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Visite d'Ousmane Sonko au Maroc
ActuPolitique

À Rabat, Ousmane Sonko appelle à dépasser les tensions nées de la CAN et scelle un partenariat renforcé avec le Maroc

by Sahel Tribune 26 janvier 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

En « voyage de confirmation, de dépassement et de refondation » officiel des liens entre le Sénégal et le Maroc, à Rabat, le Premier ministre sénégalais Ousmane Sonko a affirmé la solidité des relations entre Dakar et Rabat après les tensions nées de la finale de la CAN. Dix-sept accords de coopération ont été signés lundi 26 janvier, illustrant la volonté des deux pays de dépasser l’épisode sportif pour consolider un partenariat stratégique.

« L’amitié sénégalo-marocaine est plus forte que les émotions », a déclaré Ousmane Sonko devant les membres de la commission mixte maroco-sénégalaise qu’il coprésidait avec le chef du gouvernement marocain, Aziz Akhannouch. Depuis la victoire du Sénégal face au Maroc (1-0) en finale de la CAN, le 18 janvier, des échanges virulents entre supporters des deux pays se sont multipliés sur les réseaux sociaux, alimentés par les incidents ayant marqué la fin de la rencontre.

Le Premier ministre sénégalais a toutefois rejeté l’idée d’une visite d’apaisement. « Ce n’est pas un voyage d’apaisement, mais un voyage de confirmation, de dépassement et de refondation du lien à la hauteur de deux nations qui se respectent, se reconnaissent et se projettent ensemble », a-t-il affirmé.

Des « excès émotionnels », pas une crise politique

Qualifiant les débordements observés lors de la finale de simples « excès émotionnels produits par la ferveur », Ousmane Sonko a insisté sur leur caractère non politique. « Ils ne doivent pas être interprétés comme des facteurs politiques ou culturels », a-t-il souligné.

Son homologue marocain, Aziz Akhannouch, a rappelé que les relations entre le Maroc et le Sénégal reposaient sur « une assise solide », fondée sur des décennies de coopération diplomatique, économique et humaine. Quelques jours plus tôt, le roi Mohammed VI avait lui aussi exprimé sa confiance dans le fait que « la fraternité interafricaine » prévaudrait après les « fâcheux incidents » survenus lors de la finale.

À l’issue des travaux de la commission mixte, dix-sept accords ont été signés dans des domaines stratégiques tels que l’enseignement supérieur, l’agriculture, l’industrie et l’économie numérique. Un forum économique maroco-sénégalais est également prévu durant la visite d’Ousmane Sonko, illustrant la volonté commune de renforcer les échanges commerciaux et les investissements croisés.

Cette séquence diplomatique intervient dans un contexte marqué par les événements sportifs, mais aussi par une interdépendance croissante entre les deux pays, notamment sur les questions migratoires et économiques.

Une relation humaine dense

La finale de la CAN, disputée à Rabat, avait été marquée par une série d’incidents : un but refusé au Sénégal, suivi d’un penalty accordé au Maroc après recours à l’assistance vidéo, avait provoqué la sortie momentanée de plusieurs joueurs sénégalais du terrain, avant leur retour à la demande de leur star, Sadio Mané.

Dans les tribunes, des supporters sénégalais avaient tenté d’envahir la pelouse pendant près de quinze minutes, notamment au moment où Brahim Diaz s’apprêtait à tirer le penalty, finalement manqué. Dix-huit supporters sénégalais sont actuellement poursuivis en détention pour des faits de « hooliganisme », leur prochaine audience étant fixée au 29 janvier.

Au-delà de l’épisode sportif, les liens humains entre les deux pays restent profonds. Selon le Haut-Commissariat au plan (HCP), les ressortissants d’Afrique subsaharienne représentaient près de 60 % des migrants étrangers installés au Maroc en 2024, contre 26,8 % en 2014. Les Sénégalais constituent la première nationalité étrangère du royaume, avec 18,4 % des résidents étrangers.

Pour Dakar comme pour Rabat, l’enjeu est désormais de transformer cet épisode de tension en opportunité diplomatique. « Nous devons dépasser l’émotion pour consolider un partenariat stratégique », a résumé Ousmane Sonko, appelant à faire de la coopération bilatérale un levier de stabilité et de fraternité interafricaine.

