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Mine d'or de Syama
A la UneÉconomie

L’or malien, enjeu stratégique

by Chiencoro 8 février 2026
written by Chiencoro 3 minutes read

Après une année 2025 marquée par de fortes turbulences, le complexe aurifère de Loulo-Gounkoto, dans l’ouest du Mali, reste l’un des actifs les plus stratégiques – et les plus sensibles – du groupe canadien Barrick Mining Corporation. Pilier historique de la présence du groupe en Afrique de l’Ouest, la mine incarne aujourd’hui l’équation délicate entre performance industrielle, maîtrise des coûts et recomposition des relations entre l’État malien et les multinationales extractives.

Sur le plan strictement opérationnel, l’exercice 2025 a été contrasté. Dans la région Afrique et Moyen-Orient, qui inclut Loulo-Gounkoto, Barrick a produit 840 000 onces d’or, contre 1,47 million en 2024, un recul significatif imputable en grande partie aux perturbations survenues au Mali. La mise sous administration provisoire du site au cours de l’année, avant sa restitution au groupe le 16 décembre 2025, a pesé sur la continuité de la production et sur les volumes livrés.

Pour autant, la région a continué de générer des flux financiers substantiels. En 2025, Barrick y a enregistré 3,22 milliards de dollars de revenus et 1,94 milliard de dollars d’EBITDA attribuable, confirmant le poids de Loulo-Gounkoto dans l’architecture financière du groupe. Ces chiffres soulignent un paradoxe : malgré les tensions politiques et opérationnelles, l’or malien demeure une source majeure de valeur.

Des coûts en nette hausse

Là où la fragilité apparaît plus nettement, c’est sur le front des coûts. En 2025, le coût de maintien tout compris (AISC) dans la région Afrique–Moyen-Orient s’est établi à 1 543 dollars l’once, en forte hausse par rapport aux 1 333 dollars enregistrés en 2024. Les coûts totaux de trésorerie (TCC) ont, eux aussi, progressé pour atteindre 1 270 dollars l’once. Sur le seul quatrième trimestre, l’AISC est monté à 1 575 dollars l’once, traduisant l’impact cumulé des ajustements opérationnels, des redevances indexées sur la hausse du prix de l’or et des effets comptables liés à la reprise de contrôle de Loulo-Gounkoto.

Barrick reconnaît que la normalisation du site malien s’est accompagnée de coûts exceptionnels, incluant des ajustements de juste valeur sur les stocks et des paiements spécifiques à l’État malien, intégrés dans les charges de l’exercice. Ces éléments ont temporairement alourdi les comptes, sans toutefois remettre en cause la rentabilité globale de l’actif.

Un enjeu éminemment politique

Au-delà des chiffres, Loulo-Gounkoto est devenu un dossier politique. Depuis l’adoption du nouveau Code minier malien en 2023, les autorités de transition ont engagé une reprise en main progressive du secteur extractif, avec une hausse de la participation de l’État et une volonté affichée de mieux capter la rente minière. La création récente de la Société de patrimoine minier du Mali (Sopamim) s’inscrit dans cette logique de souveraineté renforcée.

Pour Barrick, cette nouvelle donne impose un exercice d’équilibriste : préserver l’attractivité économique du site tout en s’adaptant à un environnement réglementaire et politique plus exigeant. Le groupe affirme avoir renforcé la discipline opérationnelle et les standards de gouvernance à Loulo-Gounkoto.

2026, année de vérité

Les perspectives pour 2026 restent prudentes. Barrick anticipe, pour la région Afrique–Moyen-Orient, un AISC compris entre 1 840 et 2 040 dollars l’once, signe que la pression sur les coûts devrait perdurer. Dans le même temps, la stabilité retrouvée de Loulo-Gounkoto est présentée comme un préalable indispensable à toute amélioration durable des performances.

