. Ils ont compris que défendre le pays ne consiste pas seulement à protéger son territoire. Mais plutôt à défendre aussi sa parole, son récit, sa vérité. La régulation des médias, la suspension temporaire de certains canaux de diffusion, la mise en place d’une communication publique plus structurée s’inscrivent dans cette stratégie. Ces mesures, souvent critiquées de l’extérieur, ne relèvent pas d’une censure arbitraire : elles répondent à un impératif de souveraineté. Dans un monde où l’information est une arme, riposter, ce n’est pas se taire : c’est refuser d’être pris en otage.

Cette bataille de l’information n’est pas portée seulement par les institutions. Une prise de conscience citoyenne, profonde et nouvelle, est en train d’émerger. De plus en plus de Maliens apprennent à vérifier, à croiser, à questionner. Les radios locales, les journalistes responsables et les plateformes citoyennes reconstruisent un espace médiatique crédible, enraciné dans la réalité du pays. L’idée, longtemps répétée, selon laquelle le peuple malien serait manipulable à merci, vole en éclats. Il se révèle aujourd’hui gardien vigilant de la vérité.

Quand la rumeur devient arme économique

La désinformation s’est par ailleurs incrustée dans les crises économiques et sociales. Les pénuries de carburant, la flambée de la contrebande ou les perturbations du transport ont été amplifiées par des rumeurs destinées à semer la panique. Là encore, l’État a réagi en sécurisant les convois, en régulant les circuits de distribution et en asséchant les réseaux illicites. Preuve que la souveraineté ne se limite pas aux frontières, elle s’exerce aussi dans la gestion de l’économie, de la logistique et… de la vérité.

L’expérience malienne dépasse désormais ses frontières. Elle illustre, pour d’autres États africains, comment résister à une fabrique du mensonge devenue un instrument global de domination. Certains analystes, faute de terrain ou par paresse méthodologique, ont préféré fabriquer un récit conforme à leurs attentes. Mais les faits contredisent leurs scénarios : la réalité malienne échappe à ceux qui la racontent sans la connaître.

La souveraineté intellectuelle comme ultime rempart

Ce que vit le Mali n’est pas une simple crise ; c’est une épreuve de vérité. Les masques tombent, les prédictions s’effondrent, et la résilience d’un peuple se révèle. Là où la cabale médiatique espérait l’effondrement, elle rencontre la dignité. Là où l’on annonçait la fragmentation, surgit la cohésion. Le Mali se tient debout — lucide, déterminé, maître de sa destinée.

En déjouant la guerre du mensonge, le pays trace une voie d’indépendance nouvelle : celle qui conjugue souveraineté territoriale et souveraineté intellectuelle. Dans cette reconquête des esprits, il rappelle une vérité simple mais fondamentale : malgré les tempêtes annoncées, la vérité demeure la plus puissante des armes.

Mikaïlou Cissé

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Dr Samuel Sidibé
Seko ni Donko

Dr Samuel Sidibé, parrain du mois de novembre de l’Année de la Culture : « Notre diversité ne survit que si nous produisons nos propres biens culturels »

by Ibrahim Kalifa Djitteye 14 novembre 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

La salle de conférence du Musée national du Mali a accueilli, ce jeudi 13 novembre 2025, une conférence animée par le parrain du mois de novembre de l’Année de la Culture 2025, autour du thème : « Patrimoine et créativité : le rôle des musées ». La rencontre s’est tenue sous la présidence du Chef de cabinet du ministère de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, M. Salia Malé, représentant le ministre Mamou DAFFÉ.

 Étaient également présents le Directeur général du musée, des membres du cabinet ministériel, ainsi que de nombreux acteurs culturels venus assister à cet événement placé sous le signe de la réflexion et de l’engagement pour la culture malienne.

