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Nouveau siège des douanes
A la UneÉconomie

Douanes : +105 % de performance

by Sahel Tribune 13 avril 2026
written by Sahel Tribune 2 minutes read

Le gouvernement malien met en avant les résultats « remarquables » de la Direction générale des Douanes pour l’exercice 2025. Dans une lettre de félicitations adressée à son directeur général, le ministre d’Etat, en charge de l’Économie et des Finances, Alousséni Sanou, salue une mobilisation ayant permis de dépasser significativement les prévisions budgétaires.

Selon ce document officiel daté du 9 avril 2026, l’analyse des encaissements et recouvrements effectués au titre de l’année 2025 fait apparaître des résultats supérieurs aux attentes. Les Douanes ont ainsi mobilisé 915,742 milliards de francs CFA, pour un objectif initial fixé à 876,876 milliards.

Une reconnaissance adressée à toute la chaîne

Ces résultats traduisent un taux de réalisation de 105 %, assorti d’un excédent de 38,742 milliards de francs CFA. Une performance qui, selon le ministre, reflète une gestion efficace et un engagement soutenu des équipes sous la direction du responsable de l’institution.

Dans sa correspondance, le ministre met en avant « une réelle satisfaction » face à ces chiffres, qu’il attribue notamment à un leadership « éclairé » et à l’implication des agents à tous les niveaux de l’administration douanière.

Au-delà de la direction générale, les félicitations sont étendues à l’ensemble des responsables et agents des services douaniers. Le ministre insiste sur le mérite collectif dans l’atteinte de ces résultats, soulignant le rôle central de cette régie financière dans la mobilisation des ressources publiques.

Cette reconnaissance intervient dans un contexte où les recettes internes constituent un levier stratégique pour soutenir les politiques publiques et renforcer l’autonomie financière de l’État.

Un appel à maintenir la dynamique

Tout en saluant ces performances, Alousséni Sanou exhorte les services des Douanes à « persévérer dans cette voie ». Il rappelle que ces résultats contribuent directement au financement durable des politiques publiques engagées par le gouvernement, dans un environnement marqué par de nombreux défis économiques.

Le ministre invite ainsi à consolider les acquis et à poursuivre les efforts pour améliorer davantage la mobilisation des recettes, condition essentielle à la mise en œuvre des priorités nationales.

Avec un dépassement des objectifs budgétaires, la Direction générale des Douanes confirme son rôle clé dans l’architecture financière du Mali. Ces performances renforceront la confiance des autorités dans la capacité des régies financières à soutenir les ambitions économiques du pays, dans un contexte de recherche accrue de souveraineté budgétaire.

Oumarou Fomba 

13 avril 2026 0 comments
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Guerre cognitive
ActuLes démystificateurs du Sahel

Rumeur de libération de djihadistes : anatomie d’une manipulation informationnelle

by Sahel Tribune 13 avril 2026
written by Sahel Tribune 5 minutes read

Une rumeur sans preuves, relayée à grande échelle, tente d’imposer une lecture biaisée de la situation sécuritaire au Mali. Alors que les forces armées enregistrent des avancées notables sur le terrain, une guerre d’un autre type se joue dans l’espace informationnel : celle des perceptions, où la désinformation devient une arme stratégique pour fragiliser l’État et semer le doute dans l’opinion.

Il aura suffi d’une rumeur savamment distillée pour alimenter, une fois encore, la mécanique bien huilée de la désinformation internationale. Selon certains médias, les autorités maliennes de la Transition auraient « relâché plus d’une centaine de détenus présumés djihadistes du JNIM en échange de la libre circulation des camions-citernes ». Une affirmation grave, reprise sans nuance, sans preuve, et surtout sans la moindre rigueur journalistique. Bienvenu dans la guerre cognitive qui n’a d’autre but que d’affaiblir l’ennemi psychologiquement !

L’élimination de Boubacar Bah, alias « Balobo »

En effet, derrière cette narration approximative se dessine une stratégie bien connue : fabriquer une réalité parallèle pour tenter de fragiliser un État engagé dans une lutte asymétrique contre le terrorisme. La période est bien calculée : la veille du ramadan. Une période très sensible où les besoins des populations vont crescendo et où le transport routier devient beaucoup plus florissant. Du coup, cette fausse information a été présentée comme une évidence, censée expliquer une prétendue « asphyxie » de l’économie malienne par une crise du carburant. Le récit est séduisant. Il est surtout faux — ou, à tout le moins, profondément douteux. 