À Loulo-Gounkoto, l’or n’est plus seulement une question de rendement. Il est devenu un levier de souveraineté, un marqueur politique et un test de crédibilité pour la stratégie africaine de Barrick. Pour le groupe canadien, l’avenir de ce joyau malien dépendra autant de l’évolution des cours mondiaux que de sa capacité à composer avec un État désormais décidé à reprendre la main sur ses ressources.

Chiencoro Diarra 

8 février 2026 0 comments
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Alousseni Sanou
ActuÉconomie

Ressources minières : l’État malien se dote d’une société de patrimoine

by Sahel Tribune 7 février 2026
written by Sahel Tribune 2 minutes read

À Bamako, les autorités de transition poursuivent leur stratégie de reprise en main du secteur extractif. La création d’une Société de patrimoine minier, entièrement détenue par l’État, vise à renforcer le contrôle public sur les ressources naturelles et à redéfinir les relations avec les acteurs miniers.

Les autorités maliennes de transition ont franchi une nouvelle étape dans leur stratégie de reprise en main du secteur extractif. Réuni le vendredi 6 février 2026 au palais de Koulouba, le Conseil des ministres, présidé par le général Assimi Goïta, a adopté des projets de texte instituant la Société de patrimoine minier du Mali (Sopamim SA), une société anonyme dont le capital sera intégralement détenu par l’État. L’objectif affiché est de centraliser la gestion des participations publiques dans les sociétés minières et d’accroître le contrôle national sur un secteur jugé stratégique.

La Sopamim, un instrument opérationnel de gouvernance

Le secteur minier constitue l’un des principaux piliers de l’économie malienne, tant par sa contribution aux exportations que par son poids dans les recettes fiscales et l’attractivité des investissements étrangers. La création de la Sopamim s’inscrit dans le prolongement du nouveau Code minier adopté en août 2023, qui avait déjà renforcé la participation de l’État au capital des entreprises extractives. Ce texte prévoyait la mise en place d’une structure dédiée chargée de détenir, pour le compte de l’État, des participations directes, d’assurer le portage de parts pour les acteurs nationaux et de gérer l’ensemble des intérêts publics dans les sociétés minières.

Avec la Sopamim, les autorités entendent doter l’État d’un instrument opérationnel de gouvernance du secteur, à l’heure où Bamako redéfinit ses relations avec les partenaires économiques et les groupes miniers internationaux. Cette initiative s’inscrit dans une séquence plus large de réformes économiques et institutionnelles engagées depuis le début de la transition, marquée par une volonté affirmée de souveraineté sur les ressources naturelles, dans un contexte de recomposition politique et diplomatique profonde.

La rédaction 

7 février 2026 0 comments
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Kassogué, ministre de la justice.jpg
A la UnePolitique

Mali : une Médaille d’honneur de la Justice pour valoriser l’engagement au service de l’État de droit

by Chiencoro 6 février 2026
written by Chiencoro 2 minutes read

Réuni en session ordinaire le vendredi 6 février 2026 au palais de Koulouba, sous la présidence du général d’armée Assimi Goïta, le Conseil des ministres malien a adopté un projet de décret instituant une Médaille d’honneur de la Justice. Une initiative présentée par le ministre de la Justice et des Droits de l’Homme dans un contexte de refondation institutionnelle et de lutte affichée contre la corruption et l’impunité.

Selon le communiqué officiel (CM n°2026-05/SGG) de ce vendredi 6 février 2026, cette distinction vise à reconnaître les femmes et les hommes qui se sont illustrés par leur engagement, leur probité et leur sens du devoir dans le service public de la justice et dans la protection des droits fondamentaux. Pour les autorités de la transition, il s’agit de renforcer la consolidation de l’État de droit et de promouvoir une gouvernance qualifiée de « vertueuse », dans un pays confronté à de profondes crises sécuritaires, politiques et sociales.

Créer une dynamique d’émulation

Le texte adopté précise les conditions d’attribution et de retrait de cette nouvelle médaille. Elle pourra être décernée à des personnes physiques ayant rendu des « services exceptionnels » à la justice ou ayant consenti des sacrifices notables dans l’exercice de leurs fonctions. Elle concernera également celles et ceux qui ont été grièvement blessés, ou ont perdu la vie, dans le cadre de missions judiciaires ou en apportant leur concours volontaire à l’institution judiciaire.

