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Les chefs d'Etat de l'AES
A la UneAnalyses

Fin du 2ème collège à Bamako : ce qu’il faut retenir de l’intervention des dirigeants de l’AES 

by Sahel Tribune 30 décembre 2025
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Réunis à Bamako les 22 et 23 décembre 2025 pour la 2ème session ordinaire du Collège des chefs d’État de la confédération des États du Sahel (AES), après la 1ère à Niamey le 6 juillet 2024, le général Assimi Goïta, le capitaine Ibrahim Traoré et le général Abdourahamane Tiani ont livré trois visions complémentaires de leur projet confédéral. Ces trois chefs d’Etat sont unis dans le but de bâtir une souveraineté sahélienne affranchie des tutelles extérieures. 

Au centre international de conférence de Bamako (CICB) a eu lieu, les 22 et 23 décembre 2025, la 2ème session ordinaire du Collège des chefs d’État de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée en septembre 2023, et devenue depuis juillet 2024 une confédération politique et militaire regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger. Devant de nombreux diplomates, responsables militaires et représentants de la société civile, les trois présidents sahéliens ont livré trois discours à la fois complémentaires et révélateurs de la vision politique qu’ils incarnent, à savoir la rupture assumée avec l’ordre régional hérité, en vue d’une souveraineté retrouvée.

D’abord, un bilan en forme de manifeste confédéral

Ouvrant cette 2ème session au CICB, le 23 décembre, le général d’Armée Assimi Goïta, président sortant de la Confédération, a dressé le bilan de sa présidence, qui a duré plus d’une année à la tête de l’AES. Dans une salle comblée de joie et parée des couleurs de l’AES, du Mali, du Niger et du Burkina Faso, le président Goïta a évoqué une « nouvelle ère » dans la construction politique du Sahel.

« Depuis la création de l’AES, nous avons posé les fondations d’une coopération solide et intégrée entre nos trois États. Cette confédération est devenue une réalité politique, diplomatique et géopolitique incontournable », a-t-il déclaré, avant d’annoncer la création et l’inauguration de certains organes communs, dont la Banque confédérale d’investissement et de développement (BCID-AES), la Force Unifiée (FU-AES), la chaîne de télévision AES.

Le président malien de la transition a également souligné le « redressement moral » qu’incarne le projet confédéral, face à des institutions régionales qui ont « trahi les peuples au profit d’agendas extérieurs ». En filigrane, tout observateur averti verrait une critique à peine voilée de la CEDEAO et des nombreuses forces d’occupation étrangères qui existaient dans la zone des trois frontières sans pour autant qu’il y ait les résultats escomptés, au bout du compte.  Il s’agit donc d’une dénonciation de leur incapacité à résoudre les crises politiques et sécuritaires qui ont secoué la sous-région.

Son discours, mesuré mais ferme, a pris les contours de l’acte fondateur d’un État sahélien qui assume désormais sa trajectoire autonome, sans aucune ingérence étrangère. Cette volonté d’autarcie politique et économique voire sécuritaire se voit aisément à travers des initiatives salvatrices comme la création de la BCID-AES (une banque qui financera les projets structurants des pays membres), de la Force unifiée voire de la Télévision AES. Le général Goïta a conclu sa déclaration en passant le flambeau de la présidence tournante au capitaine Ibrahim Traoré. Avant de finir, il a salué « l’esprit de combat et de clarté » du homologue burkinabè.

Ensuite, la ferveur d’un discours révolutionnaire

Le nouveau président du Collège des chefs d’État, le capitaine Ibrahim Traoré, a pris la parole dans un style tout autre, voire peu officiel. Il a transformé la salle en tribune aux accents de manifeste révolutionnaire. Fidèle à sa rhétorique directe et sans fioritures, généralement sans éléments de langage sous la main, le capitaine burkinabè a enflammé la salle par son discours habité, ponctué de la volonté  de « libération des consciences africaines » afin que règne désormais une pleine souveraineté sur le continent longtemps victime d’agendas obscurs aussi bien de l’intérieur que de l’extérieur.

Son intervention, longuement applaudie dans la salle parce que s’adressant directement au peuple dans un langage peu diplomatique mais direct, a sonné comme un appel à la radicalité politique et à la rupture historique. Il a dénoncé « le colonialisme économique », le « colonialisme mental » ainsi que le « colonialisme politique et sécuritaire » incarné par la dépendance monétaire, la complaisance face à l’occident, et les accords de défense hérités des puissances extérieures ou l’ingérence dans les politiques intérieures des Etats. Il a  réaffirmant que l’AES devait devenir « le premier noyau d’une Afrique souveraine ».

« L’histoire retiendra que dans le Sahel, les peuples ont choisi de se lever », a-t-il poursuivi, promettant de « faire du Burkina, du Mali et du Niger, les laboratoires d’un nouvel humanisme africain ».