A.D

26 janvier 2026 0 comments
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Lancement du festival Ogobagna
A la UneSeko ni Donko

11e édition du Festival culturel Ogobagna : un rendez-vous majeur pour le patrimoine malien 

by Ibrahim Kalifa Djitteye 26 janvier 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

La 11e édition du Festival culturel Ogobagna a été officiellement lancée ce lundi 26 janvier 2026 sur la place du Cinquantenaire. Placée sous le thème « Culture du Mali : Dialogue, Créativité et Résilience pour un Développement Durable », la cérémonie présidée par le ministre Mamou Daffé a réuni de hautes personnalités, dont Dioncounda Traoré, ancien Président de la République, plusieurs anciens ministres et des représentants diplomatiques. Cette ouverture marque le début d’une grande saison culturelle nationale.  

Stand artisanal au festival Ogobagna
Stand artisanal au festival Ogobagna à Bamako, le 26 janvier 2026. © Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Le Festival culturel Ogobagna est devenu au fil des années un rendez-vous incontournable pour la promotion du patrimoine malien. Cette mobilisation illustre sa portée nationale et internationale, renforçant le rayonnement des valeurs culturelles dans un contexte de transition politique et sociale. Pour cette 11e édition, la communauté Bozo est l’invitée d’honneur, mettant en lumière la richesse et la diversité des traditions maliennes. L’événement incarne un espace de dialogue et de créativité.  

Ogobagna, un rendez-vous culturel majeur

Le ministre Mamou Daffé a déclaré : « 2025, décrétée Année de la Culture, a marqué un tournant décisif pour notre pays. Elle a permis d’inscrire la culture au cœur de l’action publique et de rappeler une vérité fondamentale ». Quant à Nouhoum Tapily, Président de l’Association Ginna Dogon, il a salué cette année riche et prolifique, rappelant la place centrale de la culture dans la société malienne et son rôle fédérateur.  

Ouverture du Festival Ogobagna
Le ministre de la Culture et ses collègues, lors de l’ouverture du festival Ogobagna, le 26. janvier 2026. © Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Le patrimoine culturel dogon occupe une place centrale dans cette vision. Classés au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1989, les Falaises de Bandiagara et le Pays Dogon incarnent une mémoire vivante, un génie architectural et artistique exceptionnel, mais aussi une philosophie du monde fondée sur l’équilibre, la transmission et le respect du temps long. Ce patrimoine illustre la capacité du Mali à préserver ses racines tout en les inscrivant dans une dynamique contemporaine.  

Le patrimoine au cœur de la souveraineté

Le Festival Ogobagna contribue ainsi à la valorisation du patrimoine et à la souveraineté culturelle, conformément à la vision du Président de la Transition, Assimi Goïta. En présidant cette ouverture, le ministre Mamou Daffé a confirmé l’importance de cette manifestation pour l’année 2026, consolidant son rôle de pilier dans la promotion de l’identité culturelle nationale. L’événement s’impose comme un espace de rencontre et de partage, où traditions et modernité se rejoignent.  

Au-delà de la célébration, Ogobagna se veut un cadre de réflexion sur la place de la culture dans le développement. En mettant en avant la communauté Bozo et le patrimoine dogon, le festival rappelle que la diversité culturelle est une richesse et une force. Il invite les Maliens à s’approprier leur héritage, à le transmettre et à le valoriser, afin que la culture demeure un levier de cohésion et de rayonnement international.  

Festival Ogobagna
sketch lors de l’ouverture du festival Ogobagna, le 26 janvier 2026, à Bamako. © Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

Une dynamique pour l’avenir

Avec ses multiples dimensions, Ogobagna dépasse le cadre festif pour devenir un symbole de résilience et de créativité. Il incarne la volonté du Mali de faire de la culture un pilier de son développement durable. En réunissant les communautés, en valorisant les patrimoines et en donnant une place centrale au dialogue, le festival contribue à renforcer l’unité nationale et à projeter l’image d’un Mali fier de ses racines et tourné vers l’avenir.  