Pour le gouvernement, cette reconnaissance officielle doit créer une dynamique d’émulation au sein du corps judiciaire et renforcer la motivation des agents de l’État appelés à faire respecter la loi dans un environnement souvent marqué par les pressions politiques, l’insécurité et la défiance citoyenne. La justice est ainsi présentée comme un pilier central du processus de refondation engagé par les autorités de transition.

Au-delà du symbole, cette Médaille d’honneur de la Justice s’inscrit dans une série de mesures visant à restaurer la crédibilité des institutions et à réaffirmer le rôle stratégique du système judiciaire dans la reconstruction du contrat social. 

Chiencoro Diarra 

6 février 2026 0 comments
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Moustapha Cissé, Président de l'AIGE.
A la UnePolitique

Au Mali, l’Autorité de gestion des élections présente le bilan de ses réformes et ses priorités pour 2026

by Chiencoro 6 février 2026
written by Chiencoro 2 minutes read

Lors de la cérémonie de présentation des vœux des institutions de la République et des autorités administratives indépendantes au président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, le 4 février 2026 au palais de Koulouba, la Porte parole des autorités administratives indépendantes a présenté un état des lieux de activités menées par l’Autorité indépendante de gestion des élections (AIGE) en 2025 ainsi que ses priorités pour l’année en cours.

Fonctionnelle depuis deux ans, l’AIGE a consacré une large part de ses actions au renforcement des capacités de ses structures centrales et déconcentrées. Selon sa porte-parole, Mme Sanogo Aminata Mallé, des formations ont été organisées au profit du collège de l’institution, des coordinations régionales et des agents des départements techniques. Ces sessions ont porté sur « l’ensemble des thématiques électorales », notamment le cadre juridique et institutionnel, la logistique des scrutins, la sécurisation du processus électoral, la prise en compte du genre, ainsi que la centralisation des résultats.

Des outils techniques pour professionnaliser l’administration électorale

L’institution a également engagé une dynamique de concertation avec les partis politiques et la société civile, complétée par un voyage d’études auprès de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) du Burkina Faso, dans une logique de partage d’expériences régionales.

Sur le plan opérationnel, l’AIGE indique avoir élaboré trois guides pratiques destinés à professionnaliser ses coordinations locales. Ces documents portent sur la gestion des candidatures aux élections législatives et sénatoriales, la gestion des candidatures aux élections des conseillers des collectivités territoriales, ainsi que la centralisation des résultats des scrutins.

En parallèle, un travail spécifique a été mené sur la mise à jour du fichier électoral. L’AIGE a traité les résultats du Recensement administratif à vocation d’état civil (RALE) de 2023, ce qui a permis de produire le fichier électoral de 2024. Elle a également participé aux travaux de la commission paritaire MATD/AIGE et élaboré les documents supports du RALE 2024, intégrant la nouvelle réorganisation territoriale et administrative du pays.

Vers une harmonisation des coordinations en 2026

Pour l’année 2026, l’AIGE entend poursuivre l’harmonisation de ses coordinations avec la nouvelle carte administrative du Mali. Elle prévoit également de gérer les cas de vacance de postes liés aux décès ou aux mutations, dans le but de consolider l’administration électorale sur l’ensemble du territoire.

À travers ce bilan, l’AIGE cherche à afficher sa montée en puissance technique et son rôle clé dans la préparation des prochaines échéances électorales, dont le calendrier reste à préciser.

Chiencoro Diarra 

6 février 2026 0 comments
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Le général Assimi Goïta
A la UneÉducation

Au Mali, une année dédiée à l’éducation et à la culture pour reconstruire le capital humain

by Chiencoro 5 février 2026
written by Chiencoro 3 minutes read

À l’issue de la présentation des vœux du gouvernement, le président de la transition, le général Assimi Goïta, a officiellement décrété la période 2026-2027 « Année de l’éducation et de la culture ». C’est un tournant stratégique pour la refondation du système éducatif et la consolidation des valeurs nationales.