La déclaration du nouveau président de l’AES a confirmé l’orientation idéologique de la Confédération : celle d’une révolution institutionnelle où la souveraineté, la jeunesse et la résistance deviennent les maîtres-mots d’une refondation politique assumée.

Le rappel historique et la mémoire des luttes

Moins lyrique mais profondément ancré dans la mémoire politique du Sahel, le général Abdourahamane Tiani, président du Niger, a calqué son discours sur le rappel historique des contextes de création de l’AES. Son intervention fut celui d’un pédagogue et d’un témoin, qui retrace les luttes et les erreurs du passé pour justifier la voie nouvelle ouverte par l’AES.

« Nos peuples ont trop souvent été les spectateurs de leur propre destin. Nous avons connu les promesses de l’indépendance, puis la dépendance économique, puis les ingérences sous le masque de la coopération », a-t-il rappelé, évoquant la Fédération du Mali (1959-1960) et sa dissolution comme un « avertissement de l’histoire ». Pour le général Tiani, la Confédération AES tire précisément sa force de cette mémoire : « Là où nos aînés ont échoué à cause de la division, nous réussirons par la solidarité et la lucidité. »

Le chef d’État nigérien a également mis en avant la dimension stratégique du projet commun : sécurité partagée, formation militaire intégrée, et coordination diplomatique face aux crises régionales. « L’AES n’est pas une alliance contre quelqu’un, mais une alliance pour quelque chose : la survie et la dignité du Sahel », a-t-il insisté.

Trois discours, une seule matrice 

En écoutant les trois dirigeants, tout analyste neutre ou objectif aura compris la complémentarité d’un triptyque discursif. Le général Goïta pour la continuité et la structuration, le capitaine Traoré pour la ferveur révolutionnaire, et le général Tiani pour la profondeur historique. Ces trois chefs d’Etat esquissent ainsi une matrice politique commune, où la souveraineté n’est plus un slogan mais une méthode de gouvernement.

Au-delà des effets de tribune, la session de Bamako a surtout acté le basculement d’une région longtemps considérée comme périphérique, qui entend désormais devenir centre de décision et de production politique en Afrique.

L’AES, qui bénéficie depuis un certain temps d’une reconnaissance internationale, reste encore confrontée à certains défis comme toute nation désireuse d’une pleine et entière souveraineté — économiques, sécuritaires et institutionnels. Mais les mots des trois chefs d’État laissent entrevoir un horizon que leurs prédécesseurs avaient cessé d’imaginer : celui d’une unité sahélienne fondée sur la conviction que la souveraineté se conquiert, elle ne se délègue pas.

A.D

30 décembre 2025 0 comments
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Danse traditionnelle de la troupe de Koulikoro
A la UneSeko ni Donko

Biennale artistique et culturelle de Tombouctou 2025 : les troupes régionales rendent hommage aux FAMa et aux présidents de l’AES  

by Ibrahim Kalifa Djitteye 30 décembre 2025
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

La Biennale artistique et culturelle de Tombouctou 2025 s’est imposée comme un espace où l’art devient langage de mémoire et de cohésion. Les troupes régionales, venues de tout le pays, utilisent chants, danses et pièces de théâtre pour transformer la scène en tribune citoyenne. Derrière les hommages aux Forces armées maliennes (FAMa) et aux présidents de la Confédération des États du Sahel notamment le Général d’Armée Assimi Goïta, le Capitaine Ibrahim Traoré et le Général d’Armée Abderrahmane Tiani,  c’est surtout la puissance de la culture comme ciment social qui se révèle.

Les spectacles présentés dans la salle Ali Farka Touré ou au Stade municipal de Tombouctou témoignent d’une créativité foisonnante. Les artistes intègrent des éléments militaires, treillis, galons, saluts, dans des chorégraphies inspirées des danses peulh, tamasheq, bambara ou sonrhaï et autres langues officielles du Mali. Cette hybridation artistique illustre la capacité des cultures locales à dialoguer avec l’histoire nationale. Loin d’un simple divertissement, ces performances deviennent des récits vivants qui transmettent aux jeunes générations le souvenir des luttes et des victoires.

L’art comme vecteur de mémoire vivante

La Biennale se distingue aussi par la force de son message collectif. Les troupes régionales ne se contentent pas de célébrer les dirigeants ou l’armée ; elles invitent les populations à s’impliquer activement dans la défense de la souveraineté et de la dignité du Sahel. Les chansons et pièces de théâtre rappellent que la victoire contre les forces de déstabilisation dépend de la vigilance citoyenne. L’art se fait ainsi outil de mobilisation, incitant chacun à devenir acteur de l’unité nationale.

Ce patriotisme artistique, salué par le public, révèle une autre facette de la Biennale : celle d’un espace où l’identité culturelle se conjugue avec l’engagement civique. Les reconstitutions théâtrales des grandes batailles ou des libérations de villes occupées ne sont pas seulement des hommages ; elles sont des leçons d’histoire incarnées, qui renforcent la mémoire collective et nourrissent le sentiment d’appartenance. Les spectateurs, jeunes et moins jeunes, y trouvent une source d’inspiration et de fierté.