Cette 11e édition, portée par l’invitation de la communauté Bozo et l’hommage au patrimoine dogon, illustre la richesse culturelle du Mali et son rôle dans la construction d’une société inclusive. Elle confirme que la culture demeure une force vivante, capable de fédérer les citoyens autour de valeurs communes et de renforcer la souveraineté nationale dans un monde en mutation.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

26 janvier 2026 0 comments
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Des avions de combats
A la UneSécurité

Dioïla : l’armée annonce avoir neutralisé plus d’une centaine de terroristes

by Sahel Tribune 26 janvier 2026
written by Sahel Tribune 2 minutes read

L’armée malienne affirme avoir mené une frappe aérienne contre une base de groupes armés dans la région de Dioïla, faisant état de plus d’une centaine de combattants neutralisés. 

L’état-major général des armées maliennes a annoncé, lundi 26 janvier, avoir mené une opération aérienne contre une base de groupes armés dans le centre du pays, faisant état de « plus d’une centaine de terroristes neutralisés » et de la destruction de matériel militaire.

Selon un communiqué des Forces armées maliennes (FAMa), cette intervention est intervenue le samedi 25 janvier dans le cadre d’une mission de reconnaissance et de surveillance aérienne. La cible se situerait dans la forêt de Soussan, à l’ouest de Dioïla et au sud-ouest de Zantiguila, une zone régulièrement mentionnée par les autorités comme un couloir de circulation de groupes armés.

« Les vecteurs aériens des FAMa ont traité avec succès une base de groupes armés terroristes », affirme le communiqué. Cette annonce s’inscrit dans un contexte de multiplication des opérations militaires menées par les forces maliennes, appuyées depuis plusieurs mois par des moyens aériens renforcés. Les autorités de transition affirment avoir intensifié les actions de sécurisation dans plusieurs régions du pays, notamment dans le centre et le sud, zones exposées aux incursions de groupes terroristes liés à Al-Qaida et à l’État islamique.

Dans son communiqué, le chef d’état-major général des armées assure que les FAMa « demeurent déterminées à sécuriser les personnes et leurs biens sur l’ensemble du territoire national ». 

Depuis le retrait progressif des forces françaises et de la mission onusienne Minusma, l’armée malienne monte en offensive. Grâce à sa montée en puissance, plusieurs zones, autrefois sous emprise terroristes, sont revenues sous le contrôle de l’Etat. Les autorités multiplient toujours les actions en faveur de la montée en puissance de l’outil de défense. Pour 2026, le président de la Transition a annoncé la construction de trois nouveaux camps à Nioro, à Konobougou et à Dioïla. Aussi il a évoqué la mise en place d’une industrie militaire. En collaboration avec les forces armées du Niger et du Burkina Faso, le Mali a rendu opérationnelle la Force Unifiée AES, le 20 décembre 2026. 

La rédaction 

26 janvier 2026 0 comments
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Pénurie mondiale d'eau
ActuClimat et environnement

« Faillite hydrique mondiale » : La planète boit plus qu’elle ne peut produire

by Fousseni TOGOLA 26 janvier 2026
written by Fousseni TOGOLA 4 minutes read

La planète a franchi un seuil critique. Selon un rapport de l’ONU publié le 20 janvier, l’humanité consomme désormais plus d’eau que ce que la nature peut renouveler. Une « faillite hydrique mondiale » qui menace l’agriculture, la stabilité sociale et les équilibres géopolitiques.

Boire au robinet, prendre une douche, irriguer un champ : dans une grande partie du monde, ces gestes quotidiens reposent désormais sur une ressource qui ne se renouvelle plus. La planète est entrée dans une « ère de faillite hydrique mondiale », affirme un rapport rendu public mardi 20 janvier par l’Institut universitaire des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé (UNU-INWEH).

« Ce n’est pas pour tuer l’espoir, mais pour encourager l’action », a déclaré Kaveh Madani, directeur de l’institut, lors d’un point de presse à l’ONU, à New York. « Nous devons reconnaître honnêtement l’échec d’aujourd’hui pour rendre possible le demain. »

Depuis plusieurs décennies, scientifiques et responsables politiques alertent sur une « crise mondiale de l’eau ». Un terme désormais jugé inadapté par les auteurs du rapport. « Le mot crise suggère un phénomène temporaire, un choc suivi d’un retour à la normale. Or, dans de nombreux bassins, l’ancien normal a déjà disparu », souligne M. Madani.