Le président de la transition, le général d’armée Assimi Goïta, vient d’annoncer, ce jeudi 5 février 2026, la proclamation de l’« Année de l’éducation et de la culture » pour la période 2026-2027.

Cette initiative s’inscrit dans la continuité de l’Année de la culture décrétée en 2025 et vise à établir un lien structurant entre éducation, citoyenneté et identité nationale, dans un contexte marqué par la volonté des autorités de refonder durablement l’État malien.

Une priorité nationale pour réparer et reconstruire l’école

Cette nouvelle orientation doit permettre de « panser les plaies du système éducatif malien » tout en favorisant une meilleure appropriation des valeurs fondamentales par la jeunesse.

« Dans le prolongement de l’élan de l’année de la culture, et conformément à la vision Mali kura ɲɛtaasira ka bɛn san 2063 ma ainsi qu’à la Stratégie nationale pour l’émergence et le développement durable 2024-2033, je décrète la période 2026-2027 Année de l’éducation et de la culture », a déclaré Assimi Goïta devant l’ensemble des membres du gouvernement.

L’ambition affichée est de former « un citoyen nouveau, patriote, compétent et responsable, capable de porter le destin du Mali avec dignité et excellence ».

Le Programme national d’éducation aux valeurs au cœur du dispositif

La mise en œuvre intégrale du Programme national d’éducation aux valeurs (PNEV 2023-2027) pourrait constituer l’ossature de cette politique. Doté d’un budget global de 5,74 milliards de francs CFA, ce programme vise à renforcer l’éducation civique, morale et patriotique du primaire à l’université.

Il prévoit notamment : la création d’espaces d’éveil citoyen dans les établissements scolaires, le soutien à l’autorité parentale, le renforcement des capacités des enseignants et des acteurs institutionnels, une meilleure intégration des valeurs culturelles dans les curricula.

Les ministres de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, en coordination avec le ministère de la Culture, sont désormais chargés de piloter cette réforme ambitieuse dans une dynamique de synergie gouvernementale.

La culture comme socle de la cohésion nationale

Le président de la transition a également insisté sur le rôle central de la culture dans la construction de la souveraineté et de l’unité nationale.

« La culture ne saurait être enfermée dans un calendrier, elle doit être portée par un engagement durable, car elle est une force de cohésion, de dignité et de souveraineté », a-t-il souligné, appelant à intensifier les actions de revitalisation culturelle dans l’ensemble des régions du pays.

Pour les autorités, il s’agit de faire de l’éducation et de la culture deux piliers complémentaires d’un même projet de société, capable de répondre aux défis sécuritaires, sociaux et identitaires auxquels le Mali est confronté.

Une mobilisation nationale attendue

Le général Assimi Goïta a enfin appelé à une mobilisation collective impliquant l’État, les collectivités territoriales, les familles, les communautés éducatives, le secteur privé et les partenaires au développement.

L’Année de l’éducation et de la culture se veut ainsi un cadre fédérateur pour engager un effort national en faveur du capital humain, présenté par le chef de l’État comme « la condition première de la prospérité partagée ».

À travers cette décision, les autorités maliennes entendent poser les bases d’une école rénovée et d’une société réconciliée avec ses valeurs, dans une perspective de stabilité et de développement à long terme.

Chiencoro Diarra 

5 février 2026 0 comments
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Inauguration Mine de lithium de Goulamina
A la UneÉconomie

Mali : Kodal Minerals encaisse ses premiers revenus et accélère la production de lithium à Bougouni

by Chiencoro 5 février 2026
written by Chiencoro 4 minutes read

Le groupe minier britannique Kodal Minerals a annoncé avoir encaissé plus de 27 millions de dollars (plus de 15 milliards de FCFA) après la livraison de sa première cargaison de concentré de lithium issue du projet de Bougouni, dans le sud du Mali. Avec des exportations désormais régulières vers la Chine et une production appelée à monter en puissance en 2026, le pays confirme son entrée sur le marché mondial des métaux stratégiques de la transition énergétique.