Cette conférence s’inscrit dans le cadre de l’Année de la Culture, décrétée par le Général d’Armée Assimi Goïta, Président de la Transition. À travers cette initiative, le gouvernement malien entend valoriser les expressions culturelles nationales, renforcer la visibilité des acteurs du secteur et inscrire la culture au cœur du développement.

Un parrain engagé pour une culture vivante

Le concept de parrain ou marraine du mois, mis en œuvre par le ministère en charge de la Culture, consiste à désigner chaque mois une personnalité emblématique du monde artistique et culturel pour accompagner les événements et porter un message fort. En novembre, c’est le Dr Samuel Sidibé, ancien directeur du Musée national du Mali, qui a été choisi pour incarner cette mission.

Dans une intervention dense, à la fois personnelle et politique, Dr Sidibé a livré une réflexion profonde sur la place du patrimoine dans la société contemporaine. Il a souligné que le patrimoine ne doit pas être perçu comme une simple mémoire figée, mais comme une source vivante capable d’inspirer la création contemporaine. « Le patrimoine est une source, une racine, mais si nous ne sommes pas capables de créer, de construire notre avenir, alors nous sommes en danger », a-t-il affirmé.

Créer pour exister, un appel à l’action

Pour lui, la créativité est un levier essentiel pour construire une identité culturelle dynamique, capable de dialoguer avec le monde et de contribuer à l’économie nationale. Il a insisté sur la nécessité de replacer la création au cœur des politiques culturelles, en particulier à travers les industries créatives et les plateformes numériques.

Le parrain du mois a également interpellé les décideurs sur la nécessité de repenser les politiques culturelles en profondeur. Il a plaidé pour le développement de formations en design, afin de permettre aux jeunes créateurs de s’inspirer du patrimoine pour concevoir des modèles contemporains.

Patrimoine textile et innovation numérique

Il a évoqué l’exemple du textile, secteur dans lequel le Mali dispose d’un savoir-faire reconnu, mais qui reste sous-exploité faute de structuration et d’innovation. Il a rappelé qu’un projet de défilés textiles trimestriels avait été envisagé dès 2005 au Musée national, et a appelé à sa relance comme levier de visibilité et de création.

Dr Sidibé a également insisté sur l’importance de produire et de diffuser des contenus culturels sur les plateformes numériques, afin de toucher les jeunes générations et de positionner le Mali dans les industries créatives mondiales. Il a souligné que la culture ne se préserve pas uniquement par la mémoire, mais surtout par l’acte de créer, de produire et de transmettre.

Une culture en mouvement, un musée en action

« Si nous ne créons pas, si nous ne vendons pas nos biens culturels, si nous ne les mettons pas en ligne, alors nous disparaissons », a-t-il lancé, dans un appel vibrant à l’action. Pour lui, créer à partir du patrimoine, c’est affirmer la place du Mali dans le monde et garantir la pérennité d’une culture vivante.

La conférence s’est conclue sur une note d’espoir et de mobilisation. Les échanges qui ont suivi ont témoigné d’une volonté partagée de faire du patrimoine un moteur de créativité, et des musées des espaces ouverts à l’innovation. À travers cette prise de parole forte, Dr Samuel Sidibé a rappelé que l’Année de la Culture ne doit pas être une célébration figée, mais une opportunité pour repenser en profondeur les fondements de la politique culturelle malienne.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

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Les ministres de la sécurité
A la UneSécurité

BAMEX 2025 : La RDC séduite par la politique de défense du Mali

by Sidi Modibo Coulibaly 14 novembre 2025
written by Sidi Modibo Coulibaly 5 minutes read

Le premier salon international de la défense et de la sécurité, BAMEX 2025, ouvert le 11 novembre 2025 à Bamako, n’est pas que de la promotion de l’armement. Des pays séduits par le courage, la détermination et la dignité du Mali ont tenu à bénéficier de son experience. C’est le cas du chef de la délégation de la République démocratique du Congo qui est venu signifier toute l’admiration de son pays pour celui du Général d’Armée Assimi Goïta.

