Aller au contenu principal
Sahel Tribune
  • Actu
    • Exclusif
    • Sport
    • Santé
  • Politique
  • Sécurité
  • Économie
  • Seko ni Donko
  • Climat et environnement
  • Éducation
  • Chroniques
    • Billet d’humeur
    • Edito
  • Investigations
    • Analyses
    • Enquête
    • Opinion
  • Taabolow ani Tabiaw
  • Sahel Tech.
    • Les démystificateurs du Sahel
mercredi,27 mai , 2026
  • A propos
  • Notre équipe
  • Contactez-nous !
Sahel Tribune
  • Actu
    • Exclusif
    • Sport
    • Santé
  • Politique
  • Sécurité
  • Économie
  • Seko ni Donko
  • Climat et environnement
  • Éducation
  • Chroniques
    • Billet d’humeur
    • Edito
  • Investigations
    • Analyses
    • Enquête
    • Opinion
  • Taabolow ani Tabiaw
  • Sahel Tech.
    • Les démystificateurs du Sahel
Sahel Tribune
Sahel Tribune
  • Actu
    • Exclusif
    • Sport
    • Santé
  • Politique
  • Sécurité
  • Économie
  • Seko ni Donko
  • Climat et environnement
  • Éducation
  • Chroniques
    • Billet d’humeur
    • Edito
  • Investigations
    • Analyses
    • Enquête
    • Opinion
  • Taabolow ani Tabiaw
  • Sahel Tech.
    • Les démystificateurs du Sahel

Copyright 2022 - All Right Reserved. Designed and Developed by PenciDesign

Forum mondial des civilisations
A la UneSeko ni Donko

Année de la Culture 2025 : Les valeurs endogènes comme socle de la refondation nationale  

by Ibrahim Kalifa Djitteye 5 janvier 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 5 minutes read

L’Année de la Culture 2025 au Mali a été décrétée par le Général d’armée Assimi Goïta, Président de la Transition. Cette décision a marqué une étape clé dans la refondation nationale. Elle visait à replacer la culture au cœur du projet de société, en affirmant qu’elle n’était pas un simple divertissement, mais un pilier de souveraineté et de cohésion. Le décret présidentiel a donné une légitimité institutionnelle forte à cette initiative.  

Cette proclamation s’inscrivait dans la vision du Mali Kura, où la culture devient un instrument de mémoire et de transmission. En décrétant cette année, le Chef de l’État a voulu rappeler que la culture est une force vivante, capable de guider la jeunesse et de consolider l’identité nationale. L’Année de la Culture s’est ainsi imposée comme un cadre structurant pour l’avenir, donnant aux institutions et aux citoyens un horizon commun.  

Les valeurs endogènes comme socle

Au cœur de cette initiative, les valeurs endogènes ont été mises en avant. Hospitalité, solidarité, respect des anciens et promotion des langues nationales ont été placés au centre des actions. Ces valeurs, profondément enracinées dans les communautés, ont été présentées comme des repères essentiels pour surmonter les crises sociales et politiques. L’Année de la Culture a permis de rappeler que le Mali possède ses propres références, capables de nourrir une souveraineté culturelle authentique.  

La feuille de route présentée par le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé, a renforcé cette orientation. Baptisée Mali den Kura, elle visait à restaurer les traditions tout en ouvrant la voie aux industries culturelles modernes. Cette stratégie cherchait à conjuguer patrimoine et innovation, mémoire et créativité. En mettant en avant les valeurs endogènes, le projet a affirmé que la culture malienne n’est pas figée, mais qu’elle peut évoluer sans perdre son identité.  

Le parrainage du mois et les grands programmes

Durant toute l’année, le département en charge de la Culture, sous l’impulsion du ministre Mamou Daffé, a instauré le concept de parrainage ou marrainage du mois . Cette initiative mettait à l’honneur un homme ou une femme de culture, valorisant ainsi les figures emblématiques qui incarnent la mémoire et la créativité nationale. Ce dispositif a permis de donner une visibilité régulière aux acteurs culturels et de renforcer le lien entre institutions et citoyens.  

Parallèlement, plusieurs grands programmes ont marqué l’année. Parmi eux, les États généraux de la culture, l’Assurance Volontaire pour la Culture (AVOC), l’Initiative Siguida-Nièta, ainsi que les espaces d’éducation à la citoyenneté et aux valeurs culturelles « Faso Sifinso » et « Faso Baro Kènè ». L’élaboration de la politique culturelle de la culture, de l’artisanat et du tourisme, ainsi que le soutien aux événements culturels et à la création artistique, ont donné une dimension concrète et durable à l’Année de la Culture.  

Les grands rendez-vous culturels et artisanaux

L’Année de la Culture a également été marquée par des rendez-vous majeurs qui ont rythmé la vie artistique et artisanale du pays. Le Festival international Triangle du Balafon a célébré l’un des instruments emblématiques de l’Afrique de l’Ouest, en réunissant des musiciens et des chercheurs autour de ce patrimoine vivant. Ce festival a montré que la culture malienne est aussi un vecteur de dialogue régional et de rayonnement international, en valorisant un symbole de l’identité musicale africaine.  

Le Salon International de l’Artisanat du Mali (SIAMA 2025) a constitué un autre temps fort. Il a mis en lumière la créativité des artisans maliens et leur rôle dans l’économie culturelle. Ce salon a permis de promouvoir les savoir-faire traditionnels tout en ouvrant des perspectives commerciales et touristiques. En donnant une visibilité internationale à l’artisanat, l’Année de la Culture a renforcé la souveraineté économique et culturelle du Mali, en affirmant que ses traditions peuvent être sources de développement durable.  

La Biennale de Tombouctou, apothéose de l’année

La clôture de l’Année de la Culture s’est déroulée en décembre 2025 à Tombouctou, lors de la Biennale artistique et culturelle. Une cérémonie solennelle au monument de la Flamme de la Paix a incarné la mémoire des conflits et l’espoir de réconciliation. Cet événement a synthétisé l’année : un dialogue entre patrimoine et modernité, entre mémoire et paix. Tombouctou, ville symbole, a rappelé que le Mali est dépositaire d’un patrimoine universel reconnu.  