Revenons aux faits, têtus par nature. Au moment même où cette rumeur prenait de l’ampleur, les Forces armées maliennes intensifiaient leurs opérations sur le terrain, accentuant la pression sur les groupes armés terroristes. Acculés, ces derniers tentaient de se redéployer, notamment vers la région de Kayes. C’est dans ce contexte qu’une opération coordonnée dans cette région — dénommée Wilikadjo — mobilisant l’armée de terre, l’armée de l’air et les forces spéciales, ainsi que le Bataillon d’intervention rapide (BIR), a permis de neutraliser Boubacar Bah, alias « Balobo », le 24 mars 2026. Il était une figure de proue de la nébuleuse terroriste de la 1re région.

Ce succès militaire n’est pas anodin. Il désorganise, fracture, déstabilise le groupe terroriste. Et comme souvent dans ce type de conflit, les défaites sur le terrain appellent des compensations dans l’espace informationnel. La guerre ne se mène plus seulement avec des armes ; elle se joue aussi dans les esprits. C’est la loi de la guerre informationnelle dans laquelle le monde est plongé depuis des années, et qui fait de l’information une arme de destruction massive. 

Nouvelles manipulations destinées à dénigrer notre armée

Dès lors, faut-il vraiment s’étonner de voir surgir une telle « information » ? Les groupes terroristes, comme leurs relais — qu’ils soient idéologiques, médiatiques ou géopolitiques — excellent dans l’art de la manipulation narrative. Mais un détail devrait interpeler tout observateur averti : où sont les preuves ? Où sont les noms des prétendus détenus libérés ? Où sont les images, les revendications, les mises en scène triomphalistes dont ces groupes sont pourtant friands ? Rien que le vide et un silence assourdissant.

Le colonel-major Souleymane Dembélé (photo), directeur de l’information et des relations publiques des armées (DIRPA), dans son point de presse du 30 avril 2026, a qualifié ces allégations de « pure manipulation » : « Je le dis sans aucune ambigüité : le Mali est actuellement confronté à un terrorisme médiatique, organisé et savamment orchestré. Certains médias tentent de faire croire à l’existence d’accords avec les terroristes. Ce sont de nouvelles manipulations destinées à dénigrer notre armée et à semer le doute dans l’opinion ».

Quiconque observe ces organisations terroristes sait qu’elles capitalisent immédiatement sur la moindre victoire symbolique. Une libération de cette ampleur aurait été exploitée sans délai pour nourrir leur propagande. L’absence totale de communication en ce sens en dit long sur la fragilité de la thèse avancée.

Éviter de sacrifier la vérité sur l’autel des narratifs opportunistes

En réalité, cette séquence révèle moins une prétendue compromission des autorités maliennes qu’une tentative de déstabilisation par le récit. L’objectif est de semer le doute, entamer la confiance, affaiblir le moral des forces engagées et, au-delà, celui d’une nation confrontée à une guerre complexe. Mais hélas la guerre se joue désormais aussi dans l’esprit des hommes. La guerre cognitive n’a plus de limite. Mais les Maliens ne sont pas dupes et ils sont tous immunisés désormais contre cette nouvelle arme létale. 

Cette stratégie n’est pas nouvelle. Elle s’inscrit dans une guerre informationnelle où les perceptions comptent autant que les faits, et où certains acteurs n’hésitent pas à travestir la réalité pour servir des agendas qui dépassent largement les frontières du Mali.

Pendant ce temps, sur le terrain, les Forces armées maliennes poursuivent leur mission, notamment dans la sécurisation des convois de carburant, enjeu vital pour l’économie nationale. Des résultats concrets, mesurables, qui contrastent avec le flot d’approximations relayées ailleurs.

Face à cela, une exigence s’impose : celle de la lucidité. Car dans cette guerre des récits, céder à la désinformation, c’est déjà perdre une bataille. Le Mali n’a pas seulement besoin de soutien militaire ou économique. Il a aussi besoin que la vérité ne soit pas sacrifiée sur l’autel des narratifs opportunistes. Le peuple résilient du Mali l’a déjà compris. 