Une citoyenneté culturelle en action

Ainsi, la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou 2025 dépasse le cadre des hommages pour devenir un laboratoire de citoyenneté culturelle. Les troupes régionales démontrent que l’art peut être à la fois célébration, transmission et mobilisation. En mêlant costumes militaires et danses traditionnelles, chants patriotiques et récits historiques, elles offrent une vision d’un Sahel debout, où la culture se fait rempart contre l’oubli et moteur d’unité nationale.  

La Biennale de Tombouctou 2025 restera marquée par cette alliance entre mémoire et création, où l’art devient le miroir des aspirations collectives. En honorant les Forces armées maliennes et les présidents Assimi Goïta, Ibrahim Traoré, Abderrahmane Tiani, les troupes régionales ont rappelé que la culture n’est pas seulement héritage, mais aussi force d’avenir. Dans les chants et les danses, le Sahel se raconte et se projette, affirmant sa dignité et son unité face aux défis contemporains. 

Ibrahim Kalifa Djitteye 

30 décembre 2025 0 comments
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Scrutin présidentiel au Tchad
A la UnePolitique

Quand les urnes ne suffisent plus : la crise silencieuse du modèle électoral africain

by Chiencoro 29 décembre 2025
written by Chiencoro 5 minutes read

    En 2025, le continent a voté plus que jamais. De la Guinée à la Centrafrique, du Gabon à la Côte d’Ivoire, les élections se succèdent, mais la promesse démocratique s’éloigne. Derrière l’apparence d’un pluralisme électoral, un constat s’impose : les scrutins n’ont pas tenu leurs promesses de changement. Pour nombre d’Africains, il est temps d’inventer une autre voie.

    De Conakry à Bangui, les bulletins de vote s’empilent, mais la confiance s’effrite. Depuis janvier 2025, une quinzaine d’élections nationales ont eu lieu sur le continent. Pourtant, de Bamako à Abidjan, le scénario se répète : des scrutins présentés comme un retour à l’ordre constitutionnel, mais qui consacrent souvent le statu quo.

    La Guinée, qui a voté le 28 décembre pour tourner la page de la transition, qui règne dans le pays depuis 2021, illustre cette contradiction. Le général Mamadi Doumbouya, artisan du coup d’État, s’est porté candidat après avoir fait adopter une nouvelle Constitution supprimant la clause interdisant aux membres de son regroupement de briguer la magistrature suprême. Comme souvent, la transition militaire a accouché d’une légitimation électorale du régime en place.

    À Bangui, Faustin-Archange Touadéra poursuit la même logique : un référendum constitutionnel a effacé les limites de mandats, ouvrant la voie à une présidence prolongée sous la protection de ses alliés russes. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara, réélu pour un quatrième mandat, verrouille le jeu politique derrière une façade institutionnelle solide mais figée.

    Les urnes, censées apaiser et refonder, deviennent l’instrument de reconduction du pouvoir.

    Des élections sans alternance

    L’Afrique subsaharienne est aujourd’hui la région du monde où l’on vote le plus — mais où l’on change le moins de dirigeants. En 2025, seuls deux pays, le Malawi et les Seychelles, ont connu de véritables alternances démocratiques. Ailleurs, les scrutins ont confirmé une tendance inquiétante : le retour des présidents indéboulonnables, la modification des Constitutions à la carte et l’exclusion méthodique des opposants crédibles.

    Au Gabon, le général Brice Oligui Nguema a remporté en avril 94,85 % des voix, un score quasi monarchique. En Tanzanie, Samia Suluhu Hassan a obtenu 97,9 % dans un contexte où toute opposition organisée avait été neutralisée. Au Cameroun, Paul Biya a été reconduit pour un huitième mandat à 91 ans.

    Les chiffres parlent d’eux-mêmes : ce n’est plus le peuple qui choisit, mais le pouvoir qui se légitime.

    Une lassitude populaire, une abstention massive

    Les taux de participation illustrent mieux que les discours la désaffection démocratique. En Côte d’Ivoire, à peine un électeur sur trois s’est déplacé pour les législatives de décembre. En Guinée, les appels au boycott ont trouvé un écho profond dans une population convaincue que tout est joué d’avance.

    Cette fatigue électorale est aussi une fatigue sociale : chômage, inégalités, corruption et crises sécuritaires gangrènent des États qui, malgré leurs élections, ne changent pas de trajectoire. Dans nombre de pays, voter ne rime plus avec espérer, mais avec subir.

    Les urnes ne sont plus un symbole de souveraineté populaire, mais une formalité destinée à rassurer les partenaires internationaux et les bailleurs.

    L’impasse du modèle importé

    Depuis les années 1990, la démocratie africaine s’est construite sur un modèle de mimétisme institutionnel : multipartisme, élections régulières, commissions électorales, observateurs internationaux. Mais derrière ces formes empruntées aux démocraties libérales, les réalités africaines — sociales, communautaires, culturelles — ont souvent été ignorées.