Un capital naturel entamé

Le rapport introduit la notion de « faillite hydrique », définie comme un état durable dans lequel l’usage et la pollution de l’eau dépassent les apports renouvelables, tandis que le capital naturel – nappes phréatiques, rivières, glaciers, sols et zones humides – est dégradé de façon irréversible ou à un coût prohibitif.

À l’image d’un bilan comptable, l’humanité n’a pas seulement consommé son « revenu hydrologique », mais a commencé à entamer ses « économies ». Plus de la moitié des grands lacs mondiaux ont vu leur niveau baisser depuis les années 1990, 70 % des grands aquifères présentent une diminution de long terme, et 410 millions d’hectares de zones humides ont disparu depuis 1970. La perte annuelle de services écosystémiques est estimée à 5 100 milliards de dollars.

« Dans de nombreux endroits, ces économies ne se reconstituent pas à l’échelle d’une vie humaine », avertit M. Madani. « Ce rapport n’est pas un avertissement sur un futur que nous pourrions encore éviter partout. C’est le diagnostic d’un monde où, dans beaucoup de bassins, le retour en arrière n’est plus possible. », déplore-t-il. 

Passer d’une logique de crise à une logique de faillite

La faillite hydrique n’est ni uniforme ni universelle. Elle se mesure bassin par bassin. Mais suffisamment de systèmes critiques ont basculé pour transformer le paysage du risque mondial, à travers les marchés alimentaires, les chaînes d’approvisionnement, les migrations et les dépendances géopolitiques.

Près de trois quarts de l’humanité vivent dans des pays considérés comme « hydriquement précaires ». Plus de 4 milliards de personnes connaissent une pénurie sévère au moins un mois par an, et la moitié de la production alimentaire mondiale provient de régions où les stocks d’eau diminuent ou deviennent instables.

Face à ce constat, le rapport appelle à abandonner la gestion par l’urgence – fondée sur des réponses ponctuelles et des promesses irréalistes – au profit d’une « gestion de faillite ».

« En finance, la faillite n’est pas la fin de l’action. C’est le début d’un plan structuré : on arrête l’hémorragie, on protège les services essentiels, on restructure des droits devenus intenables », explique Kaveh Madani. « En matière d’eau, la logique est la même. »

Cela implique notamment de reconnaître les pertes irréversibles, de protéger ce qui subsiste du capital naturel et de découpler la croissance économique de l’augmentation continue des prélèvements d’eau.

Enjeu social et politique

La faillite hydrique est aussi un enjeu de justice sociale et de sécurité. Les coûts de la surexploitation pèsent en priorité sur les petits agriculteurs, les peuples autochtones et les populations urbaines pauvres, tandis que les bénéfices ont souvent été captés par les acteurs les plus puissants.

« Si nous continuons à traiter ces échecs comme des crises temporaires, nous approfondirons les dégâts écologiques et alimenterons les conflits sociaux », avertit le directeur de l’institut.

Les prochaines conférences des Nations unies sur l’eau, prévues en 2026 et 2028, la fin de la Décennie de l’eau et l’échéance 2030 des objectifs de développement durable constituent, selon le rapport, une fenêtre critique pour « réinitialiser l’agenda mondial de l’eau ».

« Notre message n’est pas le désespoir, mais la clarté, conclut Kaveh Madani. Plus tôt nous regarderons le vrai bilan en face, plus nous aurons d’options. Plus nous attendrons, plus le déficit deviendra irréversible. »

F. Togola 

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Macron et Tebboune
ActuOpinion

Médias français en Afrique : l’affaire algérienne qui redonne raison à l’AES

by Chiencoro 26 janvier 2026
written by Chiencoro 5 minutes read

La convocation du chargé d’affaires français à Alger après la diffusion d’un numéro controversé de Complément d’enquête ravive les tensions entre la France et l’Algérie. Un épisode qui conforte, aux yeux des pays de l’Alliance des États du Sahel (AES), leur décision d’interdire certains médias français accusés de produire des récits biaisés et politiquement orientés.