Cette Biennale a été le point culminant d’une dynamique populaire et inclusive. La participation active des communautés : artistes, familles et associations, a donné chair à l’Année de la Culture. Cette mobilisation a prouvé que la souveraineté culturelle ne peut être décrétée uniquement par l’État, mais qu’elle doit être vécue par les citoyens. L’inclusion des acteurs locaux a renforcé l’idée que la culture est un bien commun, partagé et transmis par tous.  

Une rétrospective porteuse d’avenir

Ainsi, l’Année de la Culture 2025, décrétée par le général Assimi Goïta, a été une réussite institutionnelle et populaire. Elle a permis de réaffirmer les valeurs endogènes, d’affirmer la souveraineté culturelle et de projeter le Mali sur la scène internationale. Cette année n’a pas été une parenthèse, mais un laboratoire d’initiatives. La pérennité de ses acquis dépendra de la capacité des institutions et des citoyens à prolonger cet élan.  

Cette rétrospective révèle une année riche en événements, en symboles et en mobilisations. Elle montre un Mali qui cherche à se réconcilier avec son histoire, à valoriser ses talents et à projeter son image culturelle au-delà de ses frontières. L’Année de la Culture a été un moment fondateur, où la mémoire et la créativité se sont conjuguées pour bâtir un avenir souverain. Elle reste une référence pour l’avenir du Mali Kura et pour la consolidation de son identité culturelle.  

Ibrahim Kalifa Djitteye 

5 janvier 2026 0 comments
0 FacebookTwitterPinterestEmail
Donald Trump propose son appui au Mali
ActuAnalyses

Maduro capturé, mais pas de putsch ? Le double standard des puissances occidentales

by Sahel Tribune 3 janvier 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

L’arrestation de Nicolás Maduro par les forces américaines, le 3 janvier 2026, est un tournant géopolitique majeur, mais aussi un révélateur saisissant du double standard médiatique et diplomatique occidental. Tandis que Washington célèbre une « opération de libération démocratique », nombre d’observateurs y voient un coup d’État en bonne et due forme, mais on préfère des termes plus diplomatique puisqu’il s’agit d’un renversement anticonstitutionnel mené au mépris du droit international par l’une des grandes puissances du monde. Mais lorsqu’il s’agit de l’Afrique, tous les termes péjoratifs sont employés pour qualifier les auteurs et leur opération.

« […] Les milliardaires sont […] les rédacteurs en chef du monde. Si le monde était un journal, ils en définiraient la ligne éditoriale. Ceci pour des raisons structurelles évidentes : les idées ont besoin d’argent pour se diffuser. », écrit Myret Zaki. Une analogie qui explique exactement comment le monde est gouvernée. Les plus puissants font les lois qui sont appliquées sur les autres mais dont eux-mêmes sont épargnés. Le bien et le mal devient toujours relatif. Le vocabulaire même est taillé sur mesure selon qu’il s’agit d’un puissant ou d’un faible. C’est cela le nouveau multilatéralisme respectant le droit international et protégeant les plus faibles contre les puissants.   

Lénine avait raison de le dire : « L’impérialisme est le stade suprême du capitalisme ». Quoi de plus normal si l’on sait que « Les États-Unis sont gouvernés par les superriches », selon Francis Fukuyama. Quelques heures après les frappes massives menées contre le Venezuela et le coup d’Etat militaire contre le président Nicolás Maduro, le putschiste Donald Trump est apparu triomphal devant les caméras depuis sa résidence de Mar-a-Lago, en Floride. Le président américain a revendiqué le coup d’Etat en des termes spectaculaires, la qualifiant d’« assaut comme on n’en avait pas vu depuis la Seconde Guerre mondiale ». « Tard, hier soir, et tôt, ce matin, à ma demande, les forces armées américaines ont conduit une opération militaire extraordinaire dans la capitale du Venezuela », a-t-il déclaré, présentant cette intervention comme un acte de justice internationale destiné à « confronter à la justice le dictateur hors-la-loi Nicolás Maduro ».

Un putsch qualifié d’arrestation 

Poursuivant sur un ton de conquérant, Donald Trump a annoncé que les États-Unis « allaient désormais diriger le Venezuela » et y déployer des compagnies pétrolières américaines afin de « réparer les infrastructures pétrolières vétustes et relancer l’économie du pays ». Cette déclaration rappelle les logiques d’occupation et de spoliation économique des interventions américaines passées en Amérique latine, de l’Irak à Panama. Derrière le discours de justice se cache une reprise en main directe des ressources stratégiques du Venezuela. Que reste-t-il donc du modèle démocratique enseigné dans les grandes écoles de sciences politiques ? Que reste-t-il de la souveraineté des Etats et de leur droit fondamental de disposer d’eux-mêmes ? Lorsque les Etats ne peuvent plus exercer leur souveraineté sur leur territoire, difficile de parler de liberté ou de souveraineté. 

Dans la plupart des grands médias occidentaux ou dans le langage des diplomates occidentaux, le mot « putsch » n’apparaît nulle part. Donald Trump, qui vient de renverser un président en exercice, n’est pas qualifié de « putschiste » ou de « chef d’État renversant un gouvernement souverain par la force ». On parle pudiquement d’« opération spéciale », de « capture ciblée », voire d’« action antiterroriste ». Un lexique soigneusement choisi, bien éloigné de celui utilisé lorsqu’un renversement de pouvoir a lieu en Afrique ou en Amérique latine sans l’aval de l’Occident.

Quand l’Afrique n’a pas droit au même vocabulaire

Dans les faits, le déroulement de l’opération ne laisse place à aucun doute. Des unités d’élite américaines — notamment la Delta Force — ont mené des frappes coordonnées sur Caracas et plusieurs villes du Venezuela avant d’arrêter le président Maduro et son épouse, Cilia Flores. Ce coup d’Etat, conduit sans aucun mandat du Conseil de sécurité des Nations unies, constitue une violation flagrante de la souveraineté vénézuélienne et du droit international.

L’annonce triomphale de Donald Trump sur son réseau Truth Social — « Les États-Unis ont capturé Maduro et mis fin à son règne » — a provoqué un séisme diplomatique. Caracas dénonce un « acte impérialiste » et exige la libération immédiate de son président. La vice-présidente Delcy Rodríguez parle d’une « agression d’État » et réclame une « preuve de vie ».