À la tête d’une forte délégation, Me Guy Kabombo MUADIAMVITA, Vice-Premier ministre, ministre de la Défense nationale et des Anciens combattants de la République Démocratique du Congo, a été reçu par le Général de Division Daoud Aly MOHAMMEDINE, ministre de la Sécurité et de la Protection civile. C’était le mercredi, 12 novembre 2025. Cette entrevue fait suite à celle qu’il a eue avec son homologue malien, le Général de corps d’armée Sadio Camara. 

Un cadre d’échanges et de concertations bientôt mis en place 

Au cours de son entrevue avec le ministre de la Sécurité et de la Protection civile, le Vice-Premier ministre s’est réjoui de se trouver au Mali, un pays qui fait face à des défis sécuritaires similaires à ceux de son pays. « Ces défis ont pour nom, entre autres, le terrorisme, la criminalité transfrontalière, la prolifération des groupes armés et l’instrumentalisation des nationaux par des puissances extérieures. », a ajouté l’émissaire du Président congolais, Félix Tchishekedi. 

Il a dit être fier du Mali qui fait face à une grave crise sécuritaire avec courage, détermination et dignité, en refusant la soumission et en privilégiant la souveraineté, la stabilité et l’unité nationale. La RDC, a-t-il dit, est très intéressée par l’expérience du Mali qui fait la fierté de tous les panafricanistes et qui enseigne, avec éloquence, que les Africains doivent prendre en main leur destin. 

Pour sa part, le ministre Daoud Aly Mahammedine a souhaité la bienvenue à son hôte et l’a chaleureusement remercié d’être venu en terre africaine du Mali malgré les tentatives désespérées de forces obscures de dissuader les délégations étrangères de participer au BAMEX 25. 

Les deux personnalités ont croisé leurs analyses sur la situation sécuritaire du continent avant de conclure que l’heure était à la coopération et aux échanges entre leurs pays respectifs confrontés aux mêmes menaces. Ainsi, les deux parties ont convenu de la création d’un cadre d’échanges et de coopération entre le Mali et la RDC dans les domaines de la défense et de la sécuritaire. 

Le Vice-Premier ministre congolais en charge de la Défense a promis, dès son retour à Kinshasa, de faire les mises en relation nécessaires afin de concrétiser rapidement les bonnes dispositions de coopération entre les deux parties. Me Muadiamvita se dit en mission pour construire cette Afrique unie imaginée par les pères fondateurs des indépendances, notamment le ghanéen Kwamé N’KRUMAH et le malien Modibo KEITA. La mise en place de ce cadre est le fruit de contacts longtemps établis entre les deux pays depuis quelque temps. Le plus en vue a été la mission de haut niveau dépêchée par le Président congolais auprès du Président Goïta.

Une mission de haut niveau avait été dépêchée à Bamako 

En effet, c’était le vendredi 21 février 2025 que le Général d’armée Assimi Goïta a reçu en audience Constant Mutamba Tungunga, Ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux de la République Démocratique du Congo accompagné de Christophe MUZUNGA, Ambassadeur de la RDC au Mali, résidant à Dakar, et de TALUBULU TSHIS OSIBOWA Godfrey, Conseiller. Si rien n’a filtré de leur entretien, il ressort, selon des sources, que les émissaires congolais ont porté le message de demande d’aide militaire de leur chef d’État.

Selon le média nigérien « Niger info », c’est sur les conseils du Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, Chef de l’État tchadien, que le président de la RDC s’est tourné vers son homologue du Mali qui est de surcroit président en exercice de l’AES ( Alliance des États du Sahel), née le 6 juillet 2025. Cette mise en route du chef d’État tchadien vers le Mali fait suite à une mission de son homologue congolais dépêchée auprès de lui. Cette mission avait été au Tchad, le 18 février 2025. Elle était conduite par Didier Mazenga et avait été dépêchée en urgence à N’Djamena pour solliciter du président tchadien une assistance militaire « sous toutes ses formes ». 