    « Nous avons copié les urnes, pas les institutions », résume un politologue béninois. Sans contre-pouvoirs solides, sans justice indépendante, sans partis enracinés, les élections deviennent des compétitions d’appareil, vidées de sens.

    Dans un continent où les États peinent encore à garantir l’eau, l’électricité ou la sécurité, l’élection n’a jamais suffi à construire la légitimité politique. Le vote ne peut remplacer ni la redevabilité ni la participation citoyenne continue.

    Pour une nouvelle voie africaine

    Alors que l’Occident continue d’imposer l’élection comme horizon unique de la démocratie, de plus en plus de voix s’élèvent en Afrique pour repenser le contrat politique. Des intellectuels, des militaires et des acteurs de la société civile défendent l’idée d’une refondation endogène : une gouvernance basée sur la concertation, la décentralisation réelle, la revalorisation des autorités locales et la souveraineté économique.

    Cette approche n’est pas un rejet de la démocratie, mais une réinvention : une démocratie africaine capable d’articuler tradition et modernité, consensus et responsabilité, légitimité populaire et efficacité institutionnelle.

    Les expériences récentes de l’Alliance des États du Sahel (AES), créée le 16 septembre 2023 et regroupant le Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui met en avant la souveraineté et la sécurité collective plutôt que la compétition électorale, s’inscrivent dans cette recherche d’un modèle alternatif.

    L’Afrique n’a pas besoin de moins de démocratie — elle a besoin de plus de sens démocratique.

    Vers une révolution du sens politique

    Le cycle électoral de 2025 aura donc révélé bien plus qu’un simple calendrier de votes. Il aura exposé la crise du modèle démocratique importé. Partout où les élections se succèdent sans changement réel, la question se pose : faut-il continuer à voter pour légitimer l’immobilisme ?

    Les peuples africains ne rejettent pas la démocratie. Ils rejettent son simulacre. Entre abstention silencieuse et aspirations nouvelles, une génération réclame autre chose : des institutions qui rendent des comptes, des dirigeants qui incarnent une vision, et des mécanismes de gouvernance qui ne se réduisent pas à un scrutin quinquennal. Cela nous rappelle les propos de Karl Popper qui explique la démocratie par la possibilité de renverser pacifiquement les gouvernants plutôt que sur le « gouvernement du peuple ». La démocratie est donc, dans la conception poppérienne, le régime qui permet des alternances « sans effusion de sang ». Alors comment faut-il nommer aujourd’hui les systèmes qui règnent en Afrique? Des simulacres de démocraties. 

    Les urnes ne suffisent plus. L’Afrique doit désormais inventer sa propre grammaire politique — une démocratie du réel, enracinée dans ses sociétés, portée par ses peuples, fidèle à son histoire.

    Chiencoro Diarra 

    29 décembre 2025 0 comments
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    AES
    A la UneAnalyses

    Au Sahel, l’Alliance des États du Sahel trace les contours d’une souveraineté nouvelle

    by Mikailou Cissé 29 décembre 2025
    written by Mikailou Cissé 5 minutes read

    Alors que les équilibres géopolitiques se redessinent en Afrique de l’Ouest, la Confédération des États du Sahel (AES) s’impose comme une expérience politique inédite. Dans cette tribune, le philosophe Mikailou Cissé analyse la portée historique et symbolique d’un projet qui rompt avec les tutelles anciennes et revendique une souveraineté endogène. Entre recomposition régionale, résistances extérieures et adhésion populaire, l’AES se présente comme la matrice d’un nouvel horizon politique africain.

    Dans un monde où les puissances redéploient leurs influences sous des formes renouvelées, la dynamique sahélienne incarne une contestation vivante de l’ordre établi. Cette audace politique explique à la fois les résistances qu’elle affronte et l’espoir qu’elle suscite, bien au-delà des frontières du Sahel.

    La recomposition géopolitique en cours ne s’appréhende pleinement qu’en la replaçant dans le désordre plus large qui traverse l’Afrique de l’Ouest. Tandis que l’Alliance des États du Sahel (AES) avance, étape par étape, vers une structuration confédérale appelée à devenir fédérale, l’ordre régional hérité révèle ses fissures, ses incohérences et ses renoncements. Ce contraste justifie la virulence des oppositions au projet autant que l’adhésion populaire qu’il suscite.

    Nigeria : puissance régionale, fragilité interne

    Le discours officiel sur le retrait français du Sahel illustre parfaitement cette duplicité stratégique. Loin d’un désengagement réel, il s’est agi d’un redéploiement spatial et doctrinal. Les forces spéciales françaises, opérant désormais depuis des pays côtiers comme la Côte d’Ivoire, exercent une influence directe sur les dispositifs sécuritaires de certains États, à l’image du Bénin.