Mais dans les chancelleries occidentales, le silence domine. À Bruxelles, à Londres ou à Paris, l’on « observe la situation avec attention ». Aucun mot de condamnation, aucune allusion à un coup d’État. 

Le président français Emmanuel Macron s’est exprimé sur le réseau social X sans aucune condamnation de ce coup de force. Au contraire, il s’en réjouit et réaffirme son accompagnement au peuple vénézuelien : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. En confisquant le pouvoir et en piétinant les libertés fondamentales, Nicolás Maduro a porté une atteinte grave à la dignité de son propre peuple. La transition à venir doit être pacifique, démocratique et respectueuse de la volonté du peuple vénézuélien. Nous souhaitons que le Président Edmundo González Urrutia, élu en 2024, puisse assurer au plus vite cette transition. »

La retenue lexicale contraste fortement avec le ton habituellement employé lorsque des événements similaires se produisent en Afrique. Au Mali, au Niger, au Burkina Faso, au Gabon ou en Guinée, les prises de pouvoir militaires de 2020 à 2023 ont immédiatement été qualifiées de « putschs » et leurs auteurs de « juntes militaires ». Les dirigeants africains ont été bannis des forums internationaux, leurs États sanctionnés, leurs économies asphyxiées au nom de la « défense de la démocratie ». On se demande finalement de quelle démocratie défend-on ? Sûrement une démocratie deux poids, deux mesures. Les puissants font la démocratie mais ne violent jamais ses principes. Toute violation par ceux-bin est vu comme une restauration des principes démocratiques. 

Mais à Caracas, point de telles indignations. Aucune voix occidentale ne parle de « coup d’État américain » ni ne qualifie Donald Trump de « putschiste ». Au contraire, certains éditorialistes saluent même la « restauration de la démocratie » au Venezuela. Ce deux poids, deux mesures met en lumière un biais profond : celui d’un multilatéralisme sélectif, où la souveraineté des nations du Sud reste conditionnelle, suspendue à l’approbation des puissances du Nord.

Vers la fin du multilatéralisme ?

Ce coup de force américain, survenu sans l’aval des Nations unies ni consultation du Congrès, illustre la fragilité d’un ordre mondial que beaucoup jugeaient déjà moribond. Entre la guerre en Ukraine, les frappes américaines au Nigeria contre des positions de l’État islamique, et désormais l’intervention au Venezuela, les équilibres internationaux vacillent.

Le retour assumé des logiques impériales pose une question vertigineuse : le monde entre-t-il dans une ère post-multilatérale, où les puissances imposent leur loi sans retenue ? À Caracas comme à Bamako, la conviction que la souveraineté ne se quémande plus, mais qu’elle se défend, émerge.

A.D

3 janvier 2026 0 comments
0 FacebookTwitterPinterestEmail
Arrestation de Nicolas Maduro
A la UneAnalyses

Le coup de force américain au Venezuela ravive les peurs d’un monde sans règles

by Chiencoro 3 janvier 2026
written by Chiencoro 7 minutes read

Le 3 janvier 2026, l’arrestation du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines a fait l’effet d’un séisme diplomatique. L’opération américaine confirme le retour brutal des logiques impériales et l’affaiblissement d’un multilatéralisme déjà vacillant. Le monde, désormais livré à la loi du plus fort, semble glisser vers ce que le capitaine Ibrahim Traoré appelle « l’hiver noir » : un âge de fer où les puissances redessinent leurs zones d’influence, au mépris du droit international.

Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, les forces spéciales américaines ont lancé une opération d’envergure contre Caracas. Une opération qui se termine par la capture du président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse, Cilia Flores. L’annonce, faite triomphalement par Donald Trump sur Truth Social, a sonné comme un coup de tonnerre dans le paysage géopolitique mondial. Le dirigeant américain, revenu à la Maison Blanche un an plus tôt, a salué une « victoire contre le terrorisme et le narcotrafic ». Le chef d’Etat américain place cette intervention sous la bannière de la sécurité nationale.

Washington redessine sa doctrine d’intervention

Au-delà du spectaculaire, cette action unilatérale marque le retour d’une diplomatie américaine de coercition directe. Elle rappelle la capture de Manuel Noriega au Panama en 1990. Avec Maduro désormais détenu par la justice américaine, le Venezuela entre dans une phase d’incertitude politique totale, tandis que l’Amérique latine redoute une nouvelle ère d’instabilité et d’hégémonie américaine.

Depuis plusieurs mois, l’administration Trump avait préparé le terrain : déploiement militaire massif dans les Caraïbes, frappes ciblées contre des infrastructures vénézuéliennes et mise à prix de 50 millions de dollars (plus de 27 milliards 959 millions de FCFA) pour la capture du président. Accusé de « terrorisme lié à la drogue » et de collusion avec les FARC, Maduro était considéré à Washington comme un ennemi prioritaire de la sécurité nationale américaine.

Cette opération relance le débat sur l’unilatéralisme de la politique étrangère américaine, opérant sans mandat onusien ni aval du Congrès. Plusieurs parlementaires américains ont d’ailleurs dénoncé une « violation de la Constitution » et une « militarisation de la justice ». Mais pour Donald Trump, ce coup de force constitue une victoire symbolique majeure à un an de la présidentielle américaine de 2027.

Le retour des politiques de puissance : un signal fort pour l’Afrique

Au-delà de l’Amérique latine, cette démonstration de force résonne jusque sur le continent africain, notamment au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), créée le 16 septembre 2023, et qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Ces États, engagés dans une quête affirmée de souveraineté politique, économique et militaire, pourraient y voir une preuve supplémentaire que le multilatéralisme vacille face au retour brutal des logiques impériales.

Le multilatéralisme est plus en plus malade. Le monde se trouve sur une pente glissante. D’un coté, la Russie et l’Ukraine s’affrontent, sans qu’il ait un espoir d’apaisement. Maintenant, c’est les Etats-unis qui s’en prennent au Zénézuela, au nez et à la barbe des Nations unis sans que personne ne lève le petit doigt. Qui seront les prochains ? La Chine aussi va-t-elle s’en prendre à un pays ? Qu’en est-il de la France ou de l’Allemagne ?

Le monde rétrograde-t-il dans la logique ringarde de la « loi du plus fort » ? Un état de guerre permanente où « l’homme est un loup l’homme ». Bref, assisterait-on à un retour à « l’état de nature » décrit par le philosophe anglais Thomas Hobbes ou plutôt au début d’un nouveau « partage du monde », tel chanté par l’artiste reggae man Tiken Jah Fakoly ? 