Le producteur minier Kodal Minerals a franchi une étape majeure dans l’exploitation de son projet de lithium de Bougouni, dans le sud du Mali. La société britannique, cotée à la Bourse de Londres (AIM), a annoncé avoir reçu le paiement intégral de sa première cargaison de concentré de spodumène exportée vers la Chine, confirmant l’entrée effective du pays dans le cercle des producteurs de lithium destinés au marché mondial des batteries.

Des exportations désormais régulières

La première livraison, d’un volume de 28 735 tonnes métriques sèches, est arrivée début janvier au port de Hainan. Elle a généré un revenu total de 27,25 millions de dollars, soit plus de 15 milliards de FCFA, pour la filiale d’exploitation Les Mines de Lithium de Bougouni (LMLB), détenue à 49 % par Kodal Minerals. Le prix réalisé s’est établi à 989,50 dollars la tonne, soit l’équivalent de 1 148 dollars pour un concentré standardisé à 6 % de lithium (SC6).

Cette performance intervient dans un contexte de flambée des cours du spodumène. Selon Kodal, l’indice SC6 a progressé de 270 % depuis juillet 2025, dépassant récemment les 2 000 dollars la tonne sur certains marchés.

Après ce premier envoi, une seconde cargaison de 20 000 tonnes est actuellement en cours de chargement au port de San Pedro, en Côte d’Ivoire. Le paiement de 95 % de sa valeur est prévu dès le départ du navire, conformément à l’accord d’enlèvement signé avec le partenaire chinois Hainan Mining.

L’entreprise prévoit désormais des expéditions régulières comprises entre 15 000 et 20 000 tonnes par cargaison en 2026, avec une troisième livraison attendue en avril. Sur l’ensemble de l’année, Kodal table sur une production de 118 000 tonnes de concentré et des ventes pouvant atteindre 125 000 tonnes.

Une production en montée en puissance

Sur le site de Ngoualana, où se situe la mine à ciel ouvert, les opérations se poursuivent à un rythme soutenu. En janvier 2026, plus de 643 000 tonnes de matériaux ont été extraites, dont 86 691 tonnes de minerai de pegmatite affichant une teneur moyenne de 1,21 % en lithium.

L’usine de traitement par séparation en milieu dense (DMS) a fonctionné sans interruption durant tout le mois, transformant plus de 121 000 tonnes de minerai brut pour produire 9 141 tonnes de concentré de spodumène, avec une teneur moyenne de 5,26 % en Li₂O.

Selon Bernard Aylward, directeur général de Kodal Minerals, « le projet fonctionne désormais au rythme prévu par les études de développement », grâce aux améliorations techniques apportées aux installations de concassage et de traitement. L’objectif est désormais d’atteindre une production mensuelle stable de 10 000 tonnes de concentré.

Corrections après une surestimation initiale

La société a toutefois reconnu que les chiffres de production annoncés pour 2025 avaient été légèrement surestimés. Après un audit des stocks, la production annuelle réelle s’est établie à 41 916 tonnes, contre plus de 45 000 tonnes initialement communiquées.

Cette correction est due à des problèmes techniques liés au nettoyage des bandes transporteuses et à l’étalonnage des instruments de pesage. Des mesures correctives ont été mises en place, notamment l’installation d’un second pesomètre et l’abandon du nettoyage à l’eau au profit de brosses fixes, afin d’améliorer la fiabilité des données.

Kodal Minerals prépare déjà la phase suivante du projet. Une étude de faisabilité pour une usine de flottation de phase 2 sera lancée en 2026. Elle inclura des forages supplémentaires sur les prospects voisins de Boumou et Sogola-Baoulé, ainsi que des études géotechniques, métallurgiques et environnementales.