    L’armée béninoise, formellement nationale, s’insère ainsi dans une architecture de commandement et de renseignement exogène. Ce « départ » annoncé relevait davantage d’un geste médiatique, imposé par la pression populaire et l’effet politique de l’AES, que d’une rupture stratégique authentique.

    Cette logique se prolonge dans l’espace nigérian. Présenté comme un pilier sécuritaire régional, le Nigeria révèle un paradoxe profond : capable de mobiliser sa puissance institutionnelle contre des menaces politiques extérieures, il demeure impuissant face à la prolifération de groupes armés sur son propre territoire.

    Ces espaces, riches en ressources naturelles, sont devenus des économies de guerre exploitées par des bandes criminelles hybrides sous couvert d’idéologie religieuse, et convoitées par des puissances étrangères.

    L’ambivalence du rôle américain

    L’implication des États-Unis au Nigeria s’inscrit dans cette même contradiction. Leurs démonstrations militaires spectaculaires visent moins à protéger les populations qu’à sécuriser les corridors maritimes et les ressources au service d’intérêts géostratégiques. Leur incapacité persistante à prévenir les attaques contre les civils, les enlèvements de masse et les attentats dans les lieux de culte atteste de l’échec d’une approche purement sécuritaire.

    Face à ces impasses, l’AES se trouve prise en étau entre des autorités voisines contestant la légitimité de ses dirigeants et des peuples qui, massivement, soutiennent ses orientations. Cette dissociation marque une rupture fondamentale entre la légalité institutionnelle défendue par certains États et la légitimité politique née de l’adhésion populaire.

    Loin d’être une simple alliance militaire, l’AES est devenue un projet symbolique de réappropriation de la souveraineté, porté par des autorités locales trop longtemps reléguées au rang d’administrateurs de terrains d’opération.

    Entre religion, politique et instrumentalisation du conflit

    C’est dans ce contexte que se déploient des stratégies de déstabilisation plus diffuses. Le rôle de l’Algérie, jadis perçue comme un acteur central des processus de paix au Mali, apparaît aujourd’hui ambigu. La destruction d’un drone malien en mission de surveillance sur son territoire a été perçue comme une atteinte directe à la souveraineté sécuritaire malienne.

    Plus récemment, l’émergence de discours et de mouvements prétendument « résistants », portés par des figures religieuses ou politiques marginalisées, s’inscrit dans une stratégie de fragmentation interne.

    La sortie publique, en différentes langues locales, de l’imam Mahmoud Dicko illustre cette séquence. Longtemps érigé en autorité morale, il s’est révélé politiquement affaibli et prisonnier d’ambiguïtés dangereuses. Ses positions laissent entrevoir des proximités troubles avec des acteurs armés se réclamant du djihadisme ou de la rébellion. Cette confusion entre discours religieux, contestation politique et violence armée nourrit le terrorisme contemporain.

    Une refondation politique et symbolique

    En rompant avec ces ambiguïtés, l’AES assume une ligne claire : le djihadisme n’est ni une résistance ni une revendication sociale légitime, mais une entreprise de prédation instrumentalisée par des intérêts extérieurs.

    En opérationnalisant la Force unifiée et en dénonçant le terrorisme médiatique, judiciaire et informationnel, ses chefs d’État affirment que la guerre se joue autant sur le terrain militaire que sur celui du récit et de la souveraineté symbolique.

    Le sommet confédéral de Bamako a marqué une étape clé. L’adoption d’instruments institutionnels, la création d’organes financiers autonomes, la coordination diplomatique et la perspective d’un passage de la Confédération à la Fédération traduisent une volonté politique rare dans l’histoire contemporaine de la région.

    Ce projet n’est pas une fuite en avant, mais une refondation. Là où les modèles importés ont fragmenté les territoires et déresponsabilisé les États, l’AES reconstruit une cohérence politique fondée sur la sécurité collective, l’autonomie économique et l’adhésion populaire.

    L’enjeu dépasse le Sahel. Il pose à l’Afrique contemporaine une question centrale : peut-on déléguer indéfiniment la sécurité sans perdre la souveraineté ? L’AES esquisse une réponse radicale, imparfaite mais historiquement nécessaire : la stabilité ne s’impose pas de l’extérieur, elle se construit par des États assumant leur destin, en alliance avec leurs peuples.

    Mikailou Cissé

    29 décembre 2025 0 comments
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    ActuSeko ni Donko

    Biennale artistique et culturelle Tombouctou 2025 :  Une organisation réussie et historique

    by Sahel Tribune 28 décembre 2025
    written by Sahel Tribune 4 minutes read

    Tombouctou a gagné le pari de l’organisation de la plus grande messe artistique et culturelle du Mali. Pour la première fois, une région du Nord a accueilli la Biennale artistique et culturelle, confirmant la résilience et la capacité d’un territoire longtemps marqué par les défis sécuritaires à se hisser au rang de capitale culturelle nationale. Pendant dix jours, la cité des 333 Saints s’est transformée en carrefour vivant des arts et des traditions, attirant délégations et spectateurs venus de tout le pays.  