A.D

13 avril 2026 0 comments
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Pré-Forum aux origines du rap malien
A la UneSeko ni Donko

Comment le rap malien est-il né et devenu un phénomène culturel majeur ?

by Ibrahim Kalifa Djitteye 13 avril 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

La Maison sur le Fleuve a accueilli, ce samedi 11 avril 2026 un pré-forum organisé par l’association Mémoire du Sahel, consacré aux origines du rap malien. L’événement a enregistré la présence de Salif Sanogo, président d’honneur, venu soutenir cette initiative. Cette rencontre s’est imposée comme un moment de mémoire et de transmission, en prélude au Forum national du Hip-Hop prévu dans les prochains mois. 

Quatre acteurs majeurs du rap malien ont animé les échanges, notamment AL T Strong, Amkoullel, Abba Samassékou et Master Soumy. Leurs interventions ont permis de revisiter les débuts d’un mouvement encore marginal dans les années 1980 et 1990. Ils ont partagé les difficultés rencontrées, les soutiens décisifs et les innovations qui ont façonné l’identité du rap malien. Leurs récits ont mis en lumière la progression d’un art qui s’est imposé comme un espace d’expression et de créativité pour la jeunesse.  

Les pionniers à l’honneur

Le parcours d’AL T Strong, Alpha Touré, a particulièrement retenu l’attention. De retour des États-Unis en 1987, il adopte les codes du Hip-Hop et devient le premier rappeur malien à enregistrer sur cassette. Il est également l’auteur du premier clip de rap diffusé sur la télévision nationale. Ces initiatives pionnières ont marqué une étape historique, ouvrant la voie à une génération d’artistes qui ont ensuite enrichi le paysage musical du pays.  

Dans son témoignage, AL T Strong a rappelé l’appui du journaliste Saloum Sy, qui lui a permis de tourner ses premières images à la RTM. Il a aussi évoqué l’influence de sa mère, qui l’a encouragé à intégrer une voix féminine dans ses morceaux. Sa collaboration avec Rokia Traoré a donné une identité sonore singulière au rap malien, en l’ancrant dans une esthétique propre et en élargissant son horizon au-delà des modèles américains.  

Des parcours contrastés

Les autres intervenants ont insisté sur l’importance de l’entourage. Amkoullel et Abba Samassékou ont souligné le rôle du soutien familial et médiatique dans leur évolution. À l’opposé, Master Soumy a décrit un parcours marqué par l’absence d’appui familial, dans un environnement conservateur. Sa détermination et ses participations à des compétitions scolaires lui ont permis de s’imposer, jusqu’à la sortie de son premier album en 2007.  

Les discussions ont également mis en avant la transformation du rap malien. Autrefois réservé à une minorité, il est désormais accessible à un large public grâce aux réseaux sociaux et à la diffusion facilitée par les smartphones Android. Cette démocratisation a permis l’émergence de nouveaux talents et a renforcé la vitalité du Hip-Hop malien, qui s’affirme aujourd’hui sur la scène nationale et internationale. 

En retraçant les origines du rap malien, cette rencontre a rappelé que le Hip-Hop est bien plus qu’une musique : il est un outil de transmission, de créativité et de cohésion sociale. Le pré-forum « Aux origines du rap malien» s’impose comme un jalon essentiel dans la construction d’une mémoire collective, où l’art devient vecteur de dialogue et de reconnaissance culturelle.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

13 avril 2026 0 comments
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Mahazou dit Baba Cisset
ActuSport

AGE FEMAFOOT : Mahazou dit Baba Cissé, l’unique candidat dévoile sa vision en onze piliers 

by Ibrahim Kalifa Djitteye 11 avril 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 4 minutes read

Mahazou dit Baba Cissé, l’unique candidat à la présidence de la FEMAFOOT, avance une vision en onze piliers pour transformer le football malien. Son programme met l’accent sur la transparence, la réforme institutionnelle, la formation technique, le développement du football féminin, la modernisation des infrastructures et l’ouverture internationale. Il ambitionne de restaurer la crédibilité de l’instance et de relancer les compétitions nationales.