En réponse à cette sollicitation, le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno a conseillé à Tshisekedi de se tourner vers le président Goïta afin de bâtir une riposte africaine solide et cohérente. Prenant la mesure de l’urgence, le chef d’État congolais avait aussitôt missionné, le 21 février 2025, son ministre d’État, ministre de la Justice, Constant Mutamba, pour engager des discussions avec l’AES, véritable rempart contre l’ingérence étrangère et les desseins de partition du Congo fomentés par les puissances occidentales.

Il faut signaler que BAMEX 2025 se déroule en 2 phases de 2 jours : au Parc d’exposition de Bamako, où 30 entreprises présenteront des équipements et solutions de pointe et au Centre Boubacar Sada Sy de Koulikoro, où les délégations officielles invitées auront droit à des démonstrations de grande envergure pour évaluer les systèmes de défense aérienne, les drones, les munitions, les véhicules tactiques, les plateformes de surveillance et les solutions de commandement intégrées. BAMEX 2025, dont les rideaux tomberont ce 14 novembre 2025 enregistre la participation de plus de trente (30) pays africains.

SMC

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Kidal
A la UneAnalyses

Kidal : le jour où le Mali a relevé la tête

by Sahel Tribune 14 novembre 2025
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Kidal, verrou symbolique du Nord malien et sanctuaire des rébellions touarègues depuis plus d’une décennie, est retombée le 14 novembre 2023 sous contrôle de l’armée malienne. Une victoire militaire autant qu’un acte politique fondateur pour Bamako, qui y voit la preuve éclatante de sa souveraineté retrouvée après des années d’humiliation et de tutelle internationale. Mais derrière l’image forte d’un État qui relève la tête, se profilent déjà les défis plus discrets — et plus exigeants — de la stabilisation, de la gouvernance locale et de la recomposition du jeu sahélien.

Il y a des dates qui, dans l’histoire tourmentée d’un pays, fonctionnent comme des bornes kilométriques. Le 14 novembre 2023 est de celles-là. Ce jour-là, à 1 600 kilomètres de Bamako, la ville mythique de Kidal, irritant fétiche des chancelleries, sanctuaire touareg, totem des rébellions successives, retombait — enfin — dans l’escarcelle de l’État malien. Et ce n’est pas seulement une victoire militaire. C’est un acte politique, une revanche historique, presque une psychanalyse nationale.

Car, pendant plus de dix ans, Kidal fut davantage qu’une anomalie administrative : un angle mort de souveraineté, une parenthèse humiliante dans la conscience malienne. Pour les présidents qui se sont succédé, elle était ce caillou dans la botte. On savait qu’il fallait le retirer, mais on reculait toujours l’instant. Le général Assimi Goïta, fin stratège, lui, n’a pas reculé, et l’a affronté. 

La revanche d’un État qu’on disait défait

Depuis 2012, le grand échiquier sahélien avait transformé Kidal en laboratoire de toutes les illusions : promesses d’autonomie sous perfusion d’ONG, médiations interminables, MINUSMA transformée en puissance tutélaire et un Accord d’Alger que chacun, en privé, jugeait d’une naïveté confondante — les séparatistes y trouvaient une légitimité, Bamako un piège, et les parrains internationaux du terrorisme une illusion de stabilité.

En 2023, les militaires maliens, redressés, reéquipés, réentraînés, cèdent à une impatience que beaucoup jugeaient légitime. Alghabass Ag Intallah, président de la CMA, avait averti début février 2023 les médiateurs internationaux accourus à Kidal — « Sans l’accord, nous sommes azawadiens ». Une phrase qui agit comme une provocation ultime. 