    La cérémonie de clôture, présidée par le Premier ministre, le Général de Division Abdoulaye Maïga, s’est déroulée en présence du Ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie hôtelière et du Tourisme, Mamou Daffé. Étaient également présents les présidents d’institutions, les membres du gouvernement, les gouverneurs des régions, les conseillers communaux, les légitimités traditionnelles, les autorités militaires et les délégations venues de tout le Mali. Cette mobilisation illustre l’importance nationale accordée à la culture comme vecteur d’unité et de cohésion.  

    Le Premier ministre
    Le Premier ministre Abdoulaye Maïga s’exprime, le 28 décembre 2025, à l’issue de la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou. © Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

    Une clôture grandiose au cœur du désert

    La soirée a été marquée par des prestations artistiques de haut niveau. Le comédien et metteur en scène Habib Dembelé, dit Guimba national, a captivé l’auditoire, tandis que la chanteuse Ami Wassidjé a envoûté le public par sa voix. Le jury, présidé par Dr Fodé Moussa Sidibé, composé de deux rapporteurs et six membres, a salué la qualité des performances. Il a formulé des recommandations, notamment la valorisation des langues officielles dans les disciplines, et a noté qu’aucun dépassement de temps n’a été constaté.  

    Les autorités administratives
    Les autorités administratives du Mali, le 28 décembre 2025, à l’issue de la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou. © Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

    Dans son allocution, le Premier ministre Abdoulaye Maïga a rappelé que « la Biennale est une mémoire vivante, un miroir de notre identité et un espace de dialogue entre les générations. Elle est un pont entre le passé et l’avenir, entre les terroirs et la nation ». Il a insisté sur le rôle de la culture comme socle de la souveraineté nationale, affirmant que « chaque fois que les Maliens décident de s’unir, ils peuvent accomplir de grandes choses ».  

    Un message d’unité et de dignité retrouvée

    Le ministre Daffé
    Le ministre Mamou Daffé, le 28 décembre 2025, à l’issue de la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou. © Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

    Le ministre Mamou Daffé, pour sa part, a souligné que « ce que les peurs ferment, la culture ouvre ». Il a salué l’engagement du Président de la Transition pour avoir décrété 2025 Année de la Culture, rappelant que « la culture n’est pas seulement un héritage du passé, mais un levier de dignité retrouvée, de souveraineté culturelle et de dialogue entre les peuples ». Il a insisté sur le rôle de Tombouctou comme carrefour vivant des civilisations et espace international de réflexion.  

    Au-delà de l’organisation, Tombouctou a brillé par son hospitalité légendaire. Les légitimités traditionnelles ont offert une « Diatiguiya » inégalée, mais les populations elles-mêmes ont montré une disponibilité exemplaire. Elles ont accueilli les délégations avec chaleur, générosité et solidarité, confirmant que l’hospitalité est une valeur cardinale de la cité des 333 Saints. Cette mobilisation populaire a donné à l’événement une dimension humaine et communautaire qui restera gravée dans les mémoires.  

    Trophée Bougouni
    Le Ministre de la Culture remet le trophée au gouverneur de la région de Bougouni, le 28 décembre 2025, à l’issue de la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou. © Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

    Une vision culturelle tournée vers l’avenir  

    Le Premier ministre a annoncé que la région hôte de la Biennale 2033 sera révélée à la fin de l’édition 2027. Une innovation majeure a été introduite cette année : la désignation anticipée des villes hôtes des prochaines éditions. Ainsi, Bougouni accueillera la Biennale en 2027, Koulikoro en 2029 et Gao en 2031. Cette planification témoigne de la volonté d’assurer une rotation équilibrée et inclusive des grandes manifestations culturelles.  

    La Biennale de Tombouctou 2025 restera gravée dans les mémoires comme une édition historique. Elle a démontré la capacité du Mali à surmonter les défis et à célébrer sa diversité culturelle dans un esprit de paix et de solidarité. Les artistes, les autorités et les populations ont uni leurs forces pour faire de cette rencontre un moment de renaissance culturelle. Vivement la Biennale 2027, qui prolongera cette dynamique et renforcera le rôle de la culture comme pilier du Mali nouveau.  

    Ibrahim Kalifa Djitteye, envoyé spécial à Tombouctou 

    28 décembre 2025 0 comments
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    Trophée Bougouni
    A la UneSeko ni Donko

    Biennale artistique et culturelle 2025 : Bougouni, Dioïla et Tombouctou brillent sur la scène nationale  

    by Ibrahim Kalifa Djitteye 28 décembre 2025
    written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

    La Biennale artistique et culturelle de Tombouctou 2025 s’est achevée ce dimanche 28 décembre après dix jours de compétitions intenses. Les 19 régions administratives et le District de Bamako ont rivalisé de talent dans une ambiance fraternelle. Les résultats proclamés lors de la cérémonie de clôture, ce 28 décembre 2025, ont mis en lumière la diversité des disciplines, confirmant la vitalité des traditions et la créativité des jeunes artistes maliens.  