Le football malien se trouve dans une phase de renouveau, portée par l’attente des acteurs et des supporters. Mahazou dit Baba Cissé se présente avec une vision structurée autour de onze piliers. Il ne se limite pas à une candidature classique, mais propose une refondation destinée à redonner au football national une place solide en Afrique, en mettant en avant des solutions concrètes et inclusives pour tous les acteurs.  

Son approche repose sur une volonté affirmée de mettre la transparence au centre de la gestion. Dans un environnement où les institutions sportives ont souvent été critiquées pour leur manque de clarté, il insiste sur la nécessité de rendre des comptes, de publier des bilans et d’impliquer les clubs dans les décisions. Cette orientation traduit une rupture avec les pratiques passées et une ambition de bâtir une gouvernance participative.  

Transparence et gouvernance participative

Au-delà de l’administration, Baba Cissé met en avant la réforme des statuts. Les textes actuels sont jugés dépassés et inadaptés aux exigences modernes. Il propose une révision profonde, impliquant juristes et techniciens, pour garantir une meilleure représentativité et une stabilité durable. Cette réforme est présentée comme la clé pour sortir de la crise et éviter les blocages qui ont paralysé l’instance, tout en renforçant la légitimité des décisions prises.  

La dimension technique occupe une place centrale dans son projet. Il insiste sur la formation des entraîneurs, des arbitres et des encadreurs, avec la création d’un centre technique moderne. L’objectif est de renforcer les compétences locales et de préparer une relève solide, capable de porter les sélections nationales vers de meilleures performances. Cette orientation traduit une compréhension claire : sans base technique solide, aucune réforme institutionnelle ne peut produire des résultats durables.  

Réforme institutionnelle et développement technique

Le football féminin, longtemps marginalisé, est intégré dans sa vision comme un axe prioritaire. Baba Cissé propose de développer des compétitions spécifiques, de soutenir les clubs féminins et d’encourager la participation des jeunes filles. Cette orientation traduit une volonté d’ouverture et d’égalité dans le développement du sport. Elle vise à donner aux joueuses maliennes une visibilité accrue et à renforcer leur rôle dans la dynamique sportive nationale.  

Les infrastructures constituent un autre pilier de son programme. Conscient que le manque d’équipements modernes freine la progression, il envisage la réhabilitation des stades régionaux et la construction de nouveaux terrains conformes aux standards internationaux. Ce projet inclut aussi la dotation des clubs en matériels sportifs, afin de créer un environnement propice à la performance et à la compétitivité, tout en favorisant l’accès des jeunes aux installations sportives.  

Inclusion et infrastructures sportives

La question financière est abordée avec pragmatisme. Baba Cissé veut diversifier les sources de financement, en mobilisant l’État, les sponsors privés et les partenaires internationaux. Il propose la mise en place d’un fonds de développement du football, destiné à soutenir les clubs et les projets de formation. La transparence dans la gestion de ces ressources est présentée comme une garantie pour éviter les dérives et renforcer la confiance des acteurs.  

La relance des compétitions nationales est également au cœur de son projet. Il souhaite redynamiser le championnat et les coupes régionales, en assurant leur régularité et leur attractivité. Une meilleure organisation logistique, une couverture médiatique renforcée et des incitations financières pour les clubs sont envisagées. L’objectif est de créer une dynamique interne qui prépare les équipes à affronter les compétitions continentales avec plus de solidité et d’ambition.  

Ressources et compétitions nationales

Enfin, Baba Cissé met en avant la diplomatie sportive. Il veut renforcer les relations avec la FIFA, la CAF et les fédérations partenaires, afin de bénéficier de programmes de soutien technique et financier. Cette ouverture internationale est perçue comme essentielle pour repositionner le football malien sur la scène africaine et mondiale, en lui donnant accès à des opportunités de coopération et de développement, tout en consolidant son image auprès des instances sportives.  

Sa vision ne se limite pas à une liste de propositions. Elle s’inscrit dans une logique de refondation, où la transparence, la réforme institutionnelle, le développement technique et l’ouverture diplomatique sont présentés comme les leviers d’un renouveau. Dans une période de transition, cette démarche apparaît comme une tentative de rétablir la confiance et de redonner au football malien une trajectoire ascendante, portée par l’engagement et la détermination de son unique candidat.