Dans son discours d’ouverture à la 2ème session du collège des chefs d’Etat de l’AES, le capitaine Ibrahim Traoré, avait pourtant lancé l’avertissement « l’hiver noir » arrive en Afrique de l’Ouest. « L’hiver noir arrive. Il serait un hiver très froid, un hiver sanglant, un hiver meurtrier. […] L’hiver viendra parce que la guerre se transporte en Afrique de l’Ouest. Les impérialistes font tout pour mettre l’Afrique de l’Ouest à feu et à sang. » A travers cette métaphore dans le sillage du printemps arabe, le nouveau président de la confédération des Etats du sahel aurait vu et compris ce qui se trempe dans les salons de la géopolitique. 

Il faut rappeler les frappes aériennes américaines le 25 décembre 2025, menées contre l’organisation Etat islamique (EI) dans le nord-ouest du Nigeria. Le président Donald Trump a promis de nouvelles attaques si l’organisation continuait de tuer des chrétiens dans le pays. Faut-il donc parler d’ingérence politiques ou plutôt d’un retour de l’humanité à l’âge révolu de la bestialité. 

Ce qui vient de se passer au Venezuela confirme ce que redoutent déjà de nombreux Africains et de citoyens du monde entier : qu’aucun État du Sud n’est à l’abri d’une telle opération, dès lors qu’il remet en cause un ordre mondial dominé par les grandes puissances. Pour les pays de l’AES, qui prônent une diplomatie de non-alignement et une autonomie stratégique face aux anciennes puissances coloniales, le précédent vénézuélien constitue un avertissement. Ces pays doivent davantage travailler de concert pour parer à ce genre d’agression ou de violation de leur souveraineté. 

L’AES, entre solidarité et vigilance stratégique

Depuis 2023, les dirigeants de l’AES — Assimi Goïta, Ibrahim Traoré et Abdourahamane Tiani — insistent sur la nécessité d’une souveraineté complète, du contrôle des ressources naturelles à la maîtrise des orientations diplomatiques. L’arrestation de Maduro, figure de résistance face à l’hégémonie occidentale, pourrait renforcer leur conviction que seule une alliance régionale forte peut dissuader toute forme d’ingérence extérieure. C’est pourquoi, prônant son attachement « à la coopération internationale, au multilatéralisme et à un ordre international fondé sur des règles justes et équitables », le Mali a plaidé, lors du sommet Russie-Afrique, en juillet 2023, à Saint-Pétersbourg, en faveur dune « nouvelle architecture de la sécurité internationale » qui passera forcement par une réforme du Conseil de Sécurité de l’ONU.  

Aujourd’hui, si Washington peut renverser un président élu en Amérique du Sud, que peuvent faire de petits États africains sans armée unie ni doctrine commune de défense ? Déjà, les États sahéliens renforcent leurs partenariats sécuritaires avec Moscou et cherchent à établir une architecture militaire commune, à travers notamment la création Force unifiée AES, fort de 5000 hommes et dotée d’équipements de pointe, le tout dans un contexte de tension croissante avec les États-Unis, l’Union européenne et certains sponsors régionaux du terrorisme. 

Vers une recomposition des alliances Sud-Sud

L’affaire Maduro pourrait paradoxalement accélérer le rapprochement entre l’Afrique et certains pôles émergents, notamment la Russie, la Chine et l’Iran. Ces pays dénoncent une violation flagrante du droit international et appellent à un nouvel ordre mondial multipolaire. Le Venezuela, longtemps allié des nations africaines anti-impérialistes, pourrait devenir un symbole de solidarité entre les États du Sud face à la coercition occidentale. 

Au-délà de son aspect pratique, cette opération de Trump au Vénézuela se trouve en droite ligne avec sa politique de coup de communication. Il tient surtout à sa présence dans les médias. Pour ce faire, il ne manque aucune occasion. « Toutes les guerres de l’impérialisme commencent d’abord par la communication. », a déclaré le capitaine Ibrahim Traoré dans son adresse à la nation, le 31 décembre 2025. 

Pour les pays de l’AES, la souveraineté n’est jamais acquise, elle se défend. Et face à la démonstration américaine, qui démontre l’orientation vers un nouvel ordre mondial, le Sahel, en pleine refondation politique, pourrait bien accélérer la construction de son propre modèle de gouvernance — enraciné, endogène et solidaire.

Chiencoro Diarra 

3 janvier 2026 0 comments
0 FacebookTwitterPinterestEmail
Transhumance en Afrique de l'ouest
ActuÉconomie

Élevage au Mali : NINA-B, la solution digitale pour identifier et suivre les mouvements du bétail

by Sidi Modibo Coulibaly 3 janvier 2026
written by Sidi Modibo Coulibaly 5 minutes read

Premier de la zone UEMOA et deuxième de la CEDEAO, le secteur de l’élevage du Mali représente 12 % du PIB (Produit Intérieur Brut). Ce qui fait de lui le troisième contributeur aux recettes d’exportation après l’or et le coton. En 2024, le bétail, à lui seul, a rapporté 113 milliards de F CFA. Au regard de son importance dans l’économie nationale, les autorités ne ménagent aucun effort pour son développement. D’où l’organisation annuelle d’une campagne nationale de vaccination.

Le lancement de la campagne 2025-2026 a eu lieu le vendredi 26 décembre 2025 à Kati-Draal, dans la commune de Kambila, cercle de Kati. Présidée par le Premier ministre, le général de division Abdoulaye Maïga, cette campagne vise à vacciner 83 426 948 têtes d’animaux et de volailles, conformément aux prévisions triennales du Plan de campagne agricole harmonisé et consolidé, afin de réduire l’incidence des maladies ciblées.

Plusieurs maladies ciblées

D’après le ministre de l’Élevage et de la Pêche, Youba Ba, le cheptel du Mali était estimé en 2024 à environ 14 millions de bovins, 52 millions de petits ruminants, 1,4 million de camelins, 600 000 équins, 1,2 million d’asins, 90 000 porcins et 57 millions de volailles. Avec cet énorme potentiel, on comprend aisément la motivation du gouvernement à vacciner plus de 83 millions de têtes d’animaux et de volailles.