    Au terme de dix jours de compétitions intenses, la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou 2025 a livré son verdict. Bougouni s’est hissée au sommet du classement général avec 92 points sur 125, décrochant la médaille d’or. Dioïla a suivi de près avec 90 points, remportant l’argent, tandis que Tombouctou, région hôte, a obtenu le bronze avec 85 points. Ce trio illustre l’excellence artistique et la vitalité des terroirs maliens.  

    Le classement général mis en avant

    Dans la pièce de théâtre, Kayes s’est imposée avec 24 points, suivie de Dioïla (23 points) et Mopti (22 points). Le jury a salué la qualité des interprétations et la force des textes portés par les troupes régionales. L’orchestre moderne a consacré Koulikoro avec 24 points, devant Bougouni (23 points) et Tombouctou (22 points). Ces résultats témoignent de la rigueur et du talent des musiciens, qui ont su séduire le public par des prestations marquées par l’innovation.  

    Les Lauréats
    Les récipiendaires avec leur trophée auprès des membres du jury, le 28 décembre 2025, à l’issue de la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou. © Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

    L’ensemble instrumental traditionnel a été dominé par Tombouctou avec 22 points, Dioïla obtenant 21 points et Bougouni 20 points. Ce classement illustre la force des musiciens de Tombouctou, capables de faire vibrer les instruments traditionnels avec intensité. La danse traditionnelle a offert un spectacle haut en couleurs. Bougouni s’est imposé avec 17 points, devant San (16 points) et Nioro (15 points). Les chorégraphies ont mis en valeur la diversité des rythmes et des gestes.  

    Théâtre, musique et danse

    Dans le solo de chant, Koulikoro a remporté la première place avec 16 points, suivi de Tombouctou (15 points) et Kayes (14 points). Les voix des interprètes ont porté haut les émotions et les récits des communautés. Les prix individuels ont mis en lumière des talents exceptionnels : Fatimatou Mossa de Taoudéni meilleure actrice, Mory Diawara de Kayes meilleur acteur, Fatouma Bocar de Gao meilleure chanteuse et François Keita de Koulikoro meilleur chanteur.  

    La danseuse Bintou Sidibé de Bougouni a été distinguée, confirmant la vitalité des arts traditionnels. Ces prix individuels rappellent que la Biennale est aussi un espace de reconnaissance personnelle, où les artistes peuvent briller par leur discipline et leur créativité. Ils incarnent la relève culturelle du Mali et témoignent de l’importance de soutenir les jeunes talents pour assurer la continuité et le rayonnement des arts sur la scène nationale et internationale.  

    Les talents individuels à l’honneur

    Le prix spécial du Président de la Transition, doté de 1 million de francs CFA, a été attribué à l’orchestre régional de Kidal. Cette distinction particulière souligne l’importance de la créativité musicale et encourage les artistes à poursuivre leur engagement. La remise des médailles aux gouverneurs des régions a symbolisé l’unité et la reconnaissance nationale, renforçant l’esprit de cohésion et de solidarité qui a marqué cette édition.  

    Le ministre Mamou Daffé et des récipiendaires, le 28 décembre 2025, à l’issue de la Biennale artistique et culturelle de Tombouctou. © Ibrahim Kalifa Djitteye/Sahel Tribune.

    Les résultats de la Biennale 2025 confirment la vitalité des terroirs et la créativité des artistes maliens. Chaque discipline a révélé des talents émergents, capables de donner une nouvelle dimension à la culture nationale. La diversité des lauréats illustre la richesse des expressions artistiques du Mali et la force de la jeunesse dans la transmission des traditions. Cette édition restera gravée comme un moment de célébration de l’excellence artistique et de la cohésion nationale.  

    Ibrahim Kalifa Djitteye, envoyé spécial à Tombouctou

    28 décembre 2025 0 comments
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    Mamadi Doumbouya
    ActuOpinion

    En Guinée, la présidentielle du 28 décembre scelle la fin de la transition… ou sa prolongation

    by Sahel Tribune 28 décembre 2025
    written by Sahel Tribune 5 minutes read

     Quatre ans après le coup d’État qui a renversé Alpha Condé, la Guinée s’apprête à tourner une page décisive de sa transition. Ce dimanche, les électeurs sont appelés à choisir leur président lors d’un scrutin censé rétablir l’ordre constitutionnel, mais dont les conditions d’organisation suscitent de fortes réserves. Avec la candidature du général Mamadi Doumbouya, président de la transition, cette élection pourrait consacrer le retour à l’ordre constitutionnel.

    À Conakry, ce dimanche 28 décembre 2025, près de sept millions d’électeurs sont appelés aux urnes pour élire leur président. Quatre ans après le coup d’État qui a renversé Alpha Condé, ce scrutin est censé marquer le retour à l’ordre constitutionnel. Mais dans un climat verrouillé et une opposition marginalisée, la candidature du général Mamadi Doumbouya, président de la transition, donne à cette élection des allures de plébiscite.