Ibrahim Kalifa Djitteye 

11 avril 2026 0 comments
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Koutouba philosophiques
A la UneAnalyses

Mali : dans les nuits des « Koutouba philosophiques », la jeunesse réinvente le débat public

by Sahel Tribune 11 avril 2026
written by Sahel Tribune 6 minutes read

Dans un Mali en quête de refondation, les « Koutouba philosophiques » —une initiative de l’Union des étudiants en philosophie (UEP) — s’imposent comme un espace rare de respiration intellectuelle. Nées dans le sillage des Nouvelles Pratiques Philosophiques, ces nuits de réflexion organisées durant le Ramadan 2026 réunissent étudiants, enseignants et chercheurs autour d’un principe simple mais exigeant : faire primer la force des arguments. Au-delà du débat académique, ces rencontres interrogent la place de la pensée critique dans la construction du « Mali Koura », entre réforme de l’école, crise de l’État postcolonial et impératif de souveraineté intellectuelle.

À rebours d’un espace public souvent saturé de certitudes, d’invectives et de postures figées, une expérience discrète mais féconde se déploie au Mali : celle des « Koutouba philosophiques ». Nées dans le sillage des Nouvelles Pratiques Philosophiques, ces rencontres — organisées notamment durant le mois de Ramadan 2026 — réhabilitent un art trop souvent négligé : celui de penser ensemble. Comme le rappelle le Dr Souleymane Keïta, superviseur de ces nuits de réflexions philosophiques. Ces espaces sont « le lieu où il n’y a ni Dieu, ni Maître, mais celui de la force des arguments en lieu et place des arguments de force ». Dans un pays en quête de refondation, cette initiative s’impose comme un véritable laboratoire citoyen, où la pensée critique devient un instrument de souveraineté intellectuelle.

« Les penseurs pensent »

Les discussions menées en 2026 révèlent d’abord une urgence : repenser la place de la philosophie dans la société malienne. Les participants dénoncent surtout une marginalisation institutionnelle de la discipline et appellent à reconnaître la licence de philosophie dans les recrutements publics. « L’employabilité des philosophes ne saurait se réduire à l’enseignement », expliquent Abdramane et Drissa Coulibaly, membres de l’Union des étudiants en philosophie (UEP). Ils plaident pour une valorisation des compétences analytiques dans l’administration, la gouvernance et les politiques publiques. 

Dans le même élan, Abdramane et Drissa, tous deux des écrivains, jugent important d’aller vers une réforme profonde des programmes scolaires dans le cadre du Mali Koura. Ils plaident surtout pour l’intégration des thématiques contemporaines — changement climatique, bioéthique, terrorisme, civisme — dans la formation des citoyens éclairés et ancrés dans leur époque.

Mais la réflexion ne s’arrête pas là. Les Koutouba dressent un diagnostic sans concession du système éducatif malien, qualifié de « grand corps malade ». Cette analyse est surtout celle de Sibiry Sanou, Hamida Ag Bella et Bassirou Maïga. Entre écoles fermées pour cause d’insécurité, insuffisance d’enseignants et infrastructures inadaptées, les constats sont sévères. Les membres de l’UEP dénoncent un « éternel retour des états généraux de l’éducation sans praxis », soulignant que « les penseurs pensent, mais les décisions dorment dans les tiroirs ». La réforme de l’école est ainsi érigée en préalable absolu. 

Un système éducatif cohérent, adapté aux réalités de la mondialisation

Cette critique s’étend aux conditions des enseignants, notamment dans le privé, où la précarité est décrite avec acuité : salaires dérisoires, absence de protection sociale, instabilité chronique. « Dans ces conditions, la lutte pour la survie prime sur l’intellect », résume ces enseignants en philosophie. Pour les philosophes, l’amélioration de l’éducation passe nécessairement par une revalorisation de la condition enseignante et une application rigoureuse des textes existants.

Sur la question linguistique, les débats invitent à dépasser les postures idéologiques. Si la Constitution consacre les langues nationales, les participants mettent en garde contre une approche précipitée : « On n’impose pas une langue, elle s’impose par sa capacité à produire du savoir », expliquent Sibiry Sanou, Hamida Ag Bella et Bassirou Maïga. L’enjeu n’est donc pas d’opposer langues locales et langues étrangères, mais de construire un système éducatif cohérent, adapté aux réalités de la mondialisation.