Cette déclaration intervenait un mois après le retrait des mouvements qu’il dirige des pourparlers consacrés à l’application de l’accord de paix. Le général Goïta y répond non par un discours, mais par une décision : la demande de retrait de la MINUSMA. Ce fut le début de la fin d’une décennie de mise sous tutelle molle.

L’offensive : modernisation express et nouveaux partenaires

L’armée malienne de 2023 n’a plus grand-chose à voir avec celle, décharnée, qui s’était effondrée en 2012. Les TB2 turcs, les hélicoptères russes, les blindés chinois VN22, les conseillers étrangers — oui — mais aussi une doctrine revisitée, une chaîne de commandement resserrée et un moral rendu à zéro — composent les ingrédients de cette réincarnation militaire.

Le Mali, désormais membre fondateur de la Confédération des États du Sahel (AES), créée le 6 juillet 2025, s’inscrit enfin dans une géopolitique régionale assumée, débarrassée des hypocrisies diplomatiques. Le Burkina Faso et le Niger, en soutien politique constant, adossent la reconquête du nord à un socle d’intégration militaire naissante.

Les frappes de drones, d’une précision nouvelle, ouvrent la route de Kidal. Le CSP-PSD, habitué autrefois à des armées mal équipées et à des mandats internationaux timorés, découvre soudain une FAMa modernisée, mobile, dure au combat, sûre d’elle. Le 14 novembre, les rebelles se replient. Kidal redevient malienne et le drapeau national y flotte de nouveau. Les administrations publiques sont de retour et un gouverneur y est nommé en la personne du général El Hadj Ag Gamou. 

La victoire et ce qu’elle révèle : une nation debout

Pour les autorités maliennes de la Transition — mais aussi pour une majorité silencieuse —, la scène est dense de symbolisme. Des habitants saluent les soldats, d’autres observent, méfiants, mais soulagés. L’État réinstalle les services de base, rouvre les marchés, remet les écoles en marche.

À Bamako, c’est un sentiment profond — presque intime — de réparation historique.
Kidal n’était pas simplement une ville perdue, c’était un honneur retrouvé. Mais sans rappeler que les victoires militaires, sont rarement la fin de l’histoire.

Le JNIM, appuyé par les sponsors étrangers du terrorisme, jamais vraiment éradiqué, entame une guerre d’attrition économique, jusqu’à la tentative désespérée d’imposer un blocus du carburant sur la capitale à la suite de l’interdiction de vente du carburant dans certaines conditions, dans certaines zones rurales. Les reconfigurations touarègues — CSP-DPA puis FLA — montrent que la question identitaire, politique et territoriale ne disparaît pas encore totalement parce que les sponsors étatiques étrangers sont entrés dans la danse avec l’intention de saboter les efforts des autorités maliennes de la transition.

Quant à la présence russe, elle nourrit autant la montée en puissance opérationnelle que des controverses, dont Bamako se passerait volontiers. Enfin, les réformes institutionnelles sous la transition — dissolution de l’accord d’Alger, adoption d’une Charte nationale pour la paix et la réconciliation, adoption d’une nouvelle constitution par référendum, ainsi que les Assises nationales de la refondation — posent les jalons d’une refondation, mais n’ont pas encore absorbé la complexité du « fait touareg ».

Kidal, point de départ plus que point d’arrivée

Les autorités maliennes de la Transition, depuis 2020, ont construit un récit : celui d’un Mali reconquis, affranchi des puissances étrangères, maître de son destin.

La reprise de Kidal a rendu au Mali quelque chose qu’on ne mesure pas dans un rapport militaire : la dignité. Elle a refermé une plaie ouverte depuis 2012. Elle a prouvé qu’un pays que l’on disait brisé peut se relever.

Mais elle a aussi ouvert un cycle nouveau — celui de la consolidation, du dialogue repensé, de la souveraineté assumée. Le général Assimi Goïta a remporté la bataille symbolique. Reste à gagner la paix durable. 

A.D

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