    Un scrutin pour clore la transition… ou la prolonger

    La présidentielle de ce dimanche se veut le point d’orgue du processus de transition ouvert après le renversement d’Alpha Condé, le 5 septembre 2021. Elle doit permettre de rendre le pouvoir aux civils et de rétablir les institutions démocratiques suspendues depuis quatre ans. Ce processus intervient au terme d’une séquence politique dominée par le général Mamadi Doumbouya, qui a piloté la réforme constitutionnelle autorisant sa propre candidature.

    Le référendum du 21 septembre dernier, largement approuvé selon des chiffres officiels (89,38 % de « oui »), a introduit une nouvelle Constitution étendant la durée du mandat présidentiel de cinq à sept ans, renouvelable une fois. Elle a surtout supprimé la clause interdisant aux membres du Conseil national du rassemblement pour le développement (CNRD) – les militaires au pouvoir – de participer aux futures élections. Cette modification a ouvert la voie à la candidature du général Doumbouya, 41 ans, désormais favori incontesté du scrutin.

    Une opposition écartée et une élection verrouillée

    La Cour suprême n’a validé que neuf candidatures sur les 51 déposées, éliminant de la course les principales figures de l’opposition, dont l’ancien président Alpha Condé, le chef de file de l’UFDG Cellou Dalein Diallo et l’ex-Premier ministre Lansana Kouyaté. Cette sélection drastique a réduit l’élection à une compétition entre personnalités peu connues et le chef de l’Etat.

    Depuis 2021, la vie politique guinéenne s’est profondément refermée. Les grands partis ont été suspendus, les manifestations interdites, et plusieurs médias indépendants muselés. Des organisations de défense des droits humains dénoncent des arrestations arbitraires et des disparitions. L’ONU a fait part de son inquiétude face à ce qu’elle décrit comme un climat « d’intimidation et de répression politique ».

    Les conditions d’organisation du scrutin alimentent les doutes. Tous les préfets du pays ont été remplacés par des officiers militaires, et les élus municipaux, dissous, remplacés par des responsables nommés. Le contrôle du processus électoral par l’appareil d’État militaire alimente la suspicion d’une élection à sens unique.

    Mamadi Doumbouya, du coup d’Etat à la conquête du pouvoir civil

    Figure centrale de cette transition, Mamadi Doumbouya, ancien officier des forces spéciales, avait justifié son coup d’État par la nécessité de « refonder l’État » et de « mettre fin à la personnalisation du pouvoir ». Quatre ans plus tard, son profil est paradoxalement celui d’un homme fort cherchant à consolider une présidence bâtie sur l’appareil militaire.

    Sa campagne, discrète mais omniprésente dans les médias publics, a mis en avant le thème de la stabilité, de la souveraineté nationale et de la « renaissance guinéenne ». Pour ses partisans, il incarne la continuité de l’ordre et le renouveau institutionnel. Pour ses opposants, sa candidature marque l’échec de la transition et la perpétuation du pouvoir militaire sous un vernis civil.

    Une participation décisive pour la crédibilité du scrutin

    L’un des enjeux majeurs réside dans la participation électorale. L’opposition, en grande partie exclue ou en exil, a appelé au boycott du scrutin, dénonçant une « mascarade électorale ». Dans un pays où l’abstention a souvent été perçue comme un acte de défiance politique, le taux de mobilisation sera scruté de près par les observateurs internationaux, absents pour la plupart à la suite de désaccords avec la Commission électorale nationale indépendante (CENI).

    Les autorités assurent que les dispositions logistiques et sécuritaires sont « totalement garanties », avec la fermeture des frontières terrestres et aériennes, et la mobilisation de 20 000 agents de sécurité. Mais au-delà de la stabilité du jour du vote, c’est la légitimité du processus que la Guinée joue sur la scène internationale.

    Un scrutin aux répercussions régionales

    Cette élection dépasse le seul cadre guinéen. Elle sera observée de près par les autres États de la région, notamment ceux de l’Alliance des États du Sahel (AES), réunissant depuis le 16 septembre 2023 le Mali, le Burkina Faso et le Niger, où la question du retour au pouvoir civil se pose également. Une victoire du général Doumbouya pourrait reconfigurer le jeu politique en Afrique de l’Ouest.

    Quatre ans après avoir renversé Alpha Condé au nom de la démocratie et de la refondation de l’État, le général Mamadi Doumbouya joue une partie décisive. Si son élection ne fait guère de doute, sa capacité à gouverner un pays profondément divisé et économiquement fragile demeure incertaine.

    Pour la Guinée, le scrutin de ce dimanche ne décidera peut-être pas seulement d’un président. Il dira surtout si le pays est capable de renouer avec une véritable vie démocratique – ou s’il s’installe durablement dans une nouvelle ère de présidentialisme militaire.

    A.D

    28 décembre 2025 0 comments
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