L’interdiction de Jeune Afrique au Mali, le 16 janvier 2026 par les autorités maliennes de transition, marque une nouvelle étape dans la confrontation entre les régimes sahéliens et les médias propagandistes. Accusé d’« apologie du terrorisme », de diffamation et de diffusion d’informations « subversives », le magazine panafricain rejette ces charges et dénonce une « atteinte grave à la liberté de la presse ». Cette décision des autorités maliennes traduit une escalade dans la manipulation des récits par les principaux pourvoyeurs des médias, notamment la France et par ricochet les pays européens, qui ne cessent d’utiliser leurs médias contre des pays jugés comme des menaces pour leurs intérêts dans ces pays. 

La convocation du chargé d’affaires de l’ambassade de France à Alger, samedi 24 janvier, après la diffusion d’un numéro de Complément d’enquête consacré à la crise franco-algérienne, dépasse le simple incident diplomatique. Pour les autorités algériennes, l’émission constitue un « tissu de contre-vérités » et une « véritable agression contre l’État algérien, ses institutions et ses symboles ». Un vocabulaire rare, révélateur d’une exaspération qui fait écho à celle exprimée depuis plusieurs mois par les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES) — une confédération née le 6 juillet 2024 à Niamey et regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger.

Au Mali, au Burkina Faso et au Niger, plusieurs médias français ont été suspendus ou interdits, accusés de produire des contenus biaisés, favorables à Paris et hostiles aux autorités nationales. L’épisode algérien conforte aujourd’hui ces choix politique. Ce que ces États dénoncent comme une stratégie médiatique d’influence apparaît désormais au grand jour dans un conflit ouvert entre deux capitales historiques, Paris et Alger.

Une émission qui met le feu aux relations diplomatiques

Diffusé jeudi sur France 2, le numéro de Complément d’enquête consacré à « la guerre secrète France-Algérie » a provoqué une réaction immédiate d’Alger. Le ministère des Affaires étrangères a estimé que la chaîne publique française avait franchi une ligne rouge en diffusant un programme jugé offensant et provocateur.

Dans son communiqué, Alger pointe la responsabilité directe des autorités françaises, estimant qu’un média de service public ne peut agir sans l’aval, explicite ou tacite, de sa tutelle politique. Plus grave encore, la participation de l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, à l’émission est perçue comme une entorse aux usages diplomatiques.

Pour Alger, cette séquence s’inscrit dans une « escalade des menaces anti-algériennes » entretenue par certains cercles officiels français afin de maintenir les relations bilatérales dans un état de tension permanente.

L’AES face aux médias français : une même lecture

Depuis 2023, les pays de l’AES ont pris des mesures drastiques contre RFI, France 24 et d’autres médias occidentaux, accusés de diffuser des récits orientés sur la situation sécuritaire et politique au Sahel. Paris a dénoncé une atteinte à la liberté de la presse. Les gouvernements sahéliens, eux, parlent de souveraineté informationnelle.

Pour Bamako, Ouagadougou et Niamey, il ne s’agit pas de censurer le journalisme, mais de neutraliser ce qu’ils considèrent comme des instruments d’influence postcoloniale. L’affaire algérienne renforce leur argumentaire. Si une émission de service public français peut être qualifiée d’« agression » par un État souverain comme l’Algérie, pourquoi les pays du Sahel devraient-ils accepter sur leur territoire des médias jugés partiaux ?

Dans les cercles proches de l’AES, cet épisode est lu comme la preuve que la production audiovisuelle française sur l’Afrique reste marquée par des grilles de lecture politiques héritées de l’histoire coloniale.

Information ou influence ?

La controverse autour de Complément d’enquête interroge plus largement la frontière entre journalisme d’investigation et récit géopolitique. Le programme mettait en scène des acteurs controversés, dont l’influenceur Amir DZ, et revenait sur la décision française de soutenir la proposition marocaine d’autonomie pour le Sahara occidental — un point de rupture majeur avec Alger.