Cette extension vise à accroître les capacités de production et à sécuriser les futures autorisations minières.

Enjeux pour le Mali

Le projet de Bougouni s’inscrit dans la stratégie du Mali de diversifier son secteur minier, historiquement dominé par l’or, en misant sur les métaux critiques pour la transition énergétique. Le lithium est aujourd’hui un minerai stratégique pour l’industrie des batteries électriques et le stockage de l’énergie.

Dans un contexte de tensions sécuritaires et économiques, ces exportations constituent une source de devises significative pour le pays, même si les retombées locales et environnementales restent un enjeu central pour les autorités et les populations riveraines.

Aucun incident majeur de sécurité n’a été signalé en janvier sur le site, selon l’entreprise, qui affirme maintenir la priorité sur la gestion environnementale et sanitaire.

Avec ses premières recettes encaissées et des cargaisons désormais régulières, Kodal Minerals transforme Bougouni en l’un des projets miniers stratégiques les plus suivis d’Afrique de l’Ouest dans le secteur du lithium.

Chiencoro Diarra 

5 février 2026 0 comments
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Exode rural
ActuAnalyses

L’exode rural ou la fabrique d’une génération sans lieu

by Mikailou Cissé 5 février 2026
written by Mikailou Cissé 5 minutes read

Entre le village quitté et la ville qui n’accueille pas vraiment, une génération entière se trouve piégée dans un entre-deux social et existentiel. À partir des données sur l’exode rural au Mali et d’une réflexion philosophique sur le déclassement, Mikaïlou Cissé analyse les impasses humaines d’un modèle de développement qui produit de l’errance plutôt que de la dignité.

Dans le Sahel, comme dans de nombreuses régions d’Afrique confrontées à l’exode rural vers les grandes villes, une génération entière vit suspendue entre deux mondes : ni véritablement intégrée à la ville, ni pleinement réinsérée au village. Cette couche sociale a traversé toutes les péripéties politiques des jeunes États africains, nés des compromis entre ex-puissances coloniales et leaders aspirant à une indépendance souvent de façade. Elle incarne aujourd’hui les failles profondes d’un modèle de développement postcolonial à bout de souffle.

Quitter le village pour la ville, ou inversement, n’est plus un geste d’audace ni un pari sur l’avenir, mais un départ contraint, souvent désespéré, face à un quotidien qui s’appauvrit et ne nourrit plus comme autrefois. Pour cette couche sociale, rester équivaut à consentir à l’immobilité sociale, au sens propre du terme.

L’ampleur d’un exode structurel

Le rapport La croissance pro-pauvres au Mali de l’Agence française de développement (AFD), publié en 2007, souligne l’ampleur croissante de l’exode rural dans un contexte de fortes migrations internes et externes. Environ 200 000 personnes migrent chaque année. Faute d’estimations précises, les auteurs évaluent que si les tendances démographiques avaient été similaires en zones rurales et urbaines, près de 56 000 ruraux auraient quitté les campagnes pour les villes en 2001, un chiffre qui pourrait atteindre environ 150 000 par an en 2006.

Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique plus large de déplacement des populations fuyant la désertification dans le Nord pour s’installer dans le Sud, contribuant à une urbanisation rapide, notamment autour de Bamako, dont la population est appelée à croître fortement.

Les conséquences sont multiples et préoccupantes. Le rapport met en évidence une dégradation accrue de l’environnement liée à la pression démographique sur les terres agricoles, ainsi que des tensions sociales entre populations autochtones et nouveaux arrivants, auxquelles s’ajoutent les conflits anciens entre éleveurs et agriculteurs. La densification rurale contraint les systèmes agricoles extensifs à atteindre leurs limites et oblige à une transformation des pratiques culturales. Si la demande urbaine peut, à terme, stimuler la productivité agricole autour des villes, cette transition reste fragile et profondément inégalitaire.