Une éthique du vivre-ensemble fondée sur l’humanisme

Les Koutouba explorent également les mutations sociales contemporaines. À travers le prisme des réseaux sociaux, ils soulignent à la fois les opportunités — accès à l’information, promotion culturelle — et les dérives : désinformation, cybercriminalité, fragilités psychologiques. Des développements ont été faits sur ces mutations par Sékou Sanogo sous le thème « Jeunesse malienne et réseaux sociaux : usages, opportunités et défis pour l’avenir ».  La solution réside dans une éducation numérique responsable et la valorisation de contenus locaux.

Sur le terrain religieux, les débats pointent une montée des tensions intra et interconfessionnelles, aggravées par l’absence de régulation du prêche. Les participants appellent à « ne pas tolérer l’intolérance religieuse » et à encadrer davantage les discours pour préserver la cohésion sociale, a expliqué notamment Sétigui Traoré, dans son intervention. « Avant d’être croyant, on est d’abord humain », rappellent-il, plaidant pour une éthique du vivre-ensemble fondée sur l’humanisme.

Réinvention de l’État postcolonial

La réflexion politique, elle, s’attaque à des questions majeures : la recrudescence des coups d’État et la crise de la démocratie. Le constat est nuancé : « Ce n’est pas la démocratie qui échoue, mais sa mise en œuvre », explique Mohamed Ombotimbé. Les coups d’État apparaissent comme des symptômes d’une gouvernance défaillante, sans pour autant constituer une solution viable. Dans cette perspective, la réinvention de l’État postcolonial s’impose comme un chantier central : décentralisation, lutte contre la corruption, institutions fortes et légitimes. « La réinvention de l’État postcolonial apparaît comme une voie possible pour concilier héritage historique, modernité politique et développement », souligne Sodiougo Sagara. 

Les enjeux sociaux ne sont pas en reste. Drogue, mariage précoce, inégalités de genre : autant de défis qui hypothèquent l’avenir du pays. Les débats mettent en lumière des réalités préoccupantes — « 70 % des consommateurs de drogue ont entre 15 et 45 ans », rappelle Allaye Karembe en se référant des chiffres de l’OCS — et appellent à une mobilisation collective. 

Sur la condition féminine, une contradiction persistante est soulignée : malgré leur montée en puissance économique, les femmes continuent d’assumer une charge domestique écrasante et un pouvoir décisionnel limité. La solution passe par « la transformation des mentalités » et une application effective des lois, préconisent Zaratou Boré et Oumou Bah. Arouna Diallo, pour sa part, estime qu’« une approche collective est indispensable pour lutter efficacement contre le mariage précoce et promouvoir la scolarisation des filles au Mali».  

Médias maliens et transition politique

Enfin, les Koutouba insistent sur le rôle stratégique des médias et de l’éducation citoyenne. Dans un contexte de transition politique et de défis sécuritaires, les médias sont décrits comme « un couteau à double tranchant » : instruments de construction ou de déstabilisation, explique Alpha Hama Boré, dans le développement de sa thématique : « Médias maliens et transition politique : Entre liberté d’expression et transition politique, responsabilité sociale et enjeux sécuritaire. ». D’où la nécessité d’une presse libre, responsable et éthique, capable de concilier liberté d’expression et impératifs nationaux. Ainsi, l’éducation à la citoyenneté trouve toute sa nécessité ajoute Cheick Cissé. Il soutient que cette éducation doit être décentralisée faisant la promotion du patriotisme dans tous les secteurs du Mali.

Au fond, les « Koutouba philosophiques » dessinent l’ambition de faire émerger un Mali où la pensée critique irrigue l’action publique, où la jeunesse s’approprie les outils du débat et où la souveraineté s’ancre aussi dans les esprits. Car, comme le suggèrent ces échanges, il n’y a pas de Mali Kura sans révolution intellectuelle. Et cette révolution commence, peut-être, par une simple conversation.