Pour les autorités algériennes, cette mise en récit relève moins de l’enquête que de la construction d’un discours hostile. Une perception partagée par plusieurs pays africains qui estiment que leurs réalités politiques sont souvent filtrées à travers des prismes idéologiques occidentaux.

Dans ce contexte, la suspension de médias français par les États de l’AES apparaît moins comme un acte isolé que comme une réponse politique à ce qu’ils considèrent comme une « guerre narrative ».

Une bataille pour la souveraineté médiatique

Derrière ces tensions se joue une bataille plus large : celle du contrôle du récit. Les gouvernements africains veulent désormais produire leur propre discours sur leurs crises, leurs transitions politiques et leurs choix diplomatiques, sans dépendre des grands médias européens.

L’Algérie, qui dispose d’une longue tradition de méfiance envers les médias français depuis la guerre d’indépendance, rejoint aujourd’hui une posture déjà assumée par les régimes sahéliens. Tous revendiquent un droit à la protection de leur image et de leurs institutions contre ce qu’ils jugent être des campagnes de déstabilisation symbolique.

L’affaire France 2–Algérie agit ainsi comme un révélateur. Elle montre que la question des médias n’est plus seulement journalistique, mais stratégique. Dans un monde où l’information est devenue un champ de bataille, les États africains cherchent à reprendre la main.

Pour les dirigeants de l’AES, cette crise conforte leur décision : interdire certains médias français n’est pas un geste d’isolement, mais un acte de défense politique face à ce qu’ils perçoivent comme une offensive informationnelle.

Une chose est certaine : la liberté de la presse se heurte désormais, en Afrique comme ailleurs, à une revendication croissante de souveraineté narrative. Et ce bras de fer entre Alger et Paris pourrait bien ouvrir un nouveau chapitre de la relation entre l’Afrique et les médias européens.

Chiencoro Diarra 

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Faculte des Lettres et des Sciences humaines de Bamako
A la UneÉducation

Mali : l’abandon de poste des enseignants-chercheurs relance le débat sur la fuite des cerveaux

by Sahel Tribune 26 janvier 2026
written by Sahel Tribune 4 minutes read

Un communiqué du ministère malien de l’Enseignement supérieur dénonçant l’abandon de poste de plusieurs enseignants-chercheurs met en lumière une réalité plus large : la fuite des cerveaux, désormais accélérée par la mobilité académique du système LMD. Entre départs prolongés et expatriations durables, l’université malienne se trouve fragilisée par un phénomène aux causes structurelles profondes.

La récente note du ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique dénonçant les « nombreux cas d’abandon de poste » dans les universités maliennes met en lumière un malaise plus profond : celui de la mobilité incontrôlée des enseignants-chercheurs, symptôme d’une fuite des cerveaux qui touche l’ensemble du continent africain. Derrière un rappel à l’ordre administratif se dessine une réalité structurelle : la difficulté pour les États à retenir leurs élites intellectuelles dans un contexte de mondialisation du savoir.

Dans son communiqué daté du 22 janvier 2026, le ministre Bourema Kansaye rappelle que l’absence injustifiée des enseignants-chercheurs constitue une violation des obligations statutaires prévues par l’ordonnance de 2017. Il demande aux responsables des institutions d’enseignement supérieur de prendre des mesures disciplinaires et d’identifier les solutions pour faire revenir les agents concernés à leurs postes.

Mais au-delà de la sanction, le document révèle une crise silencieuse du système universitaire malien, fragilisé par les départs prolongés ou définitifs de ses cadres académiques.

Du rêve académique à l’exil professionnel

Longtemps, la fuite des cerveaux africains a été orientée vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Après les indépendances, les États avaient massivement investi dans la formation de leurs élites grâce à des bourses d’études universitaires et post-universitaires à l’étranger. Le retour au pays était alors présenté comme une obligation morale et politique.

Cette logique s’est progressivement fissurée. Faiblesse des salaires, manque d’équipements de recherche, instabilité politique et absence de perspectives de carrière ont poussé de nombreux diplômés à rester dans les pays d’accueil. Le Mali n’a pas échappé à cette dynamique : médecins, ingénieurs, juristes et enseignants-chercheurs ont rejoint les universités et centres de recherche étrangers, souvent sans retour.