Ainsi, pour préserver ce capital, plusieurs maladies ont été ciblées : la péripneumonie contagieuse bovine, la peste des petits ruminants, les pasteurelloses, la maladie de Newcastle, la variole aviaire, la maladie de Gumboro, la bronchite infectieuse, les charbons, la fièvre aphteuse, la dermatose nodulaire contagieuse bovine, la rage et la fièvre de la Vallée du Rift.

Ces maladies demeurent des fléaux majeurs pour le cheptel malien. En luttant contre elles par la prévention, le gouvernement vise à renforcer la productivité du secteur de l’élevage, à contribuer à la sécurité alimentaire et au développement économique du pays.

Le Premier ministre a souligné, lors du lancement, l’importance stratégique de la vaccination animale dans la prévention des maladies zoonotiques, la protection du cheptel national et l’amélioration des conditions de vie des éleveurs. Auparavant, le ministre Youba Ba avait rappelé que de nombreuses maladies animales restent endémiques au Mali et que leur gestion demeure un défi majeur. Selon lui, le pays est engagé dans plusieurs programmes sous-régionaux et internationaux de lutte contre ces maladies.

Environ 80 % des revenus des ruraux proviennent de l’élevage

Parlant du rôle de l’élevage dans l’économie du pays, le ministre Ba a précisé que, selon les statistiques de l’INSTAT (Institut national de la statistique), l’élevage constitue la principale source de subsistance pour plus de 30 % de la population malienne, contribuant à hauteur de 12 % au PIB, 24 % à la production du secteur rural, environ 80 % aux revenus des populations rurales et près de 20 % aux recettes d’exportation.

L’objectif principal de la vision du département, a-t-il ajouté, est d’accroître significativement la contribution de l’élevage et de la pêche à la croissance économique, tout en rendant les produits plus compétitifs sur les marchés nationaux et internationaux. Cette vision repose sur des systèmes de production animale et piscicole intensifiés et résilients, alimentant une industrie de transformation conforme aux normes internationales et capable de fournir des produits standardisés répondant aux exigences des marchés.

Concernant la lutte contre le vol du bétail, le ministre a présenté un projet digital innovant : le Système national d’identification et de traçabilité du bétail (SNITB), dénommé NINA-B. Cette solution, une fois opérationnelle, constituera un instrument majeur de suivi des mouvements des animaux et de traçabilité de leurs produits.

Des défis à relever d’ici 2029

Le secteur de l’élevage au Mali reste confronté à d’importants défis : le changement climatique, la pression foncière croissante, les conflits et la sédentarisation des troupeaux transhumants dans les zones d’accueil. Pour y faire face, la 14ᵉ session du Conseil supérieur de l’Agriculture a recommandé des mesures fortes pour stabiliser le cheptel malien.

C’est dans ce cadre qu’a été élaborée la Stratégie nationale de stabilisation et de sécurisation du bétail malien, conformément à la vision « Mali kura ɲɛtaasira ka ben 2063 ma », à la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable 2024-2033 et au Cadre stratégique de la refondation de l’État. Elle vise à stabiliser et sécuriser, à l’horizon 2034, le cheptel sur des espaces aménagés avec une production optimale.

Articulée autour de quatre axes stratégiques — aménagement et gestion des ressources pastorales, promotion des cultures fourragères, valorisation du bétail et création d’emplois, renforcement du suivi et des mesures d’accompagnement —, cette stratégie sera mise en œuvre à travers des plans d’actions quinquennaux, dont le premier couvre la période 2025-2029.

Le ministre Youba Ba a précisé que les requêtes des éleveurs ont été pleinement intégrées dans la mise en œuvre du plan d’actions.

Rappelons que lors de la campagne nationale de vaccination 2024-2025, 81 millions de têtes d’animaux et de volailles avaient été concernées. Le coup d’envoi avait alors été donné par le Premier ministre Abdoulaye Maïga, le 14 décembre 2024, à Konobougou, dans la région de Ségou.

Sidi Modibo Coulibaly

Mali, Élevage, Bétail, Traçabilité, NINA-B, Système national d’identification et de traçabilité du bétail, Vol de bétail, Digitalisation, Innovation numérique, Technologie agricole, Ministère de l’Élevage et de la Pêche, Youba Ba, Gouvernement malien, Sécurité du cheptel, 

3 janvier 2026 0 comments
0 FacebookTwitterPinterestEmail
Capitaine Ibrahim Traoré et général Assimi Goïta
A la UneSeko ni Donko

Adresses à la nation des présidents de l’AES : la culture au cœur de la souveraineté et de la renaissance endogène 

by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 janvier 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

Les présidents des États membres de la Confédération des États du Sahel ont, dans leurs adresses à la nation du 31 décembre 2025, placé la culture au cœur de leur vision politique et sociale. Le Général d’Armée Assimi Goita du Mali et le Capitaine Ibrahim Traoré du Burkina Faso ont chacun insisté sur l’importance des valeurs endogènes, de l’éducation et de la renaissance culturelle comme piliers de la souveraineté et du développement.  

Le Général d’armée Assimi Goita a insisté sur la complémentarité entre souveraineté militaire et souveraineté culturelle. Selon lui, « si la souveraineté militaire garantit l’intégrité du territoire, la souveraineté culturelle protège l’âme de la nation ». Il a affirmé que le Mali s’est engagé dans une dynamique de renaissance culturelle et d’éducation aux valeurs, afin de renforcer durablement le vivre ensemble et de façonner le « Maliden Kura », un citoyen patriote, responsable et bâtisseur, porteur d’une identité enracinée dans les traditions nationales.  

La souveraineté culturelle comme pilier du Mali

Le Président de la Transition a également rappelé que « l’officialisation de nos langues nationales et la valorisation de nos légitimités traditionnelles ne sont pas du folklore ». Elles représentent, selon lui, un retour à l’essence même de la nation malienne. Cette démarche vise à consolider la cohésion sociale, à renforcer la paix et à faire de la culture un levier de rayonnement et de développement endogène, capable de soutenir la souveraineté et l’émergence du pays.  