Le mirage urbain et la désillusion sociale

Portés par les promesses de travail et d’émancipation, ils prennent la route des grandes agglomérations. Mais le mirage urbain se dissipe vite. Sans diplômes reconnus, sans capital économique ni réseaux solides, ces migrants s’entassent dans l’économie informelle, sans protection. Ils s’installent dans les périphéries reléguées, exposées à une vie chère qui dévore leurs maigres revenus.

La ville ne les intègre pas ; elle les absorbe sans les reconnaître. Le village reste le village, mais l’être s’y sent désormais étranger dans sa propre peau. Les repères ne guident plus, et le quotidien perd tout sens concret.

Au-delà de la pauvreté matérielle, ces trajectoires relèvent d’un déclassement au sens bourdieusien : l’écart brutal entre des attentes socialement construites et une réalité qui les invalide. Le départ promettait l’ascension ; il produit l’humiliation. Il ouvrait un avenir ; il suspend le présent dans une attente sans issue.

Les enfants en pâtissent les premiers : certains manquent cruellement de cadre, tandis que d’autres, offerts par la nature sans être demandés, peinent à y être élevés. Les mères, vieilles et usées, sont les plus touchées. Contraintes de suivre les traces de ceux qui n’ont plus l’âge d’être des enfants, elles ploient sous la solitude, état d’être par excellence.

La double absence : ni du village, ni de la ville

Quitter le village, c’est rompre avec un monde. La terre, la parenté, la reconnaissance communautaire formaient un cadre d’existence et de dignité. En ville, ces repères se dissolvent. Comme un aimant, la ville attire ; comme le capitalisme, elle se débrouille pour se débarrasser de ceux qui perdent leur substance.

Le migrant n’a plus de terre, car il ne cultive plus ; il n’est pas citadin non plus, faute de propriété tangible. Il survit dans un entre-deux instable, sans statut clair ni appartenance affirmée.

De là naît une double absence : absent du village quitté, jamais pleinement présent dans la ville d’accueil. Physiquement là, ils demeurent socialement invisibles. Leur quotidien se déroule dans des non-lieux, où la ville devient un transit interminable, un séjour sans mémoire ni projet durable. Certains s’y épuisent lentement, d’autres y tombent malades, loin des solidarités familiales. Il arrive que des migrants disparaissent sans laisser de traces, errant de chantier en quartier, jusqu’à mourir comme des inconnus.

Le retour comme épreuve collective

Le retour, lorsqu’il s’impose, n’a rien de triomphal. Tardif, contraint, souvent silencieux, il expose l’échec dans sa nudité : sans économies, sans maison construite, parfois sans épouse ni enfants, et marqué par la maladie. D’autres peinent même à revenir, faute de moyens, jusqu’à ce que des parents inquiets se lancent à leur recherche.

Bien souvent, ce sont les familles restées au village qui assument le coût du retour : les soins, les charges matérielles et les blessures symboliques de la réintégration. Le retour devient un fardeau collectif, révélateur d’une solidarité familiale mise à rude épreuve par l’échec structurel.

Pourtant, réduire ces trajectoires à de simples échecs individuels serait une erreur. Les revenants portent un capital invisible : expériences urbaines, savoir-faire pratiques, endurance forgée dans l’adversité. Dans un Sahel en mutation, ils pourraient devenir des médiateurs entre ville et campagne, entre économie informelle et initiatives locales.

Mais ce potentiel reste largement inexploité. Le développement demeure cloisonné, sectorisé, laissant les individus et les familles absorber seuls les coûts humains des mutations économiques. Les politiques inclusives font défaut, et le cycle de l’errance se perpétue.

La figure du revenant révèle ainsi moins des échecs personnels que l’implosion d’un modèle désarticulé, incapable d’offrir des trajectoires viables à sa jeunesse. Tant que partir signifiera déracinement et revenir humiliation, l’errance produira de la survie plutôt que de la dignité. Il est temps d’investir dans ces « ni-ni », non comme des laissés-pour-compte, mais comme des ponts vivants entre des mondes que le développement a trop longtemps opposés.

Mikaïlou Cissé

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