Aujourd’hui, le phénomène a changé de forme. Avec la mise en œuvre du système LMD (Licence-Master-Doctorat), conçu pour favoriser la mobilité académique internationale, les départs se sont multipliés sous couvert de formations, de colloques ou de programmes de coopération. Ce qui devait être une mobilité temporaire s’apparente parfois à une expatriation durable.

Le système LMD, accélérateur de mobilité

Le LMD a ouvert les universités africaines aux réseaux internationaux de recherche. Il a permis l’harmonisation des diplômes et facilité l’accès des enseignants-chercheurs à des formations doctorales ou postdoctorales à l’étranger. Mais il a aussi rendu plus fluide la circulation des compétences vers des institutions mieux dotées.

Dans plusieurs établissements maliens, des enseignants partent pour des séjours académiques prolongés sans mécanismes de remplacement efficaces. Résultat : surcharge de travail pour les collègues restés sur place, multiplication des heures supplémentaires et affaiblissement de la qualité de l’enseignement.

Le communiqué ministériel évoque explicitement cette conséquence : l’abandon de poste affecte « la production et la transmission du savoir » et constitue l’une des causes majeures de l’augmentation des heures supplémentaires dans les universités.

Une perte stratégique pour le pays

Selon des estimations internationales, l’Afrique perd chaque année des dizaines de milliers de professionnels hautement qualifiés. Pour certains pays, près d’un tiers du capital humain formé travaille à l’étranger. Ce déséquilibre est particulièrement sensible dans les secteurs stratégiques comme la santé, l’ingénierie et l’enseignement supérieur.

Au Mali, cette hémorragie intellectuelle fragilise la souveraineté scientifique et ralentit la formation des nouvelles générations. Les universités deviennent dépendantes de vacataires ou de coopérations extérieures, tandis que la recherche locale peine à se structurer.

Socialement, le phénomène nourrit un sentiment d’injustice : l’État finance la formation de cadres qui mettent ensuite leurs compétences au service d’autres économies.

Entre contrainte et réformes nécessaires

La réponse administrative du ministère – sanctions disciplinaires et rappel à l’ordre – traduit une volonté de restaurer la discipline dans les institutions universitaires. Mais elle pose aussi la question des solutions de fond.

Peut-on retenir durablement les enseignants-chercheurs sans améliorer leurs conditions de travail ? Plusieurs experts estiment que la lutte contre la fuite des cerveaux passe par une revalorisation des carrières universitaires, des investissements dans les laboratoires, et une meilleure reconnaissance sociale du métier d’enseignant-chercheur.

D’autres plaident pour une logique de « circulation des cerveaux » plutôt que d’exode : partenariats internationaux, co-direction de thèses, enseignement à distance, missions temporaires de la diaspora scientifique au pays.

À travers ce communiqué, les autorités maliennes rappellent que l’université est un pilier de la souveraineté nationale. Dans un contexte de refondation institutionnelle, la maîtrise du capital humain devient un enjeu stratégique aussi important que la sécurité ou l’économie.

La fuite des cerveaux n’est plus seulement une question individuelle de carrière, mais un défi collectif pour l’avenir du pays. Entre mobilité académique et abandon de poste, la frontière est parfois ténue. 

A.D

26 janvier 2026 0 comments
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Une graphique réalisée pour illustrer les édito sur notre site.
A la UneLes démystificateurs du Sahel

De la caverne de Platon aux big data : sommes-nous encore libres de voir le réel ?

by Fousseni TOGOLA 25 janvier 2026
written by Fousseni TOGOLA 4 minutes read

À partir de l’allégorie de la caverne de Platon, cette tribune interroge notre rapport contemporain aux big data et aux images numériques. Entre illusion et réalité, elle invite à une lecture critique des technologies qui façonnent nos perceptions et pose une question centrale : sommes-nous encore capables de voir le monde autrement que par ses reflets chiffrés ?