De son côté, le Capitaine Ibrahim Traoré a mis l’accent sur la nécessité de revenir progressivement aux valeurs et aux racines du Burkina Faso. Pour lui, « il n’y a que par cette manière que nous pouvons nous affirmer et développer notre nation ». En combinant l’éducation technique et professionnelle avec les savoirs endogènes, la nation pourra créer, innover et réduire sa dépendance vis-à-vis des importations.  

Les savoirs endogènes au cœur du développement burkinabè

Il a souligné que de nombreux savoirs locaux permettent déjà de transformer les matières premières, et qu’il suffit d’ajouter la science pour en tirer un bénéfice durable. Le président burkinabè a insisté sur le rôle de la culture dans ce processus de transformation. Il a affirmé que « le burkinabè, l’homme intègre a des valeurs qui nous ont été léguées par nos ancêtres, les valeurs d’honnêteté, d’intégrité, de dignité et de patriotisme ». Ces valeurs doivent être inculquées dès le plus jeune âge, à travers les écoles et l’éducation des enfants.  

Le capitaine Traoré a également rappelé que l’année 2025 a été marquée par de nombreux événements culturels, et que 2026 verra la réalisation de grands projets dans ce domaine. Toutefois, il a précisé que « tout cela doit être axé sur nos valeurs ancestrales, endogènes qui doivent permettre de créer des nouveaux burkinabè basés sur nos propres valeurs ». Ce modèle doit se distinguer de celui façonné par l’impérialisme, en mettant la patrie au-dessus de toute considération et en rejetant la corruption sous toutes ses formes.  

La culture comme arme contre le terrorisme

Dans son discours, le président du Faso a établi un lien direct entre la culture et la lutte contre le terrorisme. Selon lui, « c’est dans ce sens que nous pouvons vaincre ce terrorisme qui nous menace aujourd’hui ». La culture devient ainsi un instrument de résistance et de résilience, mais aussi un moteur de développement économique et social, capable de transformer les productions locales et de renforcer l’autonomie nationale.  

Les deux présidents ont donc convergé sur une même vision, notamment, la culture comme socle de la souveraineté et de l’émergence. Assimi Goita a mis en avant la renaissance culturelle comme garant de la cohésion sociale et de la paix au Mali, tandis qu’Ibrahim Traoré a souligné l’importance des valeurs endogènes pour bâtir un citoyen nouveau, intègre et patriote.  

Une vision commune pour l’avenir du Sahel

Ensemble, ils ont affirmé que « la culture participe activement au développement de notre nation » et qu’elle est une arme de construction nationale et un levier de développement endogène. En plaçant la culture au cœur de leurs discours, les dirigeants du Mali et du Burkina Faso ont réaffirmé leur volonté de bâtir des nations souveraines et puissantes, capables de s’affirmer sur la scène internationale.

 Leur message du 31 décembre 2025 marque ainsi une étape importante dans la Confédération des États du Sahel, où la culture est désormais reconnue comme un pilier stratégique, au même titre que la défense et l’économie, pour garantir l’avenir des peuples.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

3 janvier 2026 0 comments
0 FacebookTwitterPinterestEmail
Le Président Assimi Goïta
ActuPolitique

Mali–États-Unis : Le Mali suspend l’entrée des Américains, mais épargne diplomates, athlètes et résidents permanents

by Sahel Tribune 2 janvier 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

En réponse aux restrictions imposées par Washington à ses ressortissants, Bamako applique à son tour le principe de réciprocité. L’entrée des citoyens américains sur le territoire malien est désormais suspendue, à l’exception des diplomates, des sportifs et des résidents permanents. Une mesure ferme mais nuancée, symbole d’un nouvel équilibre diplomatique entre les deux pays.


Les relations déjà fragiles entre le Mali et les États-Unis connaissent une nouvelle zone de turbulence. En réponse à la décision américaine de restreindre davantage l’accès à son territoire pour les ressortissants maliens, Bamako a annoncé la suspension, « jusqu’à nouvel ordre », de l’entrée des citoyens américains sur le sol malien. Une mesure justifiée par le « principe de réciprocité » et qui confirme la volonté des autorités maliennes de défendre leur souveraineté diplomatique face à ce qu’elles qualifient de décisions « unilatérales et injustifiées ».

Une décision américaine jugée « injuste et sans concertation »

Le 16 décembre 2025, Washington a annoncé un durcissement des conditions d’entrée aux États-Unis pour plusieurs pays, dont le Mali, invoquant des « raisons sécuritaires ». Dans son communiqué du 30 décembre, le ministère malien des Affaires étrangères a dit « prendre acte » de cette décision tout en déplorant qu’elle ait été prise « sans la moindre concertation préalable ». Le gouvernement malien a dénoncé un prétexte sécuritaire « en contradiction avec les réalités du terrain » et y voit une mesure « dont la motivation est à rechercher ailleurs ».

Cette première réaction posait les bases d’une riposte diplomatique ferme : le Mali appliquerait « les mêmes conditions et exigences » aux ressortissants américains, en application du principe de réciprocité consacré par le droit international.

Entrée suspendue pour les Américains, avec de rares exceptions

Dans un second communiqué daté du 2 janvier 2026, le ministère des Affaires étrangères a précisé les modalités d’application de cette mesure. L’entrée des ressortissants américains est désormais « totalement suspendue », sauf pour trois catégories :

  • les citoyens américains résidant de manière permanente au Mali ;
  • les détenteurs de visas valides ;
  • certaines catégories spécifiques, notamment les diplomates, athlètes ou personnalités dont la présence sert « les intérêts de la République du Mali ».

Le gouvernement précise que la mesure « fera l’objet d’une évaluation appropriée » et que toute évolution sera rendue publique « par les voies habituelles ».

Une diplomatie de souveraineté affirmée

Cette décision s’inscrit dans la continuité de la ligne diplomatique du Mali depuis 2021, fondée sur l’affirmation de la souveraineté nationale et la reconfiguration de ses alliances. Après le départ des forces françaises, la rupture progressive avec les partenaires occidentaux et le rapprochement stratégique avec la Russie, Bamako affiche une constance : ne plus subir les injonctions extérieures. 

À travers cette mesure de réciprocité, le gouvernement malien rappelle que les relations internationales doivent se fonder sur le respect mutuel et l’égalité souveraine des États.

Ce nouvel épisode intervient dans un contexte régional marqué par le recentrage stratégique des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — Mali, Niger et Burkina Faso — qui prônent une diplomatie affranchie de la tutelle occidentale. 