A.D

11 avril 2026 0 comments
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ABdoulaye Diop et Nasser Bourita
A la UnePolitique

Pourquoi le Mali retire-t-il sa reconnaissance de la RASD ?

by Ibrahim Kalifa Djitteye 10 avril 2026
written by Ibrahim Kalifa Djitteye 3 minutes read

Dans une déclaration, rendue publique ce vendredi 10 avril 2026 par le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, le Gouvernement du Mali a annoncé une décision diplomatique majeure : le retrait de la reconnaissance de la « République Arabe Sahraouie Démocratique » (RASD). Ce choix s’inscrit dans une volonté de réorienter la politique étrangère du Mali et de renforcer ses relations stratégiques avec le Royaume du Maroc.  

Le texte officiel rappelle que le Mali et le Maroc entretiennent des liens historiques et fraternels, fondés sur l’amitié sincère, le respect mutuel et une solidarité agissante. Ces relations, consolidées au fil des décennies, ont permis aux deux pays de coopérer dans divers cadres bilatéraux et multilatéraux. La déclaration souligne que cette proximité diplomatique constitue désormais un socle stratégique, renforcé par des initiatives communes dans les instances internationales.  

Une rupture diplomatique avec la RASD 

Dans cette dynamique, Bamako salue la tenue prochaine de la Commission mixte de coopération à Bamako avant la fin de l’année 2026. Ce rendez-vous est présenté comme une étape clé pour approfondir les relations stratégiques entre les deux pays. Il illustre la volonté partagée de donner un nouvel élan à la coopération, en explorant des domaines variés tels que l’économie, la culture, la sécurité et le développement, au bénéfice des deux peuples. 

Le Mali exprime sa reconnaissance au Royaume du Maroc et rend hommage à la vision progressiste et humaniste du Roi Mohammed VI. Le texte met en avant les attentions fraternelles dont le Mali a bénéficié, ainsi que le soutien constant du Maroc en faveur de la stabilité et de l’intégrité territoriale du Mali. Cette reconnaissance s’inscrit dans une logique de consolidation de l’unité nationale sous le leadership du Président de la Transition, le Général Assimi Goïta.  

Le Sahara au centre des débats

Concernant la question du Sahara, le Mali réaffirme son appui aux efforts de l’ONU et aux actions de l’Envoyé personnel du Secrétaire général. La déclaration cite la Résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité comme cadre de référence. Bamako se positionne ainsi dans une logique de respect du droit international, tout en soutenant les initiatives visant à une solution pacifique et durable de ce différend régional.  

Le gouvernement malien insiste sur le plan d’autonomie proposé par le Maroc, qu’il considère comme la seule base sérieuse et crédible pour résoudre la question du Sahara. Selon Bamako, une véritable autonomie sous souveraineté marocaine constitue la solution la plus réaliste. Cette position marque un tournant diplomatique, en alignant le Mali sur la vision défendue par Rabat et en s’éloignant de la reconnaissance antérieure accordée à la RASD.  

Le retrait de la reconnaissance de la RASD 

La décision de retirer la reconnaissance de la RASD est présentée comme le résultat d’une analyse approfondie des enjeux régionaux. Le Mali estime que ce dossier a un impact direct sur la paix et la sécurité sous-régionales. En rompant avec sa position antérieure, Bamako entend privilégier une approche pragmatique, axée sur la stabilité et la cohérence diplomatique, tout en renforçant son rapprochement stratégique avec le Maroc.  

Enfin, le Mali réitère son engagement à poursuivre ses efforts en faveur de la paix et de la sécurité internationales. Le document conclut sur une note de responsabilité et de coopération, affirmant la détermination du pays à contribuer activement à la stabilité régionale. Cette déclaration, en mettant en avant la rupture avec la RASD, marque une étape importante dans la redéfinition des alliances et des orientations stratégiques du Mali sur la scène internationale.

Al’issue d’une audience que lui a accordé, ce vendredi 10 avril 2026, le ministre marocain des Affaires étrangères, de la coopération Africaine et des Marocains résidant à l’Étranger, Nasser Bourita a remercié le Président malien de la Transition, le général Assimi Goïta, au nom de Sa Majesté le Roi Mohammed VI,  pour la « décision historique du Mali de retirer sa reconnaissance de la République Arabe Sahraouie Démocratique ».