Par bien des aspects, notre époque semble avoir donné raison à Platon. Il y a près de 2 500 ans, dans La République, le philosophe grec racontait l’histoire d’hommes enchaînés dans une grotte depuis leur naissance. Face à un mur, ils ne percevaient du monde que des ombres projetées par un feu qu’ils ne voyaient jamais. Pour eux, ces ombres constituaient la seule réalité possible. Leurs geôliers n’étaient pas seulement des surveillants : ils étaient aussi des illusionnistes, fabricants d’images et de croyances.

Dans cette célèbre allégorie de la caverne, Platon montre comment l’homme peut être maintenu dans la passivité par une réalité fabriquée, au point de perdre toute volonté de s’en libérer. Hypnotisés par un flot permanent d’images, les prisonniers finissent par confondre apparence et vérité. Aujourd’hui, cette parabole résonne avec une troublante actualité.

Quand les big data deviennent nos nouvelles ombres

À l’ère des big data, des algorithmes et des écrans omniprésents, nous sommes peut-être plus enchaînés que jamais à des représentations du monde qui se substituent au monde lui-même. Nous vivons dans un miroir déformant, une « glace sans tain » — pour reprendre  une expression de Marc Dugain et Christophe Labbé, dans l’Homme nu —  où le reflet numérique de la réalité prend progressivement le pas sur l’expérience directe.

Le chiffre, la statistique, l’indicateur sont devenus des autorités. Ils prétendent dire le vrai sur nos comportements, nos émotions, nos sociétés. Mais la réalité qu’ils décrivent n’est jamais qu’une construction. En encodant le monde, les big data tissent une toile entre nous et le réel, filtrant ce que nous voyons, ce que nous ressentons et même ce que nous croyons.

Platon faisait dire à l’un de ses prisonniers : « Et si on l’obligeait à regarder le feu lui-même, ses yeux ne lui feraient-ils pas mal ? Ne voudrait-il pas se détourner pour revenir à ce qu’il est dans ses forces de regarder ? » Autrement dit : la vérité fait parfois mal. Elle exige un effort, une rupture avec le confort des illusions.

Le danger d’une humanité réduite à des données

La promesse technologique est celle de la prévisibilité : tout mesurer, tout anticiper, tout contrôler. Mais cette logique heurte ce qui fait la singularité humaine : l’émotion, l’imprévisible, le contradictoire, l’irrationnel parfois.

Les big data ne savent pas modéliser la peur, la dignité, l’humiliation, l’espérance. Elles ignorent la part invisible de l’homme. En réduisant les sociétés à des tableaux de bord, on risque de transformer des peuples en objets statistiques et les citoyens en profils numériques.

Pour l’Afrique, cet enjeu est crucial. Le continent est à la fois un laboratoire technologique et un espace de fortes vulnérabilités informationnelles. La dépendance aux plateformes, aux narrations venues d’ailleurs et aux chiffres produits hors contexte peut fabriquer une nouvelle forme de caverne : une réalité importée, projetée, souvent éloignée des vécus locaux.

Sortir de la caverne numérique

Sortir de la caverne, aujourd’hui, ne signifie pas rejeter la technologie. Cela signifie la soumettre à la « raison critique » en référence au « rationalisme critique » de Karl Popper. Refuser que les algorithmes deviennent des oracles. Réhabiliter l’expérience humaine face à la donnée brute. Redonner à l’éducation, à la philosophie, au débat public leur fonction émancipatrice.

Platon nous rappelait que la liberté commence par un acte douloureux : celui de détourner le regard des ombres pour affronter la lumière. De même, notre époque doit accepter l’inconfort de la complexité contre la facilité des chiffres.

La question n’est donc pas seulement technologique. Elle est politique, culturelle et morale : voulons-nous comprendre le monde, ou seulement consommer ses images ?

La prophétie de Platon est en train de se réaliser sous nos yeux. Non plus dans une grotte, mais dans des flux de données, des écrans et des narrations automatisées. L’illusion n’est plus imposée par des geôliers visibles, mais par des systèmes que nous alimentons nous-mêmes.

Reste une responsabilité individuelle et collective : ne pas confondre l’ombre avec la chose, la statistique avec la vie, le modèle avec l’homme. Car une société qui abdique sa capacité à voir le réel abdique aussi sa liberté.

F. Togola 

25 janvier 2026 0 comments
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