Dans l’attente d’une réaction officielle de la Maison Blanche, la décision malienne confirme l’ancrage d’un nouveau rapport de forces diplomatique dans le Sahel : celui de nations qui entendent parler d’égal à égal avec les grandes puissances.

A.D

2 janvier 2026 0 comments
0 FacebookTwitterPinterestEmail
AES
A la UneLes démystificateurs du Sahel

Afrique de l’Ouest : la guerre de l’information, nouveau front de la « géopolitique médiatique »

by Chiencoro 2 janvier 2026
written by Chiencoro 8 minutes read

La guerre de l’information s’impose désormais comme un champ d’affrontement à part entière dans la géopolitique ouest-africaine. Face aux récits imposés de l’extérieur, les États du Sahel — Mali, Burkina Faso et Niger — répliquent par une communication souverainiste, en vue de reprendre le contrôle de leur image, de leur parole et des contenus médiatiques déformés sur cette région.

Dans leurs messages de fin d’année, le capitaine Ibrahim Traoré et le général Assimi Goïta ont livré un diagnostic sans complaisance de la « géopolitique médiatique » orientée contre les pays de la confédération des Etats du sahel (AES) dont le seul crime est d’avoir décidé de proclamer haut et fort leur souveraineté comme boussole de toute coopération. Dans cette zone des trois frontières, la guerre ne se joue plus seulement sur le terrain militaire, mais aussi sur celui de l’information. Face aux campagnes de désinformation, les deux dirigeants sahéliens font de la communication un instrument de souveraineté et de résistance. Entre patriotisme, contrôle du récit national et stratégie d’influence, une nouvelle bataille s’ouvre au Sahel — celle de la guerre des récits.

La communication, nouvelle arme révolutionnaire

Pour ces deux dirigeants, figures emblématiques du nouvel ordre sahélien incarné par l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en septembre 2023, dans les circonstances troubles du coup d’Etat contre Mohamed Bazoum au Niger, l’information n’est plus un simple outil de gouvernance. Elle est un terrain d’affrontement stratégique, un champ de bataille où se joue la légitimité politique, la cohésion nationale et même la survie de leurs régimes.

« Toutes les guerres de l’impérialisme commencent d’abord par la communication », martelait le capitaine Ibrahim Traoré dans son message à la Nation. À Ouagadougou comme à Bamako ou encore à Niamey, la communication n’est plus perçue comme un relais du pouvoir civil, mais comme un instrument de résistance. Dans l’esprit des régimes de transition, la désinformation venue de l’extérieur — notamment des médias occidentaux — participe d’une stratégie plus vaste, à savoir la délégitimation du projet souverainiste porté par les peuples sahéliens.

Ibrahim Traoré, dans un ton à la fois martial et pédagogique, a appelé les journalistes, les blogueurs et les communicateurs burkinabè à devenir les « soldats de la vérité ». Son message s’adresse autant à la presse nationale qu’à la diaspora et aux influenceurs panafricanistes, qu’il érige en partisans d’une contre-narration face à ce qu’il qualifie de « médias mensongers ».

Pour lui, la communication n’est pas un art accessoire, mais une discipline stratégique, « un maillon névralgique » de la lutte révolutionnaire et de la défense nationale.

Assimi Goïta : la désinformation comme menace hybride

À Bamako, le général Assimi Goïta adopte un ton plus mesuré, mais l’analyse rejoint celle de son homologue burkinabè. En évoquant la crise du carburant qui a secoué le Mali en 2025, il a pointé du doigt la « campagne de désinformation » ayant accompagné les attaques contre les convois d’approvisionnement. Pour lui, la guerre médiatique et psychologique menée contre le Mali vise moins à saper le moral que la confiance du peuple dans l’État.

Cette rhétorique de la résistance informationnelle s’inscrit dans une logique plus large : celle de la refondation morale et souveraine de l’État, où la vérité devient un outil de guerre et la rumeur, une arme de déstabilisation. En associant communication et sécurité, Goïta, à l’instar de Traoré, fait de la parole publique un outil de cohésion nationale.

Ces discours traduisent un tournant dans la gouvernance des transitions sahéliennes. La communication n’est plus déléguée, elle est militarisée. Les chefs d’État s’adressent directement au peuple, contournant les canaux médiatiques traditionnels. Les réseaux sociaux, les médias d’État et les relais communautaires deviennent des bastions d’un récit patriotique où le peuple, l’armée et la vérité forment un triptyque sacré.

L’ère des communications souveraines

Les dirigeants des Etats du sahel ont vite compris les enjeux de la communication à l’ère du numérique. Car qui maîtrise le récit maîtrise le monde. Depuis des décennies, l’occident dans sa stratégie d’expansionnisme en Afrique a fait de la communication une arme de destruction massive mais silencieuse grâce à laquelle de nombreux coups d’Etats ont été provoqués sur le continent. Sur base de mensonge fomenté contre des présidents « démocratiques élus », ils ont réussi à faire révolter les peuples contre des régimes en place et pire à donner la mort à des chefs d’Etat africains. Le cas le plus emblématique en la matière est celui de la Libye en 2011, contre Mouammar Kadhafi. 

On se rappelle aussi de la fin du régime de Amadou Toumani Touré au Mali, en 2012, et toutes les campagnes de désinformations qui l’ont visé et ont finalement conduit au coup d’Etat. Au plein centre de la crise, il a reçu des femmes maliennes qui n’ont pas eu dans les yeux et l’ont vite qualifié, sur la base des rumeurs qui circulaient à l’époque, d’être « le terroriste en chef ». Il ne réussira point à convaincre sur le non-fondé de ces affirmations fallacieuses parce que le mal était déjà fait. La désinformation avait eu le temps de mieux s’enraciner. 

L’instabilité politique qui règne dans plusieurs pays francophones d’Afrique et qui explique en grande partie leur sous-développement a été provoquée par l’occident dans le seul souci de satisfaire des intérêts personnels. Comment comprendre que depuis l’indépendance du Mali en 1960 jusqu’en 2020, sur huit (8) présidents, il n’y a qu’Alpha Oumar Konaré qui ait pu terminé son règne sans coup d’Etat ? La réponse réside dans le manque de maîtrise de la communication à l’ère numérique où les campagnes de désinformation se propagent aussi rapidement comme une trainée de poudre, à la vitesse de la lumière. 