Ibrahim Kalifa Djitteye 

10 avril 2026 0 comments
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Des réfugiés ivoiriens
A la UneÉconomie

Aide internationale : chute historique des financements en 2025

by Sahel Tribune 10 avril 2026
written by Sahel Tribune 3 minutes read

Selon les données préliminaires de OCDE, l’aide publique au développement a enregistré en 2025 sa plus forte baisse jamais observée. Une contraction brutale qui intervient dans un contexte de tensions géopolitiques et de besoins humanitaires croissants, notamment en Afrique.

L’aide publique au développement (APD) a connu en 2025 une chute sans précédent. D’après l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), les flux d’aide extérieure versés par les membres du Comité d’aide au développement (CAD) ont diminué de 23,1 % en termes réels par rapport à 2024.

Le volume total de l’APD s’est établi à 174,3 milliards de dollars, contre 214,6 milliards l’année précédente. Rapportée au revenu national brut (RNB) des pays donateurs, cette aide ne représente plus que 0,26 %, un niveau qui n’avait plus été observé depuis 2015, au moment de l’adoption des Objectifs de développement durable (ODD).

Les grandes puissances en première ligne de la baisse

Fait marquant : les cinq principaux bailleurs mondiaux ont tous réduit leur contribution en 2025. L’Allemagne devient pour la première fois le premier fournisseur d’APD avec 29,1 milliards de dollars, suivie de près par les États-Unis (29,0 milliards), malgré une chute spectaculaire de 56,9 % de leur aide.

Le Royaume-Uni (17,2 milliards), le Japon (16,2 milliards) et la France (14,5 milliards) complètent ce classement. À eux seuls, ces cinq pays concentrent 95,7 % de la baisse globale enregistrée.

Seuls huit des 34 pays membres du CAD ont maintenu ou augmenté leurs budgets d’aide. Parmi eux, quatre dépassent encore l’objectif fixé par l’ONU de consacrer 0,7 % de leur RNB à l’aide internationale : le Danemark, le Luxembourg, la Norvège et la Suède.

Des besoins croissants face à des ressources en baisse

Cette contraction intervient dans un contexte international particulièrement tendu. « Les pressions budgétaires pesant sur les pays en développement s’accentuent », a déclaré Mathias Cormann, évoquant notamment les risques liés aux conflits et à l’insécurité alimentaire.

Pour Carsten Staur, la situation est « extrêmement préoccupante ». Il souligne que le monde fait face à une accumulation de crises – humanitaires, économiques et sécuritaires – qui nécessiteraient au contraire une augmentation de l’aide internationale.

L’Ukraine capte une part croissante des financements

Autre tendance notable : la concentration de l’aide sur certains théâtres géopolitiques. L’APD bilatérale destinée à l’Ukraine a reculé de 38,2 %, à 10,3 milliards de dollars. Toutefois, en intégrant les financements des institutions de l’Union européenne, elle atteint 44,9 milliards de dollars, un niveau record pour un seul pays.

Ce montant dépasse désormais l’ensemble de l’aide bilatérale destinée aux pays les moins avancés ou à l’Afrique subsaharienne, illustrant un rééquilibrage des priorités internationales.

Les programmes de développement durement touchés

Au-delà des chiffres globaux, la structure de l’aide évolue également de manière préoccupante. Les financements dédiés aux programmes de développement de base – hors aide humanitaire, accueil des réfugiés et allègement de la dette – ont chuté de 26,3 %, soit la baisse la plus importante jamais enregistrée.

L’aide humanitaire elle-même a reculé de 35,8 %, tandis que les dépenses liées à l’accueil des réfugiés dans les pays donateurs ont diminué de 22,1 %.

Vers une nouvelle contraction en 2026 ?

Les perspectives ne sont guère rassurantes. Sur la base des tendances actuelles, l’OCDE anticipe une nouvelle baisse de 5,8 % de l’aide publique au développement en 2026.

Dans ce contexte, les appels se multiplient pour réinventer les mécanismes de financement du développement et mobiliser davantage de ressources privées. Mais pour de nombreux observateurs, une évidence s’impose : sans un sursaut des pays donateurs, les objectifs de lutte contre la pauvreté et de transition écologique pourraient s’éloigner durablement.

Oumarou Fomba 

10 avril 2026 0 comments
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