La désinformation, si elle a le même âge que l’humanité, force est de comprendre que les outils numériques ont apporté un changement notable dans sa diffusion. Avec les réseaux sociaux et la multiplication des smartphones ainsi que la démocratisation de la connexion internet, vers les années 2000 en Afrique, leur impact devient plus considérable. Ayant vite maîtrisé la portée, l’occident a vite orienté ses campagnes de désinformation contre l’Afrique pour défendre ses intérêts aux détriments de ceux des Africains. De la même manière qu’il a falsifié l’histoire du continent en s’attribuant les grands succès, il a fait porter le chapeau de ses échecs aux chefs d’Etat qui agissait sous ses ordres. 

Un enjeu régional et idéologique

La nouvelle génération de dirigeants africains, notamment sahéliens, ont vite compris les enjeux de la communication pour la stabilité de leur pays. C’est pourquoi ils utilisent la même arme pour produire des contre-narratifs afin d’atténuer les effets pervers de ces campagnes contre leur régime. Car la désinformation « d’en-haut », pour reprendre l’économiste Myret Zaki, celle qui falsifie les chiffres et les statiques des rapports officiels, celle qui vient des institutions publiques, notamment des États, des grandes entreprises, des services de renseignement, des lobbies, des agences de relations publiques, est la plus dangereuse mais dont on parle rarement, 

La convergence entre Ouagadougou et Bamako illustre une recomposition politique et idéologique du Sahel. Ces régimes militaires s’appuient sur un discours de rupture avec l’Occident, tout en réhabilitant la culture, la communication populaire et les valeurs endogènes comme instruments de souveraineté. La désinformation, dénoncée comme arme impérialiste, devient ainsi le miroir d’une bataille pour le contrôle du sens.

Dans ce contexte, l’Afrique de l’Ouest entre dans une ère nouvelle où les transitions ne se gagnent plus seulement sur les champs de bataille ou dans les urnes, mais dans l’arène numérique — celle de la perception, du récit et de l’opinion. Les dirigeants sahéliens l’ont bien compris : dans les révolutions contemporaines, la victoire n’est pas seulement militaire ou politique — elle est narrative. Myret Zaki, dans Désinformation économique,  préconise que « la désinformation qui provient des institutions, et face à laquelle la plus grande vigilance est de mise, soit sous contrôle ». 

Les Etats du Sahel ont certes mis en place des outils avant-gardistes, à travers la création de radio Daandé Liptako au Burkina Faso, de la Télévision AES à Bamako et bientôt de l’agence de presse AES au Niger, pour « contre-attaquer » les « narratifs déformés » sur leur région, mais il sera important d’aller au-delà. Les citoyens doivent être également mieux outillés pour cette guerre d’usure, même s’il faut financer des organisations ou associations de jeunesse déjà engagées dans cette dynamique pour des campagnes de sensibilisation. Car la guerre contre la désinformation demande aussi les mêmes moyens déployés pour sa diffusion. « Les milliardaires sont, en quelque sorte, les rédacteurs en chef du monde. Si le monde était un journal, ils en définiraient la ligne éditoriale. Ceci pour des raisons structurelles évidentes : les idées ont besoin d’argent pour se diffuser. », écrit Myret Zaki. 

Chiencoro DIARRA

2 janvier 2026 0 comments
0 FacebookTwitterPinterestEmail
Newer Posts
Older Posts

A propos

Sahel Tribune est un site indépendant d’informations, d’analyses et d’enquêtes sur les actualités brûlantes du Sahel. Il a été initialement créé en 2020, au Mali, sous le nom Phileingora…

derniers articles

Goïta célèbre l’Aïd el-Kébir et appelle à l’union sacrée face aux « terrorismes multiformes...
Plan humanitaire 2026 : Bamako plaide pour 578 millions de dollars à Genève
Mali : pourquoi les infrastructures financées par la Russie attirent l’attention de l’Afrique

Contact

© 2025 Sahel Tribune. Tous droits réservés. Design by Sanawa Corporate

Facebook Twitter Youtube Linkedin Envelope
Sahel Tribune
Politique de confidentialité
Lors de l’utilisation de nos sites, des informations de navigation de votre terminal sont susceptibles d’être enregistrées dans des fichiers « Cookies ». Ces fichiers sont installés sur votre terminal en fonction de vos choix, modifiables à tout moment. Un cookie est un fichier enregistré sur le disque dur de votre terminal, permettant à l’émetteur d’identifier le terminal pendant sa durée de validation.
Fonctionnel Toujours activé
Le stockage ou l’accès technique est strictement nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de permettre l’utilisation d’un service spécifique explicitement demandé par l’abonné ou l’internaute, ou dans le seul but d’effectuer la transmission d’une communication sur un réseau de communications électroniques.
Préférences
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire dans la finalité d’intérêt légitime de stocker des préférences qui ne sont pas demandées par l’abonné ou la personne utilisant le service.
Statistiques
Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement à des fins statistiques. Le stockage ou l’accès technique qui est utilisé exclusivement dans des finalités statistiques anonymes. En l’absence d’une assignation à comparaître, d’une conformité volontaire de la part de votre fournisseur d’accès à internet ou d’enregistrements supplémentaires provenant d’une tierce partie, les informations stockées ou extraites à cette seule fin ne peuvent généralement pas être utilisées pour vous identifier.
Marketing
Le stockage ou l’accès technique est nécessaire pour créer des profils d’internautes afin d’envoyer des publicités, ou pour suivre l’internaute sur un site web ou sur plusieurs sites web ayant des finalités marketing similaires.
  • Gérer les options
  • Gérer les services
  • Gérer {vendor_count} fournisseurs
  • En savoir plus sur ces finalités
Voir les préférences
  • {title}
  • {title}
  • {title}
Sahel Tribune
  • Actu
    • Exclusif
    • Sport
    • Santé
  • Politique
  • Sécurité
  • Économie
  • Seko ni Donko
  • Climat et environnement
  • Éducation
  • Chroniques
    • Billet d’humeur
    • Edito
  • Investigations
    • Analyses
    • Enquête
    • Opinion
  • Taabolow ani Tabiaw
  • Sahel Tech.
    • Les démystificateurs du Sahel

Shopping Cart

Close

Votre panier est vide.

Close